Nathan Knorr

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Nathan Knorr
Nom complet Nathan Homer Knorr
Naissance 23 avril 1905
Bethlehem, Pennsylvanie
Décès 8 juin 1977
Wallkill, New York
Nationalité Américaine
Connu(e) pour Président de la Watch Tower Bible & Tract Society
Œuvres célèbres Mise en place de nombreuses écoles, dont Guiléad
Conjoint Audrey Mock

Nathan Homer Knorr (23 avril 1905 - 8 juin 1977) fut le troisième président de la Société Watchtower Bible and Tract Society. Il prit ses fonctions le 13 janvier 1942, remplaçant Joseph Rutherford.

Biographie

Knorr naquit le 23 avril 1905 à Bethlehem en Pennsylvanie. Il découvrit les Étudiants de la Bible à l'âge de 16 ans. Il quitta l'Église réformée en 1922, et se fit baptiser Étudiant de la Bible le 4 juillet 1923, le discours du baptême ayant été prononcé par Frederick Franz, de qui Knorr devint proche. Knorr est devenu bénévole au siège de la Watch Tower à Brooklyn le 6 septembre 1923, et est devenu le directeur de l'usine en septembre 1932. En 1933, il se rendit à Berlin aux côté de Rutherford pour préparer la Déclaration de Faits et assister à l'assemblée qui y eut lieu.[1] Le 11 janvier 1934, à 28 ans, Knorr fut élu directeur de la People's Pulpit Association (maintenant appelée Watchtower Bible and Tract Society of New York, Inc), dont il devint le vice-président l'année suivante.

À partir de janvier 1942, Knorr devint le président de l'Association Internationale des Étudiants de la Bible, de la Watch Tower Bible and Tract Society of Pennsylvania et de la Watchtower Bible and Tract Society of New York. Quand il devint président de l'organisation, aucune situation de crise interne n'était à craindre, et ainsi Knorr s'éloigna quelque peu du dogmatisme aigu des écrits de Rutherford, bien que, dans le même temps, il y eut une tendance vers une autorité centralisée.[2] Knorr épousa Audrey Mock en 1953.

Il décéda d'une tumeur au cerveau le 8 juin 1977, après avoir reçu des soins palliatifs à une extension du siège mondial, la Ferme de la Watch Tower à Wallkill, New York.

Caractère, personnalité et train de vie

L'historien James Penton considère que Knorr avait des défauts très humains, mais était sincère et avait un esprit pratique, avec toutefois peu de capacités au niveau de l'écriture.[3][4] Il le décrivit aussi comme étant "complètement autocrate". Comme le révéla le témoignage de Fred Franz lors du procès Walsh en 1954, Knorr était le porte-parole de l'organisation que c'était lui qui, au final, donnait son approbation ou son veto aux écrits du comité d'édition.[5] En 1952, tandis que des Témoins du comité se questionnaient sur des sujets doctrinaux, Knorr déclara: "Frères, vous pouvez débattre autant que vous le voulez sur cette question, mais quand elle descend du sixième étage [c'est-à-dire quand elle a été publiée, puisque c'est là que se trouvaient les presses], c'est la vérité".[6] De même, il amoindrit le pouvoir des membres de ceux qui étaient haut placés dans l'organisation et chercha à faire disparaître toute personne indépendante d'esprit susceptible de poser des problèmes: par exemple, il fit exiler pendant quelques années l'éditeur du Réveillez-vous! Colin Quackenbush, et fut en mauvais termes avec Hayden Covington. Toutefois, l'organisation eut quelques possibilités de changements profitables sous sa présidence, car il était disposé à écouter les conseils de certains, tels Raymond Franz et Edward Dunlap.[3]

Selon l'ex-membre du Collège Central Raymond Franz, Knorr avait dit à Edward Dunlap qu'il aurait souhaité être directeur d'un grand magasin tel que Wanamaker de New York, s'il n'avait pas développé sa carrière religieuse, ce qui explique peut-être son goût et ses aptitudes pour le côté organisationnel et sa démarche d'"homme d'affaires" dans sa gestion de la Watch Tower. Il voulait que de nombreuses publications soient imprimées, déclarant: "Nous devons occuper les presses".[7] Franz affirme également que Knorr faisait partie des membres du Collège Central qui n'assistaient pas souvent aux études de livre et ne participaient que rarement à l'activité de prosélytisme de porte en porte.[8] Il était toutefois disposé à être plus raisonnable que Fred Franz sur les réalités de la vie des Témoins hors du Béthel.[9]

Il était connu pour être quelqu'un de déterminé, avec des manières plus douces que celles de Rutherford. Il pouvait manifester autant la gentillesse de Charles Taze Russell que l'irritabilité et la méchanceté propres à Rutherford. Il se plaignait de remarques acerbes à son encontre de la part de ce dernier, mais lui-même ne se gênait pas pour agir de la même manière, notamment envers certains Béthélites.[4] Selon l'ex-Béthélite Barbara Grizzuti Harrison, "ses reproches étaient cinglants" lors des repas. "Sa voix était plutôt faible, mais agréablement modulée, avec un timbre touchant. Il parlait avec la voix exercée et guindée du proviseur qui décernait la récompense et inflige la punition sans passion".[10] Elle le décrit comme étant "terne" et "dépourvu de fantaisie" en comparaison de ses deux prédécesseurs.[11]

Il était connu au Béthel pour faire une fixation sur les péchés sexuels, en particulier l'homosexualité et la masturbation, ce dont il parlait très fréquemment à table avec les Témoins du siège de Brooklyn.[12] Une jour, lors d'un repas, il s'appesantit longuement sur les détails d'un viol sur mineur perpétré par un adepte désormais exclu, ce qui mit mal à l'aise plusieurs Béthélites.[13]

Knorr mit une distance entre lui et la communauté des Témoins ordinaires, développant ainsi chez les fidèles une "aura de distance physique". Lors des grandes assemblées, il apparaissait entouré de serviteurs qui lui servaient de garde du corps, et refusait généralement de parler à la presse. Lorsque les journalistes tentaient de l'interviewer, il se montrait "grincheux" et "rude".[3]

Voir aussi Train de vie de Knorr

Pour ce qui est de son train de vie, Knorr appréciait les raffinements ainsi que la bonne cuisine.[4] Il voyageait en première classe partout où il allait et racontait ensuite aux travailleurs du Béthels ses voyages,[14] et se rendait aux assemblées en Cadillac avec des gardes du corps.[15] Selon le témoignage de l'ancienne Béthélite Joan Cetnar, il "invit[ait] des gens aux restaurants les plus chers, all[ait] aux représentations de théâtre", "se fai[sai]t rembourser tous ses frais", avait un somptueux appartement avec cuisinier privé.[16] Ce style de vie lui valut des critiques, car les Béthélites vivaient de façon plus modeste.[17]

Réalisations

Au niveau organisationnel

Vice-président au moment de la mort de Rutherford, membre du Conseil des directeurs depuis 1934, il s'illustra par une recherche de l'efficacité dans le domaine de la prédication: création de l'école du ministère théocratique pour la formation des proclamateur de base sur la suggestion de Hayden C. Covington, création en 1943 de l'école de Galaad pour former des missionnaires, ce qui éleva grandement le niveau général des Témoins et améloira leur image public.[18] Knorr instaura également une périodicité régulière des assemblées.[19] Il fit abandonner l'utilisation du phonographe de porte en porte et des cartes de présentation, au profit de récitation de cours sermons par les proclamateurs.

Outre le fait que le périodique Réveillez-vous! remplaça Consolation en 1946, plusieurs livres parurent également sous sa présidence: Équipés pour toute œuvre bonne, Que Dieu soit reconnu pour vrai!, Assurez-vous de toutes choses, Du Paradis perdu au Paradis reconquis, Toute Écriture est inspirée de Dieu et utile et surtout, une nouvelle traduction de la Bible, la Traduction du Monde Nouveau des Saintes Écritures, Knorr ayant fait partie du comité de traduction de celle-ci.[20] Knorr contrôlait le contenu de chaque publication, mais voulait que les articles écrits par le vice-président Frederick Franz ne soient pas modifiés sans l'accord préalable de ce dernier.[21]

Knorr prépara la création de nouvelles filiales dans de nombreux pays. En 1942, quand il devint président, il y avait 25 filiales dans le monde entier. En 1946, malgré les événements de la Seconde Guerre mondiale, le nombre de filiales s'éleva à 57. Au cours des 30 années suivantes, ce nombre passa à 97. Les signatures des auteurs des articles ou publications de l'organisation n'apparurent plus à la fin de ceux-ci, de telle sorte que la proéminence de certaines figures dans le mouvement fut remplacée par celle d'une entité dirigeante plus impersonnelle.

À partir du 1er octobre 1972, des ajustements furent apportés au niveau de la surveillance des congrégations des Témoins de Jéhovah. La parution de l'Auxiliaire pour une meilleur intelligence de la Bible fut l'occasion de modifier la structure organisationnelle du mouvement. Désormais, il n'y avait plus seulement un seul serviteur congrégation, ou surveillant, mais un collège d'anciens et des assitants ministériels. Un ancien serait désigné président, mais tous les anciens auraient la même autorité et partageraient la responsabilité des décisions.

Plus tard, la présidence du Collège Central fut également affectée, tournant dans l'ordre alphabétique. En décembre 1975, la direction des Témoins de Jéhovah passa du président de la Société Watch Tower au Collège Central des Témoins de Jéhovah. Dès le 1er janvier 1976, le Collège forma plusieurs comités pour superviser l'édition, l'écriture, l'enseignement, les services et le personnel. Knorr travailla avec cette restructuration jusqu'à sa maladie peu de temps avant sa mort ne le force à quitter le siège mondial de Brooklyn. Après la mort de Knorr en juin 1977, Frederick W. Franz lui succéda comme président de la Société.

Au niveau doctrinal

Sous sa présidence, l'enseignement jéhoviste mit l'accent sur l'honnêteté personnelle, l'intégrité dans les affaires profanes, et à partir de 1962, sur la soumission aux gouvernements humains, ce qui permit à la communauté de se forger une réputation de personnes à la haute moralité.[22] De même, Knorr réhabilita le mariage, l'amour romantique et la place de la femme.

Knorr participa à quelques compromis plus ou moins importants. Par exemple, il fit partie de ceux qui furent d'accord pour que, dans les années 1960-70, les Témoins du Mexique corrompent les fonctionnaires en leur payant une somme d'argent contre l'obtention d'une cartilla.[23] Il ne fut pas choqué par le fait qu'une fois achetée et rénovée par la Société Watch Tower, la salle de théâtre le Queens de New York, comportait toujours des symboles païens dans son architecture, car il les considérait comme étant de simples décorations.[24]

La doctrine du refus des transfusions sanguines ainsi que la forme actuelle de l'exclusion ont également été introduites au cours de la présidence de Knorr, respectivement en 1945 et 1952.

Vidéo

  • Interview avec Nathan Knorr

Ressources sur le sujet

  • Botting, Heather & Gary (1984) (anglais), The Orwellian World of Jehovah's Witnesses, University of Toronto Press (ISBN 0-8020-6545-7)
  • Franz, Raymond (2007) (français), À la recherche de la liberté chrétienne, Atlanta: Commentary Press, format pdf
  • Gruss, Edmond C. (2003) (anglais), The Four Presidents of the Watch Tower Society, Xulon Press (ISBN 1-594671-31-1)
  • Harrison, Barbara Grizzuti (1978) (anglais), Visions of Glory: A History and a Memory of Jehovah's Witnesses, New York: Simon and Schuster (ISBN 0-671-25101-5)
  • Penton, James M. (1997, 2è éd.) (anglais), Apocalypse Delayed: The Story of Jehovah's Witnesses, University of Toronto Press (ISBN 0-8020-7973-3)
  • Rogerson, Alan (1969) (anglais), Millions Now Living Will Never Die, Londres: Constable (ISBN 0094559406)
  • Wills, Tony (2006) (anglais), A People for His Name: A History of Jehovah's Witnesses and an Evolution, Morisville: Lulu Enterprises (ISBN 978-1-4303-0100-4)

Références

  1. Arrowup.png Penton, 1997, p. 147
  2. Arrowup.png Franz, 2007, pp. 76,77
  3. 3,0, 3,1 et 3,2 Penton, 1997, pp. 252
  4. 4,0, 4,1 et 4,2 Penton, 1997, pp. 77,78
  5. Arrowup.png Penton, 1997, pp. 162,163
  6. Arrowup.png Penton, 1997, pp. 245
  7. Arrowup.png Franz, 2007, p. 152
  8. Arrowup.png Franz, 2007, p. 158
  9. Arrowup.png Franz, 2007, p. 200
  10. Arrowup.png Harrison, 1978, p. 158
  11. Arrowup.png Harrison, 1978, p. 338
  12. Arrowup.png Penton, 1997, p. 225
  13. Arrowup.png Gruss, 2003, p. 36
  14. Arrowup.png Gruss, 2003, p. 37
  15. Arrowup.png Botting, Heather & Gary, 1984, pp. xi,xii
  16. Arrowup.png Gruss, 2003, p. 40
  17. Arrowup.png Penton, 1997, p. 222
  18. Arrowup.png Penton, 1997, p. 84
  19. Arrowup.png Penton, 1997, p. 83
  20. Arrowup.png Penton, 1997, p. 174
  21. Arrowup.png Franz, 2007, p. 123
  22. Arrowup.png Penton, 1997, p. 283
  23. Arrowup.png Penton, 1997, p. 149
  24. Arrowup.png Franz, 2007, p. 218
Précédé par
Joseph Rutherford
Président de la Watch Tower Bible and Tract Society
13 janvier 1942 — 8 juin 1977
Suivi par
Frederick Franz