Maria Russell

Un article de Témoins de Jéhovah: TJ-Encyclopedie, l'encyclopédie libre sur les Témoins de Jéhovah.
Aller à : navigation, rechercher
Maria Russell

Maria Frances Ackley (10 avril 1850 - 12 mars 1938) fut l'épouse de Charles Taze Russell jusqu'en 1897 et la sœur de l'épouse du père de Russell, Joseph, dénommée Emma (1855 - 1929). Elle est la fille de Mahlon Foster Ackley, charpentier puis constructeur automobile, et de Selena Ann Ackley née Hammond.[1] Les procès qui officialisèrent sa séparation d'avec son mari firent ressortir des comportements bien peu chrétiens chez le pasteur, tels que la cruauté envers sa femme, l'orgueil, la calomnie ou l'égoïsme, autant d'informations que les Témoins de Jéhovah actuels ignorent complètement, puisque c'est Maria qui, dans les publications de l'organisation, est présentée comme l'unique responsable de la rupture et la traîtresse.

Fonctions

Elle fut secrétaire-trésorière de la Watchtower Bible and Tract Society et la secrétaire particulière de Charles Russell. Toutefois, elle affirma plus tard « ne jamais avoir vu les livres [de comptes] de la Société, jamais fait n'importe quel travail qui appartenait à une secrétaire ou une trésorière ».[2]

Elle était plus instruite que son mari car elle était diplômée et avait assisté à la Curry Normal School, un institut de formation des enseignants[3] et devint professeur le 18 juin 1870. Elle signa à peu près 90 articles de La Tour de Garde et resta éditrice associée du magazine jusqu'en 1896. Elle co-écrit également les trois premiers livres de Charles Russell. Avant même leur mariage elle rédigeait déjà des ouvrages. Selon son témoignage lors de sa demande de séparation, elle aurait écrit plus de la moitié des premiers ouvrages composant la série des Milennial Dawn, que ce soit au niveau du plan et de l'écriture, ce que Russell contesta.

En 1890, elle publia un recueil de poèmes distribué par la société Watchtower intitulé The Wonderful Story. En décembre 1895, elle appliqua ouvertement les termes bibliques d'"esclave fidèle et avisé" à son mari mais le considéra comme l'"esclave méchant" dès l'année suivante.

Mariage et motifs de la séparation

Charles et Maria se marièrent en mars 1879, moins de trois mois après leur rencontre. John Paton célébra leur union qui parut dans la Gazette de Pittsburgh du 14 mars 1879.[3] Il n'eurent jamais d'enfant. Toutefois, leur conception de la place de la femme et de la sexualité différaient grandement, et cela fut une source de tension entre eux. Lors des premières années de leur mariage, Maria fut toutefois la plus fidèle supportrice de Charles et prit même sa défense quand des critiques essayèrent de la rallier à leur cause.[4]

En raison de l'abstinence sexuelle du couple, de querelles familiales sur des questions d'argent (notamment à propos du conflit de Russell avec sa belle-sœur Emma concernant le testament de Joseph) et d'une demande de plus de reconnaissance de la part de Maria envers son mari qui la dépréciait, le couple décida de se séparer en 1895, pour des motifs d'incompatibilité. Maria prit la tête d'un groupe de femmes, incluant ses trois sœurs Emma, Laura et Lena, qui s'insurgea contre Russell. Ce dernier leur écrivit des lettres pleine de colère et finalement le couple se réconcilia en septembre 1897. Mais le 9 novembre, Maria quitta définitivement le domicile conjugal et se rendit à Chicago afin de faire campagne contre son mari. Puis en janvier 1899 et pendant un an et demi elle vécut avec sa sœur Emma à Allegheny. Par la suite, elle vécut quatre années seule en louant les chambres garnies de son appartement.[5]

Or, à partir de 1899, elle décida de préparer un tract intitulé Readers of Zion Watchtower à destination des membres de la Société Watch Tower comportant des extraits de lettres qu'ils lui envoyaient afin de révéler des traits inconnus de sa personnalité selon elle, à savoir la méchanceté, l'égoïsme et le caractère autoritaire.[6] Russell réagit en mars 1903 en la chassant, elle et ses locataires, de l'appartement où elle vivait. Deux des locataires le poursuivirent en justice à cause de cela.

À partir de cette date, Maria fut particulièrement vindicative envers son mari.[7] En juin 1903, elle intenta un procès en séparation légale devant une cour de Pittsburgh. En effet, elle se plaignait que Russell ne se comportait pas comme un mari envers sa femme, ce qui impliquait le fait qu'ils n'avaient pas de relations sexuelles. D'après ses déclarations, il ne lui adressait pas la parole, mais communiquait avec elle au moyen de mots écrits sur des papiers.[8] Pendant le procès, lorsque son avocat demanda à Maria si elle estimait que son mari était coupable d'adultère avec Rose Ball, alors jeune sténographe de Russell, elle répondit : "Non".

Selon le sociologue Massimo Introvigne, « les études les plus récentes [en 1990] font apparaître que Maria Russell peut être considérée comme une féministe avant la lettre, favorable aux droits des femmes d'accéder à des fonctions importantes dans l'Église et de prêcher à égalité avec les hommes ». Il déclare aussi que Maria a éprouvé « une profonde insatisfaction » de son mariage non consommé, et que cela a contribué, conjointement à des soucis financiers, à ses attaques contre son mari. Il dit aussi que d'après les chercheurs, son amertume venait du fait que son mari « s'intéressait non pas trop, mais plutôt trop peu aux femmes ».[9]

Séparation légale

En 1906, elle obtint cette séparation en raison de la cruauté mentale que Charles lui faisait subir du fait leur contrat de mariage du célibat perpétuel. Russell fit appel, mais la décision fut confirmée en 1908. Toutefois, celui-ci transféra rapidement sa fortune à la Société Watch Tower, ce qui fut critiqué par la cour comme une violation de la pension alimentaire à Maria (il lui devait 100 $ par mois). Ce sont ses amis Étudiants de la Bible qui récoltèrent les fonds nécessaires pour payer une pension dont le total s'élevait alors à 9 000 $[10] en arriérés de paiement et en avances pour jusqu'en 1913.[11]

La décision de justice de leur séparation, qui compte 150 pages, fut publiée le 19 octobre 1908.[11] Lors du procès, il fut établi que :

« Le comportement [de Russell] envers sa femme démontre un égoïsme persistant et une louange extravagante de lui-même [...], ce qui aurait rendu la vie de n'importe quelle femme chrétienne insupportable et intolérable. Son inconvenance de la traiter comme une servante en face des domestiques, l'accusant d'être folle et sous l'influence de personnes mauvaises et traîtres motive amplement son abandon du toit conjugal et justifie la crainte qu'il avait l'intention de l'humilier davantage avec la menace de recourir au droit de la déclarer malade mentale. Il n'y a pas une seule syllabe dans tout son témoignage pour justifier ses calomnies continuelles en confrontation avec sa personnalité ou son état d'esprit, ni de la façon qu'il explique sa conviction qu'ils étaient différents, si ce n'est avec le fait que elle n'était pas d'accord avec lui sur le mode de vivre et de mener ses affaires. Il dit lui-même qu'elle est une femme de hautes qualités intellectuelles et d'un parfait caractère moral. Tandis qu'il nia d'une manière générale le fait qu'il tenta de diminuer sa femme comme elle le prétendait, l'effet général de son propre témoignage est une excellente confirmation de ses allégations. »
Article du Brooklyn Eagle, 15/11/1911, partie 1
Article du Brooklyn Eagle, 15/11/1911, partie 2

Un article du Brooklyn Eagle daté du 15 novembre 1911 (voir scans à droite) rapporta les raisons pour lesquelles la femme du pasteur le quitta. L'article cite textuellement le long mémoire préparé par Me Porter, l'avocat de Maria Russell, et qui fut présenté à la Cour Supérieure de Pennsylvanie. Ce mémoire fut rédigé après que Russell eut fait appel du verdict autorisant la séparation entre les époux, et contient les preuves qui motivèrent la Cour de Common Pleas à prononcer cette sentence. Il contient les conclusions prononcées par le juge Orlady dans lesquelles celui-ci estime que la mauvaise conduite de Russell "justifiait pleinement l'abandon de domicile de Mme Russell". Puis les conditions de vie de Maria sont décrites par le juge Orlady :

« Les appartements dans lesquels les Russells vivaient étaient au quatrième étage d'une maison commerçante de Arch Street, Alleghney, Pa. Il n'y avait pas de voisin à une distance d'appel dans la nuit, et bien que pendant un certain nombre d'années, le bâtiment avait été occupé par les employés de la Watch Tower la nuit; encore peu après que l'intimé [Russell] eut commencé ses rapports au sujet de la santé mentale de sa femme, tous les employés furent enlevés de l'immeuble, laissant Mme Russell seule lorsque son mari était absent. »
« Les conditions étaient celles de désolation totale en ce qui la concerne. Quels durent être les sentiments de cette femme après ces deux années d'indignités ? Pas de doute, elle fut écrasée, humiliée et le cœur brisé, et aurait naturellement des appréhensions lors de l'absence de son mari ou prendrait une sorte de procédure basée sur le prétexte allégué [par son mari] de son inconsistance mentale [à elle], et il ne fait aucun doute que son mari envisageait sérieusement à l'époque l'opportunité d'enquêter sur l'état mental de sa femme par une expertise, et nonobstant le fait que lorsque la question fut posée au témoin à la barre il nia, sa lettre au juge Breedon (pièce n°15) contient cette déclaration:
"En effet, s'il n'avait pas eu mon aversion pour la publicité sur le compte de la dame tout aussi bien que sur le mien, j'aurais senti cela seulement comme un devoir normal de demander au tribunal de nommer un examen d'experts compétents sur l'état mental de la dame." »
« Tandis qu'il vivait seul avec sa femme dans ce large immeuble, il prépara une lettre astucieusement formulée [dans laquelle il était dit qu'] ils avaient concilié leurs différences, puis le vendredi soir de cette semaine-là il la présenta à sa femme pour qu'elle la signe, et tout le long de la nuit, il la suivit de pièce en pièce, l'exhortant, la câlinant, l'implorant et la menaçant jusqu'à ce que sa tête [à Maria] soit dans un tourbillon de doutes et de peurs, et tous les jours suivants il continua cela et lui imposa donc de signer la lettre sous la protestation. Cela n'a pas été dénié par l'intimé [Russell], et bien que la défense était basée sur le fait qu'une réconciliation était survenue entre le diffamé [Maria] et l'intimé [Russell], le fait remarquable existe que cette lettre, qui fut en possession de l'intimé, ne fut jamais présentée comme preuve. »
« Les lettres insultantes aux parents et amis de Maria, les avertissant de ne pas [mot illisible ?] avec le diffamé [Maria] ou de communiquer avec elle, se répétèrent le 8 novembre 1897 et une copie fut donné au diffamé [Maria] (pièce n°11). Quelques jours après cela, l'intimé [Russell] téléphona à sa femme pour lui dire qu'il était en train de quitter la ville; il ne dit pas où et pourquoi. »
« L'épouse tira ses propres conclusions à propos des intentions de son mari. Puis, avec beaucoup d'esprit, il fit circuler de faux rapports sur le dérangement mental de son épouse, et toutes ces manœuvres finirent d'isoler complètement celle-ci de toute société, même de sa propre famille, le retrait de la nuit de tous les employés de la Watch Tower du bâtiment où elle vivait, et la totale désolation de sa maison, et le retrait de tout support, à son esprit pointait à une conclusion, à savoir qu'il se proposait de traiter avec elle sous le prétexte de la folie et que son but non révélé cette nuit-là pouvait être à cette fin. Le diffamé quitta le bâtiment et prit le train pour Chicago pour chercher protection et conseil auprès de son frère qui est un membre du barreau de cette ville. »

Deux versions de cette histoire furent et continuent d'être rapportées : celle de Russell, qui fut publiée dans La Tour de Garde du 15 juillet 1906, et celle publiée dans la presse et diffusée par le clergé pour nuire à Russell et à son mouvement, et qui basait son argumentation sur la supposée inconduite sexuelle du pasteur. Néanmoins, aucune de ces deux versions n'est exacte car trop extrêmes d'un côté comme de l'autre, et elles ne prennent pas en compte les vraies raisons de la controverse.

Après sa séparation

The Evening Independance, du 14 mars 1938, consacra un petit article à la mort de Maria Russell

Après qu'elle ait obtenu sa séparation, Maria publia deux livres de théologie: This Gospel of the Kingdom et The Twain One[12]. La chercheuse Barbara Anderson propose sur son site un manuscrit inédit d'un livre en cours de rédaction de Maria Russell dont le titre aurait dû être The Eternal Purpose.

Le 1er novembre 1916, lors des funérailles de son mari, Maria déposa du muguet sur son cercueil avec un ruban accroché sur lequel était inscrit la phrase : "À mon mari bien-aimé"[13].

À l'âge de 72 ans, elle déménagea en Floride et vécut très près de sa nièce Mabel (la soeur de Russell) et ses trois enfants. Elle assista à quelques réunions des Étudiants de la Bible en compagnie d'anciens amis qui avaient quitté l'organisation sous la présidence de Rutherford. Compte tenu de ses démêlés avec son mari, elle s'y rendait peut-être par curiosité, étant donné qu'elle-même avait participé à l'élaboration de la théologie, et apparemment s'accrochait à son système de croyances passées. Les livres religieux qu'elle écrivit alors témoignent que Maria n'avait pas renoncé à ses anciennes croyances.

Maria décéda à l'âge de 88 ans à St. Petersburg, en Floride, le 12 mars 1938, des suites de la maladie de Hodgkin[14]. C'est le révérend E. R. Bernard, pasteur de la West Central Presbyterian Church à St. Petersburg, qui présida ses funérailles. Elle fut enterrée au cimetière Royal Palm.

Maria dans les écrits jéhovistes

  • Zion's Watch Tower, 15 juillet 1906, Russell dit à propos de sa femme : « Des multitudes considérables furent mis en contact avec la Vérité en ce moment. Parmi les autres était une certaine Maria Frances Ackley, qui est devenue ma femme dans les trois mois de sa première participation à ces réunions, qui a été le début de notre connaissance. La Vérité avait apparemment lancé un appel à son cœur, et elle m'a assuré que c'était ce qu'elle cherchait depuis de nombreuses années, la solution à des perplexités de longue date. Pendant treize ans, elle fut une femme très dévouée et fidèle dans tous les sens du terme ».
  • Dans Le Mystère Accompli, Georges H. Fischer explique en commentant <CiteBible>Ezechiel 24:15-16</CiteBible>, que Dieu a retiré Maria à son mari par le moyen de l'erreur doctrinale. Tout comme Ezéchiel avec la mort de sa femme, Russell a continué son travail malgré sa souffrance en la considérant comme morte[15]. Ce qui est arrivé à Russell typifie ce qui arrive à la chrétienté depuis 1878 et lors de la grande tribulation, proche pour l'auteur (1918), la chrétienté sera détruite et avec elle des milliers de personnes trouveront la mort mais les vivants n'auront pas le temps de la pleurer tellement ils seront tourmentés[16].
  • Prédicateurs du Royaume, pp. 645-46 : Les relations conjugales du couple Russell sont abordées ainsi que le jugement de séparation de corps. Bien que le compte rendu qui y est fait soit véridique, il ne traduit toutefois pas l'intégralité de la situation et utilise un vocabulaire évoquant un complot contre Russell : « attaquer la réputation de frère Russell [...], ignobles mensonges [...], salir sa réputation [...], Russell [présenté] sous un jour honteusement déformé ». Il fait passer Maria pour l'unique responsable des difficultés rencontrées par le couple (« certains ont commencé à flatter Maria et à exciter son orgueil [...], elle a voulu obtenir un plus grand pouvoir de décision sur ce qui paraîtrait dans La Tour de Garde. Quand elle a compris que rien de ce qu’elle écrivait ne serait publié [...] sans l'accord de son mari, elle a été grandement contrariée ») déclarant qu'elle fut en contradiction avec ses propres valeurs puisqu'elle aurait utilisé les méthodes qu'elle avait dans un premier temps condamnées. L'essentiel de l'argumentation se base sur les déclarations d'ecclésiastiques qui accusaient Russell d'infidélité, ce qui était faux, mais ne mentionne pas du tout le comportement du pasteur envers sa femme. Ainsi, le Témoin de Jéhovah actuel ignore les vraies raisons qui ont amené Marie à obtenir systématiquement gain de cause devant la justice, et les éléments susceptibles de nuire à Russell, pourtant bien étayés dans les jugements, sont totalement passés sous silence.

Références

  1. Arrowup.png Page Web généalogique des Ackley Consulté le 17 novembre 2009
  2. Arrowup.png Russell v. Russell, jugement de 1907, pp. 122-23
  3. 3,0 et 3,1 (en) "Watch Tower History", sur Truth History, 22 avril 2008 Consulté le 17 novembre 2009
  4. Arrowup.png Another Gospel: Cults, Alternative Religions, and the New Age Movement, Ruth A. Tucker, 2004, pp. 120-23
  5. Arrowup.png Russell v. Russell, jugement de 1907, pp. 127-30
  6. Arrowup.png Jehovah's Witnesses : A study of symbolic and structural elements in the development and institutionalization of a sectarian sect, Joseph Zygmunt, 1967, p. 384
  7. Arrowup.png Apocalypse delayed : The story of the Jehovah's Witnesses, James Penton, Toronto : University of Toronto Press, 1997, pp. 35-40
  8. Arrowup.png The Four Presidents of the Watch Tower Society, Edmond Gruss, Xulon, 2003, pp. 15-17 (ISBN 1-594671-31-1)
  9. Arrowup.png Les Témoins de Jéhovah, Massimo Introvigne, Le Cerf, 1990, pp. 37-38 (ISBN 2-204-04099-1)
  10. Arrowup.png Russell v. Russell, jugement de 1907, pp. 68-69
  11. 11,0 et 11,1 (it) Un popolo per il suo nome, Tony Wills, pp. 19-32 Consulté le 13 décembre 2009
  12. Arrowup.png Site de Barbara Anderson qui fournit moyennant finance le scan de ces deux livres. Consulté le 18 novembre 2009
  13. Arrowup.png Prédicateurs du Royaume, 1993, p. 646
  14. Arrowup.png (en) "Woman religious writer, resident 16 years, passes", The Evening Independent, 14 mars 1938 Consulté le 17 novembre 2009
  15. Arrowup.png Le Mystère Accompli, 1917, pp. 483,484
  16. Arrowup.png Selon <CiteBible>Ezechiel 24:20-25</CiteBible> dans Le Mystère Accompli, 1917, pp. 484,485