Personnalité de Rutherford

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Joseph Franklin Rutherford, qui succéda à Charles Taze Russell à la tête de la Société Watch Tower, était un homme grand et solidement construit,[1] avec une attitude sénatoriale et une voix puissante qui contribua à faire de lui un orateur marquant;[2][3] en 1917, le New York Times affirma même que Rutherford "a[vait] une réputation d'orateur éloquent et énergique".[4] Toutefois, son caractère et sa personnalité constituent bien souvent un important point de controverse dans l'histoire du mouvement des Témoins de Jéhovah. Hormis la littérature jéhoviste qui glorifie Rutherford — comme elle fait d'ailleurs pour tous les dirigeants de l'organisation —, le montrant comme un homme aux multiples qualités propres au chrétien oint qu'il était censé être, de nombreuses sources profanes décrivent le successeur de Russell comme un homme autoritaire, orgueilleux, misogyne, alcoolique, qui cherchait la polémique, se complaisait dans le luxe et était coureur de jupons. Le nombre de documents allant dans ce sens est si élevé et les preuves si concordantes qu'il n'est pas possible de les ignorer et de prétendre qu'il s'agit simplement de critiques provenant d'anciens membres aigris. Bien qu'il ne soit absolument pas possible de généraliser, ce comportement de la part d'un des plus importants Témoins qui, n'a jamais été repris par le mouvement, remet sérieusement en question l'affirmation selon laquelle les dirigeants seraient dirigés par l'esprit saint de Dieu pour guider son peuple.

Résumant leur opinion sur Rutherford, les auteurs William Whalen et James Penton affirme qu'il était à Russell ce que Brigham Young était au prophète mormon Joseph Smith. Penton soutient que Russell et Smith étaient des chefs religieux capables, mais aussi des visionnaires naïfs, tandis que Rutherford et Young étaient des "pragmatiques durs à cuire qui ont donné un certain degré de permanence aux mouvements qu'ils ont dominés".[5] L'auteure Barbara Grizzuti Harrison déclare: "Le Juge semble avoir eu une vie compartimentée, la personne privée et la personne publique ne fusionnèrent jamais, comme elles le firent de façon si spectaculaire en la personne de Charles Taze Russell."[6] Sur Internet, certains critiques établissent une comparaison entre les personnalités de Rutherford et d'Al Capone.

Probité dans sa profession d'avocat

Lorsqu'il exerça la fonction d'avocat, Rutherford fut condamné pour offense à la Cour en 1894 — et une autre fois en 1895 selon une certaine source.[7] De plus, dans une affaire de 1896 dans laquelle il était l'avocat d'une fabrique de caisses enregistreuses, il s'opposa à un huissier venu prendre la caisse enregistreuse en faisant diversion pour que l'huissier parte demander conseil, la subtilisant et la cachant ensuite dans son bureau, là où l'huissier parvint plus tard à la retrouver, alors que Rutherford lui prétendait qu'il l'avait envoyée à la fabrique. La Cour d'appel du Missouri, devant laquelle l'affaire fut portée, déclara que l'attitude de Rutherford correspondait à "être futile avec la justice, et que c'était la quintessence de ce qui apparaissait comme une conduite tordue"; il était dit aussi que certains de ses procédés étaient "peu honnêtes".[8]

Caractère autoritaire

Témoignages

Témoignage de Rutherford lors de son procès en 1918, dans lequel il explique son goût pour l'armée

Rutherford n'a jamais caché ses sentiments guerriers. Il a par exemple clairement signifié lors du procès de 1918, "que son inclinaison individuelle est d'aller à la guerre" car son rêve "depuis son enfance est de diriger une armée". Il opposait cette inclinaison individuelle avec l'obligation pour un chrétien de ne pas faire la guerre.[9] Dès lors, il n'est pas étonnant de voir que sous sa présidence, son mouvement s'est organisé et s'est considéré comme une "armée". De plus, il pouvait manifester fort peu d'égards pour les gens et ne pas tenir parole: par exemple, il passa outre aux volontés de Russell exprimées dans son testament — alors qu'il s'était engagé à les respecter — en congédiant le comité de rédaction et en publiant un nouveau magazine. À l'époque, ce comportement peu respectueux provoqua des divisions au sein des Étudiants de la Bible.

La confrontation de Rutherford avec les quatre administrateurs de la Watch Tower qui s'opposaient à lui en 1917 souligna à la fois la vigueur de sa personnalité et sa détermination à lutter pour s'emparer de la présidence. Penton affirme que Rutherford joua de "politiques ecclésiastiques de dure poigne et n'étai[t] pas [un] ange",[10] et Alan Rogerson accuse Rutherford d'avoir utilisé la Watch Tower comme média de propagande pour attaquer ses opposants dans ce qui fut effectivement une bataille pour le poste de président.[11] Au centre des plaintes de ses adversaires était son comportement "autocratique", étant donné qu'il s'efforçait d'"exercer une gestion complète de la Société et de ses affaires".[12] Penton décrit de façon similaire les actions de Rutherford dans sa première année de présidence — notamment sa nomination des nouveaux administrateurs, son refus d'autoriser l'examen des comptes de la Société et sa décision sans appel de publier Le Mystère Accompli — comme autoritaires et dissimulées.[13] Edmond C. Gruss décrit Rutherford comme étant à la fois "habile" et "audacieux" dans sa prise de position en 1917: non content d'être le président et le chef exécutif des corporations, il souhaitait aussi contrôler les filiales, les imprimeries, les congrégations individuelles, les biens immobiliers et même chaque membre, la gestion des finances, l'élection des anciens, ce qui permettait de surcroît de se débarrasser des derniers membres supporters de Russell.[14] Le conférencier en sociologie James Beckford écrivit que "Rutherford était souvent grossier et brutal, son tempérament était d'humeur changeante et ses manières renfermées".[15] Selon Rogerson, Rutherford "afficha plus d'égotisme personnel que Russell et exigea davantage d'obéissance de ses disciples".[16]

De plus, Rutherford entrepris une "dérussellisation" du mouvement des Étudiants de la Bible, c'est-à-dire une série d'actions destinée à faire disparaître l'ombre du fondateur de la Société Watch Tower, et ceci après avoir élevé et promu ce dernier. S'interrogeant sur la raison de ces actions, l'historien Bernard Blandre écrivit: "Les Témoins de Jéhovah prétendent qu'il désirait éliminer tout culte de la créature; plausible (...). N'excluons pourtant pas des motivations plus opportunistes: on pouvait constamment opposer l'exemple du défunt à l'autorité de Rutherford; au fur et à mesure que celui-ci modifiait la doctrine, il devenait plus facile aux dissidents de le contester sur la base des ouvrages de son prédécesseur. Il fallait donc se débarrasser de la statue du commandeur".[17] Ainsi, Rutherford s'efforça d'effacer le souvenir de Russell afin de mieux assoeir sa propre autorité.

Parlant de sa période précédant son adhésion aux Étudiants de la Bible, l'auteur Timothy White le décrit comme étant alors charitable et généreux, déclarant que sa sympathie pour les pauvres et les opprimés n'était dépassée que par sa haine des riches et des oppresseurs (ce qui pouvait être effectivement le cas alors, Rutherford ayant grandi dans la pauvreté).[3] Il note également qu'il était un extraverti dynamique et impatient.[18] D'autres auteurs évoquent aussi le caractère abrasif de Rutherford: Penton le décrit comme quelqu'un de brutal et de lunatique avec un tempérament explosif et une tendance à "l'auto-glorification qui l'amenait à considérer tous ceux qui s'opposaient à lui comme venant du Diable",[19] tandis que Rogerson constate qu'il fut une "personne dogmatique et insensible, obsédée par sa propre importance".[20] Gruss le décrit comme "un homme dur, froid, arrogant, qui ridiculisait la courtoisie et la gentillesse".[14]

Lors du procès Moyle en 1942 fut évoqué l'autorité qu'exerçait Rutherford de 1935 à 1939, date à laquelle Olin Moyle, ancien avocat de la Société Watch Tower, se trouvait au Béthel de Brooklyn et où il fut choqué par l'attitude de Rutherford. Le témoignage de Nathan Homer Knorr, alors vice-président du mouvement au moment des faits et nouveau président du mouvement au moment du procès, fut révélateur sous plusieurs aspects: par exemple, Knorr montra dans ses propos que Rutherford dirigeait tout, y compris l'assignation des travailleurs au Béthel.[21] Bien qu'il le présenta comme un "témoin de Jéhovah comme les autres", il reconnut que Rutherford écrivait tous les livres et revues,[22] et en même temps que, sans clamer l'infaillibilité, les écrits du mouvement étaient bel et bien considérés comme étant la parole de Dieu,[23] et que Rutherford pouvait faire tout ce qu'il voulait avec l'argent de la Société sans le moindre contrôle des directeurs.[24] Enfin, pour la doctrine jéhoviste, la fidélité et la loyauté à l'organisation équivalait à manifester ces qualités envers Dieu lui-même,[25] tout en déclarant par ailleurs qu'il n'y avait pas de distinction entre clergé et laïc chez les Témoins de Jéhovah.[26] Mis bout à bout, le témoignage de Knorr montra tout le paradoxe de la doctrine jéhoviste prétendant à l'égalité parfaite de tous les membres du mouvement (pas de clergé, tous étant frères) et en même temps qu'obéir à un homme, en l'occurrence Rutherford, équivalait à obéir à Dieu, Rutherford devenant ainsi l'égal de Dieu. Dans ce même procès, Bonnie Boyd Heath témoigna qu'elle appelait Rutherford "Papa".[27] Matthew Arnold Howlett, un autre proche de Rutherford, révéla que pratiquement tout le monde à l'époque au Béthel, l'appelait "Papa".[28] Ainsi, au moins au Béthel de Brooklyn, Rutherford semblait exercer son emprise au point de prendre symboliquement la place du Père.

Rutherford pouvait perdre son sang-froid et était capable d'en venir à la violence physique, comme en témoigne son altercation avec Paul Johnson, au cours duquel Rutherford, fou furieux, se rua sur Johnson, l'agrippa par le bras et l'a presque fait tomber. Alexander Macmillan fut même forcé d'intervenir pour empêcher Rutherford de fracasser le crâne à Johnson.[29] Ce dernier se plaignit aussi que, dans une audience antérieure, Rutherford lui avait parlé avec des ricanements, des sarcasmes et des moqueries, déclarant: "Son visage exprim[ait] plus de mépris que celui de tout autre visage que j'ai jamais regardé."[30] De même, dans sa lettre ouverte à Rutherford, Moyle lui reprochait notamment sa façon de traiter les fidèles au siège de Brooklyn et ses crises de colères.

Commentant la mort de Rutherford, Rogerson écrivit: "On ne peut s'empêcher de penser que beaucoup de ceux entourant Rutherford ont été quelque peu soulagés quand il décéda. Ils avaient enduré sa "langue qui flagellait" et alors tandis qu'ils le respectaient, sinon craint, ils ne l'aimaient pas de la manière dont le pasteur Russell était aimé. Ce fut peut-être une des raisons pour lesquelles sa mort a suscité si peu de consternation dans l'organisation".[31]

Avis de la Watch Tower

De son côté, la Société Watch Tower reconnaît dans sa littérature que sa personnalité contrastait fortement avec celle de son prédécesseur: par exemple, un livre de l'organisation présente Russell comme gentil, chaleureux et plein de tact, et Rutherford comme étant "chaleureux et généreux envers ses associés, mais [comme] un type de personne brusque et directe", ajoutant que "son passé juridique et ses expériences en début de vie lui ont donné une franchise dans son approche des problèmes à traiter avec ses frères qui ont amené certains à s'en offusquer".[32] Un autre récit de la Watch Tower dit qu'il ne dissimulait pas ses sentiments, précisant: "Son franc-parler, même quand il parlait de bonté, fut parfois mal compris".[33] Macmillan déclara que Rutherford "parlait aussi simplement et directement aux gens qu'il savait le faire, et il était un homme extrêmement sincère. Il était profondément convaincu que ce qu'il avait à dire était la vérité et que c'était une question de la vie et la mort".[34] Il ajouta: "Il ne tolérerait jamais rien qui serait contraire à ce qu'il avait clairement compris de la Bible. Il était si strict à ce sujet, il n'aurait permis à rien de ce qui semblait montrer un compromis quand il s'agissait d'une question de la vérité".[35]

Toutefois, la Watch Tower fut bien forcée d'admettre: "Il en est toutefois qui ont prétendu que Joseph Rutherford préconisait ces changements en matière d'organisation parce (...) qu'il se servait de ce moyen pour asseoir son autorité. Était-ce vrai? Il ne fait aucun doute que frère Rutherford était un homme aux convictions très fermes. Il parlait catégoriquement et sans détours de ce qu'il tenait pour la vérité. Il pouvait être très brusque quand il s'occupait de situations où il percevait que les individus se souciaient davantage d'eux-mêmes que de l'œuvre du Seigneur. Par contre, il était véritablement humble devant Dieu."[36] On remarquera qu'à la question "Était-ce vrai?", la Watch Tower ne répond pas directement, mais fait une digression sur le comportement de Rutherford, preuve qu'il était bien connu, avant de conclure par son "humilité devant Dieu", ce dernier ne s'étant malheureusement pas exprimé pour confirmer cette prétention...

Quant à Rutherford lui-même, il affirma: "Il était de mon devoir d'utiliser le pouvoir que le Seigneur avait mis entre mes mains pour soutenir les intérêts des actionnaires et de toutes les autres personnes intéressées par la Vérité à travers le monde (...) Être infidèle serait être infidèle au Seigneur".[37] Macmillan, qui a soutenu Rutherford tout au long de la crise de 1917, affirma que le président était extrêmement patient et avait fait tout ce qu'il pouvait pour aider ses opposants à voir leur erreur, tenant un certain nombre de réunions avec eux, essayant de raisonner avec eux et de leur montrer comment leur voie était contraire à la charte de la Société".[35]

Penton estime que les portraits de Rutherford dressés par la Watch Tower et par Macmillan, qui présentent le président comme un homme patient et bon, ne sont rien d'autre que "de sérieuses distorsions de la vérité".[10]

Mégalomanie

En outre, Rutherford semblait avoir un ego très important. Selon Rogerson, il était certes "plus rationnel que Russell", mais mégalomane à tel point qu'il "installa un microphone par son siège au moment des repas afin que les mots qu'il était susceptible de proférer soient entendus via les haut-parleurs".[38] Outre le fait qu'il chercha à s'emparer de tous les pouvoirs au sein de la Watch Tower, il attribua à certaines de ses décisions un rôle divin en prétendant que celles-ci réalisaient des prophéties bibliques. Par exemple, lorsque le 6 mai 1924, le gouvernement espagnol lui refusa l'autorisation de prononcer un discours à Madrid, et que cela fut suivi par une période d'au moins trois mois et demi de sécheresse dans cette ville, Rutherford considéra que cela constituait un "remarquable accomplissement de la prophétie" consignée en <CiteBible>Zacharie 14:17</CiteBible>, à savoir que ceux qui ne prosterneraient pas devant le Roi, Jéhovah des armées, ne bénéficieraient pas de pluie (voir le premier scan ci-dessous).[39] Il eut également l'idée de demander aux adeptes d'utiliser des phonographes en prédication afin qu'ils diffusent des discours qu'il avait prononcés. Il se présenta constamment en faisant précéder son nom du le titre de "Juge", alors qu'il n'avait effectivement exercé cette profession que pendant quatre jours. Personne ne pouvait légitimement parler contre lui, et tous ceux qui l'ont fait — par exemple Johnson, Moyle, Salter et Fisher — l'ont payé très cher, étant vilipendés et chassés du mouvement, quand bien même ils avaient raison.

Pour se faire une idée de la façon dont Rutherford répondait aux critiques, on peut examiner sa réponse au journal The Associated Press qui avait affirmé, en 1935, qu'un discours du juge n'avait pas été prononcé à son initiative. Dès le lendemain, Rutherford adressa une lettre à la direction du journal dans laquelle il écrivit notamment: "Je vous écris aussi longuement parce que je suis en train de chercher un langage qui puisse exprimer mon mépris absolu pour un groupe d'hommes hypocrites qui prétendent dire la vérité, et qui se plaisent à recourir à des mensonges", puis leur appliqua les paroles du Christ adressées aux Pharisiens hypocrites, paroles contenues en <CiteBible>Jean 8:44</CiteBible> qui les identifiaient à des menteurs avec pour père le Diable, un meurtrier (voir les 3 scans ci-dessous).[40]

Parlant de Rutherford, Penton évoque "ses délires extrêmes de grandeur, à la suite de laquelle il en est venu à voir ses idées personnelles comme la volonté de Jéhovah. Sa mégalomanie le rendit prêt à écraser toute opposition parmi ses frères que ce soit sur ses enseignements ou ses actions, avec peu ou pas de contrainte morale. De bien des façons, il ressemblait à deux démagogues américains contemporains, le gouverneur et sénateur de Louisiane Huey Pierce Long, et l'ennemi détesté du Témoin, le prêtre catholique canadien et démagogue, le Père Charles Edward Coughlin". L'historien explique brièvement en quoi ces trois personnes se ressemblent: ils appartenaient à "la même tradition populiste", "fulminaient contre les maux du grand business et en sont venus à attaquer le Président Roosevelt de façon venimeuse.[41]

La Watch Tower a parfois qualifié Rutherford de personne "humble" qui constituait un exemple à cet égard, et ceci simplement parce qu'il aurait reconnu son erreur concernant les attentes pour 1925,[42] mais avait-il vraiment le choix compte tenu puisque les preuves de son échec prophétique étaient accablantes? Que vaut une timide remarque très circonstanciée face à de très nombreuses déclarations péremptoires, indiscutables et dogmatiques qui envahissaient alors toute la littérature qu'il produisait?

Inclination à la polémique

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Selon White, Rutherford sortit de prison en 1919 en étant amer contre le monde et la collusion qu'il percevait entre le clergé et les militaires qui avaient obtenu son emprisonnement. Peu après sa libération, il inventa le terme d'"organisation de Satan" pour se référer à cette prétendue conspiration.[43] Dans les articles de La Tour de Garde, Rutherford était également cinglant envers les grandes entreprises, la politique et la Société des Nations.[44] Rogerson décrit l'attitude de Rutherford vers le clergé — son ennemi avoué — comme "la haine pure".[45] Ses attaques contre les ecclésiastiques, en particulier ceux de l'Église catholique à partir de la fin des années 1920 furent suffisamment virulentes pour engendrer une interdiction de ses émissions par le réseau de radio NBC, qui condamna son "attaque enragée sur la religion organisée et le clergé".[46] Il appliqua aussi des termes dévalorisants à ceux qui avaient déserté les rangs de la Société Watch Tower, les qualifiant d'"esclave méchant". Il exhorta les lecteurs à considérer avec mépris quiconque s'étant "ouvertement rebellé contre l'ordre de Dieu ou ses commandements"[47] (c'est-à-dire ce que Rutherford énonçait lui-même) et décrivit aussi les anciens électifs des années 1930 qui avaient refusé de se soumettre aux changements administratifs de la Société comme étant "méprisables".[48]

Rutherford voyait la persécution comme un moyen de générer une controverse (emprisonnement de membres) et d'offrir ainsi une publicité à son mouvement (annonces des arrestations dans la presse), ce qui permettait en outre de renforcer la conviction des adeptes d'être dans la "vérité". L'ex-membre William Schnell rapporta qu'en 1939, Rutherford fut satisfait d'apprendre que des violences étaient perpétrées par des foules et que les arrestations de Témoins se multipliaient dans la ville de Hubbard, en Ohio. Rutherford était "fou de joie" et souhaitait que les choses restent inchangées.[49]

White affirme que Rutherford semblait savourer ses descriptions répétées de la destruction de tous les méchants à Har-Maguédôn, s'attardant longuement sur les prophéties de destruction. Il prétend que, vers la fin de son ministère, Rutherford passait environ la moitié des Tour de Garde de chaque année à décrire Har-Maguédôn.[50] La littérature qu'il produisit était davantage axée sur la critique de tout le monde extérieur à la Watch Tower que basé sur l'amour du prochain.

Le sociologue italien Massimo Introvigne écrivit: "Rutherford — presque légendaire pour son caractère peu accommodant, la rhétorique à base de points d'exclamation, les explosions de colères fréquentes — est facilement dépeint par les détracteurs du mouvement comme l'icône et l'emblème de tout ce qui est désagréable dans le thème des Témoins de Jéhovah."[51]

Austérité et goût pour le luxe

Voir article détaillé Train de vie de Rutherford

L'austérité de Rutherford, mise en évidence par son dégoût pour Noël, les anniversaires et autres coutumes populaires,[52] décrits comme étant d'origine païenne ou comme encourageant le culte de créature et donc devant être rejetés,[53] conduisit les Témoins à vivre dans l'austérité à leur tour. En 1938, il ordonna que le chant soit supprimé lors des réunions de la congrégation,[54][55][56][57] celui-ci ayant été rétabli peu après sa mort.[58] Rutherford pouvait être paradoxal, car s'il se montrait très puritain sur certaines questions, il se comportait aussi de façon "parfaitement dissolue" en d'autres occasions.[59]

Le goût du luxe de Rutherford contrastait grandement avec les règles de renoncement qu'il avait fixées pour les fidèles, et cela lui valut un certain nombre de critiques. Par exemple, les lettres de plaintes de Walter Salter et d'Olin Moyle (voir Lettre de Olin Moyle à Joseph Rutherford et Lettre de Walter Salter à Joseph Rutherford), tous deux occupant alors d'importantes fonctions dans l'organisation, reprochaient à Rutherford ses somptueux appartements ainsi que ses Cadillacs en pleine crise économique des années 1930. Dans sa lettre, Moyle lui reprochait également son langage vulgaire, ainsi que ses blagues obsènes.[38]

Misogynie

Voir aussi Point de vue de Rutherford sur le mariage et Point de vue de Rutherford sur la femme

Les livres et les articles écrits par Rutherford témoignaient de ses opinions bien arrêtées sur la place des femmes au sein de la religion et de la société. Dans un livre de 1931, il fit le lien entre la montée des mouvements féministes d'après 1919 qui encourageaient l'égalité des sexes avec l'influence satanique,[60] et prétendit que la coutume, pour un homme, de se décoiffer devant une femme ou de se tenir debout quand une elle entrait dans une pièce étaient des plans du diable pour détourner les hommes de Dieu et indiquaient que les hommes qui respectaient ces coutumes étaient quelque peu efféminés.[54] La fête des Mères fut également décrite comme faisant partie d'un plan pour détourner les gens de Dieu.[60] En 1938, il exhorta les adeptes à reporter leur mariage et la procréation à la période suivant Har-Maguédôn,[61] ce que White considère comme une forte incitation à rejeter le mariage au sein de la communauté des Témoins. Ceux qui se mariaient étaient alors considérés comme faibles spirituellement. Lors d'un congrès de 1941 dans le Missouri, Rutherford cita la description de la femme faite par Rudyard Kipling, à savoir que celle-ci était "une loque et un tas d'os et une tignasse".[54][62]

Dépréciation des Noirs

Rutherford approuva la ségrégation des Noirs. Les ecclasias des Étudiants de la Bible furent parfois sujettes à la ségrégation, même à New York;[63] ce fut notamment la cas lors des dernières années de présidence de Rutherford. De plus, certaines déclarations dévalorisantes sur les Noirs parurent dans les publications à cette époque, comme le nota Herbert H. Stroup, qui rapporta les instructions de Rutherford comme quoi les Noirs ne devaient pas être nommés pionniers. Dans La Tour de Garde (anglais) d'août 1928, il était écrit: "La raison est qu'aussi loin que nous sommes capables d'en juger, les personnes de couleur ont moins d'éducation que les Blancs — beaucoup d'entre elles de façon tout à fait insuffisante pour leur permettre de profiter de la lecture de notre littérature. Notre conclusion, de ce fait, est basée sur la supposition que la lecture distribuée à une congrégation de couleur serait à plus de moitié perdue, et un très faible pourcentage en effet serait susceptible de donner de bons résultats".[64]

Goût pour l'alcool

Rutherford éméché lors d'un apéritif arrosé
Voir article détaillé Alcoolisme de Rutherford

Plusieurs fois au cours de sa présidence, des voix de personnes haut placées dans le mouvement s'élevèrent pour dénoncer la promotion et la consommation d'alcool au Béthel en général et désignant particulièrement Rutherford lui-même. Le 1er avril 1937, dans une lettre ouverte, l'ex-serviteur de filiale du Canada Walter Salter déclara qu'en pleine prohibition, Rutherford se faisait livrer des caisses entières de whisky, brandy et bières pour des milliers de dollars de l'époque, bafouant ainsi les lois gouvernementales. En octobre 1939, Olin Moyle écrivit aussi une lettre dans laquelle il dénonçait l'utilisation de l'alcool au Béthel. Actuellement, de nombreux sociologues et historiens ayant examiné le sujet en détail — par exemple Massimo Introvigne et James Penton — ne doutent pas que Rutherford avait un sérieux problème d'alcoolisme.

Participation au prosélytisme

L'ancien membre du Collège Central Raymond Franz affirme qu'il n'existe aucune preuve que Rutherford se soit engagé dans l'activité de la prédication de porte-à-porte, alors que lui-même présenta cette activité comme étant une exigence et un devoir sacré pour tous les Témoins. Franz affirme avoir entendu des associés de Rutherford dire que "ses responsabilités en tant que président ne lui permettaient pas de s'engager dans cette activité".[65]

De son côté, Alexander H. Macmillan prétend rapporter des détails sur des participations à la prédication de porte en porte de Rutherford en 1905 ou en 1906 quand il fut baptisé.[66] Toutefois, il faut noter qu'à cette époque-là, Rutherford n'était pas encore quelqu'un d'important dans l'organisation et qu'il fallait bien qu'il se soumette aux directives pour progresser dans celle-ci. De même, cette même publication de 1975 cita une Témoin, Sara Kaelin, concernant son expérience avec Rutherford dans le ministère de maison en maison en 1922.[67] Cette anecdote est rapportée par la même Étudiante de la Bible qui évoqua la venue de Maria Russell sur la tombe de son mari avec des fleurs,[68] épisode fortement démenti par les faits entourant les relations entre Russell et sa femme au moment de la mort de celui-ci (voir Maria Russell après la séparation légale et Séparation légale des époux Russell). L'histoire officielle des Témoins de Jéhovah rapporte que "Rutherford en personne est allé prêcher le Royaume de maison en maison avec d'autres assistants dans un rayon de 70 kilomètres autour du lieu d'assemblée";[69] même si cela est vrai, cela ne signifie pas pour autant que c'était là son habitude. Le 2 août 1928, lors d'une réunion avec les anciens qui avaient assisté à une convention générale à Detroit, Michigan, Rutherford reconnut qu'on lui reprochait de ne pas prêcher et, après avoir énuméré ses responsabilités, conclut: "Je n'ai pas eu beaucoup de temps pour aller de porte en porte."[70]

Sexualité

Séparation d'avec sa femme

Voir article détaillé Mary Rutherford

Rutherford épousa Mary Fetzer, originaire de Boonville, dans le Missouri, le 30 décembre 1891. Leur seul enfant, Malcolm Cleveland, naquit le 10 novembre 1892.[71] Le couple se sépara après que Rutherford devint président de la Société Watch Tower.[72] De santé précaire, Mary resta toutefois une Témoin de Jéhovah active jusqu'à sa mort en 1962 à l'âge de 93 ans.[73]

Plusieurs questions légitimes peuvent se poser: Rutherford pouvait-il réellement mettre en pratique <CiteBible>1 Timothée 5:8</CiteBible>, à savoir s'occuper des membres de sa maisonnée, alors qu'il n'a pas vécu pendant des décennies avec sa femme et son fils? De plus, comment se fait-il que Mary ne vivait pas avec lui lorsqu'il est décédé en 1942 à San Diego en Californie, alors que le climat ensolleillé de cet État, bon pour sa santé, est justement présenté dans les publications de la Watch Tower comme étant la raison de leur séparation à Brooklyn?[73] Pourquoi Mary n'a-t-elle pas assisté aux funérailles de son mari? Et comment Rutherford a-t-il vécu ces longues années de célibat sans rapports intimes avec sa femme?

Selon l'historien James Penton, même "si [Mary] est généralement décrite par les plus anciens Témoins de Jéhovah comme "une semi-invalide qui ne pouvait pas rendre au juge son dû conjugal", leur séparation a été causée par plus que sa santé à elle ou son travail à lui. Ils ont été [...] apparemment très amers envers l'autre, bien qu'on ne sait pas au juste pourquoi", puis cite le tempérament colérique et l'alcoolisme de Rutherford comme véritable source possible de cette séparation.[72]

Assistance à des shows dénudés

Le Winter Garden (1929) - Bill Morison Collection - Shubert archive

Les mœurs de Rutherford furent mises en lumière dans une lettre adressée à Joseph Rutherford, datée du 27 avril 1926 et écrite par l'un des deux auteurs du livre Le Mystère Accompli, Georges H. Fisher. L'auteur de la lettre reprochait à Rutherford d'avoir été aperçu au bras d'une jeune femme par le portier du show appelé "Artists and Models" qui se produisait au Al Jolson's Winter Garden Theater de New-York en 1926, un show du genre Crazy Horse Saloon où dansent des femmes nues ou à moitié dénudées. Le portier, membre des Étudiants de la Bible, avait révélé l'affaire. Celle-ci fit suffisamment de bruit pour qu'un écho de la controverse paraisse dans L'Âge d'Or du 4 mai 1927, le secrétaire général de l'International Bible Students Association de l'époque, E.W. Brenisen, déclarant que Rutherford lui avait certifié ne jamais être allé à ce show. Néanmoins, Fisher ne se laissa pas impressionner et contacta plusieurs membres du bureau des directeurs en vue de sanctions; toutefois, Fischer décéda trois mois plus tard, et l'affaire fut classée sans suite. Dans le même ordre d'idées, selon l'auteur du livre The Four Presidents of the Watch Tower Society, Macmillan savait que Rutherford avait l'habitude d'assister à des spectacles dénudés, particulièrement lorsqu'il était hors du pays.[74]

Rumeurs d'infidélité

Bonnie Boyd, jeune sténographe et secrétaire de Rutherford, et Berta Teel, sa diététicienne personnelle, furent particulièrement proches du président de la Watch Tower: elles voyagèrent partout avec lui à ses côtés, y compris en vacances, et eurent même une place à Beth-Sarim lorsque Rutherford y vécut. Des témoignages de proches affirmèrent que Rutherford, alors séparé de son épouse, entretenaient une liaison avec chacune de ces deux femmes, mais que cela restait étouffé.

Selon le professeur Jerry Bergman, l'avocat de la Watch Tower Hayden Covington aurait dit: "Il y avait des rumeurs comme quoi [Rutherford] était un coureur de jupons. Alors je l'ai interrogé sur ce sujet. Je me souviens qu'il était allongé quand je lui ai posé des questions sur les rumeurs de ses liaisons, et il s'est levé évidemment très, très en colère..., très en colère..., et il m'a regardé en disant : « Si ta femme était paralysée, que ferais-tu? » Premièrement, j'ai pensé que je ferais mieux de ne pas poursuivre ce genre de question. Elle n'était pas la bienvenue. Deuxièmement, il semblait dire que, oui, il avait des maîtresses, mais..."[75]

Bonnie Boyd

Voir article détaillé Bonnie Boyd

Concrètement, Bonnie devint sténographe de Rutherford dès 1923, l'année même de son arrivée au Béthel avec sa mère, puis devint sa secrétaire vers 1931. Elle fut l'une des quatre personnes ayant signé l'acte notarié de Beth-Sarim en janvier 1930, et accompagna Rutherford partout lors de ses déplacements à travers le monde — y compris dans le cadre de vacances —, profitant ainsi d'un train de vie particulièrement confortable. De plus, lorsqu'en 1938, Bonnie épousa William Heath, un très riche héritier de l'un des fondateurs de la société Coca-Cola, elle ne fut pas contrainte de quitter le Béthel, en dépit de la règle en vigueur au siège de la Watch Tower selon laquelle ceux qui se mariaient devaient quitter le Béthel. Dans sa lettre à Rutherford, l'avocat Olin Moyle lui reprocha ce "traitement illégal et discriminatoire". Compte tenu du jeune âge que Bonnie revendiquait alors et du point de vue particulièrement dévalorisant que Rutherford entretenait sur les femmes, une question s'impose: qu'avait donc fait cette jeune femme pour devenir si indispensable aux yeux du président, au point d'être présent partout où il allait, de bénéficier de tels honneurs et de dérogation aux règles traditionnelles?[76]

Âge clamé par Bonnie lors de certains de ses voyages

Assez curieusement, l'âge de Bonnie Boyd varia considérablement dans les différents documents légaux dans lesquels elle était mentionnée, notamment ceux relatifs à l'immigration et aux douanes. Cela donne à penser qu'elle falsifia son âge dans les documents gouvernementaux tels que son passeport. Il y avait manifestement un objectif poursuivi dans les écarts successifs relatifs à son âge. En 1924, un an après qu'elle n'arrive au Béthel, elle affirmait avoir 27 ans et être née le 17 juillet 1896. Cette date de naissance fut progressivement déplacée vers les années ultérieures, à savoir le 17 juillet 1898, puis le 17 juillet 1899, le 17 juillet 1900, le 17 juillet 1901, le 17 juillet 1902, le 17 juillet 1903, jusqu'à finalement se donner de 34 ans et une date de naissance du 17 juillet 1904 en 1938. Cela aurait signifié qu'elle avait 19 ans quand elle vint au Béthel en 1923, et ceci alors qu'elle avait déjà connu une prestigieuse carrière professionnelle. Enfin, dans l'interview qu'elle accorda au journal The San Diego Union du 18 février 1942, elle affirma qu'elle avait 16 ans quand elle vient au Béthel et devint la "fille adoptive" de Rutherford. Compte tenu de ces mensonges répétés, il fut très difficile de déterminer la véritable date de naissance de Bonnie — qui, en fait, est bien celle du 17 juillet 1896. Pourquoi éprouva-t-elle le besoin de se rajeunir sans cesse et de se présenter comme une orpheline, alors que ce n'était pas le cas? Ce qui est particulièrement dérangeant dans cette histoire, c'est que cela suit exactement le même schéma que dans le cas de Rose Ball, jeune sténographe avec qui Charles Taze Russell fut accusé, par son épouse Maria Russell, d'avoir eut des gestes inconvenants, notamment de l'avoir prise sur ses genoux. Or, en défendant Russell sur cette question dans la presse et dans la brochure A Great Battle in Ecclesiastical Heavens, Rutherford fit valoir que Russell ne pouvait pas avoir agi de manière inconvenante avec Rose puisque cette dernière n'aurait été qu'une petite fille lors de sa venue à la maison des Russell et, étant de surcroît une soi-disant orpheline, aurait donc été traitée comme une fille adoptive. Ces affirmations s'avérèrent fausses: Rose n'était ni une orpheline ni une mineure à l'époque, comme le prouvent les documents publics la concernant. Étant donné que Rutherford utilisa ces deux mensonges (âge plus jeune et parents décédés) comme tactiques pour défendre le président de la Watch Tower contre des accusations de comportement inconvenant avec une personne de l'autre sexe, une question se pose: est-ce qu'il ne s'agissait pas de la même situation dans le cas de Bonnie Boyd dans sa relation avec Rutherford, vu qu'elle utilisa les deux mêmes mensonges?[77]

Il est à noter que les gardiens de Beth Sarim, August et Blanch Balko, eurent deux enfants nés à peu près à l'époque où Beth-Sarim fut construite: Princess Bonnie et Prince Joseph. Il est frappant de constater qu'ils nommèrent leurs deux enfants suivant les deux autres résidents majeurs de Beth-Sarim: Bonnie Boyd et Joseph Rutherford. Toutefois, Bonnie Balko est née et fut nommée "Bonnie" en 1929, avant que les Balko ne déménagent en Californie pour vivre avec Rutherford et Boyd. Alors quel rapport eurent les Balko avec Boyd et Rutherford avant qu'ils ne prennent leurs emplois à Beth Sarim? Il est probable qu'il y eut un lien avec la mère de Bonnie, Victoria, qui vécut une partie de sa vie au Texas, le même état d'où venaient les Balko.

Berta Teel

Voir article détaillé Berta Teel

Or, à peine un mois après le mariage de Bonnie, Rutherford eut une nouvelle personne qui le suivit partout, Berta Teel, une pionnière ointe de 32 ans sa cadette qui, selon les témoignages de proches, elle était très belle. Elle vint au Béthel en juin 1938, juste après avoir abandonné son mari Alfred Peale qui demanda le divorce pour abandon et l'obtint en 1940. Or, bien que le Béthel reçut des copies du divorce, Berta ne fut pas sanctionnée pour avoir quitté son mari sans raison scripturaire, et fut autorisée à rester au Béthel. Berta était amie avec Bonnie qu'elle avait rencontrée au début des années 1930; issue d'une famille pauvre, elle avait pourtant fait le voyage en Europe pour assister à une assemblée des Étudiants de la Bible où elle rencontra Rutherford. Puisque Rutherford avait payé tous les voyages de Bonnie, on peut raisonnablement penser qu'il avait fait la même chose pour Berta.[76]

Rutherford fit immédiatement d'elle une "diététicienne" alors qu'il en avait déjà un et qu'elle n'avait aucune qualification professionnelle, hormis le travail en usine. Il est noter que les nouvelles venues au Béthel commençaient fréquemment par travailler comme domestiques; dès lors, comment se fait-il que Berta fut directement placée à des postes si proéminents dans l'organisation? De plus, tout comme Bonnie, elle accompagna partout le président dans ses déplacements alors que la santé de celui-ci ne le justifiait manifestement pas. Il a été rapporté que, lors d'un voyage de Rutherford auquel Berta participait, une femme de chambre de l'hôtel trouva une épingle à cheveux féminine dans le lit du président, et ceci alors que Berta séjournait dans une chambre voisine reliée une porte contiguë. Selon l'historien James Penton, cet incident eut lieu en Caroline du Nord.[76]

Un ex-ancien de Long Beach, en Californie, révéla que, longtemps après la mort de Rutherford, Berta, alors septuagénaire, demanda aux anciens (dont l'informateur faisait partie) de la rencontrer parce qu'elle se sentait tourmentée par sa relation adultère de 15 ans avec Rutherford, leur montrant des films où le couple s'embrassait. Contactés par les anciens, Nathan Knorr et quelques autres officiels de l'organisation rencontrèrent Berta lors d'un congrès de district en Californie; ils déclarèrent qu'ils étaient au courant de cette relation depuis longtemps, mais que cela appartenait désormais au passé et donc qu'il ne fallait plus s'en soucier.[76]

L'historien James Penton mentionne des nombreux éléments troublants en rapport avec la vie sexuelle de Rutherford, ayant recours au témoignage du Dr Carl Thoronton, le petit-neveu de Berta, qui étudia ce sujet en profondeur, ainsi que la transcription du procès Moyle v. Franz et al.. Il écrivit:[78]

"Il y a aussi une forte preuve circonstancielle qu'il [Rutherford] était quelque peu un coureur de jupons et peut-être qu'il eut une maîtresse dans les dernières années de sa vie. En ce qui concerne le possible côté coureur de jupons de Rutherford, Peter Moyle a écrit: "Il a aussi été connu, quoique cela fut 'soigneusement caché', que Rutherford aimait ses femmes et son whisky". À l'appui de cette allégation, les membres de la famille d'une femme diététicienne et infirmière de Rutherford sont convaincus qu'elle était sa maîtresse. La femme en question, une certaine Mme Berta Peale, était une amie proche de Bonnie Boyd, sténographe de Rutherford. Elle a accompagné Boyd à une convention de la Watch Tower en Europe à un moment donné au milieu ou à la fin dans les années 1930. Lors de ce congrès, elle a évidemment rencontré Rutherford. Par la suite, en juin 1938, elle abandonna son mari non-Témoin de Jéhovah [avec lequel elle était mariée depuis] quinze ans et a déménagé au Béthel de Brooklyn, où du moins en apparence, elle est devenue la diététicienne et infirmière de Rutherford. En novembre 1939, son mari Albert Peale a déposé une demande de divorce de sa part. Celle-ci a été accordée en mars 1940. Naturellement, ces faits soulèvent de sérieuses questions. Pourquoi Rutherford l'accepta-t-il au Béthel, alors qu'elle avait ouvertement abandonné son mari? Un tel comportement constituait une claire violation des enseignements bibliques tels qu'ils sont compris par les Témoins de Jéhovah. Pourquoi le juge lui a-t-il fait d'elle son infirmière et sa diététicienne alors qu'il avait déjà un infirmier et qu'elle n'avait reçu aucune formation formelle que ce soit comme diététicienne ou comme infirmière? Et pourquoi, enfin, a-t-il pris Mme Peale, un intéressante belle femme du sud, avec lui partout où il allait? C'est quelque chose qu'il n'a pas fait avec son infirmier, Matthew Howlett.
"Une autre forte indication que Rutherford a pu être sexuellement aventureux, c'est que sa femme se sentait évidemment très amère envers lui. Elle n'avait pas vécu avec lui pendant de nombreuses années. Son excuse à lui, c'est qu'elle était invalide et ne pouvait pas lui donner son "dû matrimonial"; toutefois, il y avait plus sur ce sujet que cela. Il n'a rarement, voire jamais, pris la peine de lui rendre visite. Ainsi, quand il était en train de mourir d'un cancer, elle et son fils Malcolm l'avait pratiquement ignoré même si les deux vivaient à proximité dans le sud de la Californie...
"Malgré l'affirmation de Peter Moyle, les faits entourant la relation très discutable de Rutherford avec Mme Peale, son éloignement de sa femme et son fils, et les rumeurs diverses qui ont circulé parmi les Étudiants de la Bible/Témoins désabusés qui soulèvent des questions au sujet de sa conduite, il n'y a pas de preuve directe qu'il était sexuellement immoral. Pourtant, avec tant de preuves pour suggérer qu'il l'était, il est difficile de croire qu'il n'était pas."

Justifications voilées de Rutherford

Rutherford sembla justifier sa proximité avec certaines femmes en développant, dans deux articles de La Tour de Garde, la question de "l'apparence de l'inconvenance" ("the apperance of impropriety").[79][80] Dans le premier article, il attira l'attention sur l'exemple biblique de Ruth et Boaz (<CiteBible>Ruth 3:7-8</CiteBible>), dans lequel Ruth se coucha à côté de Boaz qui était déjà endormi. Rutherford nota que Ruth fit simplement "ce que le Seigneur voulait qu'elle fasse" et qu'"il n'y a pas un mot dans le récit divin indiquant qu'il y avait un quelconque désir sensuel ou inapproprié de la part de Ruth en prenant cette mesure comme elle le fit". Le deuxième exemple concernait Samson qui passa la nuit chez une prostituée (<CiteBible>Juges 16:1-3</CiteBible>). Rutherford estima que "le fait que Samson n'ait pas été réprouvé pour sa conduite montre qu'il était chez la prostituée dans un but légitime et en harmonie avec la volonté de Dieu". Reconnaissant qu'il y avait une apparence d'inconvenance dans ce cas, Rutherford ajouta: "Indépendamment de ce que l'argument peut être, et du degré auquel les créatures humaines prétendent être choquées par le fait que Samson ait passé une nuit chez une prostituée, il était là sur la direction de Jéhovah, et donc toutes les présomptions doivent être cédées en sa faveur". Le parallèle suggéré dans ces périodiques avec Rutherford était évident: le président de la Watch Tower dirigeait l'œuvre du Seigneur, et si jamais il y avait un semblant d'inconvenance de sa part, il fallait donc lui accorder le bénéfice du doute.

De plus, même si quelqu'un cédait à des désirs sexuels, cela était excusable selon Rutherford. En effet, ce dernier cita l'exemple de David, qui a été nommé par Jéhovah pour diriger l'organisation terrestre à son époque, et expliqua: "Céder aux faiblesses héréditaires ou acquises de la chair n'est pas le péché mortel, et pourtant le diable a conduit tout le monde à croire que le mensonge, le vol, les jurons, la fait de commettre l'adultère, de se saouler ou de perdre son calme, ou tout autre acte de la longue liste des faiblesses charnelles, constituait le péché mortel. Mais, au contraire, toutes ces choses sont pardonnables. Cela explique pourquoi David pouvait être appeler un homme selon le cœur de Dieu. Son cœur était fidèle, mais sa chair était faible".[81] Or, cette liste de péchés comprend précisément des comportements qui étaient reprochés à Rutherford.

Vidéos

  • Comparaison Rutherford / Al Capone
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Voir aussi

Ressources sur le sujet

Références

  1. Arrowup.png Stroup, Herbert H. (1945) (anglais), The Jehovah's Witnesses, Columbia University Press, p. 16
  2. Arrowup.png Penton, 1997, p. 47
  3. 3,0 et 3,1 Wills, 2006, p. 131
  4. Arrowup.png The New York Times (anglais), 17 janvier 1919, Section I, p. 9
  5. Arrowup.png Whalen, William J. (1962) (anglais), Armageddon Around the Corner: A report on Jehovah's Witnesses, John Day, New York, cité par Penton, 1997, pp. 75,76
  6. Arrowup.png Harrison, 1978, p. 173
  7. Arrowup.png Circuit Court Record, Morgan County, book 14, p. 251 (8 août 1894); Circuit Court Record, Cooper County, Missouri, book 2, p. 376 (15 mai 1895), cités par Hébert, Gérard (1960), S.J., Les Témoins de Jéhovah. Essai critique d'histoire et de doctrine, Montréal: éditions Bellarmin, p. 232. L'auteur précise qu'il n'a pas vérifié le deuxième cas, rapporté par Felix, Rutherford Exposed
  8. Arrowup.png Missouri Appeal Reports, 1897, vol. 68, pp. 441-47; cité dans Felix, Rutherford Exposed, p. 25
  9. Arrowup.png Transcription du procès de Rutherford de 1918, p. 993
  10. 10,0 et 10,1 Penton, 1997, p. 51
  11. Arrowup.png Rogerson, 1969, p. 37
  12. Arrowup.png Pierson, 1917, pp. 3,4
  13. Arrowup.png Penton, 1997, pp. 51,53
  14. 14,0 et 14,1 Gruss, 2003, p. 26
  15. Arrowup.png Beckford, James A. (1975) (anglais), The Trumpet of Prophecy — A Sociological Study of Jehovah's Witnesses, Basil Blackwell, p. 23 (ISBN 0-631-16310-7):
    "Ruhterford was often rude and brusque; his temperament was moody and his manner withdrawn."
  16. Arrowup.png Rogerson, 1969, p. 64
  17. Arrowup.png Blandre, Bernard (1987), Les Témoins de Jéhovah, un siècle d'histoire, Paris: Desclée de Brouwer, p. 64 (ISBN 978-2-2200-2640-4)
  18. Arrowup.png Wills, 2006, p. 107
  19. Arrowup.png Penton, 1997, pp. 47,48
  20. Arrowup.png Rogerson, 1969, p. 35
  21. Arrowup.png Procès Moyle, pp. 1446,1491
  22. Arrowup.png Procès Moyle, pp. 1484,1485
  23. Arrowup.png Procès Moyle, p. 1474
  24. Arrowup.png Procès Moyle, p. 1487
  25. Arrowup.png Procès Moyle, p. 1505
  26. Arrowup.png Procès Moyle, p. 1501
  27. Arrowup.png Procès Moyle, page 1404
  28. Arrowup.png Procès Moyle, pp. 1200,1201
  29. Arrowup.png Blandre, Bernard (1988), "Aux origines des étudiants de la Bible et des Témoins de Jéhovah - Attentes et débats 1873-1919", Mouvements religieux, Sarreguemines: Association d'étude et d'information sur les mouvements religieux, p. 30
  30. Arrowup.png Johnson, 1917, p. 17
  31. Arrowup.png Rogerson, 1969, p. 66
  32. Arrowup.png Watch Tower Bible & Tract Society, 1959, p. 68,69
  33. Arrowup.png Watch Tower Bible & Tract Society, 1975, pp. 83
  34. Arrowup.png Macmillan, 1957, pp. 150,151
  35. 35,0 et 35,1 Macmillan, 1957, p. 77
  36. Arrowup.png Watch Tower Bible & Tract Society, 1993, p. 220
  37. Arrowup.png Rutherford, Joseph F. (1er août 1917) (anglais), Harvest Siftings, Watch Tower Bible & Tract Society, format pdf, p. 17
  38. 38,0 et 38,1 Rogerson, 1969, p. 65
  39. Arrowup.png L'Âge d'Or (anglais), 3 décembre 1924, p. 151, article "A Remarkable Fulfilment of Prophecy"
  40. Arrowup.png L'Âge d'Or (anglais), 20 novembre 1935, pp. 99-101, article "An Open Letter to The Associated Press"
  41. Arrowup.png Penton, James A. (2004) (anglais), Jehovah's Witnesses and the Third Reich: Sectarian Politics under Persecution, Toronto: University of Toronto Press, pp. 103,104 (ISBN 978-0-8020-8678-5)
  42. Arrowup.png La Tour de Garde, 1er décembre 1993, p. 18, § 17, article "Humilité: des exemples à suivre":
    "Joseph Rutherford (...) a été un courageux défenseur de la vérité biblique et en particulier du nom de Jéhovah. Bien que connu comme étant le juge Rutherford, il était humble de cœur. Un jour, il a eu des propos dogmatiques sur ce que les chrétiens pouvaient attendre pour 1925. Les événements n’ayant pas répondu à son attente, il a humblement dit à la famille du Béthel de Brooklyn qu'il s'était entièrement trompé."
  43. Arrowup.png Wills, 2006, p. 132
  44. Arrowup.png Wills, 2006, pp. 131–38
  45. Arrowup.png Rogerson, 1969, p. 44
  46. Arrowup.png WTBTS (1930) (anglais), Annuaire des Témoins de Jéhovah, Watch Tower Bible & Tract Society, p. 38
  47. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), 15 février 1933, p. 55
  48. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), 15 mars 1938, p. 87
  49. Arrowup.png Gruss, 2003, p. 27
  50. Arrowup.png Wills, 2006, pp. 154
  51. Arrowup.png Introvigne, Massimo (2002) (italien), Testimoni di Geova: già e non ancora, Turin: Elledici, (ISBN 978-8801023756)
  52. Arrowup.png Rutherford, Joseph F. (anglais), Justification, vol 1, pp. 188,189
  53. Arrowup.png Watch Tower Bible & Tract Society, 1975, p. 147
  54. 54,0 54,1 et 54,2 Penton, 1997, p. 66
  55. Arrowup.png Watch Tower Bible & Tract Society, 1959, p. 215
  56. Arrowup.png Watch Tower Bible & Tract Society, 1993, p. 241: "Singing in local congregations was largely dispensed with in about 1938"
  57. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), 1er mai 1938, p. 139:
    "At all study meetings...the one presiding at the study might well, as a prelude to the meeting, briefly state God’s purpose which is now being performed... two minutes might well be devoted to such at the beginning of all meetings for study [by] the one presiding... A few words like the above pronounced at the beginning of the study would be far more beneficial than to occupy the same time in singing songs, which often express much that is out of harmony with the truth."
  58. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), 1er février 1997, pp. 26,27, article "Music's Place in Modern Worship":
    "In 1938 singing at congregation meetings was largely dispensed with. However, the wisdom of following apostolic example and direction soon prevailed. At the 1944 district convention, F. W. Franz...announced the release of the Kingdom Service Song Book for use at the weekly service meetings."
  59. Arrowup.png Penton, 1997, p. 48
  60. 60,0 et 60,1 Rutherford, Joseph F. (anglais), Justification, vol. 1, pp. 155-59, cité par Wills, 2006, p. 139
  61. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), 15 novembre 1938, p. 346
  62. Arrowup.png Harrison, 1978, chapitre3
  63. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), 15 mai 1917, cité par Rogerson, 1969, p. 65
  64. Arrowup.png Stroup, Herbert (anglais), The Jehovah's Witnesses, Columbia University Press, p. 155, cité par Rogerson, 1969, pp. 65,66
  65. Arrowup.png Franz, Raymond (2007) (anglais), À la recherche de la liberté chrétienne, Atlanta: Commentary Press, pp. 191,192:
    "There is no evidence that Rutherford himself took any part in this door-to-door work. Based on expressions made by my uncle, Fred Franz, and others who were headquarters members during Rutherford's presidency, it appears that when inquiry was made about this the answer given was that 'his responsibilities as president do not permit his engaging in this activity'."
  66. Arrowup.png Watch Tower Bible & Tract Society, 1975, p. 83
  67. Arrowup.png Watch Tower Bible & Tract Society, 1975, p. 133
  68. Arrowup.png La Tour de Garde, 1er août 1994, p. 22
  69. Arrowup.png Watch Tower Bible & Tract Society, 1993, p. 260
  70. Arrowup.png The Messenger (anglais), 3 août 1928, p. 5:
    "Frequently some elder says: "The president of the Society does not go from house to house selling books. Why should I?" ... When I have looked after the management of the work at headquarters with its many departments; when I have given attention to a voluminous mail; when I have managed thirty odd branch offices in different parts of the earth and kept in close touch with them by correspondence and examination of their reports, and given advice and counsel as to what shall be done; when I have given attention to may [sic] legal matters that have arisen against members of the Society by reason of the opposition of the enemy; when I have given counsel to the various parts of the radio work; when I have prepared copy for The Watch Tower and other publications; and occasionally written a book or booklet and followed its progress through the manufacturing thereof; and when I have attended to many other details, I have not had very much time to go from door to door."
  71. Arrowup.png St. Paul Enterprise (anglais), 16 janvier 1917, p. 1
  72. 72,0 et 72,1 Penton, 1997, p. 72
  73. 73,0 et 73,1 Watch Tower Bible & Tract Society, 1993, p. 89
  74. Arrowup.png Gruss, 2003, pp. 28,29
  75. Arrowup.png Bergman, Jerry (18 mai 2002) (anglais), "Jerry Bergman Interviewed on Watchtower Attorney Hayden Covington", freeminds.com, version archivée du 13 juillet 2010. Consulté le 22 février 2012:
    "There were rumors about his philandering. So, I asked him about that. I remember he was laying down when I asked him about the philandering rumors, and he got up, obviously very, very angry…very angry... and he looked at me and said, "If your wife was paralyzed, what would you do?" Number one, I thought I'd better not pursue that line of questioning. It was not welcome. Number two, he seemed to be saying that, yes, he did have paramours, but..."
  76. 76,0 76,1 76,2 et 76,3 Luc, Jacques, "Rutherford démasqué, l'affaire Berta et Bonnie", aggelia.be. Consulté le 19 août 2011
  77. Arrowup.png Leolaia (2009) (anglais), "Rutherford Exposed: The Story of Berta and Bonnie (redux)", jehovahs-witness.net. Consulté le 26 février 2012
  78. Arrowup.png Penton, James (2004) (anglais), Jehovah's Witnesses and the Third Reich: Sectarian Politics Under Persecution, Toronto: University of Toronto Press, pp. 102,103 (ISBN 978-0-8020-8678-5)
  79. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), 15 novembre 1932, pp. 343,344
  80. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), 1er décembre 1935, p. 362
  81. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), 1er septembre 1929, p. 271