Persécution sous l'Allemagne nazie : Différence entre versions

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Le 25 juin 1933, environ {{unité|7000}} Témoins étaient réunis à la Wilmersdorfer Tennishallen de Berlin, quand une ''[[Déclaration de Faits]]'' de {{unité|3800}} fut publiée. Le document, rédigé par le président la Société Watch Tower [[Joseph Rutherford]], affirmait la neutralité politique des Témoins de Jéhovah, lançait un appel au droit de prêcher publiquement et affirmait que le mouvement était victime d'une campagne de désinformation fomentée par d'autres religions. Quelques {{unité|2100000}} d'exemplaires de la ''Déclaration'', reproduite sous forme de brochure de quatre pages, furent distribués au public dans toute l'Allemagne, avec une copie ayant aussi été envoyée à Hitler, accompagnée d'une lettre de sept pages assurant le chancelier que l'Association Internationale des Étudiants de la Bible "n'était pas en opposition avec le gouvernement national du Reich allemand", mais qu'au contraire, "les objectifs entièrement religieux et non politiques et les efforts des Étudiants de la Bible" étaient "tout à fait en accord avec les objectifs correspondants du gouvernement national".<ref>[[#Garbe|Garbe, 2008]], pp. 90,91</ref> L'historien allemand Detlef Garbe estime que la ''Déclaration'' s'inscrit dans le cadre d'efforts de la part du mouvement pour s'adapter à un moment de persécution croissante,<ref>[[#Garbe|Garbe, 2008]], pp. 87-91</ref> tandis que l'historien canadien James Penton, ex-Témoin de Jéhovah, voit dans la ''Déclaration'' un document compromettant qui prouve "que les dirigeants de la Watch Tower ont tenté de se plier aux exigences des nazis",<ref>[[#Penton|Penton, 2004]], pp. 71–75</ref> allégation que la Société Watch Tower rejeta dans un article de 1998 de son périodique ''Réveillez-vous!'' qui ne citait que des passages non tendancieux de la ''Déclaration''.<ref>''Réveillez-vous!'', 8 juillet 1998, pp. 10-14, "Les Témoins de Jéhovah: courageux face au péril nazi"</ref>
  

Version du 22 septembre 2012 à 16:52

Les Témoins de Jéhovah a souffert de persécution religieuse dans l'Allemagne nazie entre 1933 et 1945 après avoir refusé d'effectuer leur service militaire, de rejoindre les organisations nazie ou de faire allégeance au régime d'Hitler. On estime que 10 000 Témoins — la moitié du nombre de membres en Allemagne durant cette période — ont été emprisonnés, dont 2 000 qui ont été envoyés dans les camps de concentration. On estime que 1 200 sont morts en détention, dont 250 par exécution. Ils étaient la première dénomination chrétienne interdite sous le Troisième Reich et celle qui fut la plus persécutée.[1] Contrairement aux Juifs et aux Tsiganes qui ont été persécutés sur la base de leur appartenance ethnique, les Témoins de Jéhovah pouvaient échapper à la persécution et à la souffrance personnelle en renonçant à leurs convictions religieuses, ce qui se traduisait par le fait de signer un document indiquant le renoncement de leur foi, la soumission à l'autorité étatique, et le soutien de l'armée allemande.[2] L'historienne Sybil Milton conclut que "leur courage et leur mépris face à la torture et à la mort crève le mythe d'une décision d'un État nazi monolithique sur des sujets dociles et soumis".[3]

Le groupe connut une persécution publique et gouvernementale grandissante à partir de 1933, nombre d'entre eux ayant été renvoyés de leur emploi ou de leur écoles, privés de revenus et supportant les coups et l'emprisonnement, en dépit de tentatives initiales de la part du mouvement jéhoviste pour démontrer des objectifs communs avec le régime national-socialiste. Les historiens sont divisés quant à savoir si les nazis avaient l'intention de les exterminer, mais plusieurs auteurs ont avancé l'idée que l'activisme des Témoins de Jéhovah et leur condamnation ouverte des Nazis ont contribué à leur niveau de persécution.

Ère pré-nazie

Les Témoins de Jéhovah constituent un schisme des Étudiants de la Bible internationaux, qui ont commencé leur œuvre missionnaire en Europe dans les années 1890. Une filiale allemande de la Société Watch Tower ouvrit à Elberfeld en 1902. En 1933, près de 20 000 Témoins ont été comptés comme prédicateurs actifs, et leur commémoration annuelle du Mémorial attirait alors près de 25 000 personnes.[4] À Dresde, il y avait davantage d'Étudiants de la Bible qu'à New York, où la Société Watch Tower avait son siège.[5]

Les membres de la religion, qui étaient connus sous le nom de Ernste Bibelforscher ou Premiers Étudiants de la Bible, avaient suscité l'opposition depuis la fin de la Première Guerre mondiale, et des accusations avaient été lancés contre eux comme quoi ils étaient bolcheviks, communistes et juifs en secret.[6] À partir de 1920, l'Église évangélique allemande demanda l'interdiction des publications de la Watch Tower qui contenaient alors beaucoup de contenus polémiques à caractère anti-religieux, puis dans la fin de la décennie, l'opposition fut le fruit d'une association entre l'Église et le Mouvement völkisch, et des campagnes de brochures.[7] Les Nazis commencèrent à harceler les Étudiants de la Bible, et les membres SA perturbèrent les réunions.[4]

À partir de 1922, les Étudiants de la Bible d'Allemagne furent arrêtés au motif de colportage illégal lors de leur distributions publiques de littérature de la Watch Tower. Entre 1927 et 1930, près de 5 000 accusations furent portées contre des membres du mouvement, et bien que la plupart se soient terminées par un acquittement,[8][9] des "peines sévères" furent également prononcées.[10]

À partir de 1930, les appels pour l'intervention de l'État contre les Étudiants de la Bible augmentèrent et le 28 mars 1931, le président du Reich, Paul von Hindenburg, publia le Décret pour la Résistance des Actes Politiques de Violence, qui prévoyait les mesures à prendre dans les cas où les organisations religieuses, les institutions ou les douanes étaient "maltraitées ou malicieusement décriées".[11] La Bavière devient le premier État ​​allemand où le décret fut utilisé contre les Étudiants de la Bible, avec un ordre de la police publié le 18 novembre interdisant et confisquant toutes les publications des Étudiants de la Bible dans l'État.[11] Un second décret, en 1932, étendit l'interdiction à d'autres États allemands. À la fin de cette année-là, plus de 2 300 accusations portées contre Étudiants de la Bible étaient en instance.

Développements législatifs

Interdiction

Adolf Hitler fut nommé chancelier d'Allemagne le 30 janvier 1933, et à partir de ce moment la persécution des Témoins de Jéhovah s'intensifia. Se déclarant politiquement neutres, les Témoins refusèrent de jurer fidélité au régime nazi. Initialement, l'indifférence des Témoins face à l'État nazi se manifesta dans le refus d'effectuer les salut nazi en levant le bras, de rejoindre le Deutsche Arbeitsfront (Front allemand du Travail), de participer à des collectes d'aide sociale aux nazis, d'effectuer des tâches de raid aérien ou de participer à des rassemblements et des défilés nazis.[3] Les Sturmtruppen SA du parti nazi attaquèrent les maisons des Témoins qui n'avaient pas voté en novembre 1933 dans le cadre d'un plébiscite sur le retrait allemand de la Société des Nations et les firent sortir pour les amener aux urnes. Certains furent battus ou forcés de marcher tout en brandissant des pancartes qui exprimaient leur "trahison" à la patrie; dans une ville un panneau d'affichage fut mis sur la place le marché listant les "traîtres" parmi les Étudiants de la Bible qui n'avaient pas voté, et des foules se rassemblaient devant les maisons des Témoins pour jeter des pierres ou chanter. Une action similaire fut prise lors des élections ultérieures de l'État à parti unique.[12]

Les autorités nazies dénoncèrent les Témoins de Jéhovah pour leurs liens avec les États-Unis et tournèrent en dérision le millénarisme apparemment révolutionnaire de leur prédication comme quoi une bataille d'Har-Maguédôn précéderait le règne du Christ sur ​​la terre. Ils relièrent les Témoins de Jéhovah à la "juiverie internationale" en mettant en évidence la confiance du mouvement à l'égard de certains textes de l'Ancien Testament. Les nazis avaient des griefs sur la plupart des petits groupes protestants en rapport avec ces questions, mais seuls les Témoins de Jéhovah et les christadelphiens refusaient de porter les armes ou de prêter serment de loyauté à l'État.[3]

Les activités de l'Association des Étudiants de la Bible furent interdites dans les États de Mecklembourg-Schwerin (10 avril 1933) et de Bavière (13 avril 1933). Les Témoins répondirent par une campagne de distribution de brochures de maison en maison dans tout le pays, ce qui amena nombre d'entre eux à être arrêtés et en une semaine l'interdiction s'étendit aux États de Saxe et de Hesse. Les publications furent également confisqués dans certains États. Le 24 avril, la police s'empara du siège des Étudiants de la Bible à Magdebourg, mais abandonna cinq jours plus tard après des efforts diplomatiques américains. À partir de la mi-mai, d'autres États promulguèrent des décrets interdisant les Étudiants de la Bible et vers la mi-juin, les Témoins furent interdits dans presque tous les États. Dans un ​​décret d'État, il fut dit que la raison d'être de l'interdiction était que les Étudiants de la Bible "imposaient" aux ménages des journaux de la Société Watch Tower qui "contiennent des attaques malveillantes sur les principales églises chrétiennes et leurs institutions".[13][14]

La Prusse, le plus grand État de l'Allemagne, imposa une interdiction le 24 juin, expliquant que les Étudiants de la Bible étaient en train d'attirer et d'abriter d'anciens membres subversifs des partis communiste et marxiste. Son décret ajouta que les Étudiants de la Bible:

"...sont évidemment impliqués dans l'agitation contre les institutions politiques et religieuses, en paroles et par écrit. En déclarant que les deux institutions sont les agences de Satan, ils sapent le fondement même de la vie en communauté du peuple. Dans leurs nombreuses publications (...), ils déforment délibérément et malicieusement les récits bibliques dans le but de ridiculiser les institutions publiques et de l'église. Une des caractéristiques de leur lutte est une manipulation de leurs partisans fanatiques (...). Il est donc évident que l'association mentionnée ci-dessus tend à être en totale opposition avec l'état actuel et ses structures culturelles et morales."[13]

Tentative de conciliation

Voir article détaillé Déclaration de faits et lettre au Chancelier du Reich

Le 25 juin 1933, environ 7 000 Témoins étaient réunis à la Wilmersdorfer Tennishallen de Berlin, quand une Déclaration de Faits de 3 800 fut publiée. Le document, rédigé par le président la Société Watch Tower Joseph Rutherford, affirmait la neutralité politique des Témoins de Jéhovah, lançait un appel au droit de prêcher publiquement et affirmait que le mouvement était victime d'une campagne de désinformation fomentée par d'autres religions. Quelques 2 100 000 d'exemplaires de la Déclaration, reproduite sous forme de brochure de quatre pages, furent distribués au public dans toute l'Allemagne, avec une copie ayant aussi été envoyée à Hitler, accompagnée d'une lettre de sept pages assurant le chancelier que l'Association Internationale des Étudiants de la Bible "n'était pas en opposition avec le gouvernement national du Reich allemand", mais qu'au contraire, "les objectifs entièrement religieux et non politiques et les efforts des Étudiants de la Bible" étaient "tout à fait en accord avec les objectifs correspondants du gouvernement national".[15] L'historien allemand Detlef Garbe estime que la Déclaration s'inscrit dans le cadre d'efforts de la part du mouvement pour s'adapter à un moment de persécution croissante,[16] tandis que l'historien canadien James Penton, ex-Témoin de Jéhovah, voit dans la Déclaration un document compromettant qui prouve "que les dirigeants de la Watch Tower ont tenté de se plier aux exigences des nazis",[17] allégation que la Société Watch Tower rejeta dans un article de 1998 de son périodique Réveillez-vous! qui ne citait que des passages non tendancieux de la Déclaration.[18]

La distribution de la Déclaration provoqua une nouvelle vague de persécution contre les Témoins allemands.[19] Le 28 juin, 30 Sturmtruppen occupèrent la filiale pour la deuxième fois, fermant l'usine, mettant les presses d'imprimerie sous scellés et hissant la croix gammée sur le bâtiment. À la fin août, les autorités utilisèrent 25 camions pour transporter environ 70 tonnes de littérature de la Watch Tower et des bibles aux abords de la ville où elles furent brûlées publiquement. Les activités de prédication et des réunions dans des maisons privées continuèrent, bien que la menace de raids de la Gestapo amena beaucoup d'adeptes à se retirer de l'association, et l'activité jéhoviste cessa même dans certains endroits.[20] Lorsque les autorités découvrirent que la littérature interdite était passée en contrebande en Allemagne en provenance de l'étranger, la police bavaroise ordonna la confiscation du courrier de tous les Étudiants de la Bible connus et exprima une irritation que leur activité ne faisait qu'augmenter.[20]


(à continuer)

Ressources sur le sujet

  • Baumel, Judith Tydor; Laqueur, Walter (2001) (anglais), The Holocaust encyclopedia, Yale University Press (ISBN 978-0-300-08432-0)
  • Garbe, Detlef (2008) (anglais), Between Resistance and Martyrdom: Jehovah's Witnesses in the Third Reich, Madison, Wisconsin: University of Wisconsin Press (ISBN 0-299-20794-3)
  • Penton, James (2004) (anglais), Jehovah's Witnesses and the Third Reich: Sectarian Politics Under Persecution, Toronto: University of Toronto Press (ISBN 0-8020-8678-0)

Références

  1. Arrowup.png Garbe, 2008, pp. 100,102,514
  2. Arrowup.png Berenbaum, Michael (2000) (anglais), "Persecution and Resistance of Jehovah's Witnesses During the Nazi-Regime 1938-1945", Richard Stockton College, Holocaust Teacher Resource Center. Consulté le 21 septembre 2012
  3. 3,0, 3,1 et 3,2 Baumel, 2001, pp. 346-50
  4. 4,0 et 4,1 Penton, 2004, p. 144
  5. Arrowup.png Garbe, 2008, p. 45
  6. Arrowup.png Garbe, 2008, pp. 48-51
  7. Arrowup.png Garbe, 2008, pp. 54-59
  8. Arrowup.png Saarbrücker Landes Zeitung (16 décembre 1929), cité dans WTBTS (1974) (anglais), Annuaire des Témoins de Jéhovah, Watch Tower Bible & Tract Society, p. 102:
    "Unfortunately the police have been powerless in doing anything about the work of the Bible Students. Arrests made up until now ... have all ended up in acquittal."
  9. Arrowup.png Garbe, 2008, pp. 62,570 note 151
  10. Arrowup.png WTBTS (1974) (anglais), Annuaire des Témoins de Jéhovah, Watch Tower Bible & Tract Society, pp. 102-11
  11. 11,0 et 11,1 Garbe, 2008, p. 65
  12. Arrowup.png Garbe, 2008, pp. 139-41
  13. 13,0 et 13,1 Garbe, 2008, pp. 73-83
  14. Arrowup.png Penton, 2004, p. 150
  15. Arrowup.png Garbe, 2008, pp. 90,91
  16. Arrowup.png Garbe, 2008, pp. 87-91
  17. Arrowup.png Penton, 2004, pp. 71–75
  18. Arrowup.png Réveillez-vous!, 8 juillet 1998, pp. 10-14, "Les Témoins de Jéhovah: courageux face au péril nazi"
  19. Arrowup.png Penton, 2004, p. 13
  20. 20,0 et 20,1 Garbe, 2008, pp. 92–99