Les commissions parlementaires et les Témoins de Jéhovah
Un article de TJ-Encyclopedie.
Résumé des griefs portés contre les Témoins de Jéhovah par les différentes commissions parlementaires françaises et revue de presse connexe. Les arguments des commisssions seront mise en rapport en notes avec des citations des publications de Témoins de Jéhovah à titre d'exemple.
La commission parlementaire de 1995
La commission parlementaire de 1999: "Les sectes et l'argent"
La commission parlementaire de 2006: "l'enfance volée : Les enfants dans les sectes
Voir également sur ce site L'enfant chez les Témoins de Jéhovah
Citations du rapport
Le conditionnement et la culpabilisation des enfants
- Page 24 :"La difficulté d’identifier des enfants souffrant d’enfermement social dans des mouvements à caractère sectaire est accrue par la volonté de dissimuler au monde extérieur les atteintes qui peuvent leur être portées. Dans des communautés en apparence « ouvertes », les enfants sont tout à la fois conditionnés par le groupe et scolarisés dans l’éducation nationale. Élevé parmi les Témoins de Jéhovah, et très récemment sorti du mouvement, M. Nicolas Jaquette (2) a ainsi résumé cette formation des enfants à la dissimulation : « Les Témoins de Jéhovah se targuent de ne pas être une secte, alléguant que leurs enfants ne sont pas coupés du monde : ils vont à l’école, font parfois des études supérieures, travaillent dans le monde extérieur. Mais l’embrigadement est bien là et les atteintes à l’identité, à la personnalité, à la vie affective, morale et physique sont réelles, même si elles sont d’emblée prévues pour que l’enfant les dissimule au monde extérieur. » En étant « du reste incité à participer, à se comporter en élève modèle[1] [1], et surtout à ne jamais constituer aucun sujet d’achoppement ou d’inquiétude pour le milieu scolaire », l’enfant vit une forme de schizophrénie."
- Page 34 : "« Il faut bien comprendre que l’on n’a pas affaire à un système qui laisserait ses adeptes penser librement. Il leur fait intégrer un mécanisme de pensée qui les culpabilise sitôt qu’ils réfléchissent et qui leur impose, comme un devoir, de s’autopersuader. »
- Ces propos de M. Alain Berrou (1), résument parfaitement le processus de conditionnement et de culpabilisation dont sont victimes les enfants. Il en a démonté le mécanisme devant la commission d’enquête : « tout l’appareil, le système de concepts que l’on vous fait intégrer et par lequel vous pensez, par lequel vous jugez, par lequel vous ressentez tantôt culpabilité, tantôt gratitude, peut s’écrouler d’un coup dès lors que vous désobéissez. Le problème est que j’ai été conditionné pour obéir, pour culpabiliser si je venais à réfléchir à des idées subversives, et surtout pour pratiquer plusieurs fois par jour cette gymnastique d’autopersuasion et d’autocensure. »
- M. Nicolas Jaquette(2) a expliqué que de surcroît « il est préconisé de s’espionner entre enfants de la secte : si l’on se retrouve avec d’autres enfants Témoins de Jéhovah dans le même établissement, on adaptera son comportement en fonction des édits de la secte, mais également du regard de ses coreligionnaires pour ne pas être accusé dans le groupe d’avoir péché au regard des édits de la secte. L’enfant est ainsi en permanence sous l’oeil d’un Big Brother… » [1]Il a largement évoqué également le conditionnement et la culpabilisation très lourde de l’enfant dans son activité de prosélytisme. De celui-ci « découle en même temps une responsabilité induite dans l’évangélisation, transmise très tôt aux enfants :
- vous portez la responsabilité de la vie de vos camarades. Imaginez que vous sachiez qu’il va se produire un tremblement de terre : si vous ne prévenez personne, vous êtes homicide. Là , c’est la même chose : vous savez que le monde va disparaître ; si vous ne les prévenez pas qu’ils doivent devenir Témoins de Jéhovah pour survivre à ce monde condamné, vous portez la responsabilité de leur mort[1]. Cette responsabilité, on la fait porter aux adeptes adultes, mais également aux enfants. »
Voir La manipulation chez les Témoins de Jéhovah
L'emploi du temps des enfants
- Page 25 : "« Il n’y a plus de temps de l’enfance » : cette expression employée par M. Emmanuel Jancovici (1) caractérise parfaitement la nature de l’enfermement social dont peuvent être victimes les enfants. Même dans les communautés ouvertes sur l’extérieur, les enfants « sont conçus pour devenir des adeptes, et rien d’autre ». Dans tous ces groupes, précise cet observateur du phénomène sectaire, les enfants réservent beaucoup de temps à la prière, à la formation religieuse et au prosélytisme. Estimant qu’un enfant Témoin de Jéhovah consacre, par semaine, dès l’âge de huit ou dix ans une vingtaine d’heures au groupe, ce qui est considérable si on ajoute ce temps à celui de sa scolarisation, il en conclut que : « la situation est totalement déséquilibrée », le temps de l’enfance n’étant plus respecté.
- M. Nicolas Jaquette (2) a exposé devant la commission d’enquête la semaine-type d’un enfant Témoin de Jéhovah : « Le rythme est très dense, mais doit s’apprécier sur une semaine. Chaque jour un « programme spirituel » vous est attribué. Comme tout Témoin de Jéhovah, les enfants sont astreints aux trois réunions – pour ma part, c’était deux heures le mardi, une heure le jeudi et deux heures le dimanche – et à la prédication, quand bien même ils ne sont ni baptisés ni proclamateurs[1] À ce programme extérieur à l’environnement familial relativement dense vient s’ajouter pour l’enfant un programme personnel : il doit préparer chacune des réunions de son propre chef en reprenant les publications fournies par la secte, vérifier l’exactitude des versets dans la Bible, soit en général une heure à une heure trente de travail de préparation la veille de chaque réunion. Sans oublier les activités à l’intérieur du cercle familial : « le texte du jour », c’est-à -dire un petit livret dont on lit, chaque jour, un petit texte suivi des explications qu’en donne la secte, la lecture de la Bible en famille, qui dure environ trois quarts d’heure, et la lecture personnelle que l’enfant doit faire chaque soir, durant trois quarts d’heure également. J’ai calculé qu’un enfant de primaire devait ainsi consacrer à la secte quasiment vingt-trois heures par semaine… »
- Le Consistoire national des Témoins de Jéhovah, auquel la Fédération chrétienne des Témoins de Jéhovah avait transmis le questionnaire adressé par la commission d’enquête, estime, pour sa part, dans un document daté du 16 octobre 2006, que les parents « associent leurs enfants à l’enseignement religieux dispensé dans les salles du Royaume à raison de quatre à cinq heures hebdomadaires ».
- Note des contributeurs: On peut décomposer le nombres d'heures par semaine consacrées à la religion chez les enfants Témoins de Jéhovah ainsi:
- 5 heures de réunions (Tant les témoins de Jéhovah que leur contradicteurs sont d'accord sur ce point)
- La préparation des réunions: de une demi-heure à 3 heures suivant les familles [1]
- l'étude familiale conduite par un des parents: de 10 minutes à 1 heure ou plus [1]
- des séances d'exercices pour la prédication: Variable suivant les familles [1]
- la prédication en famille: 2 heures à 3 heures[1]
- La lecture et le commentaire du Texte du Jour de 10 minutes à 1/2 heures par jour, soit de 1 heure à 3 heures par semaine [1]
- La lecture individuelle de la Bible ou des recherches individuelles dans les publications[1]
Le prosélytisme à l'école
- Page 26,27 : "L’institution scolaire est loin d’être un sanctuaire dont seraient exclues les manoeuvres de prosélytisme ; celles-ci peuvent être en effet, le fait des jeunes adeptes eux-mêmes et être dirigées vers d’autres jeunes. M. Daniel Groscolas a mis l’accent sur ce problème crucial : « Les Témoins de Jéhovah, par exemple, donnent pour directive aux enfants de fréquenter les écoles pour y faire du prosélytisme[1] La Soka Gakkai donne la même directive. Cela pose problème, car si la législation oblige les personnels de l’école publique à respecter une neutralité absolue, elle n’interdit pas aux élèves d’affirmer leurs croyances. Certaines sectes ont bien compris tout le profit qu’elles pouvaient en tirer[1].
- M. Alain Berrou (1), ex-adepte des Témoins de Jéhovah, a apporté un témoignage personnel : « Si j’ai été endoctriné à l’école, ce n’est pas par accident, mais dans le cadre d’une campagne internationale adaptée à chaque pays[1] Ce que je prenais pour des discussions anodines avec des camarades de classe répondait en fait à un vaste programme de prosélytisme. Il aura dans mon cas fallu deux ans pour me persuader d’un certain nombre d’idées, suivant un processus parascientifique, mensonger et exhaustif. Petit à petit, je me suis mis à changer et à accepter des idées qui m’inspiraient jusqu’alors beaucoup de réticence. Poussé par la simple curiosité à l’égard d’un camarade de classe, je me suis trouvé engagé dans ce que je pensais être des discussions anodines – en fait, un processus pédagogique d’endoctrinement qui m’a conduit à me lier à une organisation et à une idéologie par un contrat. Je récuse le mot « baptême » qui vise à donner à l’idéologie et aux pratiques des Témoins de Jéhovah un masque confessionnel. Mais à la différence d’autres « mouvements », on est petit à petit conduit par le raisonnement et la persuasion à ce qu’ils appellent « baptême » et qui s’avère en fait être un contrat avec une organisation. […]
- « Cet endoctrinement a eu des conséquences sur ma famille comme sur mes études dans la mesure où je me suis mis à consacrer tout mon temps au service exclusif de la secte. J’ai été amené à m’investir de plus en plus au sein du mouvement jusqu’à m’engager dans une forme de service spécial pour les jeunes, dit « service de pionniers » où l’on passe son temps à faire du prosélytisme, objectif majeur de la secte, tant en France qu’ailleurs. »
Voir Le prosélytisme et les enfants chez les Témoins de Jéhovah
Les troubles psychologiques en rapport avec la séparation du "monde"
- Pages 29,30 : "En réponse à une interrogation du président Georges Fenech sur les troubles psychologiques constatés au cours de sa vie professionnelle, Me Line N’Kaoua(1), déclarait : « Le plus souvent, nous rencontrons des enfants marginalisés, victimes d’une rupture avec la société. Ils ne participent pas à certaines fêtes. Certains enfants Témoins de Jéhovah jettent les boules de Noël quand la maîtresse demande de décorer le sapin. Certains refusent de participer à des activités extrascolaires [1] , parce qu’il ne faut pas de compétition.[1]
- « Certains enfants sont en grande souffrance et l’expriment par des cauchemars, par un rejet de l’autre parent, rejetant par exemple toute la lignée paternelle lorsque le père n’est pas adepte de la secte. »
- Nul n’est plus à même de rendre compte de la manipulation mentale conduisant un enfant à ne pas se mêler aux jeux, aux fêtes des autres enfants qu’un enfant qui lui-même a grandi parmi les Témoins de Jéhovah. M. Nicolas Jaquette a décrit devant la commission d’enquête de façon particulièrement claire ce processus de manipulation, en évoquant la souffrance qui en résulte : « Les relations avec les autres sont évidemment des éléments auxquels les enfants sont très sensibles, surtout lorsqu’il s’agit de concrétiser ces liens au moment de fêtes qui sont autant de moments de cohésion sociale. Pour donner une bonne image du mouvement, on permet aux enfants de côtoyer les autres, mais d’une manière encadrée et très limitée. Parmi les messages les plus répétés : "Vous avez des amis dans la congrégation, n’allez pas vous en faire ailleurs.[1]" […] Dans le même temps, les gens de l’extérieur sont appelés « le monde », dont toute la littérature des Témoins de Jéhovah dit qu’il est méchant, sous la coupe du diable [1] et appelé à disparaître. La diabolisation vaut pour les petits camarades d’école, dont on apprend à se méfier ; […] Les fêtes sont un sujet particulièrement douloureux pour tous les enfants Témoins de Jéhovah, même si on leur apprend que ce n’est pas le cas : voir se succéder tous les réveillons de Noël, du jour de l’An, les anniversaires, sans qu’il ne se passe rien d’autre qu’un jour normal, entendre le lendemain tous les copains parler des cadeaux qu’ils ont reçus […] On vous apprend à déblatérer toute une série de slogans pour vous justifier et surtout vous surprotéger vous-même de la douleur que ressent un enfant séparé des autres par de telles circonstances : être invité à un anniversaire et ne pas pouvoir y aller, ne pas pouvoir fêter le sien… Je ne sais même pas quel âge ont mes parents : on n’a jamais fêté leur anniversaire. Pour tout le monde, cette fête annuelle permet d’avoir une idée du temps qui passe pour les autres. Moi, je n’ai pas cette notion-là , y compris pour des amis proches. Cela peut paraître banal, mais lorsqu’on y réfléchit après coup, on s’aperçoit que ces situations totalement décalées, ajoutées les unes aux autres, en viennent à former un bagage terriblement lourd à porter… »
- Les moqueries dont ont à souffrir ces enfants contraints à la différence ont été évoquées tant par M. Jean-Philippe Vergnon, ex-jeune « Frère exclusif » que par M. Nicolas Jaquette, en réponse à des questions posées par M. Serge Blisko, membre de la commission d’enquête, qui portaient sur les réactions de la société face au comportement « étrange » ou pour le moins réservé de ces enfants. M. Nicolas Jaquette a décrit dans ces termes le phénomène d’emprise mentale qui conduit l’enfant à l’acceptation de sa souffrance : « Le comportement "bizarre" que l’enfant est tenu d’adopter à l’égard de ses camarades – refus des anniversaires, obligation de placer des mots conformes à l’idéologie de la secte – est évidemment de nature à susciter la moquerie, ce qui le rend d’autant plus pénible. Lorsque l’on arrive à l’adolescence, on n’a déjà pas besoin d’être Témoin de Jéhovah pour y prêter le flanc : mais ne pas s’habiller à la mode, aller en prédication faire du porte-à -porte en costume-cravate, ne pas aller aux anniversaires et pas davantage en boum et en sortie, cela fait beaucoup… Et face aux autres qui se moquent de lui, l’enfant Témoin de Jéhovah est conforté dans son statut de victime tel que le présente la secte : le monde vous persécute parce que vous êtes les élus ; comme Jésus a été persécuté, tu le seras également ; si on te persécute à l’école, c’est donc que tu es dans le vrai. Et cela fonctionne très bien : l’enfant trouve normal de se faire persécuter, même si c’est extrêmement douloureux et même insupportable. » [1]
- À la question de la commission d’enquête : « Encouragez-vous les enfants à participer à des activités les mettant en relation avec d’autres enfants n’appartenant pas à votre organisation ou au contraire estimez-vous préférable de restreindre de tels contacts ? », la Fédération chrétienne des Témoins de Jéhovah de France n’a pas apporté de réponse. Le courrier en date du 18 octobre 2006 adressé par son président en réponse à ce questionnaire est d’ordre général et s’abstient de répondre point par point aux questions posées. Il indique notamment : « les termes de votre questionnaire révèlent que notre confession religieuse n’est pas concernée par les investigations demandées ». Il mentionne que « les parents Témoins de Jéhovah confient leurs enfants aux établissements scolaires et mettent tout en oeuvre pour assurer leur épanouissement et leur insertion sociale et professionnelle ».
Le développement de la pensée autonome
- Page 32 : "M. Jean-Michel Roulet (2) a rappelé que les enfants Témoins de Jéhovah entendent chez eux un discours qui discrédite l’enseignement qu’ils reçoivent à l’école : « On demande ainsi à ces enfants d’apprendre et de réciter quelque chose en quoi on leur dit de ne pas croire et qu’on leur présente comme une création du diable. Ils sont donc en apparence en milieu ouvert, mais sont en fait en milieu fermé, en étant obligés de jouer la comédie. »
- Ces derniers propos ont été illustrés par le témoignage de M. Nicolas Jaquette (3) concernant tant l’enseignement que les choix de lecture : « En entrant à l’école, l’enfant est déjà préparé à ce qui lui sera enseigné à l’aune de l’enseignement de la secte : ce qui correspond à ce qu’on lui a déjà enseigné est acceptable, ce qui ne correspond pas n’est qu’objet de mépris. […] Le Témoin de Jéhovah s’entend clairement répondre : « s’il y a de la littérature extérieure intéressante, on vous le fera savoir. Mais ne vous y intéressez pas de votre propre chef : passez plus de temps à étudier pour vous persuader de votre foi et vous convertir davantage encore, approfondissez votre étude personnelle, mais n’allez pas voir à l’extérieur ».
- « De fait, ce mépris soigneusement cultivé à l’égard des historiens, des scientifiques, du milieu enseignant, du milieu médical, rend le Témoin de Jéhovah enfant totalement imperméable à tout ce qu’on peut lui apprendre dans le milieu scolaire : dès lors que cela ne correspond pas au credo de la secte, ce n’est pas acceptable, c’est faux. Il aura donc un réflexe d’autodéfense et bloquera sans même s’en douter son esprit à toute absorption. »
Risque de non-dénonciation d'abus sexuel sur mineur
- Pages 39,40 : Dans son témoignage, M. Alain Berrou (2) a illustré de façon précise le risque de non-dénonciation d’abus sexuels commis sur des mineurs :
- « Je tiens à informer cette commission en ayant pleinement conscience des conséquences de mes propos : je sais le mouvement des Témoins de Jéhovah très procédurier… Il m’est arrivé, en tant que responsable, d’être saisi de directives non écrites, mais qu’il fallait recopier sous la dictée à la virgule près, et qui traitaient des cas d’abus sexuels sur enfants. Je souhaite vous donner lecture des directives que j’ai personnellement reçues, dans un cadre totalement formel, d’un membre représentant la filiale nationale des Témoins de Jéhovah. Le mouvement a tout un système de justice parallèle et les responsables locaux reçoivent un manuel de directives à appliquer à l’égard d’adeptes manifestant des velléités de liberté intellectuelle. Dans le cas des abus sur enfants, voilà ce qu’on nous a fait écrire :
- « L’article 62 du code pénal prévoit de poursuivre d’une action judiciaire quiconque est au courant d’une agression d’enfant et n’avertit pas les autorités. Si l’auteur des sévices est un membre baptisé de la Congrégation, voici les directives à appliquer :
- « Premièrement, avant tout, téléphonez au service juridique de la Société pour recevoir des conseils.
- « Deuxièmement, faites immédiatement une enquête pour établir si les faits sont vérifiés.
- « Troisièmement, formez un comité judiciaire.
- « Ensuite, éventuellement, dénonciation aux autorités.
- « Les Anciens sont, aux yeux de la loi, des ministres du culte et, à ce titre, sont tenus au secret confessionnel dérivé du secret professionnel (article 378 du code pénal). Ils sont libérés de cette obligation dans le seul cas d’inceste, sévices sexuels, avortements illégaux. Le Collège déterminera la meilleure solution pour la Congrégation et sa réputation.
- « Si je n’ai, pour ma part, jamais été mis devant une telle situation, j’ai en revanche assisté à des « comités judiciaires » et entendu des victimes raconter que l’on avait étouffé leurs plaintes en les pressant de « pardonner » dès lors que l’agression n’était pas notoire. »
Voir La catégorie Pédophilie de ce site
Les difficultés psychologiques de la sortie du mouvement
- Page 51 : "Les difficultés psychologiques des sortants de sectes restent cependant les plus considérables et les plus durables : elles ont été évoquées dans la plupart des témoignages recueillis par la commission d’enquête. La sortie d’un mouvement de type sectaire implique en effet, outre une perte de repères, la rupture de nombreux liens affectifs, familiaux et amicaux. Le jeune dont les parents sont restés adeptes fera ainsi, en général, l’objet d’un rejet de leur part. M. Nicolas Jaquette(1) a longuement fait état de la détresse affective qui en résulte, après avoir indiqué que seul un accompagnement par une association lui avait permis de franchir cette étape : « En effet, parmi les éléments qui dissuadent d’en sortir […], il y a le fait que la secte interdit à ses adeptes tout contact avec ceux qui la quittent ou en sont exclus. Et dans la mesure où l’adepte n’a de contact qu’avec les gens de la secte, la quitter revient à se séparer de tout son environnement affectif et à se retrouver dans un monde où l’on n’a aucun lien. C’est en fait un chantage à l’affectif, et une grande force dont usent les Témoins de Jéhovah pour conserver leurs adeptes et même faire revenir certains démissionnaires qui se retrouvent rapidement en détresse affective dans un monde où ils ne connaissent personne. Du coup, ils reviendront « par défaut » dans la secte pour y retrouver ce lien affectif. Depuis que j’ai quitté la secte, je n’ai plus aucun contact avec mes parents. Ils sont allés en s’amenuisant jusqu’à ne se réduire qu’à de brefs appels au téléphone : « Tu as quand même conscience des conséquences de tes choix ? » Ils m’ont abandonné, je ne suis plus leur fils. »
Les transfusions sanguines et les enfants
- pages 65 à 68: "Par une déclaration solennelle de l’assemblée plénière du Consistoire national du 3 juillet 1997, les Témoins de Jéhovah affirment leur refus de toute transfusion sanguine hétérologue, afin de respecter trois versets de la Bible et un verset des Actes des Apôtres, relatifs à des interdits alimentaires (2).
- Prônant des méthodes alternatives à la transfusion (transfusion de sang autologue, utilisation des produits du fractionnement du plasma, augmentation de la production de globules rouges), ils considèrent leur position comme étant constitutive, non pas d’un refus de soins mais d’un choix thérapeutique. Rappelant en outre, qu’au cours des deux décennies précédentes, des événements dramatiques ont jeté une suspicion légitime sur les transfusions sanguines, ils confortent de la sorte leur décision d’étendre à leurs enfants ce choix thérapeutique.
- Saisies par votre rapporteur d’une demande d’analyse scientifique de ces méthodes alternatives, telles qu’elles sont présentées dans un DVD diffusé par les Témoins de Jéhovah auprès des médecins hospitaliers, l’Académie nationale de médecine et la Haute autorité de santé dénoncent l’une « des banalités, des approximations, et surtout des oublis tout à fait nuisibles à la sécurité transfusionnelle » et l’autre le fait « qu’il n’y a pas de présentation critique ni de l’ensemble des études disponibles ni des séries de cas auxquelles se réfèrent les experts interrogés dans le DVD, comme l’exigeraient les principes de la médecine fondée sur les preuves » (3).
- Dans une lettre adressée à M. Jean-Pierre Brard, qui l’avait saisi de ce sujet, l’Ordre national des médecins qualifie ces méthodes de « pseudo-scientifiques car uniquement orientées vers leur finalité, sans validation ni développement de raisonnement critique ».
- Par ailleurs, outre le fait que lesdites méthodes alternatives – dont la mise en oeuvre suppose qu’elles ont été planifiées longtemps à l’avance – sont inutilisables en cas d’urgence et que « la sécurité sanitaire des produits sanguins a atteint un niveau de sécurité très élevé » (1), il ne peut plus être nié que « l’usage de la transfusion sanguine telle qu’elle se pratique aujourd’hui est la seule méthode qui ait fait la preuve de son efficacité et de son innocuité » et que « dans différentes circonstances de la pathologie […] elle est un acte thérapeutique vital pour de nombreuses personnes » (2).
- Dans cette dernière hypothèse, le refus de la transfusion sanguine devient non plus un choix thérapeutique mais un choix assumé face à la mort. Un tel consentement est indissociable de l’adhésion aux Témoins de Jéhovah et tout adepte qui y dérogerait, indiquerait par cet acte « qu’il ne souhaite plus être un des Témoins de Jéhovah » (3) et il s’exposerait à une exclusion du mouvement. Le rejet d’une transfusion, lorsqu’il est revendiqué par une personne adulte, est aujourd’hui conforté par la loi puisqu’aux termes de l’article L. 1111-4 du code de la santé publique « toute personne prend, avec le professionnel de santé et compte tenu des informations et des préconisations qu’il lui fournit, les décisions concernant sa santé. (…) Si la volonté de la personne de refuser ou d’interrompre tout traitement met sa vie en danger, le médecin doit tout mettre en oeuvre pour la convaincre d’accepter les soins indispensables ».
- On rappellera cependant que par ordonnance du 16 août 2002, statuant comme juge des référés, le Conseil d’État a précisé les limites de cette liberté dans les termes suivants : « Le droit pour le patient majeur de donner, lorsqu’il se trouve en état de l’exprimer, son consentement à un traitement médical revêt le caractère d’une liberté fondamentale ; toutefois les médecins ne portent pas à cette liberté fondamentale, telle qu’elle est protégée par les dispositions de l’article 16-3 du code civil et par celles de l’article L. 1111-4 du code de la santé publique, une atteinte grave et manifestement illégale lorsqu’après avoir tout mis en oeuvre pour convaincre un patient d’accepter les soins indispensables, ils accomplissent, dans le but de tenter de le sauver, un acte indispensable à sa survie et proportionné à son état. » (4)
- S’il n’appartient pas à la commission d’enquête de porter un jugement sur les croyances des Témoins de Jéhovah, il lui revient de dénoncer les effets de ces dernières sur la santé et le psychisme des enfants.
- Appelés à incarner l’image du martyre exemplaire, les jeunes Témoins de Jéhovah espèrent « devoir être opéré(s) pour pouvoir, le jour de l’opération, prouver qu’on est un bon Témoin de Jéhovah en refusant la transfusion sanguine »(5). C’est dans cette logique qu’un article du 24 mai 1994, publié dans la revue jéhoviste Réveillez-vous !, présentait les photographies de vingt-quatre enfants de différents pays, morts pour avoir volontairement refusé une transfusion sanguine et qu’il indiquait comment l’attitude de ces petits malades avait eu, sur le corps médical, un impact positif pour la secte. Leur refus inébranlable de la transfusion avait impressionné les personnels hospitaliers qui, du coup, se posaient des questions et pour certains se laissaient endoctriner par la suite (1).
- Cette éducation des jeunes enfants et cette préparation au martyre sont en soi extrêmement inquiétantes. Quant à l’attitude des parents qui conduit à mettre en péril la santé de leur enfant, voire à mettre en jeu son pronostic vital, en refusant toute transfusion sanguine, elle est inacceptable ; elle constitue un trouble à l’ordre public, selon l’analyse exposée devant la commission d’enquête par M. Jean-Olivier Viout, qui a notamment précisé : « Quand la vie d’un enfant est en danger, l’État ne doit pas transiger. (…) Le danger est là , et on refuse la transfusion sanguine : c’est un trouble à l’ordre public. » (2)
- Les manifestations de ce trouble sont aujourd’hui limitées par le sixième alinéa de l’article L. 1111-4 du code la santé publique qui, « dans le cas où le refus d’un traitement par la personne titulaire de l’autorité parentale ou par le tuteur risque d’entraîner des conséquences graves pour la santé du mineur », autorise le médecin à délivrer « les soins indispensables ».
- Mais que se passe-t-il lorsque le médecin est lui-même un sympathisant ou un adepte des Témoins de Jéhovah ? Rappelons que le rapport 2001 de la Mission interministérielle de lutte contre les sectes (MILS) note (p. 94) qu’il « existe un annuaire des médecins Témoins de Jéhovah » et « qu’il peut arriver qu’un médecin se présente et demande, en tant que praticien et Témoin de Jéhovah, à « participer » à une intervention chirurgicale, alors même qu’il ne connaît nullement le malade Témoin de Jéhovah ». En outre, la création de comités de liaison hospitaliers par le mouvement jéhoviste permet à ses responsables « de lister les médecins « réceptifs » vers lesquels ils orienteront les patients envisageant une opération qui peut nécessiter une transfusion »(3).
- Constatant le risque mortel qui peut peser sur les enfants Témoins de Jéhovah, la commission d’enquête entend les protéger mieux que la loi ne le fait actuellement, en proposant une modification de l’article L. 1111-4 du code de la santé publique, afin d’interdire à des parents d’abandonner leurs enfants à une mort certaine. Le sixième alinéa de cet article serait ainsi complété : « Dans le cas où ce refus a pour objet une transfusion sanguine, le médecin, après avoir informé la personne titulaire de l’autorité parentale ou le tuteur des conséquences de leur choix, procède à la transfusion sanguine. »
- Si une telle modification législative était adoptée, elle devrait être suivie de mesures d’assistance éducative destinées à protéger psychologiquement les jeunes transfusés lors de leur retour au sein de leur famille. Ces derniers pourraient en effet connaître les affres traversées par ce jeune homme rencontré par Mme Charline Delporte, et rapportées devant la commission d’enquête en ces termes : « (Il) a raconté que ses parents étaient Témoins de Jéhovah mais que lui ne l’était plus depuis l’âge de six ans. Il avait été transfusé pour une grave maladie après intervention du procureur (…) « J’aurais préféré mourir » a-t-il ajouté. « Mais pourquoi ? » (…) « Vous ne comprenez pas ? Moi, je n’irai pas dans ce monde nouveau que sera Armageddon. Je suis mort aux yeux de mes parents, et tous les jours ils me répètent en faisant leurs prières : toi, tu ne viendras pas avec nous. » »(1)
- Pages 129,130 : "Ce même ministère (celui de la santé) ne fait pas non plus la preuve d’une extrême réactivité à la campagne qui, menée début 2005 par les Témoins de Jéhovah contre la transfusion sanguine, consiste en une diffusion, auprès des médecins hospitaliers, d’un DVD dont la réalisation, reconnaît la MIVILUDES (2), n’a pas manqué de moyens : reportage relatif aux alternatives à la transfusion sanguine sur l’ensemble des champs médicaux, démonstration par des équipes les pratiquant et collaboration de praticiens s’associant à la production du DVD. Si « une note de mise en garde sur ce DVD, cosignée par la Direction générale de la santé et par la Direction de l’hospitalisation et de l’organisation des soins, a été adressée en avril 2005 aux instances et aux réseaux chargés de l’exercice et de la surveillance de la transfusion sanguine », l’expertise des documents remis par les Témoins de Jéhovah (DVD et documents écrits) « est en cours de réalisation ».
- C’est pourquoi, la commission d’enquête constatant le retard de près de deux ans mis pour clarifier une situation qui perturbe certains membres du personnel hospitalier, a saisi l’Académie nationale de médecine et la Haute autorité de santé d’une demande d’analyse dudit DVD. Dans sa réponse en date du 8 décembre 2006, le professeur Jacques-Louis Binet, secrétaire perpétuel de l’Académie nationale de médecine (3), dénonce l’absence de caractère scientifique du DVD et notamment l’oubli par ce dernier de l’indication thérapeutique de l’érythropoïétine (4). Il ajoute qu’à l’heure actuelle les méthodes alternatives à la transfusion sanguine reconnues sont « des stratégies d’épargne des hématies ou des plaquettes » et qu’il n’existe pas pour le moment d’autres méthodes car « la production ex-vivo de cellules sanguines en est à l’état de recherche et la découverte de substituts reste décevante ». De même, par lettre du 11 décembre 2006, M. François Romaneix, directeur de la Haute autorité de santé (5) précise que « seules les conséquences en terme d’épargne transfusionnelle sont présentées sans décrire et discuter les limites, voire les risques, les indications et les contradictions de chacune d’elles » et il critique quelques points médicaux saillants présentés dans le DVD : seuil d’hémoglobinémie, seuil transfusionnel,utilisation précoce de l’érythropoïétine…
- Page 184 : "18. Passer outre le refus des parents d’une transfusion sanguine de leurs enfants.
- Constatant les risques graves qui peuvent peser sur la vie des enfants Témoins de Jéhovah, la commission d’enquête entend les protéger mieux que la loi ne le fait actuellement, en proposant une modification du sixième alinéa de l’article L. 1111-4 du code de la santé publique.
- Le texte précité est ainsi rédigé : « Dans le cas où le refus d’un traitement par la personne titulaire de l’autorité parentale ou le tuteur risque d’entraîner des conséquences graves pour la santé du mineur ou du majeur sous tutelle, le médecin délivre les soins indispensables. »
- Il est proposé de le compléter par la phrase suivante : « Dans le cas où ce refus a pour objet une transfusion sanguine, le médecin après avoir informé la personne titulaire de l’autorité parentale ou le tuteur des conséquences de leur choix, procède à la transfusion sanguine. »
Cette modification législative devra être suivie de mesures d’assistance éducative destinées à suivre psychologiquement les jeunes transfusés lors de leur retour au sein de leur famille.
Sur le délai de prescription en rapport avec la loi About-Picard
- Page 107 : "De fait, le problème du délai de prescription peut concerner les adultes, comme l’a particulièrement mis en évidence M. Alain Berrou (3), ancien adepte des Témoins de Jéhovah : « Les parlementaires pourraient également se pencher sur le délai de prescription de la loi " About-Picard " : il faut beaucoup de temps à la victime pour mûrir son point de vue, prendre la distance nécessaire, analyser, prendre conscience qu’elle a été victime et l’assumer. Mon avocat m’avait prévenu qu’après avoir passé dix ans dans la secte, je devais me préparer à supporter dix ans de procédure, d’expertises psychiatriques, de contre-expertises, sans être certain du résultat final : j’ai finalement renoncé à une action en justice… Non seulement il est très difficile de saisir la loi, mais il faut du temps pour comprendre, analyser et enfin oser. »
Sur le signalement des enfants dans l'Education Nationale
- Page 128 : "De nombreux témoins ont dénoncé la pression psychologique qui pèse sur des enfants Témoins de Jéhovah, scolarisés dans les écoles publiques et auxquels on demande « d’apprendre et de réciter quelque chose en quoi on leur dit de ne pas croire (…) Leur situation est encore plus dramatique que ceux qui évoluent dans une école fermée » (1). Qualifiant cette obligation constante de dissimulation de « pression considérable », M. Emmanuel Jancovici (2) a déploré les conséquences qu’elle entraîne sur la santé mentale de ces enfants, tout commeM. Nicolas Jaquette (3).
- Or, pour l’éducation nationale, les enfants Témoins de Jéhovah « sont des élèves "parfaits". Ils sont parfaitement disciplinés[1], ils travaillent[1], ce n’est pas avec eux que l’on va avoir des problèmes » (4). Dès lors, même si les professeurs sont sensibles au conflit de loyauté qui déchire ces enfants entre l’école et leur foyer, ils ne savent pas comment procéder et n’étant pas sûrs de la présence d’un danger réel, ils ne font aucun signalement au Parquet (5). Il convient donc d’espérer que dans le cas où l’article 5 du projet de loi sur la réforme de la protection de l’enfance (AN, n° 3184) serait adopté (6), ils se sentiront plus facilement incités à apporter leurs témoignages aux services sociaux du département.
Sur les conditions d'agréments de familles d'accueil
- Pages 135, 136 : Les conditions d’obtention de l’agrément viennent d’être modifiées par le décret n° 2006-1153 du 14 septembre 2006. Au nombre de ces conditions, l’article R. 421-3 du code précité – reprenant les termes de la réglementation précédente – exige que le candidat présente notamment « les garanties nécessaires pour accueillir des mineurs dans des conditions propres à assurer leur développement physique, intellectuel et affectif ». Il convient, néanmoins de constater que cette obligation n’empêche pas certains services sociaux départementaux de confier des enfants à des familles d’accueil adeptes de mouvements connaissant des dérives sectaires, ce qui peut conduire à des situations dramatiques telles celles relatées devant la commission d’enquête par Mme Catherine Picard (une jeune fille au sein d’une famille d’accueil Témoin de Jéhovah, tente de se suicider après avoir été victime d’abus sexuels de la part du mari)(1)et par Mme Sonya Jougla (un enfant sortant d’une famille d’accueil Témoin de Jéhovah, met le feu chez l’avocat qui l’avait adopté en lui disant qu’il était le démon)(2).
- Page 137 : "Tout refus d’agrément doit être motivé et ne saurait « se fonder sur les croyances, les pratiques religieuses ou cultuelles du foyer (…) On doit démontrer que dans ce foyer, l’enfant ne trouvera pas les conditions nécessaires à son épanouissement. Il ne s’agit pas de prouver que les candidats à l’adoption sont adeptes de telle ou telle organisation mais que, compte tenu des pratiques qui sont les leurs, l’enfant ne pourra pas, par exemple, bénéficier des soins requis (…) L’essentiel est d’établir des faits matériels motivant un refus. » (1)
- Ainsi le Conseil d’État a jugé que si les intéressés ne présentaient pas de garanties suffisantes en ce qui concerne les conditions d’accueil qu’ils étaient susceptibles d’offrir à des enfants sur les plans familial, éducatif et psychologique, le président du Conseil général n’avait pas fait une inexacte application de la réglementation en leur refusant l’agrément, les intéressés ayant reconnu adhérer à la doctrine des Témoins de Jéhovah en matière de transfusion sanguine et être opposés à l’usage de cette méthode thérapeutique (2).
Sur la révision de la reconnaissance du statut cultuel des associations loi de 1905
Voir Page 143 à 152 du rapport qui propose de prendre en compte l'intérêt supérieur des enfants et de revenir à un système d'autorisation non automatique de la reconnaissance du statut d'association cultuelle.
Citations des auditions
M. Jean-Michel ROULET
Président de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES) (Procès-verbal de la séance du 12 juillet 2006)
- Page 13 : "Cela dit, contrairement à ce que l’on pourrait croire, il se peut que les enfants soienten danger alors même qu’ils vont à l’école publique. C’est, par exemple, le cas des enfants des Témoins de Jéhovah, qui reçoivent le même enseignement que tous les futurs citoyens de leur âge. On pourrait en conclure que tout va bien. Non, tout ne va pas bien. Parce que ces enfants entendent chez eux un discours tendant à discréditer l’enseignement qu’ils reçoivent à l’école : « On va te raconter des histoires complètement fausses ; les professeurs vont te parler de la théorie de Darwin, qui est une invention du Diable ; seule la théorie créationniste est vraie ; ne le dis pas à tes camarades, laisse-les dans l’ignorance. Mais pour avoir de bons résultats scolaires, apprends tout de même ce que t’enseignent tes professeurs et restitue-le dans tes devoirs. » On demande ainsià ces enfants d’apprendre et de réciter quelque chose en quoi on leur dit de ne pas croire et qu’on leur présente comme une création du diable. Ils sont donc en apparence en milieu ouvert, mais sont en fait en milieu fermé, en étant obligés de jouer la comédie."
- Page 18 : "Les organisations sectaires présentes à Strasbourg ou à Bruxelles ne sont pas très nombreuses. On retrouve toujours les mêmes. Il s’agit pour l’essentiel de l’église de scientologie et des Témoins de Jéhovah. Ce qui me réconforte, c’est que l’ensemble des personnalités européennes que j’ai pu rencontrer, notamment le directeur des affaires juridiques belge, ne sont absolument pas dupes de l’activité des lobbyistes présents auprès des institutions européennes.
Le danger n’est donc pas l’emprise des organisations sectaires sur les institutions européennes elles-mêmes. Il est davantage du côté des parlementaires des nouveaux pays membres, où les organisations sectaires commencent à s’implanter. Lorsque à Bruxelles, leurs lobbyistes demandent à ces parlementaires de déposer une motion ou un amendement, ces derniers le font parfois de très bonne foi. C’est donc aux groupes politiques qu’il appartient de travailler ensemble de façon plus étroite pour mettre en évidence le risque sectaire et ses conséquences."
M. Emmanuel JANCOVICI
chargé de mission pour la coordination, la prévention et le traitement des dérives sectaires à la sous-direction des âges de la vie (direction générale de l’action sociale) du ministère de la santé et des solidarités
- Pages 20 et 21 : "Devant l’ampleur du phénomène, le ministère a décidé de conduire une enquête sur la situation des enfants et la manière dont ils sont élevés, afin de pouvoir donner aux professionnels de la protection de l’enfance des éléments de repérage. Nous avons enquêté pendant près de deux ans auprès d’un groupe d’une vingtaine de jeunes ex-adeptes des Témoins de Jéhovah. Nous l’avons fait avec l’appui de spécialistes incontestés de la protection de l’enfance. Nous avons également tenté d’obtenir des éléments de connaissance sur des adultes ayant vécu dans d’autres groupes, de façon à comparer les données que nous avons pu recueillir.
- Ce travail ne prétend pas décrire scientifiquement un groupe comme celui des Témoins de Jéhovah, ni donner des éléments sur le devenir prévisible des enfants qui s’y intègrent. Il doit permettre de saisir le contexte dans lequel ces enfants se trouvent. Les travaux universitaires sur ce groupe nous mettent en face d’une multinationale dont les capacités de lobbying, nous l’avons par ailleurs constaté, sont considérables, tout comme ses capacités d’expertise et ses capacités juridiques. Nous avons été surpris d’apprendre, dès notre première réunion avec ces jeunes ex-adeptes, que ceux-ci faisaient encore chaque nuit des cauchemars. Trois d’entre eux avaient besoin d’une veilleuse pour affronter la nuit. Une partie d’entre eux ont recours de manière régulière à des psychotropes. Deux ou trois ont fait des tentatives de suicide. Enfin, sur la totalité, soit une vingtaine, quatre ont déclaré avoir subi dans leur enfance des agressions sexuelles.
- La santé des enfants est un élément essentiel. Pour l’apprécier, il faut connaître le cadre de vie général, des enfants comme des adultes. Ce cadre général est porté par une doctrine, qui a des effets angoissants et terrorisants : selon elle, nous vivons dans un univers où Satan est omniprésent ; un jour, Jéhovah arrivera et détruira tout ce qui est mauvais sur terre. Seuls y échapperont les Témoins de Jéhovah. Ce cadre général entraîne chez les enfants une très grande docilité.
- J’ai demandé aux jeunes ex-adeptes comment ils faisaient pour vivre dans la perspective d’une transfusion sanguine, s’ils étaient opérés. Ils m’ont répondu que lorsqu’on est un Témoin de Jéhovah, on espère devoir être opéré pour pouvoir, le jour de l’opération, prouver qu’on est un bon Témoin de Jéhovah en refusant la transfusion sanguine. C’est une logique de type kamikaze !
- Les enfants sont pris dans un système de codification où très peu de choses sont permises. Est institué un système de surveillance totale, où les parents surveillent les enfants et les enfants surveillent les parents au cas où ils ne respecteraient pas la réglementation interne. Cela met en cause la capacité de ces enfants à vivre et à avoir des désirs. Ne sachant plus ce qui est permis ou interdit, ils s’interdisent d’eux-mêmes un certain nombre de choses sans que le groupe lui-même n’édicte des interdits.Toute l’énergie des adeptes est détournée pour le groupe et par le groupe.Ils sont pris dans un système totalitaire dans la mesure où ils n’ont aucune ouverture sur l’extérieur.
- Pour autant, il ne faut pas tomber dans la victimologie. Dans un tel système, certaines personnes font preuve de davantage de souplesse et d’ouverture. Par ailleurs, tout n’est pas négatif pour un adepte : par le biais du prosélytisme, on développe une certaine forme d’intelligence ; sauf que celle-ci ne permet pas aux jeunes gens de penser.
- Les Témoins de Jéhovah comptent 45 000 enfants. Ces derniers sont conçus pour devenir des adeptes, et rien d’autre. Ils sont pris dans le même mécanisme que leurs parents, sans aucune liberté et sous un contrôle permanent. Les parents sont les relais du groupe auprès de leurs enfants ; ils n’ont plus leur fonction parentale. En voici un exemple tragique :
- une mère s’aperçoit que son fils adolescent reste en retrait du groupe ; elle l’interroge et il lui dit qu’il n’y croit plus. Elle lui répond que : « Dans ce cas-là , tu ne fais plus partie des nôtres ». Elle lui dit qu’il ne fait plus partie non plus de la famille, qu’il a quinze jours pour partir. Elle organise le soir même un repas destiné à marquer qu’il ne fait plus partie de la communauté.
- Tout cela ne permet pas de développer l’autonomie de l’enfant ni sa capacité à réfléchir en dehors de la communauté. On répète à un petit enfant de six ans dix fois la même chose. La onzième fois, on le félicite en lui disant qu’il est très intelligent. C’est un procédé de manipulation mentale. L’enfant a l’impression d’avoir pensé par lui-même quelque chose qui lui a été répété dix fois. Dans ce système, sa pensée n’existe pas, il n’a pas la possibilité de penser. C’est très dangereux du point de vue de la santé mentale.
- Autre élément qui a également des répercussions sur la santé physique des enfants : dans tous ces groupes, les enfants réservent beaucoup de temps à la prière, à la formation religieuse et au prosélytisme. Un enfant Témoin de Jéhovah consacre dès huit ou dix ans une vingtaine d’heures au groupe, ce qui est considérable si on ajoute ce temps à celui de sa scolarisation. La situation est totalement déséquilibrée, il n’y a plus de temps de l’enfance.
- Mon prédécesseur vous a sans doute parlé de cette fausse scolarisation. Là encore, le système est complètement pervers. Parfois, on ne sait même pas que les enfants existent.
- À Tabitha’s Place, des enfants n’avaient pas été déclarés à l’état-civil ; comment voulez-vous que le dispositif de protection de l’enfance fonctionne ? À l’inverse, avec les Témoins de Jéhovah, tout paraît normal. Sans un travail extrêmement fin, rien n’est décelable.
- S’agissant de cette double scolarisation et du point de vue de la santé mentale, les enfants vivent dans une obligation constante de dissimulation. C’est pour eux une pression considérable.Dès lors qu’un enfant est scolarisé, les parents sont obligés d’indiquer aux enseignants leur appartenance. Le but est d’éviter toute socialisation en dehors de l’école, de conforter la culture dans laquelle ils se trouvent placés, et ils se sentent rejetés et persécutés. Or chez les Témoins de Jéhovah, selon la doctrine, quand on est rejeté et persécuté, on est dans la vérité."
- Page 22 : "Certains groupes prônent l’inceste, mais ils sont minoritaires. Dans le groupe de jeunes ex-adeptes, quatre d’entre eux avaient victimes d’abus sexuels. Je leur ai demandé si, à leur connaissance, ces situations étaient assez fréquentes dans ce groupe. Ils m’ont répondu par l’affirmative. Une émission de télévision que je pourrai vous communiquer, a été réalisée en Suède et a fait l’objet d’une procédure de la part des Témoins de Jéhovah, qui voulaient qu’on l’interdise. Elle montre que ces situations sont très fréquentes, qu’elles sont déniées par ce type de groupes et qu’aucune aide n’est apportée aux victimes ; celles qui souffrent trop sont même rejetées. Cela dit, il existe cette justice parallèle que sont les comitésjudiciaires.
- Avec les sectes, quelles qu’elles soient, nous sommes face à des systèmes clos. Les spécialistes de la protection de l’enfance, au-delà même de la question des sectes, savent depuis longtemps que tous les systèmes clos sont le support de fonctionnements pathologiques susceptibles d’entraîner de la maltraitance et des abus sexuels. L’année dernière, Mme Claire Brisset, l’ancienne défenseure des enfants, m’avait fait remarquer que tout système clos est pathogène. Nous pensons donc qu’à partir du moment où il existe un système clos, toute secte est dangereuse.
- L’ancien président du tribunal pour enfants de Paris, M. Alain Bruel, recevait régulièrement en audience de cabinet les enfants Témoins de Jéhovah qui devaient être opérés et dont les familles étaient violemment opposées à la transfusion. À chaque fois qu’il a été amené à prendre des décisions permettant une transfusion, il a eu le sentiment que les familles étaient soulagées"
- Pages 26 et 27 : " Ensuite, ceux qui quittent une secte ne se précipitent pas vers les associations.
- Pourquoi le font-ils ? Parce qu’à un moment, les choses s’éclaircissent pour eux. Je peux vous donner un exemple : dans une famille de Témoins de Jéhovah depuis plusieurs générations, le père d’un adepte a dû être opéré. Il a accepté la transfusion et a été exclu par les « Anciens ». Il est décédé à la suite de l’opération. L’adepte, âgé d’une vingtaine d’années, s’est retrouvé seul à l’enterrement. Là , trop c’est trop !"
- Pages 27 et 28 : "S’agissant de la pédophilie, en 1989, j’ai eu la responsabilité ministérielle de la construction du téléphone vert « enfance maltraitée ». Nous avons du mal à repérer et à admettre les maltraitances et les abus sexuels. Il a fallu trente ans de travail pour que la société les admette.
- Les Témoins de Jéhovah jouent sur un aspect très volontariste. Ce sont des gens « propres sur eux ». Participe de cet effet la proximité avec le catholicisme. Le groupe nous apparaît comme très proche de nous et nous avons du mal à penser qu’il peut s’y dérouler des pratiques de pédophilie et des agressions sexuelles. Enfin, si j’ai pu avancer certains éléments, c’est à la suite d’un très long travail d’enquête. Je pense qu’on pourrait retrouver ces situations dans d’autres groupes d’ailleurs élargi mes propos à d’autres groupes. Mais encore une fois, mes propos ne visaient pas les Témoins de Jéhovah en tant que tels, mais des situations dans lesquelles peuvent se trouver des enfants dans des systèmes de ce type. Je n’ai pas pour visée de déclencher une enquête judiciaire à l’encontre des Témoins de Jéhovah, mais de comprendre dans quel élément contextuel se trouvent certains enfants et certains adultes.
- Je pense qu’il doit exister une tension très forte dans ce groupe, entre la fermeture du groupe et la répression sexuelle. Des adultes m’ont dit qu’il y avait un tel contrôle de l’intimité que, la plupart du temps, les couples n’ont plus de vie sexuelle. Et cela peut entraîner des dérives."

