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Sous la direction du 3ème président de la Société Watchtower, Nathan Knorr, la question du service civil fût régulièrement rapporté dans les colonnes de la Tour de Garde des Témoins de Jéhovah. Les Témoins de Jéhovah demandaient l’exemption pure et simple car chaque membre des Témoins de Jéhovah suivant Knorr était un ministre chrétien. Tout comme durant la deuxième guerre mondiale, la définition du ministre chrétien des Témoins de Jéhovah différait de celle des bureaux de recrutement, néanmoins en 1953, la Cour suprême des Etats-Unis reconnaîtra le statut de ministre de culte au Témoin de Jéhovah George Lewis Dickinson car il était un "serviteur de compagnie" de sa congrégation locale, c'est à dire un ancien. Suite à cette décision les nouvelles directives des bureaux de recrutement était de reconnaître aussi comme ministre de culte les pionniers Témoins de Jéhovah qui consacrait au moins 100 heures à la prédication. Selon l'auteur Tony Wills, la situation devint hypocrite, tout comme les mormons encore actuellement, les jeunes Témoins américains étaient encouragés à prendre le service de pionnier quelques mois avant de se faire appeler sous les drapeaux et ce par la filiale même, témoin une lettre personnelle qu'à reçu l'auteur de La main de Hayden Convington, alors Vice-président de la Société Watchtower et avocat en chef du mouvement. Toujours selon Tony Wills, quelques mois après l'obtention de l'exemption, la plupart des jeunes Témoins de Jéhovah abandonnaient le service de pionnier.<ref>''A People for his Name'' Tony Wills Page 228</ref>
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Sous la direction du troisième président de la Société Watchtower, [[Nathan Knorr]], la question du service civil fut régulièrement rapporté dans les colonnes de ''La Tour de Garde'' des Témoins de Jéhovah.
  
Là où ils n’obtenaient pas l’exemption, c’est à dire dans la plupart des pays, ils préféraient la prison au service civil. L’exemple français des années 60 est d’ailleurs édifiant à ce sujet.
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Les adeptes demandèrent l'exemption pure et simple car, suivant Knorr, chacun d'eux était un ministre chrétien. Tout comme durant la Deuxième guerre mondiale, la définition du ministre chrétien des Témoins de Jéhovah différait de celle des bureaux de recrutement; néanmoins en 1953, la Cour suprême des États-Unis reconnaut le statut de ministre de culte au Témoin de Jéhovah George Lewis Dickinson, car il était un "serviteur de compagnie" de sa congrégation locale, c'est-à-dire un [[ancien]]. Suite à cette décision, les nouvelles directives des bureaux de recrutement furent de reconnaître aussi comme ministre de culte les pionniers Témoins de Jéhovah qui consacraient au moins 100 heures à la prédication. Selon l'auteur Tony Wills, la situation devint hypocrite, tout comme pour les mormons encore actuellement, car les jeunes Témoins américains étaient encouragés à prendre le service de pionnier quelques mois avant de se faire appeler sous les drapeaux et ce par la filiale même, comme le prouve une lettre personnelle qu'avait reçue l'auteur de la main de Hayden Convington, alors vice-président de la Société Watchtower et avocat en chef du mouvement. Ensuite, quelques mois après l'obtention de l'exemption, la plupart des jeunes Témoins de Jéhovah abandonnaient le service de pionnier.<ref>Wills, Tony (1967) (anglais), ''A People for His Name'', p. 228</ref>
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Là où ils n'obtenaient pas l'exemption, c'est-à-dire dans la plupart des pays, ils préféraient la prison au service civil. L'exemple français des années 1960 fut d'ailleurs révélateur à ce sujet.
  
 
==Cas de la France (1989-1995)==
 
==Cas de la France (1989-1995)==

Version du 22 mars 2011 à 21:20

En se basant sur leur interprétation de la Bible, les Témoins de Jéhovah refusent de faire leur service militaire depuis plusieurs décennies. De plus, ils ont refusé jusqu'en 1995 de faire un service civil de remplacement dans les pays où cela était possible. En France, c'est l'État qui leur a créé un statut sur mesure en 1993 pour éviter aux jeunes appelés Témoin de Jéhovah de purger une peine de prison allant jusqu’à 24 mois. Cette politique de refus, qui a occasionné bien des épreuves aux adeptes, a suscité des critiques de la part d'anciens membres et d'organismes de lutte contre les sectes.

Position des premiers chrétiens

Les Témoins de Jéhovah affirment baser leur refus du service militaire de leur compréhension de la Bible. Il défendent leur position en s'appuyant sur les propos de Jésus qui affirme que "celui qui prendra l'épée périra par l'épée" (<CiteBible>Matthieu 26:52</CiteBible>). De plus, ils se basent aussi sur les avis de plusieurs Pères de l'Église comme par exemple Tertullien pour affirmer que les premiers chrétiens ne pouvaient pas être militaires.

Or, Jésus n'a pas condamné le service militaire puisqu'il n'en parla tout simplement pas. Seul Jean le Baptiste l'a évoqué en <CiteBible>Luc 3:14</CiteBible>, mais dans ce passage il ne condamne pas le métier de soldat, il demande seulement aux militaires de se contenter de leur salaire donc de ne pas piller. Pareillement, quand Jésus eut des rapports avec un centurion en <CiteBible>Matthieu 8:5</CiteBible>, il n'aborda pas le sujet. Du temps des apôtres, la conversion du centurion Corneille ne donna pas l'opportunité d'en savoir davantage, et il ne lui fut pas demandé de quitter sa fonction. En fait, la Bible est donc muette sur ce sujet-là.

Le christianisme primitif fut multiple, et la centralisation du pouvoir prit de nombreux siècles à se réaliser. Dans son livre L'Église et la guerre, Georges Minois déclara, page 51 :

« Pour autant que nous puissions en juger d'après les rares témoignages de l'époque, la majorité des chrétiens des trois premiers siècles ne semblent pas voir de contradiction fondamentale entre christianisme et vie militaire. (...) De fait, la présence de soldats chrétiens est parfaitement attestée, sans que l’on puisse avancer de chiffres ou même de proportions. Leur nombre semble relativement faible jusque dans la seconde moitié du IIème siècle, selon les témoignages épigraphiques, puis gonfle à partir des années 170. »

Le problème militaire semble une question personnelle suivant les circonstances à cette époque. Par la suite, les intellectuels chrétiens condamnèrent le service militaire; néanmoins, les propos de Tertullien sont à replacer dans leur contexte, comme le note Georges Minois: Tertullien fut séduit par l'hérésie montaniste à caractère pacifiste au moment où il critiqua le métier de soldat (page 54). Ironiquement, c'est lui qui attesta l'existence de soldats chrétiens répondant aux critiques comme quoi ces chrétiens étaient inutiles à la société; en effet, il est dit dans Apologétique, XLII,3:

« Mais on nous accuse de vous causer encore d'autres dommages et l'on dit que nous sommes "des gens inutiles pour les affaires". Comment pourrions-nous l'être, nous qui vivons avec vous, qui avons même nourriture, même vêtement, même genre de vie que vous, qui sommes soumis aux mêmes nécessités de l'existence? Car nous ne sommes pas des brahmanes ou des gymnosophistes de l'Inde, habitants des forêts et exilés de la vie! Nous nous souvenons que nous devons de la reconnaissance à Dieu, comme au Seigneur et au Créateur de toutes choses: pas un fruit de ses œuvres que nous rejetions. Seulement nous nous gardons d'en user avec excès ou de travers. C'est pourquoi, sans laisser de fréquenter votre forum, votre marché, vos bains, vos boutiques, vos magasins, vos hôtelleries, vos foires et les autres lieux de commerce, nous habitons ce monde avec vous. Avec vous encore nous naviguons, avec vous nous servons comme soldats, nous travaillons la terre, nous faisons le commerce; de même, nous échangeons avec vous le produit de nos arts et de notre travail. Comment pouvons-nous paraître inutiles à vos affaires, puisque nous vivons avec vous et de vous? Vraiment, je ne le comprends pas. »

S'il est tout à fait possible que la foi chrétienne mène à l'objection de conscience et au pacifisme comme le font d'autres dénominations chrétiennes, il est par contre beaucoup plus critiquable de caricaturer l'histoire et les écrits sacrés comme le font les Témoins de Jéhovah, et de présenter le rejet du service militaire comme une condition sine qua non pour adhérer au "vrai" christianisme.

Historique

Époque de Russell

Le fondateur des Étudiants de la Bible, Charles Taze Russell, ne voyait aucune objection à ce qu'un chrétien accomplisse son service militaire. Néanmoins, en cas de guerre, il proposait à ses disciples de servir dans les corps non-combattants des armées comme les services médicaux ou au pire de tirer en l'air pour effrayer l'ennemi.

Cette liberté est clairement illustrée par le cas d'un Étudiant de la Bible presque plus célèbre que Russell dans les années 1900 et 1910, William Preble Hall, dont la photo figure page 420 du livre Les Témoins de Jéhovah - Proclamateurs du Royaume de Dieu (c'est le troisième en partant de la gauche). C'est lui qui fit le discours d'ouverture de l'assemblée des Étudiants de la Bible en 1911 et il partit peu après avec Russell pour son tournée mondiale de sermons. Jusqu'à sa retraite en 1912, il fut militaire d'un grade important: d'abord brigadier général, il devint en 1893 assistant adjudant-général au quartier généraux de l'armée à Washington et finit sa carrière au plus haut sommet de la hiérarchie militaire américaine comme adjudant général pendant six mois à la place du général Ainsworth débarqué à cette occasion.

La Première guerre mondiale modifia cette conception: des Étudiants de la Bible partirent à la guerre et revêtirent l'uniforme, par exemple en France.[1] Russell en fit état le 1er avril 1915; il estimait alors que ceux-ci le faisaient dans le cadre du service non-combattant et semblait satisfait du compromis entre la neutralité chrétienne nécessaire et l'obéissance aux autorités.[2] Néanmoins, en septembre 1915, Russell eut des doutes sur ce sujet et sembla changer d'avis: il conseilla aux Étudiants de la Bible employés dans des manufactures d'armes de ne le faire que par absolue nécessité, tant que le chrétien n'était pas en mesure de trouver un autre travail.[3] Dans le même ordre d'idée, l'acceptation de l'uniforme, même pour le service non-combattant, lui semblait être déjà de la compromission car les personnes qui voyaient le chrétien en uniforme n'étaient pas censées savoir qu'ils ne prenait pas les armes.[4] Dans cet ordre d'idée, il assuma jusqu'au bout son nouveau choix, puisqu'à la question "mais si on ne se fait pas incorporer, on risque de se faire exécuter", Russell répondit qu'il valait mieux être exécuté sous la bannière du Christ que sous celle des rois de ce monde, et affirma: "Nous ne pouvons dire au combien sera d'une grande influence pour la paix, pour la justice et pour Dieu, si une centaine de fidèles suivent la voie de Shadrach, Meschach et Abednego et refusent de se courber devant le dieu de la guerre".[5] Bien sûr, Russell réaffirma qu'il s'agissait d'une suggestion et qu'il laissait la responsabilité aux Étudiants de la Bible de choisir,[6] néanmoins, à partir de ce moment-là, l'adepte qui voulait rester en communion avec la direction de son mouvement n'avait plus que deux choix: arriver à se faire exempter ou refuser l'incorporation.

C'est le choix que fit le mouvement dans la rédaction d'un modèle de déclaration à envoyer aux autorités canadiennes: l'exemption pure et simple et rien d'autre.[7]

Néanmoins, un peu plus tard, une réponse aux lecteurs de La Tour de Garde du 1er mai 1916 fut évasive. Elle faisait suite à un article sur deux jeunes appelés anglais ayant demandé l'exemption et qui ont été affectés à un service non-combattant et l'ont refusé. Un appelé qui avait demandé l'exemption, et à qui on lui proposait également les corps non-combattant, demandait l'avis à Russell. Ce dernier semblait hésiter à nouveau, tout en laissant encore l'Étudiant de la Bible libre de choisir son destin: il fit une distinction entre les corps non-combattants creusant les tranchées qui lui semblaient ne pas convenir à un chrétien, et ceux servant à l'hôpital ou à la Croix-Rouge par exemple, qui ne lui posaient pas de problèmes de conscience.[8]

Dans ce même numéro, le correspondant du mouvement en Angleterre expliqua que tous les Étudiants de la Bible appelés qui avaient demandé l'exemption n'avaient pas obtenu gain de cause, mais avaient eu la possibilité de servir dans les corps non-combattants; ils avaient tous fait appel [9] La situation se compliqua de nouveau en juillet 1916: Russell révéla dans les colonnes du journal que ceux des Étudiants de la Bible qui avaient accepté le service non-combattant avaient été trompés et envoyés dans des troupes régulières.[10]

La Tour de Garde du 15 juillet 1916 révéla que la branche londonienne avait fait circuler une pétition qui avait recueilli 5 000 signatures en faveur de 40 Étudiants de la Bible emprisonnés et huit autres envoyés de force en France. Cette pétition ne demandait plus l'exemption, mais l'assurance que ces jeunes appelés serviraient dans un service non-combattant amenagé, dégagé des autorités militaires ("qu'on leur donne la possibilité de servir leur pays en dehors de la machine de guerre").[11] Cette filiale semblait se résoudre à ne demander l'exemption que pour les "anciens".[12]

Le numéro du septembre du périodique en anglais annonça qu'aucun Étudiant de la Bible n'était dans les unités combattantes, 20 servait dans les unités non-combattantes, 58 étaient emprisonnés, et 103 effectuaient dans un service civil ne dépendant pas de l'armée. Les 'anciens', en qualité de ministres, étaient parvenus à bénéficier d'une exemption,[13] bien que le mouvement ait montré de l'hésitation sur ce sujet car il affirmait de pas avoir de clergé.[14] Le 15 octobre, même certains Étudiants de la Bible emprisonnés se virent proposer d'être "serviteurs de l'État" et d'accomplir des travaux d'intérêt généraux au lieu de la prison.[15]

Époque de Rutherford

Transcript du procès de 1918, p. 1921
Transcript du procès de 1918, pp. 1222,1223

Lors de l'entrée en guerre des États-Unis, nombres de jeunes Étudiants de la Bible en âge d'être incorporés demandèrent une aide et des renseignements au siège de Brooklyn. Le siège leur envoya un affidavit à transmettre aux comités d'incorporations stipulant que le mouvement des Étudiants de la Bible dont était membre l'appelé était contre la guerre et que celui-ci ne pouvait donc pas y prendre part. Certains comités acceptèrent d'exempter ces jeunes appelés, d'autres pas. Dans ce dernier cas, l'étude d'une partie de la correspondance du siège montre que le mouvement conseillait aux jeunes appelés de refuser leur incorporation et de refuser d'accomplir une quelconque tâche, même n'ayant pas de rapport avec la guerre, tant que le président Wilson n'avait pas précisé ce qu'était le service non-combattant. Cette position compliquée engendra l'incompréhension de la hiérarchie militaire américaine qui pensait pour sa part que le service non-combattant était bien réservée aux objecteurs de conscience et ne comprenait pas ce refus, d'autant plus que d'autres mouvements pacifistes l'acceptaient, comme par exemple les Quakers.

Face à cette réaction, Rutherford choisit la même solution que Russell: dans une lettre au jeune Étudiant de la Bible Insberg dans laquelle il prétendait que le fait d'accepter ou non le service non-combattant était un choix personnel, il expliquait aussi qu'un Étudiant de la Bible ne devait pas participer à la guerre et ne laissait donc virtuellement aucune alternative possible puisqu'il précisait qu'il n'y avait que deux choix: aller à la guerre ou refuser de prendre part au conflit sous n'importe quelle forme que ce soit. Or, dans cette optique, il ne cachait pas que le fait que l'Étudiant de la Bible pouvait être soit mis en prison, soit exécuté. Dans cette optique, il considérait que la prison permettait de prêcher à des personnes qui n'étaient pas joignables autrement, ou que l'exécution capitale était un moyen pour le chrétien d'obtenir plus vite la récompense céleste (voir scans ci-contre).

Les années postérieures à la Première guerre mondiale furent l'occasion d'un raidissement de la doctrine et une multiplication des interdits en rapport avec la compromission envers l'État: interdiction de voter, de saluer le drapeau, et bien sûr d'effectuer son service militaire. Ces interdits provoquèrent de graves ennuis aux fidèles Témoins de Jéhovah sous les régimes totalitaires nazis et fascistes ainsi que dans les démocraties pendant cette période troublée de l'histoire.

Deuxième guerre mondiale

Alors que les Témoins de Jéhovah allemands en lutte contre le Deuxième Reich refusaient depuis les années 1930 le service militaire et la conscription, subissant ainsi une lourde persécution, l'entrée en guerre des États-Unis confirma les paroles de Raymond Franz, ancien membre du Collège Central des Témoins de Jéhovah, telles qu'on peut les lire dans son livre Crise de Conscience, à la page 101, à savoir que fut décidée au cours de la Seconde guerre mondiale le refus du service civil.

Le Selective Training and Service Act passé par le Congrès américain en 1940 prévoyait un statut d'objecteur de conscience sous la pression de l'ACLU et de groupes religieux comme les mennonites ou les Quakers. Ce statut permettait aux objecteurs de conscience d'œuvrer pour le bien de la communauté et 8 000 américains en auraient bénéficié. Dans le même temps, les lois fédérales pour la conscription prévoyaient aussi une exemption complète pour les ministres de culte. Les Témoins décidèrent d'accepter l'exemption en tant que ministre de culte, et de refuser le statut d'objecteur de conscience. Dans une lettre écrite au Département de Justice, les dirigeants américains expliquèrent que, bien que n'étant pas pacifistes, les Témoins étaient voués à Dieu seul et à son Royaume et qu'ils "étaient séparés et distincts en tant que nation au milieu des nations".

De plus, le sens large donné par les Témoins au terme "ministre de culte" entra en conflit avec la définition classique qu'en donnait les bureaux de recrutement: pour les Témoins, tout adepte baptisé et prêchant était un ministre de culte, tandis que pour les recruteurs de l'Armée, seuls les individus consacrant tout leur temps à la religion pouvaient prétendre à ce statut. De plus, même certains Témoins répondant aux critères précis d'un ministre de culte selon l'Armée se virent refuser l'exemption, la haine anti-Témoin de Jéhovah étant attisée aux États-Unis depuis les années 1930 par les méthodes de prédication agressive du mouvement ainsi que par le conflit sur le salut au drapeau qui faisait encore rage dans ce pays. De ce fait, il y eut une persécution de plusieurs Témoins qui, pourtant, bien ministres du culte. Plus de 4 000 adeptes furent emprisonnés pour leur refus de combattre et condamnés pour une durée moyenne de 42 mois chacun, durée qui était supérieure de sept mois par rapport autres insoumis.

Époque de Knorr

Sous la direction du troisième président de la Société Watchtower, Nathan Knorr, la question du service civil fut régulièrement rapporté dans les colonnes de La Tour de Garde des Témoins de Jéhovah.

Les adeptes demandèrent l'exemption pure et simple car, suivant Knorr, chacun d'eux était un ministre chrétien. Tout comme durant la Deuxième guerre mondiale, la définition du ministre chrétien des Témoins de Jéhovah différait de celle des bureaux de recrutement; néanmoins en 1953, la Cour suprême des États-Unis reconnaut le statut de ministre de culte au Témoin de Jéhovah George Lewis Dickinson, car il était un "serviteur de compagnie" de sa congrégation locale, c'est-à-dire un ancien. Suite à cette décision, les nouvelles directives des bureaux de recrutement furent de reconnaître aussi comme ministre de culte les pionniers Témoins de Jéhovah qui consacraient au moins 100 heures à la prédication. Selon l'auteur Tony Wills, la situation devint hypocrite, tout comme pour les mormons encore actuellement, car les jeunes Témoins américains étaient encouragés à prendre le service de pionnier quelques mois avant de se faire appeler sous les drapeaux et ce par la filiale même, comme le prouve une lettre personnelle qu'avait reçue l'auteur de la main de Hayden Convington, alors vice-président de la Société Watchtower et avocat en chef du mouvement. Ensuite, quelques mois après l'obtention de l'exemption, la plupart des jeunes Témoins de Jéhovah abandonnaient le service de pionnier.[16]

Là où ils n'obtenaient pas l'exemption, c'est-à-dire dans la plupart des pays, ils préféraient la prison au service civil. L'exemple français des années 1960 fut d'ailleurs révélateur à ce sujet.

Cas de la France (1989-1995)

Avant 1989, les appelés Témoins de Jéhovah se défendent devant les tribunaux, d'une manière classique. Suivant Chistian Paturel dans son livre La dernière Croisade, ils se présentent comme soldats du Christ et affirment quand le juge leur parle du statut d'objecteur de conscience, que "leur temps appartient à Dieu" en l'occurence leur condamnation est marquée sur leur casier judiciaire, et l'administration judiciaire refuse de leur enlever cette mention. A partir de 1989, les appelés apparement sous l'impulsion de Paturel,  présentent leur cas sous les termes de l'objection de conscience pure, sans mentionner qu'ils sont "soldats du Christ", dans le même temps ils présentent leur défense en rapport avec le statut d'objecteur sous un autre angle, ils affirment que si on leur propose un service civil qui ne dépend pas de l'administration militaire, ils n'y seraient pas opposés. Dès lors, Paturel, note qu'à partir de ce moment et en dehors de deux cas particulier, les autorités judiciaires acceptent d'enlever leur condamnation de leur casier judiciaire, ce qui leur permet d'acceder à la fonction publique.

En 1995, le ministère de la défense alors dirigé par Monsieur François Léotard tentera donc une nouvelle approche auprès des instances jéhovistes en rapport avec l'ouverture manifestée par les objecteurs jéhovistes devant les tribunaux depuis 1989. Ce ministre aura plusieurs contact avec Christian Paturel selon les propos de ce dernier, et dès 1993, le cas du statut des objecteurs de conscience Témoin de Jéhovah avait été l'objet d'un colloque à l'Assemblée Nationale à l'initiative de l'avocat Jean-Marc Florand qui prétend être en parti responsable du résultat de 1995. Le ministre Léotard proposera le transfert des objecteurs de conscience Témoins de Jéhovah sous la tutelle du Ministère des Affaires Sociales plutôt que sous la tutelle du Ministère de la Défense. Comme on peut le voir de l’Affaire Louis Lecoin, en 1963 ce n’était pas là le problème, les Témoins de Jéhovah voulaient être exemptés et ne voulaient faire aucune forme de service civil.  Le mouvement en France a donc changé de point de vue à partir de 1989, ce que confirme laconiquement Christian Paturel dans une interview.

Christian Paturel, avocat et Témoin de Jéhovah, tentera une explication dans son livre « Sectes, Religions et Libertés Publiques ». Il déclarera (Page 110):

« Les Témoins de Jéhovah refusaient d’être assimilés à des ‘objecteurs de conscience classiques’, qui, dans leur quasi-totalité sont des antimilitaristes déclarés. Cette prise de position politique était inadmissible pour des personnes réputées pour leur neutralité, leur apolitisme. (…) Certains pourront trouver désuet un tel comportement. Mais a-t-on le droit de juger des valeurs, des principes qui conduisent certaines personnes à sacrifier leur liberté, et faire don de leur vie ? »

On ne voit pas en quoi le transfert de tutelle d’un ministère à un autre transforme tout à coup le statut d’objecteur de conscience « d’antimilitariste déclaré » à celui « d’apolitique ». Cette rhétorique cache mal en fait que les chefs Témoins de Jéhovah ont tout simplement changés d’avis ce qui sera confirmé quelques années plus tard...

Raymond Franz, neveu de Frederick Franz et ancien membre du Collège Central a exprimé dans son livre Crisis of Conscience (Crise de Conscience en anglais)[17] la position intransigeante soutenue pendant des années par les dirigeants :

"La position officielle de la Société Watch Tower, développée pendant la deuxième guerre mondiale, était que si un Témoin de Jéhovah acceptait le service alternatif, il avait “fait un compromis”, il avait perdu son intégrité envers Dieu. On arrivait à ce point de vue en raisonnant que ce service étant “en remplacement”, il prenait donc la place de ce qu’il remplaçait et (tel était le raisonnement) était donc la même chose. Puisque le service alternatif était offert à la place du service militaire, et que le service militaire impliquait (au moins potentiellement) du sang versé, celui qui acceptait ce service de remplacement devenait coupable de verser du sang. Cette règle remarquable qui fut développée avant que le Collège Central ne devienne une réalité, fut adoptée par Fred Franz et Nathan Knorr, à l’époque où ils étaient ceux qui prenaient toutes les décisions majeures. Quiconque n’observerait pas cette règle, serait automatiquement considéré comme “volontairement retiré” et traité comme s’il avait été exclu."

1996

À peine une année plus tard, la confirmation du changement de point de vue apparaîtra dans l’organe officiel du mouvement, la Tour de Garde du 1/05/96 [vi]  :

« Qu’en est-il si l’État réclame d’un chrétien qu’il effectue pendant une certaine période de temps un service civil qui soit une forme de service national sous administration civile ? Là encore, le chrétien doit prendre lui-même la décision que lui dicte sa conscience éclairée. “ Tous (...) nous comparaîtrons devant le tribunal de Dieu. ” (<citebible>Romains 14:10</citebible>). Le chrétien ayant affaire à une exigence de César doit étudier et méditer la question dans la prière. Il serait sage également qu’il en discute avec des chrétiens mûrs de la congrégation. Après quoi, il prendra lui-même sa décision. — <citebible>Proverbes 2:1-5</citebible> ; <citebible>Philippiens 4:5</citebible>. »

C’est donc tout simplement un retour aux idées du fondateur du mouvement, Russell, seulement pendant 70 ans, des milliers de Témoins de Jéhovah se sont retrouvés inutilement sous les barreaux par la faute de l’interprétation de leurs chefs. D’ailleurs bien innocemment en 1997, les chefs jéhovistes donneront la raison de leur changement d’attitude :

« Récemment, “ l’esclave fidèle et avisé ” nous a aidés à affiner notre compréhension du terme “ génération ” utilisé en <citebible>Matthieu 24:34</citebible> et du moment où aura lieu le jugement des “ brebis ” et des “ chèvres ” mentionné en <citebible>Matthieu 25:31-46</citebible>, ainsi que notre façon de considérer différents types de service civil (<citebible>Matthieu 24:45</citebible>). Sans doute certains apostats se seraient-ils frotté les mains si un nombre important de Témoins de Jéhovah étaient restés obstinément accrochés à l’ancienne compréhension de certains points et avaient refusé d’aller de l’avant. Rien de tel ne s’est produit. Pourquoi ? Parce que les serviteurs de Jéhovah sont fidèles. »

Ironiquement, tant pour l’enseignement de la « génération » que pour le service civil, ce n’est pas une décision « d’aller en avant » mais plutôt un retour en arrière aux enseignements de Russell.

Depuis, le mouvement tente de rattraper le coup par ces techniques habituelles : Se décharger de sa responsabilité sur les fidèles, cette technique est très bien mise en valeur avec les justifications de l’erreur sur 1975 comme date de la fin du monde, pour le service civil, nous pouvons lire cela :

« Certains Témoins ont souffert à un moment de leur vie pour avoir refusé de participer à une activité à laquelle leur conscience ne trouverait, aujourd’hui, rien à redire. C’est ce qui a pu se passer, par exemple, il y a plusieurs années en rapport avec certaines formes de service civil. Un frère peut estimer qu’il pourrait, à présent, accomplir ce service civil en toute bonne conscience sans faire violence à sa neutralité de chrétien à l’égard du présent système de choses. (…)

Comment pourrait-on regretter d’avoir, pour écouter sa conscience, pris fermement position en faveur de Jéhovah ? En défendant fidèlement les principes chrétiens tels qu’ils les comprenaient ou en obéissant aux incitations de leur conscience, ils se sont montrés dignes de l’amitié de Jéhovah. À n’en pas douter, il est sage de ne rien faire qui puisse troubler notre conscience ou qui risque de faire trébucher autrui. Sous ce rapport, nous pouvons nous inspirer de l’exemple laissé par l’apôtre Paul. — <citebible>1 Corinthiens 8:12,13</citebible> ; 10:31-33. »

La question reste à savoir si ce sont bien « les incitations de leur conscience » qui les ont poussés à agir ainsi et pas « les incitations » de leur hiérarchie. Rappelons-nous des 48 Témoins de Jéhovah qui voulaient accepter le service civil du temps de Louis Lecoin, 33 ans après, on leur a donné raison. Ces réfractaires ont-ils à l’époque été exclus ou réprimandés ? C’est bien possible.

Le comble de l'histoire est que, selon ce que relate Raymond Franz qui a participé à la réflexion sur la position à prendre au sein même du Collège Central en 1978, il s'en est fallu de la décision d'un homme, Loyd Barry, pour qu'un service de substitution ait pu être valablement et théocratiquement adopté par les Témoins de Jéhovah.

Voici son témoignage oculaire tel que relaté dans son livre Crisis of Conscience [18] :

"Lors de la réunion du 11 octobre 1978, sur les treize membres présents, neuf votèrent en faveur du changement de la règle traditionnelle, ce qui aurait permis à l’individu de décider d’accepter ou de rejeter le service alternatif selon sa conscience; quatre membres votèrent contre. Résultat? Comme à l’époque il y avait seize membres dans le Collège Central (mais tous n’étaient pas présents), et étant donné que neuf n’était pas deux tiers de seize, le changement n’eut pas lieu. Le 18 octobre, il y eut une discussion du sujet, mais pas de vote. Le 15 novembre, les seize membres étaient présents et onze votèrent pour changer la règle afin que le Témoin dont la conscience lui permettait d’accepter un tel service ne soit pas automatiquement classé dans la catégorie de ceux qui sont infidèles à Dieu et dissocié de la congrégation. Il y avait une majorité des deux tiers. Fit-on le changement? Non, car après une courte pause, Lloyd Barry, membre du Collège Central, qui avait voté avec la majorité en faveur du changement, annonça qu’il avait changé d’avis et qu’il voterait pour la continuation de la politique traditionnelle. Cela annula la majorité des deux tiers. Un vote ultérieur, avec quinze membres présents, donnait neuf en faveur du changement, cinq contre, et une abstention. On avait traité ce sujet au cours de six sessions du Collège Central et, chaque fois, les votes indiquaient qu’une majorité des membres du Collège Central étaient en faveur de l’annulation de la règle existante. Le vote qui avait eu la majorité des deux tiers s’était déroulé en moins d’une heure et la règle demeura en vigueur. Donc les Témoins de sexe masculin devaient continuer à risquer l’emprisonnement plutôt que d’accepter le service alternatif bien que, comme les lettres répondant à l’étude le montraient, leur conscience leur disait que Dieu approuvait ce service. Cela peut paraître incroyable, mais telle était la position adoptée, et la plupart des membres du Collège semblaient l’accepter comme si de rien n’était. Après tout, ils ne faisaient que suivre les règles en vigueur. Un an plus tard, le 15 septembre 1979, un autre vote eut lieu et le résultat était également partagé, la moitié pour un changement, la moitié contre. Pendant encore seize ans cette politique resta en vigueur, jusqu’au 1er mai 1996 au moment où La Tour de Garde décréta soudain que l’acceptation du service alternatif était maintenant une question de conscience. Pendant ces seize ans, des milliers de Témoins, surtout de jeunes hommes, ont passé du temps en prison pour avoir refusé d’accepter différentes formes de service communautaire comme alternative au service militaire."

C'est cher payé la différence entre la majorité absolue (50%) et la majorité qualifiée (67%) portant sur une question aussi douloureuse, question qui avait, de fait, quitté depuis longtemps le champ de la simple conscience individuelle.

Arménie 2004

Depuis que le Collège Central a autorisé la possibilité d'accepter le service civil aux jeunes appelés Témoins de Jéhovah, leur situation s'améliore dans nombres de pays qui poussés par la communauté internationale par le moyen de l'ONU ou de l'OSCE adoptent les normes internationales en matière de service civil. Par exemple, l'Arménie, après avoir pendant plusieurs années emprisonnée les jeunes appelés Témoins de Jéhovah, a créé un service civil de remplacement en Juillet 2004. Néanmoins après avoir accepté ce service civil pendant une année, il semble que des jeunes Témoins aient refusés ce service à partir de Mars 2005 en raison du fait qu'on leur faisait porter un uniforme, et un badge sur lequel était marqué "service des armées d' Arménie"le gouvernement arménien récuse cette accusation en déclarant que si on leur a bien fourni un uniforme, ce n'est pas un uniforme de soldat et que les jeunes Témoins n'y ont rien trouvé à redire pendant 4 mois. S'agit-il de la désinformation d'état ou une nouvelle affaire Louis Lecoin ? [1]

Critiques et controverses

Compromis lors de la Première guerre mondiale

Durant la Première guerre mondiale, Rutherford, successeur de Russell, fit publier Le Mystère Accompli]], le septième volume des Études des Écritures, qui présentait le travail de deux proches comme étant le livre posthume de Russell. Ce livre comportait des passages très vindicatifs sur la guerre et les autres religions. Le livre fut interdit, tandis que Rutherford et ses collaborateurs furent envoyés en prison malgré le fait que Rutherford ait accepté de supprimer les passages posant problème et de cesser de diffuser le livre.

Arrêté à cette occasion, William Van Amburgh, alors secrétaire-trésorier du mouvement, donna un témoignage ambigü aux policiers venus l'arrêter:

  • Question: Y a-t-il des des règles ou des régulations dans votre association qui interdisent à un homme d'aller à la guerre?
  • Van Amburgh: Non monsieur; s'il a la sensation de faire la bonne chose.
  • Question: Rien qui lui interdise de prendre les armes pour le gouvernement?
  • VA: Non, monsieur, c'est laissé à sa conscience.
  • Q: Il peut être un soldat et membre de votre association?
  • VA: Oui, monsieur. S'il le ressent comme cela. (Page 707 - Transcript du procès des 7 directeurs contre USA - 1918 )

Lors du procès, il réfuta ses déclarations en déclarant qu'il n'avait pas bien compris les questions. Il prétendit qu'il avait répondu par la négative aux deux premières en pensant à un jeu de règles comme chez les méthodistes. Néanmoins, il reconnut:

Alors détenue en prison, la direction demanda à ses adeptes dans La Tour de Garde de participer à une prière nationale pour la victoire de l'Amérique, et lança une souscription pour les bons du Trésor pour l'effort de guerre. Malgré cela, une vague de persécution se déchaîna aux États-Unis sur les Étudiants de la Bible, ceux-ci étant alors considérés comme de mauvais citoyens. Alors que le mouvement demandait la même chose qu'en Angleterre, elle obtint une persécution sévère, l'effet du livre Le Mystère Accompli étant peut-être la cause de cette différence dans le résultat.

Finalement, les sept dirigeants emprisonnés furent libérés après la guerre et les poursuites furent abandonnées.

Cas de la Suisse, 1943

Néanmoins, cette interdiction du service militaire ne sera pas uniforme avant la fin de la Seconde guerre mondiale. Pierre Oddon, un pasteur évangélique spécialisé dans l’évangélisation aux Témoins de Jéhovah, révèlera d’après des documents d’archives suisses, une curieuse persistance du point de vue de Russell en Suisse et cela en 1943. Accusé d’être contre le service militaire les autorités suisses des Témoins de Jéhovah prétendront dans une lettre adressée aux autorités suisses « qu’à aucun moment, ils n’avaient vu l’accomplissement des obligations militaires comme une offense contre les principes et les aspirations de l’association des Témoins de Jéhovah », pour preuves de leur bonne foi, la lettre précisera que « des centaines de nos membres et de nos sympathisants ont accomplis leur obligation militaire et continuent à le faire. »

Certes la Suisse était neutre pendant cette guerre, néanmoins l’attitude des Témoins de Jéhovah envers le service militaire ne s’est jamais occupée de savoir si l’état qui demandait l’accomplissement des obligations militaires était en guerre ou pas, alors que des Témoins de Jéhovah allemand se faisaient exécuter pour refus du service militaire, l’attitude de la branche suisse ne finit pas de poser problème.

Néanmoins, l’annuaire 1987 consacré à l’histoire des Témoins de Jéhovah de Suisse déclare par rapport à la période de la Seconde guerre mondiale : « Fidèles aux directives de leur conscience, la plupart des Témoins de Jéhovah refusèrent le service armé (És. 2:2-4; Rom. 6:12-14; 12:1, 2) » (Page 156).

Etait-ce une nouvelle fois une manœuvre de diversion comme la déclaration de 1933 en Allemagne ? La Suisse a été le siège du bureau des Témoins de Jéhovah qui supervisait l’œuvre des Témoins de Jéhovah dans toute l’Europe y compris l’Allemagne jusqu’en 1940, les Témoins de Jéhovah Suisse ont-ils tenté de préservé leur réseau européen par un compromis ? On ne peut l’affirmer, l’histoire officielle du mouvement ne dit rien à ce sujet, l’annuaire 1987 évacuant en quelques pages l’histoire Suisse des Témoins de Jéhovah durant la période 1942-1945 en moins de 8 pages d’informations très générales.

Une année après avoir écrit ces lignes, je suis entré en possession du livre de Sylvie Graffard et Léo Tristan intitulé "Les Bibleforshers et le Nazisme -1933-1945" dans sa 6ème édition. Cette affaire est évoquée. Les auteurs de ce livre ont eu la chance d'avoir une réponse des autorités jéhovistes de Suisse dont voici quelques extraits: (Page 53 et 54)

"En 1942 un procès militaire remarquable s'est tenu contre les dirigeants de l'oeuvre. Le dénouement ? On ne reconnaissait que partiellement l'argumentation chrétienne des défendants et on leur attribuait un degré de culpabilité dans la question du refus du service militaire. En conséquence, un grave risque planait sur l'oeuvre des Témoins de Jéhovah de Suisse, celui d'une interdiction formelle prononcée par le gouvernement. Le cas échéant, les Témoins auraient perdu le dernier bureau encore officiellement opérant sur le continent européen. Cela aurait sévèrement menacé l'assistance en faveur des Témoins réfugiés provenant des pays gouvernés par les nazis ainsi que les efforts clandestins en faveur des victimes de la persécution en Allemagne.

C'est dans ce contexte dramatique que les avocats des Témoins, parmi eux Maitre Johannes Huber de St-Gall, conseiller national d'excellente réputation et appartenant au parti social-démocrate, encouragèrent les responsables du Béthel à publier une déclaration qui dissiperait les calomnies politiques lancées contre l'Association des Témoins de Jéhovah. Le texte de la "Déclaration" fut préparé par cet avocat, mais signé et publié par les responsables de l'Association. La "Déclaration" était de bonne foi, et, dans l'ensemble, bien formulée. Elle a probablement contribué à éviter l'interdiction.

Cependant, l'affirmation de la "Déclaration" selon laquelle "des centaines de nos membres et amis" avaient rempli et continuaient à remplir "leurs devoirs militaires" résumait trop simplement une réalité plus complexe. Le termes "amis" se référait à des personnes non baptisés, notamment des maris non-Témoins qui eux, bien sûr, accomplissaient leur service militaire. Quand aux "membres", il s'agissait en fait de deux groupes de frères. Premièrement, il y avait les Témoins qui avaient refusé le service militaire et avaient été comdamnés assez sévèrement. La "Déclaration" ne les mentionne pas. Deuxièmement, il y avait un certain nombre de Témoins qui étaient effectivement enrôlés dans l'armée.

A cet égard, il convient de relever un autre aspect important. Lorsque les autorités argumentaient avec les Témoins, elles insistaient sur le fait que la Suisse était neutre, que la Suisse n'allait jamais prendre l'initiative d'une guerre et que la légitime défense ne violait pas les principes chrétiens. Ce dernier argument n'étaiet pas irrecevable pour les Témoins. Ainsi le principe d'une neutralité chrétienne mondiale de la part des Témoins de Jéhovah était obscurci par le fait de la "neutralité" officielle de la Suisse. Les témoignages de nos doyens qui ont vécus cette époque attestent ceci: Dans le cas où la Suisse serait entré activement en guerre, ceux qui étaient enrôlés étaient décidés à immédiatement se désolidariser de l'armée et à rejoindre le rang des objecteurs. [...]

Malheureusement, depuis 1942 les contacts avec le siège mondial des Témoins de Jéhovah étaient coupés. Les responsables de l'oeuvre en Suisse n'ont donc pas eu la possibilité de le consulter pour recevoir les conseils nécessaires. En conséquence, parmi les Témoins de Suisse, certains ont choisi d'être objecteurs de conscience et de refuser le service militaire, ce qui leur a valu l'emprisonnement, alors que d'autres furent d'avis que le service dans une armée neutre, dans un pays non-combattant, n'était pas inconciliable avec leur foi.

Cette position ambiguë des Témoins en Suisse n'était pas satisfaisante. C'est pourquoi, aussitôt après la Guerre terminée et les contacts rétablis avec le siège mondial, la question fût abordée. Les témoins ont parlés très ouvertement de l'embarras que la "Déclaration" leur avait causé. Il est d'ailleurs interessant de relever que la phrase problématique fut l'objet d'une réprimande et d'une correction publique de la part du président de l'Association Mondiale des Témoins de Jéhovah, M.N.H Knorr, et cela en 1947, lors d'un congrès à Zurich [...]

Depuis lors, il a toujours été clair pour l'ensemble des Témoins suisses que la neutralité chrétienne signifie s'abstenir de tout lien avec les forces militaires du pays, même si la Suisse continue à professer sa neutralité officielle. [...] " Les coupures dans le texte sont de l'auteur du livre pas de l'auteur de cette page Web.

Cette déclaration est unique, c'est la seule déclaration officielle sur le sujet de la part des instances jéhovistes. Elle répond à certaines questions et en évoquent d'autres. Les réponses apportées sont claires, il s'agissait de protéger le dernier bureau en activité en Europe. La déclaration était ambigue, on pourrait rajouter volontairement ambigüe, il s'agissait de faire croire aux autorités suisses que les Témoins de Jéhovah qui refusaient le service militaire le faisaient de leur propre chef, alors que des "centaines" de Témoins de Jéhovah faisaient leur service militaire, ce qui semble faux suivant la déclaration de l'annuaire 1987 des Témoins de Jéhovah précedemment citée qui déclarait que "la plupart des Témoins de Jéhovah ont refusés de faire le service militaire". Pour celà le rédacteur de cette déclaration incluait sans le préciser les maris non Témoins de Jéhovah et les non-baptisés qui ne sont pas considérés comme Témoins de Jéhovah suivant la doctrine jéhoviste et apparement quelques véritables Témoins de Jéhovah.

Le noeud du problème et des nouvelles interrogations réside ici. Soit il était encore possible à l'époque d'être Témoin de Jéhovah et faire son service militaire même dans un pays neutre ou en tout cas qui n'était pas en guerre, et on se demande pourquoi dans tous les autres pays qui n'étaient pas en guerre, le service militaire était interdit suivant la théorie actuelle des dirigeants jéhovistes? Soit il n'était plus possible de faire son service militaire une fois Témoin de Jéhovah et les autorités jéhovistes suisses ont menties.

La responsabilité de ce texte est attribuée à une personne extérieure au mouvement. On ne peut que noter que ce fut pratiquement le cas pendant longtemps pour la déclaration antisémite et collaboratrice de Juin 1933 des Témoins de Jéhovah allemand jusqu'à ce que des historiens extérieurs aux Témoins de Jéhovah démontrent que ce n'était pas Paul Balzereit, qui se fait littéralement lynché dans l'annuaire de 1974 comme étant un traitre à la cause jéhoviste, mais bien Joseph Rutherford qui fût l'auteur du texte présentant les Témoins de Jéhovah comme souhaitant s'accomoder du régime de Hitler et manifestant la même antipathie envers les Etats-Unis et les milieux juifs New-Yorkais que Hitler. Dans tous les cas les autorités suisses jéhovistes furent bien les signataires de ce texte même s'il fut rédigé par un de leur avocat.

Reste l'argument de la coupure d'avec le Siège mondial à partir d'Octobre 1942 puis de la réprimande publique de 1947. Cet argument, s'il dédouane les autorités internationales accréditerait la thèse que les autorités jéhovistes suisses ont utilisées un artifice peu recommandable pour se faire bien voir des gouvernants suisses. Avec l'affaire de l'association avec l'ONU dans les années 90 ainsi que l'affaire du compromis mexicain dans les années 70 sur le service militaire également ce serait un nouveau couac que n'assume pas les autorités internationales du mouvement.

Cas du Mexique dès 1960

Raymond Franz révéla dans son livre Crise de Conscience l'arrangement qu'ont trouvé les dirigeants internationaux du mouvement en ce qui concerne le service militaire au Mexique. Ils ont acceptés que les jeunes Témoins de Jéhovah mexicains payent des pots de vin (environ 200$) à certains fonctionnaires mexicains en échange d'une attestation déclarant qu'ils avaient fait leur service militaire et étaient maintenant reconnus comme réservistes de l'armée mexicaine. Franz met en rapport cette décision avec une autre décision concernant les Témoins de Jéhovah du Malawi qui s'étaient vu refuser le droit d'acheter la carte du parti unique du pays, ce qui entraina 5 années de persécutions, des milliers de déportations, lynchages, pillages et viols et plusieurs décès.

Affaire Louis Lecoin

Louis Lecoin, pacifiste et anarchiste, est le père du statut d’objecteur de conscience en France. C’est par sa lutte acharnée de 1957 à 1963 qui culminera par une grève de la faim, qu’une loi instituant ce statut sera voté. La majorité des prisonniers refusant de faire leur service militaire durant cette période étaient Témoins de Jéhovah. Malgré de régulières mises en garde de la part de ses proches, Louis Lecoin éprouvait énormément de sympathie envers ces prisonniers. Il a déclaré à ce propos [v]  :

« Assurément, ce ne sont pas les objecteurs de conscience que nous préférons. L'objection de ceux-là est particulière et généralement puisée non en eux-mêmes mais dans les Commandements d'un Dieu obéi en tout aveuglément (…)Mais - que ça plaise ou non - ce sont eux qui, depuis quelques années, peuplent les prisons après avoir répudié l'armée et la guerre."

Il oeuvrera beaucoup lui et son mouvement pour l’amélioration de la vie de ces prisonniers comme il le rapporte dans son autobiographie :

« beaucoup d'entre eux, et ils eurent raison, nous appelèrent constamment à leur secours. Ils avaient en tout cas indéniablement tout accepté : l'amélioration de leur régime de prisonniers, la libération après cinq ans, après trois ans, tout cela dû à nos efforts - et les milliers de mandats que Véran leur adressa, dont le montant était péniblement recueilli par nos soins. »

Le vote de cette loi est semée d’embûches, le contexte de la Guerre d’Algérie, la hiérarchie militaire, le Sénat, tout joue en la défaveur de celle loi. Dans la dernière ligne droite, un dernier coup aurait pu définitivement rayer le vote de cette loi. Le 13 Août 1963, Louis Lecoin et le Président de la République reçoivent une lettre rédigée par 73 des 120 Témoins de Jéhovah incarcérés en Dordogne pour leur refus de service militaire, dont voici un extrait :

« A maintes et maintes reprises vous avez eu connaissance de la position des Témoins de Jéhovah sur le statut civil. Vous n'êtes pas sans savoir que les Témoins de Jéhovah se bornent à réclamer l'exemption pure et simple de tout service civil et militaire. Nous ne pourrons jamais assumer devant Dieu la responsabilité de nous éloigner "volontairement" de notre ministère chrétien.

Aussi, nous vous informons que les Témoins de Jéhovah n'ont jamais été solidaires, et ne le seront jamais, des actions que vous pourriez entreprendre pour le statut, ces dernières n'étant rien d'autre qu'un obstacle infranchissable pour la conscience chrétienne. Aussi, nous vous serions infiniment reconnaissant lorsque vous intervenez auprès du Gouvernement, de le faire uniquement pour les objecteurs de conscience non violents, les Témoins de Jéhovah ne pouvant en aucun cas être à vos côtés dans cette lutte. »

Expliquant ce qui c’était passé dans le camp en Dordogne, Lecoin fit ce commentaire :

« Les promoteurs de ce dégonflage passèrent de longs jours à influencer leurs coreligionnaires - mielleux, virulents et même menaçants - pour arracher ces signatures. Ils en réunirent soixante-douze ; c'était beaucoup, beaucoup trop, et je ne méritais pas qu'ils s'affirmassent si nombreux dans cette indignité ; mais en écrivant au général De Gaulle ils mentirent volontairement par omission en lui cachant qu'ils étaient, là-bas, cent vingt Témoins de Jéhovah et que quarante-huit avait refusé de se parjurer à leur suite et à leur image. »

Malheureusement pour ce coup de poignard dans le dos, il n’atteindra pas son but :

« Le 20 août quelqu'un revient de l'Élysée où il a pu s'entretenir avec la haute personnalité que le Président de la République a chargée de tout régler en ce qui concerne les objecteurs de conscience. Cet éminent fonctionnaire tenait en main la fameuse lettre et s'adressant à son interlocuteur - un de nos défenseurs - il s'écria : quels salauds à l'égard de Lecoin !

Les dirigeants de la secte siégeant à Brooklyn avaient raté leur mauvais coup, et les soixante-douze s'étaient déshonorés pour rien.

L'Élysée, l'Hôtel Matignon étoufferont cette pétition ; l'état-major n'en aura connaissance, heureusement, que bien plus tard. »

Pour la petite histoire, la loi votée contre le gré de la hiérarchie jéhoviste, améliorera le sort des prisonniers Témoins de Jéhovah quand même :

« La loi accordant statut aux objecteurs de conscience est votée. Elle a été promulguée le 22 décembre 1963 et le 24 du même mois, la veille de Noël, tous les objecteurs emprisonnés ont été libérés, TOUS SANS EXCEPTION, même les Témoins de Jéhovah qui refusent le statut. Ils ont été tous libérés avec en poche une permission de 30 à 90 jours. C'est la grande victoire du Comité de Secours aux Objecteurs de conscience. (…)

Oui, tout n'est absolument pas mauvais chez les gouvernants. J'apprends qu'on laissera les "objecteurs" Témoins de Jéhovah, bénéficier des avantages que nous avions arrachés pour eux avant l'adoption du statut : ils sortiront de la prison au bout de trois années, libérés également de toute servitude militaire. »

Ainsi en 1963, la hiérarchie des Témoins de Jéhovah a tenté de poignarder celui qui a amélioré leur sort.

References

  1. Arrowup.png The Watchtower, 15 novembre 1914:
    « In France we were not able to do anything. Many of the brethren are in military service, and I might be called in any day. »
  2. Arrowup.png The Watchtower, 1er avril 1915:
    « Before the war we recommended to the brethren that in the event of hostilities they should, so far as possible, if drafted, request positions in the hospital service or in the supplies department, where they could serve the Government efficiently; whereas, if they were ordered to the firing line, they would not be obliged to shoot to kill. We have reasons for believing that these suggestions are being followed and that meantime the brethren are using the opportunities for proclaiming to their companions in military service the blessed message of the soon-to-be-established kingdom of Christ, for the blessing of all the families of the earth. »
  3. Arrowup.png The Watchtower, 1er septembre 1915:
    « Some have inquired in respect to the situation in connection with the manufacture of war ammunition. Our advice to them has been to avoid engaging in such work as this, except as the money would be absolutely necessary to provide food and shelter for their families and themselves. And then, taking such a situation merely as a matter of neeesqly, we recommend that it be vacated as speedily as somcthing else can lie found, no matter how poor the pay, if it will provide life's necessities. »
  4. Arrowup.png The Watchtower, 1er septembre 1915:
    «In SCRIPTURES STUDIES, Vol. VI., we have set forth a suggestion that the followers of Christ seek by every proper means to avoid participation in war. We there suggested the possibility, but that in the event of conscription the Lord's followers should use all their influence toward obtaining positions in the Hospital Corps or in the Provision Department of the army, rather than in the actual warfare. We suggested further that if it were impossible to avoid going into the trenches, it would still not be necessary to violate the divine requirement, "Thou shalt do no murder." We have been wondering since if the course we have suggested is the best one. We wonder if such a course would not mean compromise. We reflect that to become a member of the army and to put on the military uniform implies the duties and obligations of a soldier as recognized and accepted. A protest made to an officer would be insignificant -- the public in general would not know of it. Would not the Christian be really out of his place under such conditions? »
  5. Arrowup.png The Watchtower, 1er septembre 1914:
    « "But", some one replies, "if one were to refuse the uniform and the military service tie would be shot". We reply that if the presentation were properly made there might be some kind of exoneration; but if not, would it be any worse to be shot because of loyalty to the Prince of Peace and refusal to disobey his order than to be shot while under the banner of these earthly kings and apparently giving them support and, in appearance at least, compromising the teachings of our heavenly King? Of the two deaths we would prefer the former--prefer to die because of faithfulness to our heavenly King. Certainly the one dying for his loyalty to the principles of the Lord's teachings would accomplish far more by his death than would the one dying in the trenches. We cannot tell how great the influence would be for peace, for righteousness, for God, if a few hundred of the Lord’s faithful were to follow the course of Shadraeh, Meshach and Abednego, and refuse to bow down to the god of war. »
  6. Arrowup.png The Watchtower, 1er septembre 1915:
    « We are not urging this course. We are merely suggesting it. The responsibility fully belongs with each individual. We are discharging our responsability toward many Bible students who are inquiring of us respecting the mind of the Lord on this subject. »
  7. Arrowup.png The Watchtower, 1er février 1916:
    « I rest my claim for such exemption are as follows, to wit: I am a Christian and the religious doctrine which I believe and hold preclude me from bearing alms or rendering personal military service; I am a member of the International Bible Students Association, a religious Association organized under the laws of Great Britain. »
  8. Arrowup.png The Watchtower, 1er mai 1916:
    « The question is one for the conscience of each individual. For our part, it would seem to be a participation in the war if one were to engage in laying out and digging trenches, putting in foundations for cannon, etc.. the things implied in the term "engineering." It would seem to the Editor somewhat different case if a soldier of the Cross were demanded by an earthly government to enter the hospital work--such as the Red Cross for relief of the sick and wounded, etc., even if the care of the wounded and the nursing of them back to health would the sooner prepare them for slaughter. The Editor’s conscience would not balk at Red Cross hospital work. »
  9. Arrowup.png The Watchtower, 1er mai 1916:
    « ...Been up before the appointed Tribunal, claiming exemption from military service, either combatant or non-combatant. In every case that I know or have heard of the claim for total exemption has been disallowed, but mostly all have been granted to have non-combatant military duties. As the desire of the brethren is to be outside of the Act entirely, believing that it is only another way of engaging in military operations, most of them, I uniterstand, are appealing to the Appeal Tribunal for the full benefits of the total exemption clause, which was provided in the Act for conscientious objectors. »
  10. Arrowup.png The Watchtower, 1er juillet 1916:
    « Word comes to us from England that some of the Bible students there were ordered to report for military duty. These registered their objection, but were refused immunity from service---receiving, however, the assurance that they would be put in non-combatant positions in the war. This promise was afterward neglected, and they were put into regular service at once. »
  11. Arrowup.png The Watchtower, du 15 juillet 1916:
    « We earnestly petition that those who constientiously feel bound to refuse military service of any description may be recognized as loyal and law-abiding citizens, and be given an opportunity of effecting service for the country apart from the machine of war, and that they be not treated as criminals. »
  12. Arrowup.png La Tour de Garde, 15 juillet 1916:
    « They have sent out letters to the different classes advising that the regularly-elected elders of the class may properly claim exemption from military duty as ministers of the Gospel, and advising that they so report when called upon and that the classes report the names of their elders. »
  13. Arrowup.png The Watchtower, 1er septembre 1916:
    « The decision given by the Court was entirely in our favor, the Sberift rulin,g that this Association constituted Religious Institution, and that the Elders are Ministers within the meaning of the Act, and therefore properly excepted from the Act. »
  14. Arrowup.png The Watchtower, 15 août 1916:
    We quite agree with the proposal to gain exemption for class elders as ministers under the laws. This does not mean that we recognize a "clergy" class as distinct from a "laity" class in Christ's church, "All ye are brethren"--all are ministers (servants) of Christ. But if one law excuse some brethren, and another law or arrangement excuses other brethren, and if no law excuses still others, it is for us to obtain for each other all that the laws permit us to have.
  15. Arrowup.png The Watchtower, 15 octobre 1916:
    « With reference to this latter number the Government put into operation a scheme whereby these men are to be released from Prison and--as State servants--be employed in work of National Importance, such as road-making, quarrying, etc. About thirty of the eighty-two mentioned are already thus engaged and about twelve others are at home on parole waiting for work to be found for them. »
  16. Arrowup.png Wills, Tony (1967) (anglais), A People for His Name, p. 228
  17. Arrowup.png Crisis of Conscience - chapitre 5 page 124 (en anglais). Editions Commentary Press - Atlanta - 2004
  18. Arrowup.png Crisis of Conscience - chapitre 5 page 135 (en anglais). Editions Commentary Press - Atlanta - 2004