Historique de l'exclusion

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La mesure d'exclusion telle qu'elle existe aujourd'hui au sein des Témoins de Jéhovah ne s'est pas toujours présentée de la même manière depuis l'époque de Charles Taze Russell. En effet, au fil de temps, le groupe est passé du type "réseau mystique" qui acceptait la différence, à la secte rigide et autoritaire qui n'admit plus les voix dissidentes. Ironiquement, le mouvement en est venu à développer les mêmes caractéristiques — peur de l'exclusion pour pouvoir empêcher d'effectuer ses propres recherches et maintenir les ouailles sous son autorité — que celles qu'il critiquait au sein des autres religions. À cet égard, on peut constater le décalage entre d'un côté la formulation du principe d'exclusion et l'application de ce principe dans d'autres religions, alors présenté comme étant le signe d'un abus d'autorité, et la légitimité qu'il semble trouver lorsqu'il est appliqué par le groupe.

Cette page se propose de retracer l'historique de l'exclusion à partir des propres citations des publications de la Société Watch Tower.

Historique

Historiquement, la mesure d'exclusion fut appliqué depuis les premiers temps de la Société Watch Tower, mais tant les motifs que la façon de procéder et la fréquence des exclusions ont grandement varié. Sous la présidence des Russell tout comme sous celle de Joseph Franklin Rutherford, ceux qui étaient accusés de péchés graves étaient convoqués devant la congrégation locale, et non devant un comité de discipline religieuse composés d'anciens siégeant à huis-clos. À cette époque, les exclusions n'étaient pas fréquentes et ne concernaient que ceux qui créaient des divisions ou qui faisaient la promotion de sectes en se positionnant ouvertement contre les enseignements de la Société Watch Tower (<CiteBible>Romains 16:17,18; Tite 3:10,11</CiteBible>). Toutefois, les règles draconiennes concernant la conduite à tenir vis-à-vis des excommuniés n'était pas encore développée.[1]

C'est en 1944 que la Société décida de tenir les auditions des coupables à huis-clos par des anciens, et c'est à partir de 1952 que non seulement la rupture entre l'excommunié et les adeptes fut marquée très clairement, mais aussi que la liste des "péchés" susceptibles de tomber sous le coup d'une exclusion fut largement allongée, puisqu'elle incluait alors tout comportement censé porter atteinte à la "pureté" de l'organisation. La Société Watch Tower elle-même fait remonter l'historique de cette mesure à 1952, déclarant dans l'une de ses publications: "Depuis 1952 particulièrement, les Témoins de Jéhovah ont mieux appliqué une disposition qui permet de protéger la congrégation: l'excommunication des pécheurs non repentants."[2] Fréquenter un exclu devint un motif d'exclusion en 1955; l'acceptation d'une transfusion sanguine fut un acte jugé passible d'exclusion à partir de 1961.[1]

En 1974, La Tour de Garde reconnut que ses règles du bannissement des exclus avaient conduit à des situations inhumaines et sans amour; bien qu'il était dit de ne pas fraterniser avec les exclus, il était toutefois possible de leur témoigner de la courtoisie et de la compassion. Mais en 1981, un article renversa cette ligne de conduite, en introduisant des règles encore plus dures qu'avant 1974: pas de bonjour aux exclus, et des relations réduites au strict minimum avec des membres de la famille exclus; quant aux personnes qui se retiraient d'elle-mêmes de l'organisation, elle devaient être considérées comme méritant le même traitement que les exclus.[3]

Analyse critique

Concrètement, les changements en rapport avec cette mesure discriminatoire ont toujours été liés à des fins stratégiques: au fur à mesure que le groupe se transformait en mouvement sectaire, il devenait nécessaire de créer un "rideau de fer" entre les anciens membres et les adeptes; d'une part, ceux qui étaient exclus pour faute morale avaient des chances de bien souffrir et de revenir rapidement dans la secte, et la mesure d'exclusion apparaissait ainsi comme la preuve que le groupe ne tolérait pas ce qu'il jugeait immoral; d'autre part, les exclus pour "apostasie" n'étaient plus en mesure de pouvoir faire connaître à d'autres adeptes les aspects litigieux de l'organisation qu'ils avaient découverts et qui auraient pu influencer ces derniers.

De plus, bien que le mouvement affirme se baser sur les préceptes bibliques, l'évolution dans la politique relative aux exclus indique qu'en fait, aucune directive claire n'est définie dans la Bible, et la Société Watch Tower est capable de procéder aux assemblages de versets qu'elle désire ou faire dire aux passages ce qu'elle a envie afin de soutenir son point de vue, tout en le présentant au travers d'expressions indiscutables comme "le point de vue de Jéhovah" ou en indiquant que "la Bible énonce des normes très claires à ce sujet". Les articles de La Tour de Garde de 1974 et de 1981 (voir ci-dessous) emploient ce genre d'expressions et sont capables d'utiliser maints versets bibliques, et ceci alors qu'ils préconisent tous deux une ligne de conduite très différente.

Changements dans les publications

Époque de Russell

Publication Citation + idée générale
La Tour de Garde (angl.), 1879 p. 40, article "The Ten Virgins", par John Paton Alors que d'importants schismes venaient de se produire avec Barbour notamment en 1878, l'article déclare: "Nous ne sommes pas disposés à exclure qui que ce soit sur le compte d'une différence d'opinion sur ces choses, ou pour toute autre raison".[4]

=> Il ne faut pas exclure pour des différences d'opinions.

La Tour de Garde (angl.), 1882, p. 423, article "An Unpleasant Duty" "Nous ne sommes pas de ceux qui excluent des frères chrétiens sur le compte de certaines divergences d'opinion; mais [seulement quand on] en arrive au point de nier le fondement même du christianisme."[5]

=> Il ne faut pas exclure pour des différences d'opinions.

La Tour de Garde (angl.), 1882, p. 321, article "The Beast and his Image" "Mais l'exemple de l'Église d'Angleterre a montré quel prestige elle avait en raison de la voix de l'autorité avec laquelle elle a commandé une révérence pour son clergé et ses enseignements. Cet enseignement par l'exemple n'était pas perdu. Les diverses confessions ressentirent une nécessité d'une NORME COMMUNE DE DOCTRINE qui serait soutenue et confirmée par tous, et donc donnèrent du prestige à leurs enseignements, et amenèrent l'influence combinée de tous CONTRE TOUTE PROGRESSION DANS LA CONNAISSANCE ou le développement de toute différente phase de la VÉRITÉ. Ainsi, ils se protègeraient eux-mêmes en étant en mesure de dire "L'opinion combinée de tous les protestants est contre vous, donc vous êtes des HÉRÉTIQUES, et donc nous vous fuirons, et ne vous appellerons pas frères, mais utiliserons toute notre influence contre vous". Cela a été réalisé par la formation en 1846, de l'"Alliance évangélique." Il a été déclaré que l'un des objets de l'Alliance (et que nous pensons être le principal) est de "Promouvoir entre les différentes dénominations ÉVANGÉLIQUES une coopération efficace - opération dans les efforts pour REPOUSSER LES ENNEMIS COMMUNS et les DANGERS".

=> Brandir la menace du bannissement empêche les progrès dans la connaissance.

La Tour de Garde (angl.), 1883, p. 552, article "Full Proof of his Ministry" En se basant sur la lettre de Jude qui parlent d'individus cherchant à introduire de faux enseignements, l'article déclare qu'il faut bannir les mauvaises influences, mais qu'il faut établir "une différence entre ces ennemis délibérés de la vérité, et ces saints faibles qui avaient été partiellement vaincus par eux, "les arrachant du feu"."[6]

=> Il faut bannir les mauvaises influences, mais pas les faibles

La Tour de Garde (angl.), 1887, p. 923, article "I am not Ashamed of the Gospel" "Nous ne devrions pas ignorer l'aide d'un des enfants de Dieu dans la recherche d'une compréhension des Écritures, mais nous devrions prêter attention à eux seuls d'aussi loin et aussi longtemps qu'ils enseignent et expliquent la Bible, en harmonie avec la Bible. (...) Tout comme l'église de Rome, leur influence [celle des enseignants religieux] s'exerce à restreindre les recherches dans les limites sectaires. Avec la menace implicite de l'exclusion, ils [les leaders religieux] exhortent leurs ministres et leurs étudiants à ne pas rechercher en permanence de la vérité, mais à accepter la voix de leur secte comme infaillible."[7]

=> Qu'une église utilise la menace de l'exclusion pour que ses fidèles acceptent sa voix comme infaillible et ainsi ne recherchent pas la vérité est une méthode sectaire.

La Tour de Garde (angl.), 1887 p. 954, article "Discipline in the Church", par Maria Russell "Certains de ceux qui se marchaient jadis avec nous dans la lumière de la vérité, revêtus de la justice de Christ (...) ont depuis retiré cette robe et sont apparus dans leurs propres guenilles sales, invitant hardiment les autres à faire de même. Alors qu'il est du devoir des membres plus forts du corps du Christ de protéger les plus faibles, de toutes les manières possibles contre ces influences néfastes, il est de leur devoir de lier les délinquants et les chasser - en d'autres termes, de les exclure - pour leur montrer la bonne attitude, et donc de les lier pieds et mains en mettant les autres en gardes, restreignant ainsi leur influence sur l'église."[8]

=> Il est impératif pour les membres forts de bannir les influences néfastes.

La Tour de Garde (angl.), 1893, p. 1588, article "Unequally Yoked" "Être séparé signifie ne pas être amis et compagnons, ou ne pas être en communion pour quelque motif. Cela signifie que nous devons faire une division claire entre nous et tous les impurs, les impurs dans le cœur, tel que cela se manifeste par leur déloyauté envers la vérité, et donc envers Dieu, son grand Auteur: et que cette séparation soit si marquée que l'exclu soit sûr de le savoir, et que personne ne trompe notre obéissance et notre fidélité au Seigneur et à sa vérité. Il ne doit pas y avoir d'obéissance insignifiante ou à moitié dans cette affaire, car nous ne sommes pas seulement séparés dans l'esprit des ennemis du Seigneur, mais nous n'avons pas à toucher les impurs. Comme le dit l'Apôtre d'ailleurs nous devons "les éviter" - ne pas avoir de part avec eux." Ensuite, la bénédiction de Dieu est liée au respect de cette consigne, puis il est dit: "C'est l'esprit du monde. et non l'esprit du Christ, qui considère une telle séparation d'avec les impies et les apostats comme un service difficile. Le cœur loyal ne peut pas admettre à sa communion et fraternité ceux qui n'ont pas la même disposition fidèle."[9]

=> Il un faut pas avoir de relations avec les exclus.

La Tour de Garde (angl.), 1894, p. 1699, § 2, article "'Once in Grace, Always in Grace'" "Le malfaiteur (...) devrait être rapidement excommunié par tous les esprits purs, refusé à toute reconnaissance et à tous les privilèges de la communion, quelle que soit sa profession ou sa connaissance ou ses talents: donc laissé au monde et au diable pour compagnons, il sera le plus susceptible de voir son état et de se réformer."[10]

=> Il un faut pas avoir de relations avec les exclus.

La Tour de Garde (angl.), 1905, p. 3673, article "Scriptural Fellowship" Ceux qui acceptatent le Christ comme Rédempteur et se consacent pleinement à lui sont en droit à recevoir "de l'amour, du respect, la compassion et l'attention de tous autres". Il est dit qu'une étude de la Parole de Dieu indique qu'il est du "devoir d'exclure (en tant que chrétiens) ceux qui, directement ou indirectement, nient que le Christ s'est donné en rançon [un prix correspondant] pour tous, et qui, par conséquent, sont les pires ennemis de la croix du Christ (...). Nous devons n'avoir "aucune part aux œuvres stériles des ténèbres, mais plutôt les condamner.""[11]

=> Il un faut pas avoir de relations avec les exclus.

Époque de Rutherford

Publication Citation + idée générale
La Tour de Garde (angl.), 1919, p. 6385 "Le grand adversaire est rusé, et en tout temps est rapide à faire appel à la passion. Il persuade certains qu'ils doivent (...) procéder à l'exclusion d'autres qui ne peuvent pas, en conscience, prendre la même position. Quelque part, ils semblent penser que leur position radicale leur donne droit, dans un sens très particulier, à la faveur divine et à la bénédiction."[12]

=> L'exclusion est présentée comme une mesure utilisée par le Diable.

La Tour de Garde (angl.), 1920, pp. 101,103 Dans la discussion sur la réunion des actionnaires et la nomination des dirigeants de la société après la mort de Russell: "Une petite minorité qui aime le Seigneur pourrait avoir une opinion différente (...). Si certains n'ont pas envie de travailler en harmonie avec la société ainsi constituée, ce serait leur privilège; et pourtant cela ne signifierait pas qu'il devrait y avoir aucun ressentiment, ni qu'une telle personne doive être excommuniée. (...) Si d'autres voient cela d'une manière différente, c'est leur privilège. Il devrait y avoir une pleine liberté de conscience."[13] Puis, à propos de la minorité qui n'est pas d'accord au sein des ecclesias, il est dit: "Devraient-ils être excommuniés? Certainement pas. Ils doivent être traités avec bonté, comme des frères, en harmonie avec l'exhortation biblique que nous devrions faire le bien envers tous, spécialement envers ceux de la maison de la foi. Devraient-ils être accueillis comme des frères? Absolument. Pourquoi quelqu'un devrait-il être traité méchamment parce qu'il ne pouvait pas voir les choses comme nous les voyons? Que chacun exercer un esprit d'amour, l'esprit du Christ, vers les frères."[14]

Puis, il est dit, au sujet des questions V.D.M., que si quelqu'un n'accepte pas le septième volume des Études dans les ÉcrituresLe Mystère Accompli — et n'est pas prêt à l'enseigner, "il n'était pas excommunié"; "sur la même ligne de raisonnement, il serait totalement inapproprié d'exclure quelqu'un parce qu'il ne pouvait pas tout accepter ce qui était indiqué dans le septième volume".[15]

La Tour de Garde (angl.), 15 mars 1922, p. 86 Il est dit que "dans certaines circonstances", l'église peut exclure un frère, mais que la Bible n'autorise pas l'église à lui infliger une punition en vue de le blesser ou de le déshonorer. "L'exclusion est une punition" qui doit être infligée pour ramener le pécheur. "Quiconque suit une voit tentant de conduire un frère ou une sœur loin des autres personnes du Seigneur suit une voie directement opposée à la sagesse divine. Si une séparation devient nécessaire, que ce soit fait dans la bonté et avec pureté de cœur, et sans tomber dans le discours vindicatif ou amer."
La Tour de Garde (angl.), 1923, p. 120 À propos des oints qui perdent leur amour pour le Christ, ce dernier les a déjà excommuniés et ils sont candidats à la seconde mort. "En temps opportun, le Seigneur s'occupera d'eux de façon visible et ouverte", les supprimera par le moyen de "criblage ou par quelque blessure dans leurs sensibilités leur offrant une excuse pour se retirer".

=> Rien n'est dit à propos d'éventuelles actions par les humains, c'est le Christ qui s'en charge.

La Tour de Garde (angl.), 1925, p. 152 Parmi ceux qui doivent être expulser figurent ceux qui entraînent au péché ou à l'apostasie.

=> Aucune consigne n'est donnée sur la procédure à tenir.

La Tour de Garde (angl.), 15 avril 1937, p. 159 Il est rapporté une réunion tenue à Toronto au sujet de Walter Salter le 12 avril 1937 à laquelle toute la congrégation a participé. Le traitement de cette question témoigne d'un désintérêt total pour les faits avérés, la vérité et la discrétion. Salter était absent et personne n'était autorisé à prendre sa défense. Dans le rapport fait dans La Tour de Garde, l'assemblée se prononça massivement contre Salter, refusant qu'il soit entendu pour se défendre. Finalement, une copie de la résolution figurant dans la même Tour de Garde déclarait: "Qu'au vu des faits énoncés ci-dessus, nous, la congrégation des Témoins de Jéhovah de Toronto et des environs, à défaut de recevoir au cours des sept prochains jours, par écrit, une déclaration claire de tristesse, de repentir et d'amendement du frère, faisons exclure par la présente celui connu en tant que Frère W.F. Salter." La résolution comprend notamment le fait de ne lire aucun matériel "apostat".

=> Dans ce cas, c'est toute la congrégation qui participe au lynchage public; une exclusion est bien prononcée, mais pas selon les modalités actuelles.

Époque de Knorr

Publication Citation + idée générale
La Tour de Garde (angl.), 1943, p. 219 La classe du "mauvais esclave" fait partie de l'"homme du péché" apostat, "le fils de perdition". En fait, après avoir été associé au peuple organisé de Jéhovah et joui d'une relation confidentielle avec lui et puis s'être révolté et ont prouvé qu'ils n'étaient pas vrais, ils sont la partie la plus condamnable de la classe de "l'homme du péché".

=> Aucune consigne n'est donnée sur la procédure à tenir.

La Tour de Garde (angl.), 15 mai 1944, pp. 147-56, article Unity for the new world L'article précise que l'organisation fonctionne sur un mode théocratique, et non démocratique. En se basant sur <CiteBible>Deutéronome 21:18-21</CiteBible> et <CiteBible>Matthieu 18:15-17</CiteBible>, la publication déclare que le cas ne doit pas être examiné par la congrégation entière, mais seulement devant les anciens qui doivent ensuite informés la congrégation de la décision prise.

=> La mesure d'exclusion commence à prendre forme.

La Tour de Garde (angl.), 1946, p. 265 En se basant sur <CiteBible>1 Corinthiens 5:1-5,8-13</CiteBible>, il est dit qu'il faut excommunier un pécheur non repentant afin de protéger la congrégation.
Réveillez-vous! (angl.), 8 janvier 1947, p. 27, article "Are You Also Excommunicated?" L'article critique la pratique de l'excommunication au sein du catholicisme, et précise: "L'autorité de l'excommunication vient, affirment-ils, des enseignements du Christ et des apôtres que l'ont trouve dans les versets suivants: <CiteBible>Matthieu 18:15-19; 1 Corinthiens 5:3-5;16:22 ; Galates 1 : 8,9; 1 Timothée 1:20; Tite 3:10</CiteBible>. Mais l'excommunication hiérarchique, comme punition et remède "médical", ne trouve aucun support dans ces versets. En fait, ceci est même étranger aux Écritures — <CiteBible>Hébreux 10 :26-31</CiteBible>."
La Tour de Garde (angl.), 1947, p. 122 Le cas de l'homme fornicateur en 1 Corinthiens 5 est présenté comme un exemple d'excommunication destiné à séparé la personne dangereuse de la congrégation.
La Tour de Garde (angl.), 1947, p. 239 Suite à des exclusions à la filiale de Bombay, Nathan Knorr prononça un discours "Mercy and Forgiveness" en présence des excommuniés; ceux-ci s'étant repentis, la décision d'exclusion devait être retirée.
La Tour de Garde (angl.), 1er mars 1952, article "Keeping the Organization Clean" "Maintenant, si quelqu'un vient dans la congrégation pour essayer de perturber l'adhésion à cette véritable Parole de Dieu et cause un achoppement ou une division dans la congrégation, il est nécessaire d'éviter celui-là. La meilleure façon de l'éviter est d'exclure cette personne, de le mettre de côté, de le faire sortir de la congrégation."[16]
La Tour de Garde (angl.), 1952 Pour la première fois, la procédure à suivre pour l'exclusion et les conséquences de celle-ci sont décrites en détails. En premier lieu, une accusation doit être formulée et conduire à une enquête et à une audition; deux ou trois témoins oculaires doivent apporter leur témoignage. La décision prise par les anciens sera ensuite révélée à toute la congrégation, non pas sous forme de vote, et il sera dit que le pécheur ne fait plus partie de la congrégation; cette dernière doit obligatoirement approuver la décision. "Nous devons l'éviter [l'exclu]. Nous ne voulons rien à voir à faire avec lui." Même lorsqu'il vient aux réunions publiques, il ne faut pas lui adresser un bonjour, et l'orateur ne doit pas le faire répondre; il ne faut pas lui donner de territoire pour prêcher, et il ne faut pas accepter son rapport de prédication dans le cas où il voudrait le remettre dans la boîte à la Salle du Royaume. On ne doit pas lui remettre d'exemplaire d'Informant, et "sous aucune circonstance il ne doit être accueilli ou autorisé à entrer dans un foyer privé". L'exclu est présenté comme faisant partie de l'organisation du Diable, c'est un pécheur contre l'esprit saint qui lutte contre Dieu.
La Tour de Garde (angl.), 1952, article "Questions From Readers" L'article traite des relations avec un membre de la famille exclu. Il semble regretter le fait que nous ne soyons plus dans l'antique Israël et qu'ainsi les exclus ne puissent plus être exterminer; il faut malheureusement tenir compte des lois gouvernementales. Ainsi, un(e) Témoin continuera de vivre avec son conjoint exclu. Mais "bien sûr, si les enfants sont en âge, alors il y a possibilité d'un départ et la rupture des liens familiaux d'une manière physique" si ce sont les parents qui sont exclus; sinon, même s'ils reçoivent une aide financière, ils doivent examiner dans quelle mesure ils peuvent se trouver en danger en étant proche de l'influence de Satan via l'exclu. Dans tous les cas, "le membre fidèle de la famille doit reconnaître et se conformer à l'ordre de l'exclusion". "Si le fidèle souffre d'une manière matérielle ou d'une autre façon pour son adhésion fidèle à la loi théocratique, alors il doit accepter cela comme une souffrance pour la justice."
La Tour de Garde (angl.), 1er mars 1953, article "Keeping the Flock Clean" " Si la culpabilité est établie de la bouche de deux ou trois témoins, et qu'il n'y a pas d'esprit de repentance montré, [les frères mûrs] n'ont pas d'alternative sinon exclure un tel homme, en avisant la congrégation des faits et lui demandant de ne pas avoir quelque chose à voir avec le contrevenant. Tous les fidèles doivent alors coopérer afin que, si possible, le transgresseur volontaire peut voir l'erreur de son chemin."[17]
La Tour de Garde (angl.), 15 juillet 1958, article "Questions From Readers" Un individu ayant accepté une transfusion sanguine n'est pas exclu de la congrégation, bien qu'il ait commis une faute.
La Tour de Garde (angl.), 15 mars 1959, article "Helpers Toward Walking Wisely" Les Comités de service de congrégation sont présentés comme ayant un "redoutable pouvoir" dans leur faculté d'excommunier des adeptes. Toutefois, il est précisé qu'ils doivent "utiliser ce pouvoir avec prudence, non seulement pour éviter de tomber dans les difficultés juridiques avec les tribunaux du pays, mais aussi pour éviter de pécher avec ce pouvoir d'exclusion à travers un détournement ou un abus de celui-ci. Jamais il ne devrait être utilisé pour évacuer une rancune sur un membre de la congrégation ou pour se débarrasser de quelqu'un qui n'est pas aimé personnellement". Par exemple, l'article encourage ceux qui prononcent des exclusions à faire, par exemple, la distinction entre des commérages et de la calomnie.[18]

=> C'est l'une des rares fois où un périodique reconnaît qu'un comité pourrait commettre une erreur d'appréciation.

La Tour de Garde (angl.), 15 juillet 1963, article "Family Responsabilities in Keeping Jehovah's Worship Pure" L'article traite des relations dans le cadre familial, lorsqu'un parent exclu vit sous le même toit que des adeptes. Les liens spirituels sont rompus; toutefois, les conjoints et parents/enfants mineurs doivent continuer de cohabiter ensemble. Si l'adepte et son conjoint exclu viennent à la salle, ils peuvent s'asseoir à côté, mais l'exclu ne peut pas participer aux conversations de son conjoint avec d'autres adeptes. L'épouse d'un mari exclu ne devient pas chef de famille, mais peut organiser en privé des études bibliques et ne doit pas dire "amen" à la prière de son mari. Toutes ces mesures sont présentées comme étant celles de Jéhovah, qu'il faut respecter pour obtenir son approbation.
La Tour de Garde (angl.), 15 septembre 1966, article "Youths, Parents and the Christian Congregation" "Si un mineur dédié et baptisé persiste dans des actes répréhensibles graves, refusant de se soumettre à la probation imposée par ses parents, la congrégation prendra des mesures pour exclure le jeune pécheur."
La Tour de Garde, 15 octobre 1970, article "Juges et conseillers de la société d'un ordre nouveau" L'exemple d'un comité judiciaire fictif est présenté, mettant en scène un jeune Témoin baptisé ayant volé et ses parents ayant rapporté le cas aux anciens. Ce cas est censé "illustre[r] la simplicité avec laquelle un pareil cas est traité".
La Tour de Garde, 15 novembre 1974, article "La miséricorde divine montre la voie du retour aux égarés" L'article est consacré à la façon de se comporter envers les exclus. Il est montré, verset bibliques à l'appui (exemple de Jéhovah avec Israël, parabole du fils prodigue), qu'il est malgré tout possible de faire quelque chose de positif envers les exclus. À travers l'exemple de Jésus, il est explicité ce que signifie considérer quelqu'un comme un homme des nations: il ne faut pas avoir "un point de vue déséquilibré, extrémiste ou dur, ni une attitude hostile envers les gens des nations. (...) Il apparaît donc clairement que traiter un pécheur non repentant "comme un homme des nations et comme un collecteur d'impôts" signifie ne pas fraterniser avec lui. Mais (...) cela n’exige pas que nous le considérions comme un ennemi ou que nous refusions de faire preuve à son égard de la politesse et de la considération courantes." Après avoir examiné 2 Jean 9-11 et son contexte, l'article déclare: "Cependant, tous ceux qui sont exclus ne suivent pas ensuite la voie de ces 'trompeurs et de ces antichrists'. Tous ne se mettent pas à encourager activement la pratique du mal, à s’opposer à la vérité et à chercher à tromper d’autres chrétiens pour qu’ils les suivent dans la mauvaise voie qui aboutit à l’exclusion."

=> Cet article écrit par Raymond Franz montrait une plus grande sollicitude envers les exclus. Cette ligne de conduite resta en vigueur jusqu'en 1981, lors de l'exclusion de Franz.

La Tour de Garde, 1er juin 1976, p. 347, "Vous devez être saints, car Jéhovah est saint" "Plus récemment encore, Jéhovah a montré à son peuple "saint" la nécessité d’exclure les chrétiens voués et baptisés qui ne voulaient pas renoncer à la drogue ou au tabac."
La Tour de Garde, 15 janvier 1978, p. 24, article "La congrégation chrétienne et son fonctionnement" "Tant qu'une personne reste sous le coup d'une mesure d'exclusion, elle n'est ni maltraitée ni méprisée, mais considérée, ainsi que le recommandait Jésus, "comme un homme des nations", c'est-à-dire comme faisant partie du monde extérieur et non comme un membre de la congrégation chrétienne."

=> C'est totalement faux: les Témoins ne se comportent pas de la même manière envers les exclus et envers les gens du "monde", puisqu'ils parlent à ces derniers.

Époque de Franz

Publication Citation + idée générale
La Tour de Garde, 15 décembre 1981, pp. 19-24, article "Le bon point de vue sur l'exclusion" L'article renverse la position adoptée dans La Tour de Garde de 1974: les Témoins doivent refus[er] tout contact avec le coupable non repentant. Ce refus d'avoir des relations spirituelles ou amicales avec la personne expulsée reflète leur fidélité aux principes de Dieu et leur obéissance." De même, ceux qui se retirent doivent être "à juste titre être considérés et traités de la même façon que les personnes qui ont été exclues pour avoir péché." En cas de relations d'affaires avec un exclu, "les conversations spirituelles et les rapports amicaux appartiendront au passé". Il est dit aussi de ne pas adressé un "bonjour" à une personne exclue.
La Tour de Garde, 15 décembre 1981, pp. 25-30, article "Quand un membre de la famille est exclu" Dans le cadre de la famille, un adepte restera avec son conjoint exclu. Dans le cas de relations parents/enfants impliquant un exclu vivant sous le même toit, "la communion spirituelle qui pouvait exister au sein du foyer ne sera plus la même". Il peut se poser la question de reprendre chez soi un parent exclu qui est malade, mais dans le cas d'un enfant, les parents devront examiner si sa situation a changé et s'il peut quitter à nouveau le toit familial. Pour ce qui est d'un exclu de la famille ne vivant plus dans la même maison, "il peut s’avérer nécessaire, dans une certaine mesure seulement, de s'occuper avec elle de telle ou telle question familiale", sans toutefois manger avec lui/elle; les adeptes "devraient s'efforcer d'éviter tout contact inutile avec elle et même de réduire au minimum toutes relations d'affaires". Dans le cas d'un mariage, l'exclu "ne pourra évidemment pas faire partie du cortège ni accompagner la mariée"; en cas de décès, la congrégation ne prononcera aucun discours public. Les adeptes sont invités à considérer comme leur vraie famille leurs coreligionnaires. L'exclu est présenté comme ayant renoncé à la compagnie des frères et à une grande partie des relations qu'il entretenait auparavant avec les membres de sa famille qui sont chrétiens".
La Tour de Garde, 15 juillet 1985, pp. 31,32, article "Question des lecteurs" Une personnes qui s'est retirée doit être considérée de la même manière qu'un exclu, l'article précisant: "En reniant la congrégation de Dieu et en abandonnant la voie chrétienne, il se faisait apostat."
La Tour de Garde, 15 octobre 1986, p. 31, article "Question des lecteurs" Une personne qui assiste au culte d'une autre religion est exclue ipso facto si elle continue de le faire après avoir été reprise par les anciens. Dans ce cas, ces derniers se contenteront de dire à la congrégation que "cette personne s'est retirée volontairement", sans qu'une procédure d'exclusion ne soit nécessaire.

Références

  1. 1,0 et 1,1 Penton, James A. (1997, 2è éd.) (anglais), Apocalypse Delayed — The Story of the Jehovah's Witnesses, University of Toronto Press, p. 89 (ISBN 0-8020-7973-3)
  2. Arrowup.png La Tour de Garde, 15 mai 2006, p. 25, § 15
  3. Arrowup.png Penton, James A. (1997, 2è éd.) (anglais), Apocalypse Delayed — The Story of the Jehovah's Witnesses, University of Toronto Press, p. 299,300 (ISBN 0-8020-7973-3)
  4. Arrowup.png Original en anglais: "We have not felt disposed to disfellowship anyone on account of a difference of opinion on these things, or for any other opinion".
  5. Arrowup.png Original en anglais: "We are not of those who disfellowship Christian brethren on account. of some differences of opinion; but when it comesto the point of denying the very foundation of all christianity we must speak out and withstand all such to the face, for they become “the enemies of the cross of Christ.”
  6. Arrowup.png Original en anglais: "... while he would have them shun the evil influence of these he exhorts the Church to make a difference between these wilful enemies of the truth, and those weak saints who had been partially overcome by them, “pulling them out of the fire"."
  7. Arrowup.png Original en anglais: "Rather, like the church of Rome their influence is exerted to restrain investigation within the sectarian limits. With the implied threat of disfellowship, they urge their ministers and students not to search continually for truth, but to accept the voice of their sect as infallible."
  8. Arrowup.png Original en anglais: "Some who once walked with us in the light of truth, clothed in the righteousness of Christ imputed to-them "through faith in his blood" have since taken off that robe and appeared in their own filthy rags, boldly inviting others to do likewise. While it is the duty of the stronger members of the body of the Christ to protect the weaker, in every way possible against these baneful influences it is their duty to bind the offenders and cast them out-in other words, to disfellowship them-to show uptheir true standing, and thus bind them hand and foot by putting others on their guard, thus restraining their influence upon the church."
  9. Arrowup.png Original en anglais: "To be separate does not mean to be friends and companions, or to be in fellowship on any grounds. It means that we are to make a clean-cut division between ourselves and all the unclean, the impure in heart. as manifested by their disloyalty to the truth, and thereby to God, its great Author: and that this separation is to be so marked that the disfellowshipped one will be sure to know it. and that none can mistake our obedience and loyalty to the lord and his truth. There is to be no trifling or half-way obedience in-this matter: for we are not only to be separate in spirit from the enemies of the Lord, but we are not to touch the unclean. As the Apostle elsewhere says we are to “avoid them”-to have no part or lot with them. (...) It is the spirit of the world. and not the spirit of Christ, which considers such a separation from the ungodly and the apostate a hard service. The loyal heart cannot admit to its communion and fellowship those who have not the same loyal disposition."
  10. Arrowup.png Original en anglais: "The wrong-doer should not be temporized with, nor coaxed and advised, nor remonstrated against, but should be promptly disfellowshipped by all the pure-minded. refused all recognition and all privileges of fellowship, no matter what his professions or knowledge or talents: thus left to the world and the devil for fellowship, he would be the more likely to see his condition and reform."
  11. Arrowup.png Original en anglais: Let us assure ourselves, from a study of God’s Word, that it is as much a part of our duty to disfellowship (as Christians) those who, either directly or indirectly, deny that Christ gave himself a ransom [a corresponding price] for all, and who, hence, are the worst enemies of the cross of Christ, as it is our duty to fellowship any who confess him thus as their Saviour; and who, hence, are our “Brethren” in him. We are to “have no fellowship with the unfruitful works of darkness, but should rather reprove them.”
  12. Arrowup.png Original en anglais: "The great adversary is wily, and at all times is quick to appeal to passion. He persuades some that they must take a radical stand against some secular work or activity, and to proceed at once to disfellowship others who cannot conscientiously take this same stand. Somehow they seem to think that their radical stand entitles them in a very special sense to divine favour and blessing."
  13. Arrowup.png Original en anglais: A small minority who love the Lord might hold a different view. but the majority would not feel disposed to elect its officers and servants from such, because there could not be harmonious action. If some did not care to work in harmony with the Society thus constituted, that would be their privilege; yet that would not mean that there should be any ill feeling, nor that such should be disfellowshipped. If the Iord started a work through a duly constituted organization or society, and that work increased and upon it the Lord’s blessing was made manifest, then it would seem that those, who wanted to be in harmony with the Lord would wish to cooperate in his arrangement. If others see it in a different way, that is their privilege. There should be full liberty of conscience.
  14. Arrowup.png Original en anglais: "Should they be disfellowshipped? Certainly not. They should be treated kindly, treated as brethren, in harmony with the Scriptural admonition that we should do good unto all, especially those of the household of faith. Should they be greeted as brethren ? To be sure. Why should any one be treated unkindly because he could not see just as we see? Let each one exercise the spirit of love, the spirit of Christ, toward the brethren."
  15. Arrowup.png Original en anglais: "It was therefore in exact harmony with this that any ecclesia subsequently would ask its prospective elders and officers, "Do you accept the seventh volume and are you willing to teach it?" If he said, No, he was not disfellowshipped; no burden was put upon him. (...) On the same line of reasoning, it would be wholly improper to disfellowship one because because he could not accept everything stated in the Seventh volume."
  16. Arrowup.png Original en anglais: "Now if anyone comes into the congregation to try to upset adherence to that true Word of God and causes stumbling or a division in the congregation, it is necessary to avoid that one. The best way to avoid him is to disfellowship that person, set him aside, get him out of the congregation."
  17. Arrowup.png Original en anglais: "The Scriptures contain many examples and much instruction showing the obligation of Jehovah’s organization, specifically the mature brothers in each congregation who supervise its activity, to take action by dismissing such a one from their midst. If guilt is established at the mouth of two or three witnesses and there is no spirit of repentance shown, these have no alternative but to disfellowship such a one, by advising the congregation of the facts and instructing them not to have anything to do with the offender. All the congregation should then cooperate so that if possible the willful transgressor may see the error of his way."
  18. Arrowup.png Original en anglais: "They need to use this power with caution, not only to avoid getting into legal difficulties with the law courts of the land, but also to avoid sinning with this disfellowshiping power through a misuse or an abuse of it. Never should it be used to vent a spite on a congregation member or to get rid of someone who is not liked personally by one or all of the service committee or who is a cause of irritation or of envy and so thought best to have out of the way."