Consolation du 4 septembre 1940
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| Consolation du 4 septembre 1940 | |
|---|---|
| Revue | Consolation |
| Date | 1940 |
| Année | 1940 |
| Éditeur | Watch Tower Bible and Tract Society |
Ce numéro de la revue Consolation est dominé par une longue enquête sur les violences subies par les Témoins de Jéhovah aux États-Unis au cours des mois de mai et juin 1940, dans un contexte de tensions croissantes autour du salut au drapeau et de la distribution de littérature religieuse. L'article principal désigne nommément l'American Legion et la hiérarchie catholique romaine comme les instigatrices de ces persécutions, les accusant d'agir de concert contre le mouvement.
Le numéro rend également compte de la convention tenue à Détroit du 24 au 28 juillet 1940, présentée comme un événement d'ampleur exceptionnelle, et reproduit plusieurs discours de Joseph F. Rutherford ainsi que des résolutions adoptées par l'assemblée. Ces deux axes — dénonciation des persécutions et célébration de la vie interne du mouvement — structurent l'essentiel du numéro.
Analyse
Croyances
Le numéro du 4 septembre 1940 de Consolation articule l'ensemble de son contenu théologique autour d'une thèse centrale : le Royaume de Jéhovah est déjà actif sur terre depuis 1914, date présentée comme la fin des « temps des Gentils » et le début du règne de Christ Jésus en tant que Roi oint. Cette doctrine chronologique, qui structure l'article « Le Royaume est ici », s'appuie sur un enchaînement scripturaire précis : Hébreux 10:12-13, Psaume 110:1-2, et Matthieu 24:7-15 sont convoqués pour établir que les événements de 1914 — au premier rang desquels le déclenchement de la Première Guerre mondiale — constituent la preuve scripturaire de l'intronisation céleste du Christ. La date de 1914 avait été héritée d'une longue tradition exégétique antérieure au mouvement : l'historien Carl Olof Jonsson a documenté que cette date apparaît dès 1870 dans le périodique The Prophetic Times, puis en 1875 sous la plume de Nelson Barbour, avant d'être reprise par Charles Taze Russell.[1] Ce que ce numéro de 1940 ajoute à cet héritage est la précision d'une deuxième date charnière : depuis 1918, affirme la publication, Christ Jésus exerce activement son pouvoir pour rassembler les vrais chrétiens et juger la « chrétienté », conformément à Malachie 3:1-4.[2]
L'exégèse de Luc 17:21 développée dans ce numéro constitue un exemple caractéristique de l'argumentaire biblique rutherfordien. Contre la traduction traditionnelle « le Royaume de Dieu est au-dedans de vous », la publication mobilise deux versions alternatives — l'*Emphatic Diaglott* et la version de Rotherham — qui rendent le passage par « au milieu de vous » (among you ou in your midst). L'argument contextuel avancé est que Jésus s'adressait aux pharisiens, qualifiés de « fils du Diable » en Jean 8:42-44, et qu'il était donc impossible que Dieu établisse son Royaume dans le cœur de ses ennemis. Jésus est présenté comme étant lui-même le Royaume incarné, sa présence physique parmi les pharisiens constituant la réalité à laquelle renvoyait sa déclaration.[3] Cette lecture anti-intérioriste du Royaume, qui rejetait toute conception mystique ou individuelle du salut, est cohérente avec la conception institutionnelle et visible du Royaume théocratique développée par Rutherford depuis les années 1920.
La distinction doctrinale entre « religion » et « christianisme » traverse l'ensemble du numéro comme une colonne vertébrale théologique. La « religion » y est définie comme une invention de Satan depuis Éden, un « culte démoniaque » générateur de cécité spirituelle, d'hypocrisie et de mort, tandis que le « christianisme » — incarné par les Témoins de Jéhovah — est présenté comme la voie de salut offerte par Jéhovah.[4] Cette opposition, qui structure aussi bien l'article principal que l'annonce du livre Religion de Rutherford, s'inscrit dans un cadre pneumatologique : les démons, chassés du ciel en 1914 selon la doctrine rutherfordienne, sont présentés comme les inspirateurs des régimes totalitaires et des hiérarchies ecclésiastiques qui persécutent les Témoins de Jéhovah.[5]
L'identification des Témoins de Jéhovah aux « sauterelles » d'Apocalypse 9:1-11 est présentée dans ce numéro comme une clé d'interprétation prophétique. Selon les publications Watch Tower, l'attaque symbolique des sauterelles fut rattachée à la période postérieure à 1919, date à laquelle les prédicateurs oints, libérés après l'emprisonnement de leurs dirigeants en 1918, reprirent leur proclamation mondiale.[6] Dans ce numéro de 1940, ces sauterelles sont décrites comme « assombrissant l'organisation du Diable, avançant comme des chevaux de guerre, et dévorant le vernis des idoles religieuses », tout en ne faisant « aucun mal physique » aux religionistes qu'elles tourmentent.[7] Cette interprétation illustre la lecture typologique de l'Apocalypse qui gouverne l'ensemble de l'eschatologie rutherfordienne.
La lecture d'Apocalypse 17:1-6 appliquée à l'Église catholique romaine — la prostituée chevauchant la bête symbolisant l'alliance de la hiérarchie romaine avec les pouvoirs politiques — est illustrée dans ce numéro par deux plans distincts. Sur le plan géopolitique, la publication soutient qu'Hitler agit comme instrument du Vatican pour restaurer un empire catholique, une thèse développée à travers l'analyse du rôle de Franz von Papen et l'évocation de la visite du Kaiser au pape Léon XIII en 1903.[8] Sur le plan judiciaire, le procès Titley au Québec, où un prêtre catholique et un professeur d'université catholique témoignent contre les Témoins de Jéhovah en lisant des extraits du livre Ennemis comme pièces à charge, est présenté comme une illustration concrète de cette alliance entre religion et pouvoir civil.[9]
La doctrine missionnaire développée dans « Le Royaume est ici » fonde l'obligation de prêcher sur Matthieu 24:14, Marc 13:10 et Ézéchiel 2:7. La publication précise que la mission des Témoins de Jéhovah n'est pas de convertir les individus ni de les intégrer dans une organisation, mais uniquement de les informer des faits bibliques.[10] Cette formulation est cohérente avec la redéfinition rutherfordienne du prosélytisme comme proclamation urgente et unilatérale plutôt que comme travail pastoral. L'urgence de cette proclamation est ancrée dans la conviction que le « prochain acte du Roi oint » sera la destruction de l'organisation de Satan lors de la bataille d'Harmaguédon, présentée comme imminente et inéluctable.[11]
La position de la publication envers les Juifs mérite une attention particulière. Le numéro rapporte que des Juifs d'Irlande et d'ailleurs accueillent favorablement le message du Royaume théocratique, reconnaissant dans les Témoins de Jéhovah des alliés persécutés par les mêmes adversaires.[12] Ce positionnement contraste avec l'évolution doctrinale antérieure de Rutherford : si Russell avait été un partisan des causes sionistes, Rutherford avait proclamé dès 1932 qu'« Israël selon la chair » n'avait plus de rôle spécifique dans l'histoire du salut, renonçant aux positions philojuives de ses premiers livres comme Comfort for the Jews (1926).[13] En 1940, la publication ne leur offre plus une espérance fondée sur un retour en Terre promise, mais les intègre dans le cadre universel de la Théocratie : leur salut passe désormais par l'adhésion au message du Royaume, au même titre que celui des non-Juifs.
La position doctrinale la plus radicale de ce numéro reste l'annonce de la destruction totale et sans exception de tous les ecclésiastiques lors d'Harmaguédon. Aucun clerc — ni catholique ni protestant — ne survivra à la bataille, leur destruction collective étant présentée comme une condition nécessaire à l'établissement du Royaume.[14] Des figures typologiques bibliques — Shimei, Édom et Tyr — sont invoquées pour préfigurer cette destruction. Cette position, qui n'admet aucune nuance ni possibilité de repentir individuel pour les membres du clergé, confère aux violences et aux persécutions contemporaines une signification eschatologique précise : elles sont interprétées comme l'accomplissement de prophéties annonçant l'opposition de Satan au Royaume, et chaque acte de violence contre un Témoin de Jéhovah est lu comme un signe supplémentaire de l'imminence d'Harmaguédon.[15]
Organisation et histoire
Ce numéro de Consolation du 4 septembre 1940 paraît dans un contexte de répression particulièrement intense contre les Témoins de Jéhovah aux États-Unis, consécutive à la décision de la Cour suprême dans l'affaire Minersville School District v. Gobitis du 3 juin 1940, qui avait autorisé les écoles à exiger le salut au drapeau même de la part des enfants dont les convictions religieuses l'interdisaient. Cette décision avait été suivie d'une vague de violences dans de nombreux États américains.[16] La publication, qui rapporte des attaques coordonnées dans quarante-et-un États durant les mois de mai et juin 1940, s'appuie notamment sur un rapport de l'American Civil Liberties Union (ACLU) publié dans le New York Times du 15 juillet 1940 pour documenter le rôle de l'American Legion dans ces violences.[17]
La convention de Détroit, tenue du 24 au 28 juillet 1940, constitue l'événement organisationnel central rapporté dans ce numéro. Avec une assistance estimée à 45 000 personnes selon les journaux locaux, cet événement est présenté comme la plus grande convention jamais organisée par le mouvement.[18] Y furent organisées dix-sept sous-conventions simultanées dans d'autres villes américaines et à Honolulu, témoignant d'une capacité logistique nationale significative.[19] La publication souligne également la présentation lors de cet événement d'un nouvel appareil phonographique compact, conçu pour faciliter la prédication de porte-à-porte, illustrant l'importance accordée à l'innovation technologique au service de l'évangélisation dans l'organisation rutherfordienne.[20]
Ce numéro affirme explicitement que la Théocratie est administrée sur terre par la Watch Tower Bible and Tract Society, dont Joseph F. Rutherford est présenté comme président et directeur général.[21] Cette affirmation s'inscrit dans le cadre de la centralisation théocratique que Rutherford avait imposée progressivement depuis 1919 : selon l'historien Bernard Blandre, il avait transformé le mouvement des étudiants de la Bible en « une structure totalitaire polarisée sur l'activisme et le conflit contre l'ensemble du monde extérieur ».[22] La déclaration institutionnelle de ce numéro — selon laquelle les Témoins de Jéhovah ne sont ni les représentants ni les disciples d'un homme mais des serviteurs de Jéhovah — contraste avec la place que le même numéro accorde à la personne et aux écrits de Rutherford, dont le nouveau livre Religion est annoncé avec une première édition d'un million d'exemplaires.[23]
La situation au Québec fait l'objet d'un traitement distinct, avec le recensement de soixante-et-un Témoins de Jéhovah en attente de jugement dans la province, dont trente-quatre sous le chef d'accusation de « conspiration séditieuse ».[24] Cette situation s'inscrit dans le cadre de la « loi du cadenas » adoptée en 1937 par le gouvernement de Maurice Duplessis, qui permettait la saisie de tout local servant à la propagation du communisme ou du bolchevisme, interprétée par les autorités provinciales de façon à viser les publications des Témoins de Jéhovah.[25] Le numéro mentionne également que les Témoins de Jéhovah venaient d'être interdits au Canada, une mesure évoquée en parallèle avec l'interdiction d'importation de leur littérature en Afrique occidentale britannique, où leurs stocks avaient été détruits par les autorités coloniales.[26]
L'incident de North Windham (Maine), où un légionnaire américain et shérif adjoint, K.E. Dean Pray, est abattu en légitime défense par un Témoin de Jéhovah nommé Arthur F. Cox après avoir agressé ce dernier avec un ressort de voiture, est rapporté dans ce numéro comme un exemple des violences attribuées à l'incitation des dirigeants de l'American Legion, Raymond J. Kelly et Homer Chaillaux.[27] La publication cite également un ancien commandant national de l'organisation, Alvin Owsley, qui avait par le passé comparé l'American Legion aux Faisceaux italiens de Mussolini, pour étayer ses accusations de dérive fasciste.[28]
Science et médecine
Dans la section consacrée aux témoignages internationaux, Consolation rapporte qu'à Accra, capitale de la Gold Coast (actuel Ghana), les autorités coloniales britanniques interdirent l'importation de littérature des Témoins de Jéhovah et procédèrent à la destruction des stocks existants. La publication note immédiatement après cet épisode qu'un tremblement de terre frappa la ville d'Accra, causant des dégâts importants aux bâtiments gouvernementaux, et présente ce rapprochement comme un possible signe de justice divine, sans toutefois développer l'interprétation de manière explicite.[29]
Le séisme auquel la revue fait vraisemblablement référence est identifiable avec précision : il s'agit du tremblement de terre du 22 juin 1939, le plus destructeur qu'ait connu la Gold Coast dans la première moitié du XXe siècle. D'une magnitude de 6,3, survenu à approximativement 19h20 GMT, il fit 17 morts et 130 blessés, entraîna la démolition d'environ 1 500 maisons et rendit plus de 600 autres inhabitables dans la région d'Accra.[30] Ce séisme n'était pas un phénomène courant : les précédents chocs notables remontaient à 1862, qui avait rasé tous les bâtiments en pierre d'Accra, et à 1906, qui avait endommagé des bâtiments gouvernementaux sans faire de victimes.[31]
La mise en relation opérée par la revue entre la destruction de publications religieuses et ce séisme constitue une instrumentalisation d'un phénomène géologique au service d'une rhétorique providentialiste caractéristique de la période Rutherford. En 1940, et déjà en 1939, le consensus scientifique sur la sismicité de la région côtière de la Gold Coast était que la zone d'Accra et le littoral adjacent présentaient une vulnérabilité sismique récurrente, indépendante de toute cause humaine ou morale.[32] La revue ne fournit aucune datation précise ni aucun lien causal démontré entre les deux événements : le séisme du 22 juin 1939 précédait de plus d'un an la date de publication du numéro étudié, ce qui rend l'enchaînement narratif encore plus fragile sur le plan factuel. La coïncidence géographique et temporelle est présentée comme une évidence interprétative, sans que la publication ne s'interroge sur l'écart chronologique ni sur les causes naturelles du phénomène, pourtant connues des géophysiciens de l'époque.[33]
Économie et société
La revue consacre un développement substantiel à la politique économique de Franklin D. Roosevelt, qu'elle présente comme ruineuse et d'inspiration vaticane. Elle affirme que les déficits budgétaires annuels sous Roosevelt ont atteint une moyenne de 2,963 milliards de dollars, et attribue cette dérive à des influences catholiques romaines, citant notamment la construction d'un palais de 450 000 dollars pour le nonce apostolique à Washington et l'envoi d'un ambassadeur personnel au Vatican comme preuves d'une emprise systémique du Saint-Siège sur l'administration américaine.[34] Cette présentation correspond à une stratégie argumentative caractéristique de Consolation sous Rutherford, qui consiste à agréger des faits distincts pour construire l'image d'un monde séculier irrémédiablement corrompu par la religion, légitimant ainsi l'imminence de la destruction d'Armageddon. Sur le fond, les liens entre Roosevelt et le Vatican méritent d'être nuancés : si Roosevelt nomma effectivement Myron Taylor comme représentant personnel auprès du pape Pie XII à la fin de 1939, cette décision visait principalement à obtenir la coopération pontificale pour freiner les ardeurs du père Charles Coughlin, dont la radio semait le trouble au sein du catholicisme américain, et s'inscrivait dans une politique diplomatique plus large plutôt que dans une subordination idéologique au Saint-Siège.[35]
Sur les déficits budgétaires eux-mêmes, la revue ne ment pas sur leur existence : le New Deal impliqua effectivement des déficits significatifs tout au long des années 1930, et l'économie américaine connut une rechute grave en 1937-1938 après que Roosevelt tenta prématurément de rétablir l'équilibre budgétaire.[36] En 1939, le taux de chômage demeurait autour de 17 à 19 %, preuve que le New Deal n'avait pas réglé la crise.[37] Toutefois, la revue escamote entièrement le contexte : ces déficits répondaient à la plus grave dépression économique de l'histoire américaine, et les associer à une influence catholique relève d'un cadrage idéologique destiné à accréditer simultanément deux thèses — la faillite des gouvernements séculiers et la toute-puissance maléfique de Rome — plutôt qu'à analyser une réalité économique complexe.
La revue dénonce également la politique de destruction des surplus agricoles conduite sous l'Agricultural Adjustment Act (AAA), qu'elle oppose à la sagesse de Joseph stockant des réserves en Égypte antique, et qualifie d'inspiration cléricale — les décideurs étant raillés comme des « garçons en pantalons de dentelle ».[38] Sur ce point, la réalité des destructions de surplus est avérée : l'AAA de 1933 finança l'abattage d'environ six millions de porcs et la destruction de près de dix millions d'acres de coton afin de faire remonter les prix agricoles effondrés, ce qui valut au programme de virulentes critiques de la part des observateurs contemporains qui soulignaient le paradoxe de détruire des denrées en période de misère généralisée.[39] La revue exploite donc un fait réel et effectivement controversé à l'époque, mais en attribue la responsabilité à une influence religieuse occulte plutôt qu'à des choix économiques délibérés et documentés, transformant ainsi une politique agricole conjoncturelle — certes discutable — en preuve supplémentaire de la décadence du monde séculier.
La publication avance par ailleurs des chiffres précis pour démontrer l'enrichissement de l'Église catholique sous le régime nazi et étayer sa thèse d'une alliance organique entre Rome et Hitler : 500 millions de marks versés aux Églises catholique et protestante par l'État allemand en 1938, salaires épiscopaux compris entre 12 000 et 35 000 marks financés par l'État, biens immobiliers et forestiers catholiques évalués à 10 milliards de marks, et 2,47 millions d'acres de terres en Allemagne.[40] Ces affirmations servent à démontrer que la prétendue persécution de l'Église catholique par le régime nazi n'est qu'une mise en scène, et que la hiérarchie romaine bénéficie en réalité de la protection d'Hitler. Si le concordat Reich-Vatican, signé le 20 juillet 1933 avec Eugenio Pacelli comme négociateur côté Vatican et Franz von Papen côté allemand, prévoyait effectivement le maintien de subventions d'État aux institutions ecclésiastiques et garantissait certains droits à l'Église catholique,[41] les chiffres mobilisés par la revue — présentés sans source identifiable — ne peuvent être vérifiés dans aucune source historique disponible pour la période. Le régime nazi, loin de se montrer uniformément bienveillant envers l'Église, multiplia les procès contre des ecclésiastiques pour des motifs de mœurs ou de devises, ferma des écoles confessionnelles et réduisit progressivement les subventions aux organisations catholiques tout au long des années 1937-1939.[42] La revue sélectionne ainsi certains éléments réels de coexistence entre l'Église et le régime — dont la continuité partielle des financements — pour construire une image trompeuse d'alliance totale, au service de sa démonstration eschatologique sur la complicité entre Babylone la Grande et la bête politico-militaire.
Enfin, la revue dresse un tableau apocalyptique des conséquences de la Première Guerre mondiale pour les États-Unis — 250 000 soldats tués, millions de chômeurs, familles agricoles ruinées, banques en faillite — qu'elle attribue à l'influence conjointe de la religion et d'une « poignée de millionnaires ».[43] Sur les profits de guerre, la revue s'inscrit dans le sillage d'une rhétorique parfaitement documentée par la Commission Nye (1934-1936), qui avait popularisé la thèse des « marchands de mort » : J. P. Morgan & Co. avait effectivement servi d'agent financier aux Alliés pour des achats de matériel atteignant trois milliards de dollars, et des firmes comme Du Pont virent leurs profits grimper de 6,8 à 82 millions de dollars entre 1914 et 1918.[44] Sur les pertes humaines américaines, le chiffre de 250 000 morts cité par la revue est cependant exagéré par rapport aux données historiques : les pertes militaires américaines dans la Première Guerre mondiale s'élèvent à environ 116 000 morts toutes causes confondues (combat et maladie), un chiffre considérable mais très inférieur aux 250 000 avancés.[45] La revue double ainsi approximativement le bilan humain réel, une exagération qui correspond à son intérêt idéologique à dramatiser le coût des guerres menées par les gouvernements séculiers pour renforcer son discours sur la nécessité urgente de la Théocratie.
Contenu
Les amis de l'Amérique
Ce numéro de Consolation propose une analyse en deux parties sur les véritables amis des États-Unis en cette période de crise mondiale. L'article, approuvé par Joseph F. Rutherford, met en garde contre les organisations qui prétendent protéger le peuple américain, mais qui agissent en réalité contre les intérêts divins. La publication affirme que les véritables amis des Américains sont ceux qui soutiennent le Royaume de Jéhovah, tandis que les ennemis sont ceux qui persécutent ses témoins[46].
L'article souligne que les organisations comme la hiérarchie catholique romaine et l'American Legion, en incitant à la violence contre les Témoins de Jéhovah, se placent en opposition directe avec Jéhovah et son Roi, Christ Jésus. Il est rappelé que quiconque touche aux oints de Jéhovah s'expose à sa colère, et que les persécuteurs seront jugés selon leurs œuvres[47]. La publication cite des exemples de violences commises contre les Témoins de Jéhovah dans plusieurs États américains, souvent orchestrées par des membres de l'American Legion, une organisation présentée comme pro-nazie et anti-théocratique[48].
Un rapport de l'American Civil Liberties Union (ACLU), publié dans le New York Times du 15 juillet 1940, est cité pour appuyer ces accusations. Ce rapport indique que l'American Legion est l'organisation la plus active dans la restriction des droits civiques aux États-Unis, et qu'elle entretient des liens avec des groupes fascistes comme le Bund, le Ku Klux Klan et les Silver Shirts[49].
L'article se poursuit par une analyse des motivations derrière ces persécutions. Il est suggéré que la hiérarchie catholique et l'American Legion utilisent la peur du "Cinquième Colonne" et de l'invasion nazie pour justifier leurs actions contre les Témoins de Jéhovah, bien que ces derniers soient en réalité des opposants farouches au nazisme. La publication souligne que les Témoins de Jéhovah sont les seuls à s'opposer activement à l'Église catholique romaine aux États-Unis, ce qui expliquerait l'acharnement de ces organisations contre eux[50].
Un extrait d'un article refusé par un éditeur, écrit par H.K.R. Southworth, est reproduit pour illustrer l'ampleur des violences subies par les Témoins de Jéhovah. Cet extrait décrit des attaques coordonnées dans quarante-et-un États américains durant les mois de mai et juin 1940, souvent menées par des membres de l'American Legion. L'auteur note que ces violences interviennent après des décisions de la Cour suprême des États-Unis favorables aux Témoins de Jéhovah, notamment en ce qui concerne la distribution de littérature et le refus de saluer le drapeau[51].
La suite de l'article « Les amis de l'Amérique » se poursuit avec une description détaillée des violences et persécutions subies par les Témoins de Jéhovah aux États-Unis, en particulier dans les États où l'influence de l'Église catholique et de l'American Legion est forte. La publication présente ces attaques comme une campagne coordonnée visant à réduire au silence les Témoins de Jéhovah, accusés à tort de propagande nazie ou de trahison[52].
À Glenwood (Arkansas), Sanford (Maine) et Parco (Wyoming), des Témoins de Jéhovah sont accusés d'être des agents nazis et subissent des violences physiques, allant des passages à tabac à des actes de torture comme le goudronnage et l'emplumage. Ces accusations sont souvent relayées par des responsables locaux de l'American Legion, qui diffusent des rumeurs infondées, comme celle d'un « espion allemand » distribuant la littérature des Témoins de Jéhovah[53]. La publication souligne que ces allégations sont démenties par les faits, notamment le caractère anti-nazi et anti-fasciste des brochures distribuées, comme « Fascisme ou Liberté », qui arbore une croix gammée brisée pour symboliser l'opposition au nazisme[54].
Un exemple particulièrement marquant est rapporté à Odessa (Texas), où soixante-dix Témoins de Jéhovah, dont des femmes et des enfants, sont arrêtés par le shérif et le procureur du comté, puis détenus sans nourriture ni eau pendant des heures. Trente-cinq hommes sont enfermés dans une petite pièce pendant la nuit, avant d'être conduits à la limite du comté et livrés à une foule de mille personnes, incluant des membres de l'American Legion. Cette foule les force à marcher le long d'une voie ferrée pendant plus de cinq miles, sous une pluie de pierres, sans possibilité de s'abriter ou de se désaltérer. Plusieurs personnes s'évanouissent et doivent être portées par leurs compagnons[55].
La publication met en lumière le rôle actif des forces de l'ordre dans ces persécutions. À Jackson (Mississippi), des Témoins de Jéhovah, menacés par l'American Legion, demandent en vain la protection des autorités locales et de l'État. Ils sont finalement chassés de l'État par une foule dirigée par le chef d'une agence de détectives privés et remis à des membres de l'American Legion de Louisiane. Les femmes et les enfants sont privés de nourriture et d'accès aux toilettes pendant le trajet[56]. À Mounds (Illinois), un couple de Témoins de Jéhovah est arrêté sans mandat, battu et contraint de saluer le drapeau sous la menace. L'épouse est libérée le lendemain, tandis que le mari est détenu pendant plusieurs jours, perdant son emploi au sein d'un bureau du Works Progress Administration (WPA)[57].
L'article souligne également l'implication directe de membres du clergé catholique dans ces violences. À Dickinson (Texas), le prêtre catholique Thomas A. Carney admet avoir encouragé des jeunes à agresser des Témoins de Jéhovah pour les chasser de la ville. Lors de son procès, il déclare que les Témoins de Jéhovah « méritent » ces violences et que leur leader, Joseph F. Rutherford, est un « homme très dangereux » qui attaque toutes les religions, y compris l'Église catholique. Le prêtre affirme également considérer comme un « devoir religieux et patriotique » de détruire la littérature des Témoins de Jéhovah et de briser leurs enregistrements phonographiques[58]. La publication note que le procès de Carney est suivi de près par des représentants de l'American Legion et que son acquittement est accueilli avec enthousiasme par les spectateurs, tandis que les Témoins de Jéhovah sont maintenus en détention ou condamnés pour outrage à magistrat[59].
L'article dénonce l'hypocrisie de l'American Legion, qui prétend défendre les valeurs américaines tout en soutenant des actions illégales et violentes. Le commandant national de l'organisation, Raymond J. Kelly, est cité pour avoir déclaré dans le National Legionnaire que les mesures répressives contre les « conspirations idéologiques » doivent être appliquées sans hésitation, même si elles touchent des innocents. La publication interprète ces propos comme une incitation à la violence et à l'illégalité, rappelant les déclarations d'un ancien commandant national, Alvin Owsley, qui avait comparé l'American Legion aux Faisceaux italiens de Mussolini[60]. Un exemple de cette approche est donné avec une résolution adoptée par un poste de l'American Legion à Harrisburg (Illinois), interdisant aux Témoins de Jéhovah de distribuer leur littérature ou de recruter de nouveaux membres sous peine de sanctions non précisées[61].
La publication souligne que ces violences interviennent dans un contexte où les Témoins de Jéhovah viennent de remporter des victoires juridiques importantes devant la Cour suprême des États-Unis, notamment en ce qui concerne leur droit de distribuer leur littérature et de refuser de saluer le drapeau. Ces décisions sont présentées comme une provocation pour les organisations qui cherchent à les réduire au silence[62]. À Waxahachie (Texas), quatre-vingt-dix Témoins de Jéhovah, principalement des femmes, sont arrêtés pour avoir distribué des pamphlets religieux. Lors de leur comparution devant un juge fédéral, celui-ci déclare que ces arrestations sont injustifiées et que le véritable problème réside dans les actions des persécuteurs, et non des Témoins de Jéhovah[63].
L'article aborde également la situation au Canada, où les Témoins de Jéhovah viennent d'être interdits, et exprime la crainte que la tolérance envers les minorités ne diminue aux États-Unis à mesure que le pays se rapproche de la guerre. Cependant, la publication rappelle que les États-Unis ne sont pas encore en guerre et que le gouvernement fédéral a le devoir d'intervenir pour protéger les droits des Témoins de Jéhovah, notamment dans des cas comme celui de Jackson (Mississippi). Elle souligne que l'alliance entre l'American Legion et l'Église catholique romaine représente une force politique que les candidats aux élections ne peuvent ignorer, ce qui explique en partie l'absence de réaction des autorités[64].
La publication accuse l'Église catholique romaine de chercher à dissimuler des vérités gênantes en recourant à la violence contre les Témoins de Jéhovah. Elle pose la question de savoir ce que l'Église tente de cacher aux Américains, suggérant que les Témoins de Jéhovah révèlent des informations compromettantes sur les liens entre le catholicisme et le nazisme. La publication cite l'Inquisition comme un exemple historique de la volonté de l'Église de contrôler l'information et de réprimer toute critique, et compare cette approche à celle d'Hitler en Europe[65].
L'article se termine par une analyse des prophéties bibliques, notamment celles concernant l'alliance entre la religion et la politique, représentées respectivement par l'Église catholique romaine et les régimes totalitaires comme celui d'Hitler. La publication affirme que cette alliance est en train de se réaliser et que les persécutions contre les Témoins de Jéhovah en sont une preuve. Elle met en garde les Américains contre le choix qui s'offre à eux : suivre la voie de l'American Legion et du nazisme, ou embrasser la théocratie prônée par les Témoins de Jéhovah, qui mène à la vie éternelle sous la protection de Jéhovah[66]. La publication rappelle que ceux qui s'opposent aux serviteurs de Jéhovah s'exposent à sa colère et que leur sang sera versé lors de la bataille d'Harmaguédon[67].
L'article développe également une section intitulée « Hypocrisie et Conspiration », dans laquelle la publication examine les fondements historiques de l'alliance entre l'Église catholique et les régimes politiques autoritaires. Elle évoque notamment le traité de Westphalie de 1648, qui mit fin à la souveraineté du pape sur les nations d'Europe, et que le Vatican refusa de reconnaître. La publication cite The Converted Catholic pour affirmer que le pape Innocent X dénonça ce traité comme « nul, invalide, inique, injuste, damnable, réprouvé, vain et dépourvu de toute force »[68]. Elle soutient qu'Hitler agit en tant qu'instrument du Vatican pour restaurer cet empire catholique, s'inscrivant dans une lignée qui inclut le roi Charles, Bismarck et le Kaiser Wilhelm, tous approchés successivement par Rome à cet effet. La publication cite notamment la visite du Kaiser au pape Léon XIII en 1903, au cours de laquelle ce dernier demanda à l'Allemagne de devenir « l'épée de l'Église »[69].
La convention de Détroit
Ce numéro de Consolation consacre une section détaillée à la convention des Témoins de Jéhovah tenue à Détroit du 24 au 28 juillet 1940, présentée comme la plus grande et la plus « douce » jamais organisée par le mouvement. Avec une assistance estimée à 45 000 personnes, selon les journaux locaux, cette convention marque un contraste saisissant avec les persécutions subies par les Témoins de Jéhovah dans les mois précédents, notamment les violences en Arkansas, en Illinois, au Wyoming, au Texas et dans d'autres États[70]. La publication souligne que ces épreuves, loin d'affaiblir le mouvement, ont été suivies de bénédictions, rappelant des exemples bibliques comme la Pentecôte après la mort de Jésus ou l'exaltation de Mardochée après une menace de mort[71].
La convention de Détroit est décrite comme un succès logistique et spirituel. Les participants sont accueillis dans plusieurs salles interconnectées, couvrant près de deux pâtés de maisons, ainsi qu'au Eastern Star Temple, situé à deux rues de distance. Un village de caravanes, baptisé « Trailer City », est également mis en place pour héberger 2 900 personnes, illustrant l'organisation et l'entraide au sein du mouvement[72]. Parmi les moments forts de la convention, la publication mentionne les discours de Joseph F. Rutherford, dont l'un résume les enseignements sur les « Temps et les Saisons » publiés dans les numéros des 1er et 15 août et du 1er septembre de The Watchtower. Un autre discours, intitulé « La religion comme remède mondial », doit faire l'objet d'une publication ultérieure dans The Messenger[73].
La publication souligne également la présence de Rutherford malgré sa santé fragile, qualifiant sa participation de « miracle ». Ses discours sont décrits comme empreints de ferveur et d'éloquence, renforçant son image de leader charismatique et dévoué à la cause de Jéhovah[74]. Un autre point marquant de la convention est la présentation d'un nouveau livre de Rutherford, intitulé Religion, dont la première édition atteint un million d'exemplaires. La publication suggère que ce livre répond à la demande croissante de « plus de religion » exprimée par certains politiciens et citoyens américains[75].
Un nouvel appareil phonographique, conçu pour faciliter la prédication, est également présenté lors de la convention. Cet appareil, décrit comme compact et facile à transporter, suscite un grand intérêt parmi les participants. Il est utilisé pour diffuser des enregistrements de discours et de chants, ainsi que pour distribuer des brochures et des livres, illustrant l'innovation technologique au service de l'évangélisation[76].
La convention de Détroit est complétée par dix-sept sous-conventions organisées dans d'autres villes américaines et à Honolulu. Ces événements, bien que de moindre envergure, permettent de toucher un public plus large et de renforcer la cohésion du mouvement. La publication mentionne notamment les sous-conventions de Boston, Philadelphie, Atlanta, Tampa, El Paso, Kansas City, Des Moines, Duluth, Saint Paul, Boise, Long Beach, San Jose, San Diego, Medford, Seattle, Spokane et Honolulu[77]. Elle relate également des anecdotes illustrant les défis rencontrés par les Témoins de Jéhovah dans certaines villes, comme à Sioux Falls (Dakota du Sud), où les autorités locales, influencées par le clergé, refusent de leur accorder l'accès à des salles publiques. Une pionnière venue du Montana se rend finalement à Fargo (Dakota du Nord), puis à Saint Paul (Minnesota), où elle trouve un accueil plus favorable[78].
À Medford (Oregon), les Témoins de Jéhovah rencontrent des difficultés pour obtenir des sièges dans la salle de convention, mais parviennent à fabriquer eux-mêmes le mobilier nécessaire. À Boston (Massachusetts), berceau de la liberté américaine, la police arrête vingt-cinq Témoins de Jéhovah, dont douze enfants, pour des motifs non précisés. La publication souligne l'ironie de cette situation, tout en rappelant que ces persécutions ne font que renforcer la détermination des fidèles[79].
La persécution au Québec
La publication consacre une section à la persécution des Témoins de Jéhovah dans la province de Québec, dominée par le clergé catholique. Elle décrit cette région comme un bastion de l'inquisition religieuse, où les Témoins de Jéhovah subissent des arrestations arbitraires, des confiscations de matériel et des intimidations quotidiennes[80]. Entre octobre et décembre 1939, quatorze Témoins de Jéhovah sont formellement accusés : neuf pour « vente sans permis » à Montréal, et cinq pour « conspiration séditieuse » dans la région de Sherbrooke. Deux Témoins de Jéhovah sont condamnés à deux mois de prison pour vente sans permis, tandis qu'un autre est acquitté dans une affaire similaire à Montréal-Nord[81].
L'article met en lumière le caractère systématique de ces persécutions, avec soixante-et-un Témoins de Jéhovah en attente de jugement dans la province, dont trente-quatre pour conspiration séditieuse, deux pour diffamation, et vingt-cinq pour des infractions mineures comme la distribution de tracts ou la vente sans permis[82]. Un procès particulièrement marquant est celui d'Arthur Titley, accusé de conspiration séditieuse les 27, 28 et 29 novembre 1939. La publication décrit les conditions de ce procès, où le procureur de la Couronne aurait demandé à un journaliste de « ne pas donner trop de publicité à ces gens », suggérant une volonté de minimiser l'impact médiatique de l'affaire[83].
Le livre Ennemis (Enemies) est présenté comme une pièce centrale du procès. La publication relate avec ironie les témoignages des « experts » de l'accusation, composés d'un prêtre catholique, d'un chanoine anglican et d'un professeur d'université catholique. Ces témoins lisent des extraits du livre qu'ils jugent « extrêmement séditieux », notamment une illustration représentant la prostituée de Babylone chevauchant la bête, en référence à Apocalypse 17:1-6. La publication note que le prêtre catholique, assis à côté du chanoine anglican, aurait murmuré à ce dernier : « Je ne pense pas que cela soit dans la Bible, n'est-ce pas ? », avant que son confrère ne lui réponde : « Si, je pense que cela y est, mais pas comme il l'explique »[84].
La défense, menée par l'avocat Calder, souligne la conformité des enseignements des Témoins de Jéhovah avec ceux des premiers chrétiens et les vérités bibliques. Lors du procès, Calder défie les clercs de citer un seul passage de la Bible justifiant l'existence du purgatoire, ce à quoi ces derniers ne peuvent répondre[85]. La publication critique également l'attitude du juge, Wilfred Lazure, qu'elle accuse de partialité religieuse et de suivre la ligne de l'accusation plutôt que de jouer son rôle de garant de la justice.
L'article se termine en rapportant une campagne de dénigrement orchestrée par le clergé catholique de Montréal, qui aurait incité les fidèles à retenir les Témoins de Jéhovah chez eux jusqu'à l'arrivée de la police. Cette stratégie, présentée comme une forme de collaboration entre l'Église et les forces de l'ordre, illustre l'ampleur de l'hostilité envers le mouvement dans la province[86].
Témoignages de prédication
Cette section présente plusieurs récits de prédication individuelle, illustrant les méthodes et les résultats obtenus par les Témoins de Jéhovah dans leur ministère. Un premier témoignage, intitulé « Des heures bien employées », relate l'expérience d'un Témoin de Jéhovah aux Philippines. Ce dernier décrit comment il a utilisé un phonographe pour diffuser le discours « Le piège et l'escroquerie » (traduction littérale de « Snare and Racket ») sur le pas d'une porte. Malgré une première réticence de la part d'un habitant, ce dernier finit par écouter l'enregistrement et exprime son accord avec le message, qualifiant la méthode de « bonne façon de transmettre notre message »[87].
Le Témoin de Jéhovah propose ensuite des livres reliés mentionnés dans l'enregistrement, mais l'homme refuse de lire, invoquant un manque d'intérêt. Le prédicateur lui demande alors s'il a écouté le discours « Gouvernement et Paix », diffusé depuis New York, et lui en fait un bref résumé. L'homme accepte qu'il revienne pour lui faire écouter les enregistrements de ce discours, tout en précisant qu'il ne veut pas que cela lui cause de « dérangement », car il travaille toujours. Le Témoin de Jéhovah note son nom et son numéro de maison avant de partir[88].
Trois semaines plus tard, le prédicateur retourne sur place et rencontre l'épouse de l'homme. Celle-ci l'informe que son mari n'est pas encore rentré, mais qu'il ne devrait pas tarder, et l'invite à entrer. À son arrivée, le mari est trop occupé pour lui accorder du temps. Le Témoin de Jéhovah lui demande s'il a vu une marche (probablement une manifestation ou une campagne de prédication) dans la ville, mais l'homme répond par la négative. Il lui propose alors de revenir pour lui faire écouter les enregistrements du discours « Gouvernement et Paix », ce que l'homme accepte, tout en précisant qu'il ne veut pas que cela lui cause de « dérangement »[89].

Un autre témoignage décrit une expérience de prédication en Colombie-Britannique. Le Témoin de Jéhovah relate une visite chez un couple, les McConnell, où il utilise à nouveau un phonographe pour diffuser un discours. Lors de sa première visite, l'homme, M. McConnell, refuse d'écouter, mais sa femme accepte de le recevoir. Trois semaines plus tard, le prédicateur revient et rencontre M. McConnell, qui lui demande s'il a déjà entendu parler d'une marche dans la ville. Le Témoin de Jéhovah lui répond par la négative et lui propose d'écouter un enregistrement expliquant pourquoi ils organisent de telles marches. M. McConnell accepte et écoute un numéro de The Kingdom News, avant de demander au prédicateur de revenir plus tard[90].
Lors d'une troisième visite, le Témoin de Jéhovah est accueilli par M. McConnell, qui l'invite à entrer et à « en finir ». Sa femme, cependant, refuse d'écouter et pose plusieurs questions, notamment sur la nature du mouvement (technocratie, politique ou religion). Le prédicateur lui répond que ce n'est rien de tout cela et ajoute que « la religion est du Diable ». Cette déclaration provoque une réaction vive de la part de Mme McConnell, qui lui demande si le discours fait référence aux enseignements chrétiens. Le Témoin de Jéhovah précise qu'il s'agit des enseignements de Jésus, ce qui semble apaiser légèrement la tension[91].
Le prédicateur propose alors d'écouter l'enregistrement phonographique, mais Mme McConnell refuse, tandis que son mari accepte d'en écouter un seul disque avant de donner son avis. Le Témoin de Jéhovah diffuse le premier enregistrement du discours « Gouvernement et Paix » et demande à M. McConnell s'il a des questions. Ce dernier répond qu'il n'a pas encore assez écouté, et le prédicateur lui suggère d'écouter son programme à la radio. Après un débat, M. McConnell accepte finalement de continuer à écouter l'enregistrement, jusqu'au septième disque. À ce stade, Mme McConnell se calme et commence à poser des questions, notamment sur les déclarations du prédicateur concernant le clergé. Celle-ci lui demande de prouver ses affirmations avec la Bible, mais elle lui tend d'abord un livre de prières, qu'il refuse en précisant qu'il ne s'agit pas d'une Bible. Elle finit par lui apporter une Bible, et le prédicateur lui montre comment prouver certaines déclarations du livret « Gouvernement et Paix » à partir des Écritures[92].
Retours sur les appels en langue étrangère
Cette section met en lumière les efforts des Témoins de Jéhovah pour toucher les communautés immigrées au Canada, notamment les Ukrainiens. Un témoignage relate comment des Témoins de Jéhovah d'une compagnie de la Saskatchewan, composée uniquement d'anglophones, ont utilisé des enregistrements phonographiques en ukrainien pour diffuser les séries « Exposé » et « Religion et Christianisme ». Ces enregistrements ont été écoutés une ou plusieurs fois par les Ukrainiens intéressés, et les Témoins de Jéhovah ont été bien accueillis[93].

Après avoir reçu une lettre de Joseph F. Rutherford datée du 20 janvier 1940, les prédicateurs sont encouragés à redoubler d'efforts, notamment en augmentant les retours sur les appels (back-calls). Bien qu'ils ne puissent pas se rendre dans les zones rurales en raison de l'hiver et du manque de moyens de transport, ils décident de rendre à nouveau visite à leurs amis ukrainiens avec les séries d'enregistrements. Ces visites sont très bien accueillies, et les Témoins de Jéhovah organisent un retour sur appel un dimanche soir, invitant un homme à convier ses amis intéressés par la vérité. À leur arrivée, la petite maison est remplie de trente-cinq personnes, bien plus que prévu. Le prédicateur diffuse un enregistrement sur « l'âme » et le commente avec la Bible et le livret d'étude modèle, qu'il traduit au fur et à mesure. L'auditoire est très attentif et, à la fin de la réunion, exprime sa gratitude pour cette opportunité d'apprendre que « la Bible est vraie » et son désir d'en savoir plus[94].
Le succès de ce retour sur appel est attribué à la base posée par les Témoins de Jéhovah lors de leurs visites précédentes, où ils ont diffusé les enregistrements à plusieurs reprises. Cela prouve que les conférences peuvent être écoutées plusieurs fois avec profit pour les auditeurs et qu'il n'est jamais trop fréquent de rendre visite aux personnes intéressées tant que cela est possible[95].
Un autre témoignage décrit une initiative prise par les Témoins de Jéhovah à Belfast, en Irlande. Une grande carte du monde est affichée à l'arrière d'une fenêtre de la Salle du Royaume, avec des rubans de différentes couleurs reliant chaque pays à une carte placée à l'avant de la fenêtre. Sur ces cartes figurent les rapports d'activité pour l'année 1935 dans chaque pays. Cette installation suscite un grand intérêt parmi les passants, qui expriment leur surprise et leur admiration pour l'immense travail accompli[96].
Corps de sauvetage
Cette section relate une expérience de prédication en Ontario, où un Témoin de Jéhovah est observé par des policiers alors qu'il effectue des visites de porte-à-porte. Après avoir frappé à une porte sans obtenir de réponse, il est interpellé par les officiers, qui lui demandent ce qu'il fait et ce qu'il distribue. Le prédicateur leur explique qu'il porte le message du Royaume de Dieu et qu'il prêche de porte en porte. L'un des policiers lui demande s'il est un Témoin de Jéhovah, ce à quoi il répond par l'affirmative. Le policier lui dit alors, sur un ton humoristique, que s'il se fait jeter d'un balcon, il peut les appeler pour qu'ils viennent « ramasser les morceaux ». Tous rient, et le Témoin de Jéhovah poursuit sa prédication[97].

Recensement religieux en Irlande
Cette section présente les résultats du dernier recensement religieux en Irlande (Eire), où les catholiques romains représentent 93,4 % de la population. Les chiffres montrent une augmentation de 0,8 % de la population catholique romaine depuis 1926, tandis que les dénominations protestantes ont diminué de 11,9 %. Les Témoins de Jéhovah, bien que classés comme « non religieux », comptent trente membres, ce qui les place en tête des groupes religieux pour des raisons évidentes, selon la publication. Les Juifs, quant à eux, ont également connu une augmentation notable[98].
La publication souligne que, à Dublin, une section de la ville peuplée en grande partie par des Juifs a récemment été visitée par deux pionniers. Ces derniers rapportent que les Juifs écoutent avec joie le message du Royaume messianique. La majorité des Juifs visités acceptent rapidement la littérature, notamment le livre Jéhovah, car ils réalisent que les Témoins de Jéhovah sont leurs amis et que les deux groupes sont persécutés par la même classe aujourd'hui. Les rabbins leur annoncent qu'un grand événement doit se produire dans trois cents ans, ce que la publication qualifie de « piètre réconfort pour la génération actuelle de Juifs ». En revanche, le message de Dieu transmis par les Témoins de Jéhovah leur offre une espérance plus immédiate[99].
La section se termine par une note sur les autorités éducatives de Manille, aux Philippines, qui n'accepteraient d'éduquer les « petits chrétiens consciencieux » qu'à condition qu'ils placent l'État avant Dieu Tout-Puissant et Ses commandements[100].
Témoignages de persécution et de résistance
La publication poursuit sa série de témoignages en rapportant des expériences de prédication et de persécution dans différents pays. En Irlande, les Témoins de Jéhovah soulignent l'hypocrisie des systèmes religieux dominants, notamment l'Église catholique romaine et les dénominations protestantes, qui se déclarent tolérants tout en persécutant ceux qui ne font pas partie de leurs institutions. La publication cite l'emprisonnement de deux Témoins de Jéhovah à la prison de Mountjoy, à Dublin, comme preuve de cette intolérance[101]. Elle rappelle également que certains membres du clergé protestant continuent d'inciter leurs paroissiens à brûler les publications de la Watch Tower, ignorant que, selon Apocalypse 17:16, Jéhovah se vengera de cette iniquité en retournant cette violence contre eux[102].
Un témoignage particulièrement poignant provient des communautés juives, qui expriment leur reconnaissance envers les Témoins de Jéhovah pour leur message d'espoir en ces temps de persécution. La publication rapporte qu'un Juif aurait déclaré que Joseph F. Rutherford dit la vérité en affirmant que tous les systèmes religieux, y compris le judaïsme, sont des « escroqueries » (rackets). Les Juifs, profondément marqués par les persécutions subies en Allemagne et en Pologne, trouvent dans le message du Royaume théocratique une source de réconfort et une espérance renouvelée en la venue du Messie[103]. La publication souligne que cette espérance contraste avec les promesses des rabbins, qui annoncent des événements salvateurs dans trois cents ans, un délai jugé trop long pour la génération actuelle[104].
Un autre récit met en lumière une affaire judiciaire aux États-Unis, où une femme, épouse d'un Témoin de Jéhovah, est internée de force dans un hôpital psychiatrique par son mari, qui cherche à la discréditer. La publication relate que cette femme, décrite comme une épouse aimante et dévouée, est libérée grâce à l'intervention de l'avocat des Témoins de Jéhovah, Victor Schmidt, qui obtient sa sortie. Cette affaire est présentée comme un exemple des méthodes utilisées pour intimider et réduire au silence les Témoins de Jéhovah, notamment en recourant à des accusations infondées de folie ou de subversion[105].
La publication reproduit également une correspondance publiée dans le New York Times, dans laquelle un lecteur dénonce un article du journal accusant les Témoins de Jéhovah d'être des agents de la « Cinquième Colonne ». Le lecteur, signant sous le pseudonyme « Un citoyen en colère » (One Angry Citizen), affirme que ces accusations sont non seulement injustes, mais aussi dangereuses, car elles alimentent un climat de paranoïa et de haine. Il souligne que les publications des Témoins de Jéhovah, comme La Tour de Garde et Consolation, sont ouvertement anti-nazies et que leurs membres ont été persécutés en Allemagne par le régime hitlérien. Il demande au New York Times de rectifier ses erreurs et de cesser de propager des mensonges qui pourraient nuire à l'unité nationale en temps de crise[106]. La réponse du journal, publiée en encadré, se limite à un refus poli, prétextant que la lettre ne respecte pas les règles éditoriales du New York Times[107].
Enfin, la publication rapporte une situation difficile en Afrique occidentale britannique, où les autorités coloniales ont interdit l'importation de littérature des Témoins de Jéhovah et détruit les stocks existants. La publication interprète cet événement comme une preuve de la persécution systématique subie par le mouvement, tout en notant avec ironie qu'un tremblement de terre a frappé la ville d'Accra, où les publications avaient été brûlées, causant des dégâts importants aux bâtiments gouvernementaux. Cette coïncidence est présentée comme un signe de la justice divine, bien que la publication ne développe pas davantage cette interprétation[108].

Le Royaume est ici
Cette section développe une argumentation théologique sur la présence actuelle du Royaume de Dieu sur Terre, en réponse aux critiques et aux incompréhensions des systèmes religieux traditionnels. La publication affirme que le Royaume de Jéhovah, dirigé par Christ Jésus, est déjà établi et ne dépend pas de la conversion du monde par les missionnaires ou les clergymen. Elle rejette l'interprétation courante de Luc 17:21, selon laquelle le Royaume de Dieu serait « au-dedans de vous » (within you), une lecture présentée comme erronée et utilisée par les églises pour justifier leur prétention à convertir le monde avant l'établissement du Royaume[109].
La publication explique que Jésus s'adressait aux pharisiens, ses ennemis, lorsqu'il a prononcé ces paroles, et que Dieu ne saurait établir son Royaume dans le cœur de ceux qui le rejettent. Elle souligne que les pharisiens, bien qu'ils prétendent représenter Dieu, sont qualifiés par Jésus de « fils du Diable » (Jean 8:42-44) et d'hypocrites (Matthieu 23). La publication cite des traductions alternatives de Luc 17:21, comme The Emphatic Diaglott et la version de Rotherham, qui rendent le passage par « le Royaume de Dieu est au milieu de vous » (among you ou in your midst), en référence à la présence physique de Jésus parmi les pharisiens[110]. Elle affirme que Jésus, en tant que Roi oint de Jéhovah, était littéralement le Royaume en personne, et que les pharisiens ont compris cette déclaration comme une revendication de royauté, ce qui a conduit à son accusation de sédition[111].
La publication compare les pharisiens aux religionistes de la « chrétienté » actuelle, qui interprètent mal les paroles de Jésus et prétendent convertir le monde avant le retour du Christ. Elle rejette cette vision, affirmant que le Royaume de Dieu est déjà présent et que Christ Jésus, en tant que Roi divin, a commencé son règne en 1914, marquant la fin des « temps des Gentils » (Hébreux 10:12,13 ; Psaume 110:1,2). La publication cite les événements de 1914, notamment le déclenchement de la Première Guerre mondiale, comme preuve scripturaire de l'établissement du Royaume, conformément aux prophéties de Matthieu 24:7-15[112]. Elle affirme que, depuis 1918, Christ Jésus exerce son pouvoir pour rassembler les vrais chrétiens, séparant les fidèles des religionistes de la « chrétienté » et jugeant ces derniers (Malachie 3:1-4)[113].
La publication insiste sur l'urgence de proclamer cette vérité, car le prochain acte du Roi oint sera la destruction de l'organisation de Satan lors de la bataille d'Harmaguédon. Elle souligne que cette annonce est d'une importance capitale et que les Témoins de Jéhovah ont pour mission de la diffuser de maison en maison, conformément à Matthieu 24:14 et Marc 13:10. Elle rappelle que ceux qui ne souhaitent pas entendre ce message n'y sont pas obligés (Ézéchiel 2:7), mais que personne n'a le droit de censurer la parole de Dieu ou d'empêcher ceux qui désirent l'entendre de le faire[114].
La publication critique également ceux qui cherchent à censurer le message des Témoins de Jéhovah sous prétexte qu'il serait « controversé ». Elle affirme que la vérité de Jéhovah ne peut être controversée, car elle émane directement de Lui et ne peut être contredite. Elle souligne que la mission des Témoins de Jéhovah n'est pas de convertir les gens ou de les intégrer dans une organisation, mais simplement d'informer la population des faits bibliques. Elle cite Isaïe 60:1,2 pour illustrer l'urgence de cette proclamation, affirmant que les ténèbres couvrent la Terre et que seule la lumière de Jéhovah peut éclairer ceux qui cherchent la vérité[115].
Gouvernements religieux contre la Théocratie (deuxième partie)
Cette section, présentée en deux parties, poursuit une analyse critique des régimes politiques et religieux qui s'opposent à la Théocratie, en mettant l'accent sur les similitudes entre les méthodes répressives utilisées en Union soviétique, en France et en Allemagne nazie. La publication décrit l'Union soviétique comme un État totalitaire où les libertés individuelles sont systématiquement bafouées. Elle rapporte que des enfants de moins de douze ans sont contraints de signer des aveux de conspiration contre le gouvernement, et que des hommes sont forcés de rester debout pendant quarante-huit heures devant la porte d'un juge d'instruction en attendant de répéter des « confessions » obtenues sous hypnose dans des pièces obscures[116]. La publication souligne les conditions inhumaines dans les prisons soviétiques, où vingt-huit détenus sont entassés dans des cellules conçues pour deux ou trois personnes, et où les cris des condamnés à mort résonnent dans toute la cour pour terroriser les autres prisonniers[117].
La publication affirme que tout citoyen soviétique peut être arrêté sans mandat, détenu indéfiniment sans procès, ou condamné en secret. Elle note que l'enseignement du christianisme et de la Théocratie est interdit en Union soviétique, bien qu'il soit rapporté que Staline négocierait actuellement le rétablissement de la religion dans le pays, une information présentée comme une manœuvre politique plutôt qu'une véritable ouverture[118].
En France, la publication décrit une situation similaire, où la liberté religieuse est restreinte sous prétexte de guerre. Elle rappelle que la France, autrefois considérée comme un pays très religieux, a connu des périodes de rejet massif de la religion, notamment lors de la Révolution française. La publication souligne que, bien que la France ait primé la littérature théocratique, comme les livres de Joseph F. Rutherford, la circulation de ces ouvrages est désormais interdite sous prétexte qu'ils traitent de « salubrité morale »[119]. Elle critique également le traitement réservé aux prisonniers du bagne de l'île du Diable et aux populations noires d'Afrique équatoriale, dont les conditions de vie sont décrites comme inhumaines. La publication renvoie à un article paru dans Consolation du 7 février 1940 pour plus de détails sur ces exactions[120].
La publication consacre une partie importante de cette section à l'Allemagne nazie, qu'elle présente comme un État sous l'emprise du « Grand Reich religieux » (The Great Religious Reich). Elle affirme que la conversion soudaine de l'Allemagne, majoritairement protestante depuis quatre cents ans, au catholicisme, a nécessité une manipulation habile de la presse pour dissimuler les faits. La publication soutient que le Vatican a joué un rôle clé dans l'ascension d'Hitler, en le soutenant financièrement et politiquement par l'intermédiaire de Franz von Papen, décrit comme un « chambellan papal »[121]. Elle note que von Papen a également trahi l'Autriche en la livrant à Hitler, et qu'il a tenté, sans succès, de faire de même avec la Turquie.
La publication souligne que, malgré les prétendues persécutions de l'Église catholique en Allemagne, le nombre d'églises et de prêtres catholiques a augmenté sous le régime nazi. Elle cite des chiffres montrant que l'État allemand a versé 500 millions de marks aux églises catholique et protestante en 1938, et que chaque évêque catholique reçoit un salaire annuel compris entre 12 000 et 35 000 marks, financé par l'État. La publication mentionne également que l'Église catholique possède des biens immobiliers et forestiers d'une valeur de 10 milliards de marks, ainsi que 2,47 millions d'acres de terres en Allemagne[122]. Elle ironise sur le fait que cette richesse est détenue au nom de Celui qui « n'avait pas où reposer sa tête » (Matthieu 8:20).
La publication dénonce les mensonges propagés par le régime nazi et ses alliés religieux, notamment les fausses accusations de persécution de l'Église catholique en Allemagne. Elle cite plusieurs exemples de ces mensonges, comme l'affaire de Ruttenburg, où il a été prétendu que 10 000 membres des SA avaient envahi la maison de l'évêque Sprell et jeté son livre de prières dans la rue. La publication qualifie cette histoire de « pure absurdité » (perfect piffle), soulignant qu'une telle foule n'aurait pas pu entrer dans une petite ville comme Ruttenburg, et encore moins dans une seule maison[123]. Elle note que cette fausse information a été publiée avec sérieux par le New York Times, illustrant la complicité des médias dans la diffusion de la propagande nazie.
La publication s'attaque également à l'affaire de Salzbourg, où des moines, contraints de quitter un monastère appartenant à l'État, ont délibérément jeté leur mobilier par les fenêtres du troisième étage pour attirer la sympathie du public. Cette mise en scène a été relayée par le New York Daily News, ce que la publication qualifie de « travail habile » (slick work)[124]. Elle souligne que ces mensonges sont répétés jusqu'à ce qu'ils soient acceptés comme des vérités, une stratégie explicitement décrite dans Mein Kampf.
La publication consacre une partie de cette section à Joseph Goebbels, ministre de la Propagande nazi, qu'elle présente comme un élève zélé d'Hitler en matière de mensonge et d'audace. Elle affirme que Goebbels, formé par les jésuites, a orchestré 922 attaques contre la Tchécoslovaquie en quarante jours avant son invasion, tout en critiquant à plusieurs reprises son président, ses institutions et son armée. La publication souligne que, après l'invasion, la Tchécoslovaquie a été pillée de toutes ses ressources, y compris les fenêtres des bâtiments publics et les machines des usines[125]. Elle cite le Catholic Herald de Londres, qui considère cette domination allemande comme « la seule espérance » (the only hope), une position attribuée à von Papen, Seyss-Inquart et même au cardinal Innitzer.
La publication conclut cette section en dénonçant l'efficacité des méthodes nazies, qui ont perfectionné les tentatives maladroites de l'Inquisition. Elle affirme que, pour empêcher toute pensée indépendante, le régime nazi a mis en place des mécanismes de contrôle totalitaire, bien que la publication ne développe pas davantage cette idée dans cette tranche[126].
La suite de l'article « Gouvernements religieux contre la Théocratie (deuxième partie) » poursuit son analyse des régimes politiques et religieux hostiles à la Théocratie, en insistant sur les méthodes répressives employées en Allemagne nazie. La publication décrit un système de surveillance totalitaire où l'Allemagne est divisée en 397 040 blocs, chacun supervisé par un inspecteur chargé de tout savoir sur ses habitants. Elle affirme que toute velléité de grève est passible de mort, que les enfants sont endoctrinés à la guerre, et que les femmes sont réduites au rôle de reproductrices ou condamnées aux travaux forcés[127].
La publication dénonce les pratiques de l'Inquisition nazie, citant des chiffres selon lesquels 40 000 personnes innocentes auraient été arrêtées en un seul jour, et 280 308 emprisonnées en une année. Parmi elles, 49 000 auraient été envoyées dans des camps de concentration, 12 863 stérilisées, 212 décapitées et 184 abattues sous prétexte de tentative d'évasion. Ces chiffres, présentés comme des faits établis, sont utilisés pour illustrer l'ampleur de la répression en Allemagne[128]. La publication décrit également les conditions inhumaines dans les camps de concentration, comme Dachau, où des prisonniers auraient été tués par exposition à des gaz toxiques, ou Esterwegen, où ils étaient forcés de travailler jusqu'à l'épuisement sous les coups de fouet. À Hubertshof et Oranienburg, les détenus étaient affamés, contraints de marcher à quatre pattes, d'aboyer comme des chiens, ou de nier ces traitements à la radio. À Lichtenberg, des femmes étaient battues, aspergées d'eau glacée en hiver, ou soignées par des gardiennes de « la plus basse extraction »[129].
La publication souligne que les pires traitements sont réservés aux proclamateurs de la Théocratie, c'est-à-dire aux Témoins de Jéhovah. Pour alerter le gouvernement hitlérien des conséquences de ses actes, les Témoins de Jéhovah du monde entier ont envoyé un télégramme le 7 octobre 1934, avertissant que Jéhovah détruirait le régime nazi et son parti s'il persistait à persécuter ses témoins. La publication note que cette action a provoqué une vive réaction en Allemagne, bien que le public en ait été tenu dans l'ignorance, les médias européens minimisant ou occultant systématiquement l'identité des Témoins de Jéhovah dans leurs reportages[130]. Elle décrit les persécutions subies par les Témoins de Jéhovah en Allemagne, notamment des emprisonnements pour des motifs aussi futiles que la lecture de la Bible dans un tramway, la séparation des familles, ou des baptêmes humiliants dans des eaux usées. Malgré ces épreuves, la publication affirme que des milliers de Témoins de Jéhovah survivent et continuent de louer Jéhovah[131].
La publication évoque également le cas de certains Témoins de Jéhovah qui, craignant les persécutions, ont abandonné leur foi et sombré dans le démonisme. Ces anciens fidèles, décrits comme ayant perdu la protection de Jéhovah, sont présentés comme condamnés à la destruction[132].
L'article aborde ensuite la situation en Grande-Bretagne, présentée comme un pays officiellement religieux, avec une Église d'État. La publication critique les actions militaires britanniques, comme les bombardements répétés des civils de Waziristan pour les « maintenir dans l'ordre », une politique qu'elle attribue à des motivations religieuses. Elle souligne que la Grande-Bretagne a refusé de s'engager à ne pas bombarder les populations civiles, une décision interprétée comme une preuve de son attachement à des méthodes répressives[133]. La publication rappelle également les contradictions de la politique britannique vis-à-vis de la Palestine, où la Grande-Bretagne a d'abord soutenu la création d'un foyer national juif avant de revenir sur cette promesse, une volte-face attribuée à des influences religieuses[134].
La publication dénonce les persécutions contre la Théocratie dans les territoires sous domination britannique, comme les émeutes de 1939 contre les Témoins de Jéhovah dans les îles Britanniques, ou la « loi du cadenas » au Québec, visant à supprimer leur message. Elle critique également l'interdiction du livre d'étude biblique Riches en Afrique du Sud, une décision attribuée à l'influence d'un groupe de clercs incrédules. La publication souligne que les Britanniques honnêtes et intelligents désapprouvent ces actions, mais que leur ignorance des faits les empêche de réagir[135]. Elle mentionne également l'accueil réservé à l'amiral allemand von Luckner en Australie, dont les actions pendant la Première Guerre mondiale ont causé la mort de nombreux marins britanniques, tandis que les discours de Joseph F. Rutherford sur la vérité biblique se sont vu refuser l'accès aux salles publiques. La publication attribue ces contradictions à l'influence de la religion[136].
La publication critique également le rôle des autorités britanniques dans des territoires comme les Fidji, Trinité-et-Tobago, ou les Rhodésies du Nord et du Sud, où elles ont conspiré pour empêcher l'étude libre des Écritures. Elle souligne que ces actions sont contraires aux valeurs de liberté d'expression prônées par le peuple britannique[137].
L'article se poursuit par une analyse de la situation en Espagne, où la publication dénonce le soutien des États-Unis et de la Grande-Bretagne au général Franco, présenté comme un traître ayant rétabli la religion au pouvoir au détriment de la justice et de l'honnêteté. Elle attribue cette politique à des motivations religieuses et critique l'hypocrisie des démocraties occidentales, qui ont refusé d'aider la République espagnole tout en soutenant ses ennemis[138].
La publication aborde ensuite la situation religieuse aux États-Unis, où une campagne est en cours pour réécrire l'histoire et présenter le pays comme une nation chrétienne. Elle rappelle que les États-Unis ont été fondés par des personnes fuyant les pratiques religieuses européennes et que la Cour suprême a reconnu le pays comme chrétien, bien que la religion et le christianisme soient présentés comme des concepts opposés[139]. La publication admet cependant que les États-Unis ont longtemps pratiqué une religion nationale centrée sur le culte de Mammon, avec pour centre Wall Street. Cette religion, selon elle, a permis à des dictateurs de se maintenir au pouvoir en Amérique centrale et du Sud, et a conduit les États-Unis à intervenir militairement pour percevoir des tributs impayés[140].
La publication évoque le rôle des États-Unis dans la Première Guerre mondiale, qu'elle décrit comme une entreprise ayant coûté la vie à 250 000 soldats américains, enrichi une poignée de millionnaires, et laissé le pays avec des millions de chômeurs, des millions de familles agricoles ruinées, et des milliers de banques en faillite. Elle attribue cette situation à l'influence de la religion et critique le président Roosevelt, dont les politiques sont présentées comme inspirées par le Vatican. La publication mentionne notamment la construction d'un palais de 450 000 dollars pour le nonce apostolique à Washington, ou l'envoi d'un ambassadeur personnel au Vatican, comme des preuves de cette influence[141].
La publication dénonce également les politiques économiques de Roosevelt, notamment sa campagne de « non-culture » (not raisins), où des agriculteurs ont reçu des chèques pour ne pas cultiver certaines terres, une mesure présentée comme inspirée par des « garçons en pantalons de dentelle » (une référence aux ecclésiastiques). Elle souligne que, depuis l'arrivée de Roosevelt au pouvoir, les déficits budgétaires annuels ont atteint des niveaux records, avec une moyenne de 2,963 milliards de dollars, dont une partie importante aurait été détournée par des influences religieuses[142]. La publication critique également la destruction des surplus agricoles ordonnée par Roosevelt, une politique qu'elle oppose à la sagesse de Joseph dans l'Égypte antique, qui avait stocké des réserves pour les années de famine[143].
La publication aborde ensuite les tentatives de remplacer le gouvernement constitutionnel américain par un régime autoritaire, une campagne accompagnée de mensonges et de désinformation, comparables à ceux de la propagande soviétique. Elle attribue cette dérive à des influences religieuses et souligne que les États-Unis ont soutenu des dictateurs en Amérique latine, comme Franco en Espagne, ou trahi leurs alliés, comme la République espagnole, en refusant de lui vendre des munitions tout en en fournissant à l'Italie et à l'Allemagne[144].
La section se poursuit par une analyse des pressions exercées pour introduire davantage de religion dans le gouvernement américain. La publication évoque le scandale impliquant le juge Manton, qui a été accusé de corruption pour avoir sollicité des pots-de-vin en échange de décisions judiciaires favorables. Elle mentionne également la mutilation délibérée de preuves soumises au Congrès, une manœuvre attribuée à des religionistes cherchant à dissimuler les faits[145]. Malgré ces obstacles, la publication note que la religion progresse aux États-Unis, citant l'exemple de Cincinnati, où des responsables municipaux ont été contraints de tolérer les jeux de bingo illégaux après une semaine de pression de la part des grandes organisations religieuses. Elle critique également le père Charles Coughlin, un prêtre catholique utilisant la radio pour inciter à la violence contre ses opposants, et dont les méthodes sont comparées à celles de Goebbels. La publication affirme que Coughlin et ses partisans, comme le Christian Front, cherchent à reproduire en Amérique le coup d'État de Franco en Espagne, et qu'ils disposent déjà de fonds et d'armes pour mener à bien leur projet[146].
La publication dénonce l'hostilité des partisans de Coughlin et d'Hitler envers la Théocratie, ainsi que la complicité des médias américains, qui, selon elle, sont presque aussi dociles que la presse allemande dans la diffusion de la propagande anti-Témoins de Jéhovah. Elle cite l'exemple de Griffin (Géorgie), où quarante Témoins de Jéhovah ont été emprisonnés pour avoir proclamé la Théocratie, une arrestation justifiée par la presse comme une distribution de « littérature anti-catholique ». La publication interprète cette couverture médiatique comme une tentative de promouvoir la religion et de discréditer le christianisme, en présentant les mensonges comme des objets de sympathie et les vérités comme des objets de haine[147].
L'article aborde ensuite les conspirations contre la Théocratie aux États-Unis, notamment en Nouvelle-Jersey, où une loi interdit aux parents de lire certains passages des Écritures à leurs enfants, sous peine d'une amende de 1 000 dollars et de trois ans de prison. La publication souligne que ces passages interdits correspondent au Deuxième Commandement de Dieu, qui est omis dans les catéchismes religieux. Elle accuse les papes Pie XI et Pie XII d'avoir conspiré avec Richard Felix pour emprisonner Joseph F. Rutherford en raison de ses enseignements bibliques sur la Théocratie[148]. La publication relate une tentative de perturbation d'une conférence de Rutherford à New York le 25 juin 1939, où 500 partisans de Coughlin ont tenté de saboter la réunion. Bien qu'ils aient échoué, la police religieuse a laissé les perturbateurs partir librement tout en arrêtant ceux qui tentaient de maintenir l'ordre[149].
La publication décrit une série d'incidents similaires à La Nouvelle-Orléans, où les Témoins de Jéhovah ont tenté à cinq reprises d'écouter un discours de Rutherford diffusé depuis Londres. La police religieuse, dirigée par le lieutenant McNamara, a menacé de tirer pour tuer si les plans d'écoute étaient mis à exécution. La publication accuse McNamara d'avoir menti sous serment pour justifier ces menaces, une attitude facilitée par la complaisance du tribunal de La Nouvelle-Orléans. Elle évoque également des émeutes religieuses contre la Théocratie dans des villes comme Chicago, Rochester, Ottawa, Little Rock, ou Colorado Springs, une campagne de répression présentée comme trop vaste pour être détaillée dans l'article[150].
La publication critique une loi anti-nazie adoptée dans le New Jersey, présentée comme une manœuvre des partisans nazis et religieux pour cibler les Témoins de Jéhovah, décrits comme les plus grands opposants au nazisme. Elle accuse les partisans de Coughlin, regroupés dans le Christian Front, de nier aux Américains le droit d'éduquer leurs enfants et de former la jeunesse à la désobéissance envers les institutions américaines, comme le montrent les arrestations effectuées par le Département de la Justice[151].
L'article dénonce également la campagne de saluts obligatoires au drapeau, une pratique présentée comme une invention des partisans de Coughlin pour discréditer la Théocratie. La publication souligne que, avant cette campagne, personne n'avait jamais entendu parler de l'obligation pour les citoyens américains de saluer le drapeau à tout moment. Elle cite des exemples de cette obsession, comme à Jacksonville, où tous les employés municipaux sont contraints de saluer le drapeau quotidiennement, ou dans les écoles, où les enfants sont forcés de le faire à chaque cours. La publication interprète cette campagne comme une tentative de mettre la Théocratie en difficulté, car elle est jugée déraisonnable et non scripturaire. Elle relate des cas de violences contre des enfants de Témoins de Jéhovah refusant de saluer le drapeau, comme à Canonsburg (Pennsylvanie), où des élèves ont été battus, étouffés, privés de toilettes, ou menacés d'emprisonnement dans des institutions religieuses-politiques. La publication souligne que ces violences ont été perpétrées par des enseignants catholiques et protestants, et que les médecins de la ville ont refusé d'examiner les blessures des enfants. Elle note que la Cour d'appel de Pennsylvanie a depuis statué qu'aucun fonctionnaire public ne peut juger de la validité des croyances religieuses ou exiger l'obéissance à des règlements ne concernant pas la sécurité, la santé, la morale ou les droits de propriété[152].
La publication conclut cette section en définissant la Théocratie comme l'administration promise des affaires terrestres par Jéhovah Dieu, par l'intermédiaire de Christ Jésus, le Roi désigné à cet effet. Elle affirme que la Théocratie fonctionne déjà sur Terre, exposant la religion et magnifiant la vérité de la Parole de Dieu par contraste. La publication précise que la Théocratie est actuellement administrée par la Watch Tower Bible and Tract Society, dont Joseph F. Rutherford est le président et directeur général. Elle souligne que la mission de la Société est de publier la vérité, quel qu'en soit le coût, et que les Témoins de Jéhovah ne sont ni les représentants ni les disciples d'un homme, mais des serviteurs de Jéhovah[153].
La publication annonce enfin la sortie d'un nouveau livre de Rutherford, intitulé Religion, dont la première édition atteint un million d'exemplaires. Ce livre, présenté comme une réponse à la demande de « plus de religion » exprimée par certains Américains, est décrit comme une analyse critique de la religion, présentée comme l'ennemie mortelle des hommes, tandis que le christianisme est présenté comme leur voie de salut. Le livre, richement illustré de vingt-deux images, dont quatre en couleurs, aborde des thèmes comme la création, la chute de l'homme, le sacrifice de Jésus, ou la bataille d'Harmaguédon. La publication souligne que les « sauterelles » mentionnées dans le livre représentent les Témoins de Jéhovah, décrits comme assombrissant l'organisation du Diable, avançant comme des chevaux de guerre, et dévorant le vernis des idoles religieuses. Elle affirme que ces sauterelles ne font aucun mal, mais tourmentent les religionistes et affligent la « chrétienté », une plaie pour les nations dont le Dieu n'est pas Jéhovah[154].
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Le nouveau livre « Religion »
La publication annonce la sortie d'un nouveau livre de Rutherford, intitulé Religion, dont la première édition atteint un million d'exemplaires. Ce livre, présenté comme une réponse à la demande de « plus de religion » exprimée par certains Américains, est décrit comme une analyse critique de la religion, présentée comme l'ennemie mortelle des hommes, tandis que le christianisme est présenté comme leur voie de salut. L'édition de l'auteur contient une note aux « ambassadeurs théocratiques » signée par Rutherford depuis Brooklyn en juillet 1940, les exhortant à aider les gens de bonne volonté à voir que « la religion est leur ennemie mortelle et que le christianisme est leur voie d'évasion ».[155]
Le livre est richement illustré de vingt-deux images, dont quatre en couleurs, abordant des thèmes comme la création, la chute de l'homme, le sacrifice de Jésus, ou la bataille d'Harmaguédon. La publication souligne que les « sauterelles » mentionnées dans le livre représentent les Témoins de Jéhovah, décrits comme assombrissant l'organisation du Diable, avançant comme des chevaux de guerre, et dévorant le vernis des idoles religieuses. Elle affirme que ces sauterelles ne font aucun mal, mais tourmentent les religionistes et affligent la « chrétienté », une plaie pour les nations dont le Dieu n'est pas Jéhovah[156].
Le rôle des démons et la destruction d'Armageddon
L'article développe une interprétation eschatologique centrée sur la bataille d'Harmaguédon, présentée comme imminente. Il affirme que les démons, actifs depuis l'époque de Noé et contrôlant les régimes totalitaires ainsi que Babylone (symbolisant la « chrétienté »), ont été chassés du ciel et cherchent désormais à détruire les humains. Ces entités, bien qu'ignorantes du Royaume de Dieu, savent leur fin proche et s'opposent farouchement à Jésus et aux apôtres, tout en manipulant les masses pour rejeter la vérité. Leur influence se manifeste par la persécution des Témoins de Jéhovah, décrits comme les « sauterelles » du livre de l'Apocalypse, qui tourmentent les religionistes sans leur infliger de mal physique[157].
La publication insiste sur le caractère inéluctable d'Armageddon, comparé à un voleur dans la nuit, où périront toutes les institutions et personnes malfaisantes. Les survivants, libérés de l'emprise démoniaque, vivront éternellement sur une terre purifiée. La religion, qualifiée de « culte démoniaque », est présentée comme une invention diabolique ayant engendré cécité spirituelle, hypocrisie et mort depuis Éden. Elle est désormais exposée et condamnée à disparaître, laissant aux individus le choix entre s'y accrocher et mourir, ou la rejeter pour vivre[158].
La fin des clercs et des religionistes
L'article annonce la destruction totale des clercs et des religionistes lors d'Armageddon, sans exception. Les ecclésiastiques catholiques (cardinaux, archevêques, évêques, etc.) et protestants (pasteurs, prêtres) sont décrits comme des serviteurs de Satan, complices des politiques et responsables de persécutions contre les Témoins de Jéhovah. Leur influence démoniaque les a poussés à sanctifier la guerre, à inciter à la violence, et à trahir les fidèles de Dieu. Leur racket religieux, symbolisé par des figures bibliques comme Shimei, Édom et Tyr, touche à sa fin. Aucun religioniste – qu'il soit baptiste, méthodiste, presbytérien ou autre – ne survivra à cette bataille, car leur destruction collective est présentée comme la seule voie pour que le Royaume de Dieu s'établisse pleinement[159].
Habitudes des cerfs
Cette rubrique naturaliste décrit les comportements des cerfs et des biches, notamment leur séparation saisonnière entre mai et octobre. Les biches se retirent dans des vallées protégées pour mettre bas, tandis que les mâles gagnent les hauteurs, évitant de laisser des traces pour échapper aux prédateurs. Les cerfs choisissent des lits de repos dissimulés sous des branchages, avec plusieurs issues de secours, et changent régulièrement de lieu pour boire et dormir. Lorsqu'ils sont pourchassés, ils courent en cercles pour revenir à leur point de départ, tandis que les biches attirent l'attention sur elles pour protéger leurs faons[160].
Le texte souligne aussi la grâce et la vulnérabilité des faons, dont les taches disparaissent à l'âge adulte chez la plupart des espèces. Il mentionne un épisode où des faons, abandonnés lors d'un incendie de forêt dans le New Jersey, furent recueillis et élevés par des pompiers avant d'être relâchés. Leur rapidité à la course, observable dès leurs premiers jours, est également notée[161].
Commentaire britannique
Sous la plume de J. Hemery (Londres), ce reportage analyse l'impact de la Seconde Guerre mondiale sur la société britannique. Bien que la vie quotidienne semble peu perturbée en apparence, la menace d'invasion et les mesures de défense transforment profondément le pays. Les terres improductives sont labourées ou converties en parcelles individuelles, tandis que les parcs et terrains de sport sont rendus inutilisables pour empêcher les atterrissages ennemis. Les routes sont barricadées, et des centaines de milliers de volontaires montent la garde jour et nuit, malgré les raids aériens réguliers et la fatigue accumulée[162].
L'auteur évoque les divisions politiques entre la gauche et la droite, craignant respectivement un retour du fascisme ou une révolution communiste. La hiérarchie catholique romaine, bien que soutenant officiellement le gouvernement britannique, est critiquée pour son opportunisme, notamment en France où elle collabore avec le régime nazi. Le texte cite le cardinal Hinsley, qui met en garde contre une propagande anti-église, tout en soulignant que les yeux de milliers de personnes s'ouvrent sur la duplicité de cette institution, décrite comme un système politique utilisant la religion comme paravent[163].
La publication poursuit en affirmant que la hiérarchie de Rome, dont l'histoire témoigne d'une capacité à coopérer avec n'importe quelle forme de gouvernement, trouvera sans difficulté à s'accommoder des nouvelles idéologies qui s'imposent en Europe — y compris le communisme. Elle souligne que le pape, bien qu'ayant affiché une position favorable à la démocratie, dirige en réalité une institution qui réclame le droit de condamner les hérétiques, ce qui est incompatible avec les libertés démocratiques. Elle cite Matthieu 10:26 pour annoncer que les agissements secrets de la Hiérarchie seront bientôt pleinement révélés, et affirme que la littérature diffusée par les Témoins de Jéhovah expose ces vérités en un langage clair, offrant consolation et refuge à ceux qui cherchent à honorer Dieu[164].
Témoignages au Royaume-Uni et incidents aux États-Unis
La rubrique commence par le récit d'un incident survenu lors d'un raid aérien dans une ville du nord de l'Angleterre : un couple de prédicateurs du Royaume, contraints de se mettre à l'abri, est accueilli par une femme qui leur confie ne fréquenter aucune église, mais croire que les prophéties bibliques s'accomplissent sous ses yeux. Elle a trouvé un grand réconfort dans les livres des Témoins de Jéhovah, notamment lors du décès accidentel de sa fille, et y a découvert la promesse d'un futur Royaume de Dieu. L'article y voit un exemple de témoignage spontané appelé à se développer en un service plus large au sein de la communauté des fidèles[165].
Deux brèves sur la situation économique britannique suivent. Concernant le chômage, la publication note que malgré l'appel à mobiliser toutes les ressources humaines disponibles dans l'intérêt national, un nombre important de personnes reste inscrit sur les registres des demandeurs d'emploi ; le ministère du Travail dispose de l'autorité nécessaire pour absorber prochainement l'ensemble des travailleurs disponibles. Concernant l'industrie brassicole, les partisans de la tempérance dénoncent le gaspillage de sucre rationné dans la fabrication de la bière, ressource qui pourrait être directement consacrée à l'alimentation ; l'article note que le gouvernement britannique a traditionnellement ménagé cette industrie, et signale que la récolte de houblon sera probablement restreinte en raison de la situation géographique des champs de culture[166].
À North Windham (Maine), des Témoins de Jéhovah se voient refuser le droit de diffuser un enregistrement dans un garage par K.E. Dean Pray, un légionnaire américain et shérif adjoint. Ce dernier les insulte et frappe l'un d'eux avec un ressort de voiture, avant d'être abattu en légitime défense par Arthur F. Cox. L'article impute cette violence à l'incitation des médias et des dirigeants de l'American Legion, Raymond J. Kelly et Homer Chaillaux[167].
Divers : erreurs judiciaires, influence politique et anecdotes
La publication évoque une affaire judiciaire controversée en Géorgie, où deux hommes innocents, Frank Cartee et Martin Prisonment, ont été condamnés à une peine de prison pour un crime commis par d'autres. L'un des véritables coupables a finalement avoué, et les deux innocents ont été graciés par le président Franklin D. Roosevelt. L'article dénonce cette erreur judiciaire comme une « sale manœuvre » dont tout gouvernement devrait avoir honte, et plaide pour une compensation financière substantielle en réparation du préjudice subi par les victimes, incluant la perte de temps, l'atteinte à leur vie familiale et la rupture de leurs relations sociales et professionnelles[168].
Un commentaire est consacré à Eleanor Roosevelt, qualifiée de « première dame du pays ». La publication souligne son rôle dans la promotion de son époux, Franklin D. Roosevelt, en vue d'un troisième mandat présidentiel. Son attribution de la médaille Spingarn à Marian Anderson, une contralto afro-américaine, est présentée comme une reconnaissance légitime des talents de la communauté noire, susceptible de rapporter des voix à son mari lors de l'élection présidentielle. L'article mentionne également le soutien des électeurs noirs au New Deal, suggérant que ces derniers pourraient voter en faveur de Roosevelt en remerciement des avantages obtenus[169].
Une anecdote relate un épisode de la bataille de Dunkerque, où un brouillard dense aurait empêché les avions allemands de décoller, permettant ainsi à des dizaines de milliers de soldats alliés d'échapper à la capture ou à la mort. L'article attribue cet événement à une intervention providentielle, soulignant également le rôle des tirs d'artillerie des navires britanniques dans la protection des troupes en retraite[170].
Enfin, une note historique explique l'origine de la fête de Thanksgiving aux États-Unis. La publication rappelle que cette célébration trouve ses racines dans une fête païenne des moissons à Leyde, en Hollande, et que sa date a varié au fil des siècles, ayant été fixée à différents mois (février, avril, mai, juin, juillet, octobre et novembre). L'article critique la décision du président Roosevelt de déplacer Thanksgiving du dernier jeudi de novembre à l'avant-dernier, une mesure présentée comme sans conséquence, si ce n'est pour les commerçants[171].
Religion et démasquage de la cinquième colonne
La publication annonce la sortie de deux nouveaux ouvrages de Joseph Franklin Rutherford : Religion et Judge Rutherford Uncovers Fifth Column. Ces livres sont présentés comme des lectures essentielles pour toute personne soucieuse de vivre sous un gouvernement administré avec justice pour le peuple. Religion, un ouvrage de 384 pages illustré en couleur, retrace l'histoire de la religion depuis ses origines, analysant son influence sur les hommes et les nations. L'auteur s'appuie sur la Bible et des faits incontestables pour démontrer que la religion n'offre aucun espoir à l'humanité, et que seule la théocratie de Jéhovah peut apporter une solution. Le livre est accompagné d'un index thématique pour faciliter la recherche[172].
Le second ouvrage, Judge Rutherford Uncovers Fifth Column, est un livret de 32 pages qui révèle des vérités jugées vitales pour le public, mais que la presse n'aurait pas relayées. La Société Watch Tower les publie donc dans l'intérêt des citoyens. Les deux publications sont envoyées contre une contribution de 25 cents, et un coupon est fourni pour faciliter la commande[173].
Illustrations du numéro
Références
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- ↑ Carl Olof Jonsson, The Gentile Times Reconsidered, Commentary Press, Atlanta, 2004.
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