Études supérieures

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Le point de vue de la Société Watch Tower sur les études supérieures a été maintes fois exprimé dans les publications de l'organisation. D'une manière assez constante, le mouvement religieux n'a jamais interdit formellement aux jeunes Témoins de poursuivre des études à l'université, mais a toujours montré qu'elle le déconseillait, sans toutefois nier la valeur de l'instruction en général. La Watch Tower s'efforce de démontrer qu'il vaut mieux limiter la durée de ses études afin d'éviter de gaspiller son temps et son argent et de mettre en danger sa "spiritualité" au contact de l'enseignement profane (philosophie, préhistoire, évolution...) et des mauvaises compagnies pouvant mener à l'usage de drogue ou d'alcool ou à l'immoralité. Comme le prouvent certaines études menées sur le sujet, cette critique des études supérieures a pu parfois avoir des conséquences au niveau du statut social et des conditions de vie des adeptes qui ont suivi de telles recommandations.

Historique

Le point de vue de la Watch Tower sur les études supérieures a toujours été a peu près constant. Sous la présidence de Charles Taze Russell, il était conseillé aux parents de pas envoyer leurs enfants à l'université, car d'une part celle-ci enseignait des doctrines jugées critiquables telles que l'évolution, et d'autre part, les hautes études n'étaient pas perçues comme étant nécessaire pour devenir un évangélisateur. Joseph Rutherford, qui était particulièrement "anti-intellectuel", ne changea pas ce point de vue.[1] Plus tard, dans les années 1970, un drame d'une assemblée de district décourageait fortement les jeunes de fréquenter l'université, et l'historien James Penton relève que "cette animosité toujours latente de la Watch Tower envers l'éducation universitaire devint plus évidente".[2] À cette même période, des parents Témoins d'Amérique du Nord ont commencé à retirer leurs enfants des universités en raison des climats d'immoralité et de drogue qui régnaient sur les campus. Cet esprit de condamnation des hautes études a persisté au fil des décennies jusqu'à maintenant, même si, dans le même temps, la valeur de l'instruction a aussi été présentée dans les publications.[1]

Autour des années 2000, des observateurs extérieurs constataient qu'un revirement se manifestait dans l'organisation des Témoins de Jéhovah, encourageant des études plus poussées, changement que certains mettaient sur le compte de besoins de la Société Watch Tower, notamment en informatique ou dans le domaine du droit.[3] Cependant, de récents articles de La Tour de Garde, comme celui du 15 avril 2008, ou le discours prononcé lors d'une assemblée par un membre du Collège Central, Gerrit Losch, qui, tout en affirmant ne pas donner d'ordre aux adeptes Témoins, a comparé les études supérieures à un suicide (voir la vidéo en fin de page), amènent à s'interroger sur un possible retour en arrière de la position de l'organisation des Témoins de Jéhovah.

Par ailleurs, on constate que les publications sont moins virulentes vis-à-vis de l'université lorsqu'elles sont à destination d'un plus large public que lorsqu'elles s'adressent principalement aux fidèles du mouvement religieux. Ainsi, les Réveillez-vous! ou la brochure à destination du corps enseignant semblent surtout mettre en avant les problèmes pratiques que peuvent présenter les études supérieures (coût, insécurité de l'emploi...), tandis que les Tour de Garde et livres principalement pour les Témoins établissent davantage un lien direct avec la diminution de l'implication dans l'organisation (perte de temps qu'elles par rapport aux activités religieuses, et de surcroît, au temps de la fin, ainsi que danger pour la foi au niveau des croyances): il s'agit donc d'une présentation adaptée au public qui s'apparente beaucoup à celle qu'a fait la Société Watch Tower à propos d'Internet. On peut aussi noter que des articles des années 1970 traitant de cette question ont engendré des critiques de la part des lecteurs qui les trouvaient peu équilibrés.

Statistiques

En 1993, aux États-Unis, des chercheurs ont publié le résultat d'un sondage mené dans ce pays auprès de 113 000 personnes appartenant aux principaux groupes religieux, et avec 4,7%, les Témoins de Jéhovah constituait le mouvement ayant le plus faible pourcentage de leurs membres diplômés du collège, arrivant ainsi en 30è position. La même enquête révéla que seulement 67,6% des Témoins de Jéhovah blancs étaient diplômés de l'école secondaire, contre 80,9% pour les non-témoins.[4] En 1998, un sondage de la SOFRES réalisé en France fit le constat suivant: "Le niveau d'instruction des interviewés est également voisin de celui de la moyenne des Français, sauf pour la catégorie des diplômés de l'enseignement supérieur de cycle long (BAC + 5) qui, elle, est sous-représentée par rapport à la moyenne : 3% contre 12% en national. Ce taux est cependant plus élevé (7%) dans la tranche d'âge 15 à 34 ans."[5] En 2002, le sociologue Andrew Holden nota que les jeunes Témoins qui progressaient jusqu'au baptême ne s'inscrivaient que rarement à l'université.[6]

Dans ses publications, la Watch Tower elle-même cite des cas de jeunes qui, bien qu'étant parfois très doués pour les études et/ou ayant reçu des encouragements ou une bourse, ont renoncé à poursuivre leur carrière étudiante pour se consacrer davantage aux activités religieuses de l'organisation.[7][8][9][10]

Certains parents peuvent faire le choix de faire suivre des études plus longues à leurs enfants, mais apparemment cela reste une minorité, car la poursuite d'études est souvent regardée comme un signe de manque de spiritualité pouvant restreindre l'accès à des fonctions dans l'organisation. Toutefois, il convient de préciser que, concrètement, dans des pays comme la France, les règles ne sont pas toujours appliquées à la lettre, car le mouvement, qui a vu sa réputation mise en cause par les associations anti-sectes et des ex-membres qui lui reprochaient de prôner le retrait social des adeptes, désire à présent offrir une image plus sympathique au grand public; aussi, une règle tacite dans l'organisation veut que seules les études longues, généralement lorsqu'elles dépassent deux années après le BAC, constituent effectivement des études supérieures. Par ailleurs, les études longues ne sont pas découragées par le mouvement lorsque les compétences acquises sont mises au service des intérêts de celui-ci: c'est le cas notamment dans les domaines telles que la sociologie, le droit et la médecine, qui peuvent se révéler fort utiles pour défendre le mouvement et lui permettre d'exercer un certain lobbying.

Répercussions

Critiques dans la congrégation

Dans les faits, il n'a jamais été officiellement dit dans les publications qu'il était strictement interdit de s'inscrire à l'université, et cela n'est pas passible d'exclusion; néanmoins, les jeunes qui optent pour ce choix (et leur parents) ont parfois fait l'objet de pressions et furent, dans certains cas, contraints d'abandonner leurs études pour ne plus prêter le flanc aux critiques.[11] Raymond Franz, un ex-membre du Collège Central, expliqua que lors de certaines sessions de ce corps dirigeant, la question de savoir si un père de famille pouvait être nommé ou rester ancien, c'est-à-dire s'il était digne de recevoir ou de conserver une charge de surveillance dans la congrégation, alors que l'un de ses enfants s'était lancé dans des études universitaires, fut débattue.[12] En 2008, le plan d'une réunion des surveillants de circonscription avec les anciens et les assistants ministériels contenait une partie intitulée "Des paroles saines à propos de l'éducation profane" qui posait la question: "Est-ce qu'un frère pourrait continuer à satisfaire les exigences du maintien des privilèges de la congrégation si lui, sa femme ou ses enfants faisaient des études supérieures?", après quoi deux situations concrètes étaient examinées.[13] Ces points de vue sont toujours en vigueur en 2011, comme le révèlent les réunions de l'École du Ministère du Royaume au cours desquelles il fut rappelé qu'un ancien pouvait perdre ses fonctions dans le cas où au moins l'un de ses enfants poursuivait des études supérieures.

Penton cite le cas de deux Témoins qui ont fréquenté l'université: l'un fut "maltraité" dans sa congrégation et jugé indigne d'accéder à des fonctions particulières, et une femme déclara avoir, avec sa mère, fait l'objet d'"âpres critiques", d'"ostracisme", de "harcèlement psychologique" et de "persécution" de la part de ses coreligionnaires.[11] Plus récemment, une fille du Kentucky, aux États-Unis, éduquée par des Témoins de Jéhovah et venant de recevoir la prestigieuse bourse Rhodes expliqua en novembre 2009 comment elle est allée à contre-courant de la vision du mouvement religieux sur les études en persévérant dans cette voie malgré les critiques.[14] À titre de comparaison, il est à noter que Judas, le fils du membre du Collège Central Albert Schroeder, a pu suivre des études de droit pour obtenir une licence sans que cela ne remettre en cause le statut de son père dans l'organisation.

Frustration

Holden déclare que le fait de ne pas poursuivre ses études à l'université peut devenir une "source de regret" dans les années ultérieures pour les jeunes qui décident de quitter le mouvement. Il cite ensuite le cas d'un ex-Témoin qui a repris ses études et qui déplore que sa sœur, pionnière, n'a pas de direction dans sa vie, travaillant à mi-temps dans un magasin de fruits et légumes, ne possédant pas son propre toit et ne prévoyant pas sa retraite.[6] D'une manière générale, la Société Watch Tower a surtout privilégié les professions manuelles, et cela en dépit du manque d'intérêt et/ou de capacités de certains jeunes Témoins pour ces emplois, ce qui a pu conduire à une certaine frustration.[1]

Niveau de vie peu élevé

Dans certains pays tels que les États-Unis, les consignes semblent être suivies de façon plus rigoureuse. En effet, le sondage de 1993 cité plus haut qui révélait que les Témoins de Jéhovah constituait le mouvement ayant le plus faible pourcentage de leurs membres diplômés du collège, indiquait aussi, chiffres à l'appui, que cela n'était pas sans incidence sur le niveau de vie: les Témoins se classaient 24è sur 30 pour ce qui était du revenu, et 30è, donc dernier, en ce qui concernait le statut social.[4] De même, une enquête menée aux États-Unis en 2010, qui corrobore les résultats d'une autre enquête dirigée trois ans auparavant, fit apparaître que seuls 18% des adeptes Témoins de Jéhovah gagnent au moins 75 000 dollars annuellement, ce qui constitue le deuxième pourcentage le plus bas de l'étude (contre 31% pour la moyenne nationale), et que seuls 8% d'entre eux sont diplômés du collège, ce qui est le plus faible taux de tous les groupes religieux examinés (contre 27% pour la moyenne nationale).[15] Ainsi, les règles de l'organisation à l'encontre de l'éducation ont produit l'un des plus grand groupes religieux sous-éduqués des États-Unis, avec un niveau d'éducation exceptionnellement faible, un taux d'abandon du lycée très élevé. Cela entraîne des perspectives de carrière médiocres, un faible statut social, et une piètre estime de soi.[16]

Présentation dans les publications

Publication Contenu + procédé(s) utilisé(s)
Réveillez-vous!, 22 septembre 1971, pp. 7-12, article "Que penser des études supérieures?" Les sous-titres révèlent le genre de critiques qui est formulé contre l'université: des cours inappropriés qui préparent mal les étudiants, un coût élevé, des problèmes comme l'immoralité, la violence et la drogue, l'inutilité des diplômes. Une phrase pourrait résumer le ton de l'article: "Dans les établissements d'enseignement supérieur, les jeunes sont exposés à un climat de violence, de scepticisme et d'immoralité sexuelle avec sa suite de maux: maladies vénériennes, grossesses non désirées, désenchantement et toxicomanie. Est-ce là le climat que vous souhaitez pour vos enfants?"

=> Arguments 3,6,7

La Tour de Garde, 15 décembre 1975, p. 764, article "Questions des lecteurs" "Il ne serait guère raisonnable pour un jeune garçon, ou une jeune fille, de poursuivre de son propre gré des études coûteuses au delà de ce qu'exige la loi ou ses parents. D'après <CiteBible>1 Timothée 6:20</CiteBible>, il serait peu sage de se remplir l'esprit des philosophies des hommes imparfaits (...). C'est pourquoi des années d'étude à l'université peuvent présenter des pièges. On peut subir un véritable "lavage de cerveau" à cause de l'enseignement de philosophies humaines et permettre ainsi la destruction de sa foi en Dieu et dans la Bible." Puis sont critiquées les "théories athées" et "l'état d’esprit qui règne dans les universités [qui] a souvent une très mauvaise influence sur les mœurs".

=> Arguments 1,3

La Tour de Garde, 15 octobre 1982, pp. 12-15, article "Un point de vue sage sur les études" L'article met en avant le coût financier des études supérieures ainsi que les mauvaises fréquentations qui peuvent conduire toutes sortes de vice: "l'immoralité, la toxicomanie, l'abus des boissons alcooliques, la perversion et la contestation". De même, il est dit que des Témoins qui ont fréquenté l'université sont devenus "des évolutionnistes, des athées et des détracteurs des vérités bibliques", et sont tombés dans le matérialisme. Selon l'article, tout cela constitue le "prix effrayant qu'il faudra peut-être payer" pour l'université. En réponse à ceux qui rétorqueraient que certains ont suivi des études supérieures sans tomber dans les travers cités, La Tour de Garde utilise cette illustration: "Tous les enfants qui jouent dans une rue passante ne se font pas écraser par une voiture. Il y en a qui atteignent l'âge adulte. Mais laisseriez-vous pour autant vos enfants jouer dans une rue passante?"

=> Arguments 1,3,5,6

Réveillez-vous!, 22 janvier 1985, p. 15, article L'article composé d'un seul paragraphe présente comme une "croyance répandue" l'idée selon laquelle les parents font une erreur en n'inscrivant pas leurs enfants à l'université, et valorise les travaux manuels.

=> Argument 2

Réveillez-vous!, 22 mai 1985, p. 28, article "Nos lecteurs nous écrivent" Un courrier critique l'article du 22 janvier 1985 qui, à son avis, présentait les hautes études comme un programme formant les jeunes pour des emplois de bureau. La Société répond qu'il existe de "nombreux avantages à recevoir une formation manuelle" et précise les risques liées à l'université: l'affaiblissement dans l'implication religieuse et l'immoralité.

=> Argument 3

Réveillez-vous!, 22 juin 1985, p. 16-18, article "Les jeunes s'interrogent... Comment choisir une carrière?" Le périodique déclare que "des conseillers bien intentionnés" vont peut-être affirmer que des études supérieures seront "indispensables", mais pour infirmer cela, la Société cite le cas de "l'homme d'État et écrivain sir Winston Churchill" qui n'est pas allé à l'université (il est curieux de constater qu'un grand du "monde" serve soudainement d'exemple). Puis l'article déclare: "De nombreux jeunes ont renoncé à entreprendre de longues études en raison de l'incertitude de l'avenir" (la suite de l'article indique que cette expression renvoie aux progrès techniques qui peuvent rendre obsolète une formation spécialisée). L'article conclut sur le fait que "de nombreux jeunes Témoins de Jéhovah choisissent de faire carrière dans l'œuvre qui consiste à enseigner la Bible à autrui à plein temps."

=> Arguments 2,4,5,7

Réveillez-vous!, 8 janvier 1987, p. 15, article "Les études supérieures: à quoi mènent-elles?" L'article est construit autour d'une déclaration critique d'un journaliste qui se résume ainsi: on n'apprend rien à l'université et la désillusion qu'elle engendre conduit au vide, à la déprime et à l'inquiétude. Le désir de posséder des bien matériels qui pousse à s'inscrire à l'université provient de "ces manipulateurs persuasifs que sont les médias, qui savent habilement exploiter vos défauts".

Remarque: Cet article a reçu des lettres négatives (voir ci-dessous), sachant que la première lettre publiée pour corroborer cet article a généré d'autres mécontents.

=> Arguments 2,3,7

La Tour de Garde, 15 août 1987, pp. 11,12, article "Jeunes gens, qu'allez-vous faire de votre vie?" L'article précise que des parents ou des amis pourraient conseiller un jeune avec un "sentimentalisme malavisé" en lui disant de suivre de hautes études plutôt que d'entreprendre le service de pionnier ou de travailler au Béthel. Il est expliqué que, s'il est vrai que les rédacteurs bibliques Luc et Paul étaient instruits, ils ont reçu cette instruction avant leur conversion. La réussite sociale est présentée comme étant à l'origine de la frustration et de la désillusion. Afin de décourager une carrière dans le monde, l'article déclare: "Nous pourrions nous comparer à des personnes qui voient sur un bâtiment un écriteau portant l'inscription: "Entreprise en cours de liquidation." Chercheraient-elles à s'y faire embaucher? Bien sûr que non! Et quiconque travaillerait dans cette entreprise envisagerait avec sagesse de trouver un emploi ailleurs."

=> Arguments 1,7

Réveillez-vous!, 8 septembre 1987, p. 28, article "Nos lecteurs nous écrivent" Une lettre est publiée, dans laquelle le rédacteur confirme les propos tenus le Réveillez-vous! du 8 janvier 1987, à savoir que les études supérieures ne "préparent absolument à rien" et constituent un "gaspill[age]" de temps.

Remarque: La publication de cette lettre engendra plusieurs courriers mécontents, estimant que celle-ci n'étaient probablement pas représentative de tout ce que la Société avait reçu comme réponses sur le sujet.

Réveillez-vous!, 8 novembre 1987, p. 28, article "Nos lecteurs nous écrivent" Un lecteur se dit "très déçu" de l'article et de la lettre parues dans les numéro du 8 janvier et 8 septembre 1987. Dans sa réponse, les éditeurs prétendent n'avoir "encore reçu aucune lettre qui critique l'article sur les études supérieures" (?), puis tout en reconnaissant "qu'il appartient à chacun de décider s'il ira ou non à l'université", ils continuent de soutenir la citation critique du journaliste comme "présenta[n]t des réflexions très judicieuses et sensées", et mettent à nouveau en garde contre les dangers des hautes études (peu de débouchés, matérialisme).

=> Arguments 3,7

Réveillez-vous!, 22 janvier 1988, p. 28, article "Nos lecteurs nous écrivent" Deux lecteurs de l'article du 8 janvier 1987 traitant de l'université expriment leur mécontentement, estimant que cet article était "injuste et partial". En réponse, la Watch Tower liste les raisons de sa mise en garde contre l'université: 1/ représente un danger pour les croyances religieuses; 2/ promeut le matérialisme; 3/ est nuisible au niveau du mode de vie qu'elle propose (alcool...); 4/ n'encourage pas les intérêts du Royaume, l'implication dans la prédication devant être un objectif du jeune Témoin.

=> Arguments 1,3,4,5

Les jeunes s'interrogent — Réponses pratiques, 1989, pp. 177-79; Réveillez-vous!, 8 mai 1989, pp. 13,14, article "Les jeunes s'interrogent... Quelle carrière choisir?" Le coût de l'université est abordé dans une note. Il est dit que le diplôme ne garantit pas de trouver un travail ni d'obtenir un revenu bien plus élevé et qu'il ne faut pas se fier aux statistiques. Selon le périodique, dans les universités règnent une "atmosphère de compétition acharnée et de matérialisme égoïste";il s'agit d'un environnement malsain (drogue alcool), et le travail requis peut amener certains à négliger leur spiritualité. Tout en déclarant qu'"il s'agit néanmoins d'un choix personnel", le périodique fait remarquer que "compte tenu de ces faits, beaucoup de jeunes chrétiens ont renoncé à poursuivre des études universitaires". Les objectifs spirituels sont privilégiés.

=> Arguments 3,4,5,6

Réveillez-vous!, 22 août 1989, p. 30, article "Nos lecteurs nous écrivent" Un courrier critique l'article du 8 mai 1989, affirmant qu'il constituait un "mauvais procès" aux études supérieures et énonçant "une contre-vérité pure et simple". Dan sa réponse, la Watch Tower dit se baser sur des "sources dignes de foi" prouvant que les études n'étaient pas un gage de réussite matérielle dans la vie. Là encore, la décision de suivre des études ou non est présenté comme étant un choix personnel, mais qu'il faut veiller à l'"influence malsaine" que l'université peut exercer.

=> Arguments 3,7

Réveillez-vous!, 8 juin 1990, p. 30, article "Nos lecteurs nous écrivent" En réponse à un lecteur ayant écrit que "certains pensaient naguère qu'il était systématiquement blâmable pour un jeune chrétien de faire des études universitaires", la Watch Tower répond: "C'est aux parents de décider dans quelle mesure il est approprié que leurs enfants continuent leurs études. (...) Il n'est pas condamnable en soi de poursuivre une formation professionnelle au delà du second cycle. (...) [Mais] un chrétien se doit de donner la priorité aux avancements des intérêts du Royaume."

Remarque: Une telle réponse figure dans un périodique à destination du grand public. Par ailleurs, on peut noter la façon de procéder typique de l'organisation: d'un côté, "vous choisissez, vous êtes libres", et d'un autre "oui, mais un chrétien se doit d'agir de telle et telle manière".

=> Argument 4

Les Témoins de Jéhovah et l'instruction, 1995, p. 13-15 Il est dit qu'"une bonne instruction doit aussi développer chez l’enfant la joie de vivre et l'aider à devenir un homme ou une femme équilibré qui trouvera sa place dans la société", puis la publication met en avant avant toute une série de saine distraction qui sont présentées comme "t[enant] une place importante dans l'instruction harmonieuse d’un enfant" et auxquelles les Témoins accordent une grande importance (!). Pour relativiser l'importance des études, il est fait référence à certains problèmes bien concrets: précarité de l'emploi, chômage. Il est dit qu'une "instruction équilibrée doit tenir compte du fait qu'il faut plus que la seule prospérité matérielle pour être vraiment heureux" et que les Témoins "estiment que s'il est important de préparer les enfants à pourvoir à leurs besoins matériels, il est également important de leur inculquer des qualités spirituelles et morales".

Remarque: Cette publication à destination du personnel enseignant est beaucoup plus équilibré dans ses remarques que les autres Tour de Garde traitant du sujet. Il s'agit d'un exemple de langue de bois dans lequel le discours est manifestement assoupli, se concentrant sur le bonheur personnel du jeune, sans toutefois définir ni indiquer ce qu'implique cet "épanouissement" dans la langue jéhoviste (retrait du monde, vie dans un sentiment d'urgence, soumission totale à une organisation...)

=> Argument 5

La Tour de Garde du 1er octobre 2005, p. 29 "De nos jours, il est communément admis qu'il faut impérativement passer par l'université ou par une grande école pour réussir. Mais les chrétiens ne suivent pas l'opinion populaire. (...) Nous ne devons pas céder à l'esprit matérialiste du monde (...). Aussi, jeunes chrétiens, posez-vous ces questions: Est-ce que je fais le maximum pour 'accomplir mon ministère', pour acquérir les qualités requises d'un ministre de la Parole de Dieu? Qu'ai-je prévu de faire pour m'acquitter de mon ministère "pleinement"? Ai-je envisagé de faire du service à plein temps l'activité principale de ma vie."

=> Arguments 2,4

La Tour de Garde, 15 avril 2008, p. 4 "Maintenant, que dire des longues études, effectuées à l'université ou dans une grande école? Quantité de gens les considèrent comme indispensables à la réussite. Seulement, nombre d'étudiants sortent de ces établissements la tête remplie de théories pernicieuses. En faisant de longues études, des chrétiens gaspillent leurs jeunes années, qui seraient bien mieux employées dans le service de Jéhovah (<CiteBible>Ecclésiaste 12:1</CiteBible>). Peut-être n'est-ce pas un hasard si, dans les pays où il est courant de suivre de longues études, la croyance en Dieu est plus faible que jamais."

=> Arguments 3,4

Arguments contre l'université

# Argument Procédé + commentaire
1 Décret de la Watch Tower qui a décidé que c'était déraisonnable
  • Vocabulaire connoté, pétition de principe:

La Société Watch Tower se sert d'expression telles qu'il "serait peu sage" et "guère raisonnable" de choisir d'effectuer de hautes études, ce qui, d'emblée, oriente le point de vue de l'adepte qui est censé voir dans ces propos l'expression de la volonté divine via le Collège Central. De même, les enseignements universitaires sont gratuitement assimilés à des "théories pernicieuses" et à des "pièges". Des matières telles que la philosophie sont présentées comme étant le produit d'"hommes imparfaits" — et non d'érudits —, mais la Watch Tower semble oublier de préciser que l'enseignement fourni par son Collège Central n'est lui aussi rien d'autre que le fruit d'être "humains imparfaits" — mais qui seront, eux, présentés comme l'"esclave fidèle et avisé" de Dieu.

  • Déshonneur par association par le moyen de comparaisons péjoratives:

On ne voit pas en quoi il est pertinent de comparer l'université à une rue pleine de voitures ou à un révolver (cf. discours de Gerrit Losch), et pas plutôt à un beau jardin ou à un soin médical salvateur par exemple... D'ailleurs, si ces illustrations étaient vraiment à propos, pourquoi La Tour de Garde de 1982 affirme-t-elle laisser aux parents la décision finale d'envoyer ou non leur(s) enfant(s) à l'université? Dirait-elle, de la même manière, qu'elle laisse aux parents chrétiens le soin de décider si leurs enfants joueraient dans une rue encombrée de voitures ou avec un révolver? Ces comparaisons gratuites sont précisément choisies parce qu'elles sont susceptibles de tenir l'image de l'université dans l'esprit du lecteur qui fera l'association mentale "université" = "mort".

2 Tyrannie du conformisme social
  • Quelques traces de pente glissante:

La Watch Tower utilise ici un schéma paranoïde: elle présente le monde ambiant comme étant astreignant ("impérativement") et conditionnant, forçant les individus à rentrer dans un carcan qui peut finir, au pire, par asséner un véritable "lavage de cerveau". Elle omet toutefois de préciser que l'adhésion au groupe religieux protestataire et peu ouvert qu'elle constitue correspond bien davantage à ce genre de description, avec un conformisme autrement plus impératif et un conditionnement bien plus étouffant. D'autre part, le constat alarmiste et sans nuances de la Watch Tower est discutable.

3 Conséquences jugées néfastes
  • Généralisation abusive:

Les hautes études sont jugées responsables de toutes sortes de maux: l'esprit matérialiste, la perte de la foi et de la croyance en Dieu, et les comportements à risque à cause de mauvaises fréquentations. Toutefois, d'une part, le lien de cause à effet n'est pas établi; d'autre part cet éloge de l'ignorance implique que la connaissance renverserait la foi, ce qui peut paraître surprenant (comment la "Vérité" ne pourrait-elle pas sortir victorieuse d'une confrontation au savoir humain disponible, à moins qu'elle ne soit fausse?); enfin, les comportements nuisibles ne surviendront pas si des valeurs sont réellement ancrées chez le jeune et s'il a reçu une bonne éducation. De plus, l'enseignement de la Watch Tower elle-même a parfois montré son caractère néfaste (attentes déçues, refus d'un soin vital, retrait social, ruptures familiales avec un parent exclu, etc), mais cet aspect n'est tout bonnement jamais présenté dans les publications.

4 Urgence des temps

La Watch Tower répète à l'envi qu'il n'est pas très utile de faire de longues études dans un monde qui n'a pas d'avenir et qu'il vaut mieux donc consacrer le peu de temps qu'il reste avant l'intervention de Jéhovah, à l'œuvre de prédication. Elle oublie de préciser qu'elle a tenu le même raisonnement à des personnes appartenant à plusieurs générations, et cela sans que rien ne se produise, accaparant ainsi la vie de nombreuses personnes qui vécurent dans un sempiternel sentiment d'urgence.

5 Incompatibilité savoir/spiritualité
  • Faux dilemme:

Le bonheur est présenté comme passant obligatoirement par un choix entre instruction ou spiritualité et moralité (cela est certes quelque peu édulcoré dans la brochure de 1995, mais l'adepte sait lire entre les lignes, contrairement à l'enseignant qui ignore tout des Témoins...). Et pourquoi les deux ne pourraient-ils pas se compléter plutôt que s'opposer?

6 Coût élevé

Il est précisé que l'université représente un certain coût financier, ce qui en soit n'est pas faux, mais cet argument — probablement le plus objectif — est quelque peu instrumentalisé: la Watch Tower ne s'intéresse pas tant à la dépense financière que supporteront les parents qu'aux "dangers" que l'enseignement supérieur peut représenter pour son enseignement, étant capable d'éloigner les fidèles de son giron. Cela est particulièrement évident dans le Réveillez-vous! de 1988 dans lequel la Watch Tower résume brièvement les raisons de décourager l'université, et n'y inclut pas le coût financier.

7 Pas un gage de réussite matérielle
  • Appel à l'autorité:

Il est fréquent que la Watch Tower souligne l'inutilité de l'université pour ce qui est d'assurer la sécurité matérielle des jeunes. Pour appuyer ses affirmations, elle fait référence à des rapports d'études et aux déclarations d'un journaliste. Bien sûr, dans ce genre de cas, ces sources sont qualifiées de "digne[s] de foi", "présenta[n]t des réflexions très judicieuses et sensées" (elles n'auraient probablement pas reçu de telles éloges si elles avaient contredit le point de vue de la Watch Tower; c'est en fonction de son dogme que l'organisation détermine ce qui est crédible, judicieux et sensé). De plus, les rapports d'études en question ne sont utilisés que d'une manière qui ne souligne que le côté négatif de l'université.

Vidéos

  • Discours de Gerrit Losch abordant la questions des études supérieures lors d'une assemblée:

Voir aussi

Références

  1. 1,0, 1,1 et 1,2 Penton, 1997, pp. 270,271
  2. Arrowup.png Penton, 1997, p. 101
  3. Arrowup.png "L'enfant face aux parents Témoins de Jéhovah", sur aggelia.be. Consulté le 18 mars 2011
  4. 4,0 et 4,1 Kosmin, Barry A.; Lachman, Saymour P. (1994) (anglais), One Nation Under God: Religion in Contemporary American Society, Three Rivers Press, pp. 258,260,262 (ISBN 978-0517882184)
  5. Arrowup.png Témoins de Jéhovah - Rapport de synthèse, réf. MHI-MVN 98-204, octobre 1998, SOFRES
  6. 6,0 et 6,1 Holden, Andrew (2002) (anglais), Jehovah's Witnesses, Portrait of a Contemporary Religious Movement, Routledge, p. 134 (ISBN 0-415-26610-6)
  7. Arrowup.png La Tour de Garde, 1967, p. 338
  8. Arrowup.png Le Ministère du Royaume, novembre 1969, pp. 3,4
  9. Arrowup.png La Tour de Garde, 1969, p. 451
  10. Arrowup.png Réveillez-vous!, 8 mars 1970, pp. 16-19, article "Ils font grand cas de leur spiritualité"
  11. 11,0 et 11,1 Penton, 1997, p. 273
  12. Arrowup.png Franz, Raymond (2003, 4è éd.) (français), Crise de Conscience, Commentary Press, original de 1983, format pdf, p. 51
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