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Harvest Siftings Reviewed (novembre 1917)

De Tj-encyclopédie
Harvest Siftings Reviewed (novembre 1917)
Auteur Joseph Franklin Rutherford
Titre original Harvest Siftings Reviewed (novembre 1917)
Genre Livre
Sujet Témoins de Jéhovah
Langue Anglais
Pays États-Unis
Éditeur Watch Tower Bible and Tract Society
Parution 1917
Format Livre

Harvest Siftings Reviewed est un document interne publié en novembre 1917, rédigé principalement par Paul Samuel Leo Johnson, en réponse directe à la brochure Harvest Siftings que Joseph Franklin Rutherford avait fait circuler quelques semaines plus tôt. Au cœur du texte se trouve la question de la légitimité des pouvoirs conférés à Johnson lors de son séjour en Grande-Bretagne en 1916-1917, et la façon dont ces pouvoirs ont été exercés, contestés puis reniés par la direction new-yorkaise de la Société Watch Tower.

La brochure expose point par point les circonstances de la mission européenne de Johnson, les actes exécutifs qu'il y a accomplis — notamment le licenciement des gestionnaires Shearn et Crawford —, et le soutien qu'il affirme avoir reçu des congrégations britanniques. Elle met en cause la version des faits présentée par Rutherford, en reprochant à ce dernier d'avoir sélectionné et déformé les informations pour justifier rétrospectivement la mise à l'écart des quatre membres du Conseil d'administration opposés à sa présidence.

Ce document constitue ainsi l'une des pièces maîtresses du débat interne qui accompagne la Crise de succession de 1917 au sein du mouvement des étudiants de la Bible, révélant les tensions profondes entre partisans de la continuité sous l'héritage de Charles Taze Russell et défenseurs d'une direction renouvelée sous l'autorité de Rutherford.

Analyse

Croyances

L'un des axes doctrinaux les plus saillants du document est la revendication par Johnson d'un rôle prophétique précis au sein de la chronologie eschatologique russellite, celui de l'« intendant » (steward) mentionné dans la parabole des ouvriers de la onzième heure (Matthieu 20:1-16). Cette revendication n'est pas présentée comme une ambition personnelle mais comme le résultat d'une lecture exégétique rigoureuse des Écritures et d'une continuité directe avec l'enseignement de Russell. Johnson s'appuie sur un numéro de 1900 de Zion's Watch Tower dans lequel Russell avait modestement suggéré que la revue pourrait être considérée comme « ce serviteur », sans toutefois revendiquer ce rôle pour sa personne.[1] De cette réserve de Russell, Johnson déduit non seulement que Russell n'était pas l'intendant de la parabole, mais qu'il lui revenait, à lui Johnson, d'en assumer le rôle après la mort du fondateur. Cette déduction constitue une position doctrinale originale, en rupture avec la lecture dominante qui identifiait Russell à cet « esclave fidèle et avisé ». Selon les premiers étudiants de la Bible, les croyances étaient en effet largement structurées autour de la présence invisible du Christ commençant en 1874 et de la clôture des « Temps des Gentils » en 1914, cadre dans lequel la question de l'identité du « serviteur fidèle » occupait une place centrale.[2]

La chronologie prophétique de la moisson, telle qu'exposée dans ce document, découpe la période 1874–1914 en cinq appels successifs, chaque « heure » de la journée symbolique valant 3 ans et demi, soit quarante ans au total.[3] Johnson détaille cinq « appels » et cinq « criblages » correspondants, associant chaque période à un moment historique précis du mouvement russellite, comme l'appel de 1874–1881 ou celui de 1908–1910, qu'il qualifie de « onzième appel ». Cette exégèse prophétique appliquée à l'histoire du mouvement est caractéristique de la méthode typologique héritée de Russell, consistant à identifier des types bibliques dans les événements contemporains — méthode que Johnson poursuivra d'ailleurs tout au long de sa carrière ultérieure dans le Laymen's Home Missionary Movement.[4] Cette grille de lecture structure la conviction de Johnson que les turbulences de 1917 ne sont pas un simple conflit administratif mais le « sixième criblage » prédit par les Écritures, une épreuve eschatologique permettant de séparer les fidèles des infidèles au sein du peuple de Dieu.[5]

La notion de « criblage » (sifting) occupe en effet une fonction théologique centrale dans le document. Dès la page 4, Johnson utilise le terme pour décrire les tensions qu'il observe en Grande-Bretagne, et il convoque 1 Corinthiens 10:1-13 pour inscrire ces épreuves dans la continuité des épreuves subies par Israël dans le désert. Un câblogramme de Liverpool daté du 24 février 1917, cité dans les sources secondaires, montre que Johnson accusait explicitement Shearn et Crawford de « mener le sixième criblage », attestant que cette numérotation des criblages était pour lui un repère herméneutique opérationnel et non une métaphore rhétorique.[6] Le recours à ce cadre eschatologique transforme chaque opposant à Johnson en agent involontaire d'une épreuve divine, et chaque partisan en témoin de la fidélité promise aux justes.

La conviction d'une désignation divine pour succéder à Russell repose sur des textes scripturaires spécifiques. Johnson cite notamment Esdras 7:21-26 et Néhémie 2:7 comme preuves bibliques de sa mission particulière, des passages qui évoquent des mandats accordés par un souverain à un émissaire pour accomplir une tâche de restauration.[7] Il s'appuie également sur des « arrangements spécifiques » qu'il attribue à Russell lui-même — le « Smiting of the Jordan », les questions pour les V.D.M. (Verbi Dei Minister), l'Angelophone — pour accréditer l'idée que son propre ministère s'inscrit dans une continuité voulue par le fondateur, et non dans une rupture avec lui. Cette construction doctrinale sur la transmission du mandat prophétique engage une ecclésiologie particulière, selon laquelle l'organisation est guidée par des individus divinement désignés et non par une structure collégiale ou élective.

Les actions disciplinaires menées par Johnson en Grande-Bretagne — renvoi des frères Shearn et Crawford, réorganisation du Tabernacle de Londres — ne sont pas présentées dans le document comme de simples décisions administratives, mais comme un acte théologique de « nettoyage de la maison du Seigneur ». Johnson affirme que ses actes ont été perçus par les congrégations britanniques elles-mêmes comme une réponse à une prière collective, une manifestation de la faveur divine.[8] Cette interprétation ecclésiologique et prophétique de ses propres décisions renforce l'idée que Johnson se conçoit moins comme un administrateur mandaté que comme un instrument de la purification divine du peuple de la moisson.

La question du recours à la justice civile entre croyants est abordée explicitement à propos de l'injonction obtenue contre la banque londonienne et les gestionnaires. Johnson discute 1 Corinthiens 6:1-8 pour nuancer la portée de cette interdiction paulinienne : il fait valoir que l'affaire impliquait une institution bancaire et non des membres de la congrégation entre eux, ce qui justifierait à ses yeux le recours aux tribunaux.[9] Cette argumentation révèle une lecture pragmatique du texte paulinien, qui conditionne l'interdiction à la qualité des parties en présence plutôt qu'à la nature du litige, une interprétation qui tranche avec une lecture littérale et absolue du passage.

Enfin, la comparaison que Johnson établit entre ses auditions devant Rutherford et le procès de Jésus devant Caïphe constitue la prise de position théologique la plus chargée du document.[10] En mobilisant cette analogie christologique, Johnson inscrit son épreuve personnelle dans un schème biblique de persécution du juste par une autorité religieuse corrompue, conférant à sa propre cause une légitimité spirituelle qui dépasse le cadre du simple litige organisationnel. Cette rhétorique de la victime juste face au pouvoir injuste traverse l'ensemble du document et constitue le socle théologique sur lequel repose l'ensemble de l'argumentation de Johnson.

Organisation et histoire

Le document Harvest Siftings Reviewed de novembre 1917 s'inscrit directement dans la Crise de succession de 1917 qui éclata au sein du mouvement des étudiants de la Bible après la mort de Charles Taze Russell le 31 octobre 1916. L'élection de Rutherford à la présidence de la Société Watch Tower lors de l'assemblée des actionnaires du 6 janvier 1917 constitue le point de départ institutionnel du conflit que ce document cherche à documenter et à contester.[11] Selon les résultats de recherche disponibles, de nouveaux statuts adoptés en janvier 1917 stipulaient que le président serait l'officier exécutif et directeur général de la Watch Tower Society, lui conférant une autorité étendue sur l'ensemble de ses affaires mondiales — une disposition que la publication qualifie d'usurpation du pouvoir normalement dévolu au Conseil d'administration.[12]

L'événement organisationnel le plus directement éclairé par ce document est l'éviction, en juillet 1917, des quatre membres du Conseil d'administration — Andrew N. Pierson, Alfred I. Ritchie, Isaac F. Hoskins et Robert H. Hirsh — remplacés par des partisans de Rutherford sans procédure statutaire régulière. La publication affirme que cette manœuvre contrevient aux statuts de la Société, qui prévoient que les administrateurs sont nommés à vie sauf révocation lors des assemblées annuelles des actionnaires, et compare défavorablement ces agissements aux précédents légaux de 1894 et 1908 sous Russell, qui avaient respecté les voies statutaires.[13]

Ce document constitue la réponse de Paul S. L. Johnson à la brochure Harvest Siftings publiée par Rutherford le 1er août 1917. Johnson avait lui-même été envoyé en Grande-Bretagne à la fin de l'année 1916, d'abord sur instruction orale de Russell puis confirmée par le Conseil d'administration, afin d'inspecter la gestion et les finances de la branche londonienne de la Société.[14] Rutherford publia immédiatement sa version des événements dans Harvest Siftings ; Johnson et les administrateurs évincés répondirent par la brochure Light After Darkness un mois plus tard, puis Johnson produisit spécifiquement Harvest Siftings Reviewed en novembre 1917, pour réfuter les accusations portées contre lui par Rutherford et exposer sa propre lecture des causes institutionnelles du conflit.[15]

Le conflit entre Rutherford et les quatre membres du Conseil d'administration atteignit, selon les recherches disponibles, son apogée avec l'expulsion physique de Johnson et de ses alliés de Béthel le 27 juillet 1917, un événement que le document décrit en détail et qui constitue l'un de ses axes narratifs centraux.[16] Cette crise de gouvernance provoqua une division durable au sein de la communauté des étudiants de la Bible : selon l'historien James Penton, elle contribua au départ d'environ un septième des fidèles dès 1919, et jusqu'à 75 % en 1931.[17]

Sur le plan de la gestion de la branche britannique, la publication documente le licenciement, le 3 février 1917, des gestionnaires H. J. Shearn et William Crawford par Johnson, et leur réintégration par Rutherford — une décision dont le document fait le point de rupture irréversible entre les deux hommes. Le différend portait aussi sur le contrôle des fonds déposés à la banque londonienne, dont Rutherford et le responsable local Ernest Charles Henninges tentèrent de reprendre la maîtrise en modifiant les signatures autorisées sur les comptes, ce qui conduisit Johnson à saisir un tribunal britannique pour obtenir une injonction.[18]

Johnson fonda par la suite, en 1919, le Laymen's Home Missionary Movement, à la suite des attaques répétées de Rutherford qui le désignait comme l'instigateur du schisme de 1917.[19] À partir de décembre 1918, il commença à publier la revue mensuelle The Present Truth and Herald of Christ's Epiphany, et produisit 17 volumes de commentaires bibliques intitulés Epiphany Studies in the Scriptures.[20]


Lettre aux frères internationaux

Ce document, publié en novembre 1917, se présente comme une réponse détaillée aux accusations portées par Joseph Franklin Rutherford dans sa brochure Harvest Siftings[21]. L'auteur, s'adressant aux « frères internationaux », exprime sa douleur face à la diffusion de ces allégations, qu'il juge préjudiciables à l'unité des Étudiants de la Bible et à la réputation de Charles Taze Russell, dont il se revendique comme un fidèle serviteur[22].

La publication s'ouvre sur une citation biblique tirée de la Deuxième Épître aux Corinthiens (2 Corinthiens 6:4,8), soulignant la nécessité de persévérer dans la patience et la fidélité malgré les épreuves et les calomnies[23]. L'auteur affirme que les accusations de Rutherford, bien que présentées comme une défense de la Société Watch Tower, ont en réalité semé la confusion et la division parmi les fidèles. Il se dit contraint de répondre pour rétablir la vérité sur ses propres actions et motivations, qu'il présente comme entièrement dévouées à la diffusion de la « Vérité » telle qu'enseignée par Russell[24].

Un point central de la réponse concerne les événements survenus en Grande-Bretagne, où Rutherford aurait agi sans l'autorisation du Conseil d'administration de la Société Watch Tower. L'auteur détaille plusieurs étapes de cette crise : 1. Rutherford aurait reçu des pouvoirs étendus de la part du Comité exécutif pour gérer les affaires de la Société en Grande-Bretagne, sans que le Conseil d'administration ne s'y oppose initialement[25]. 2. Il aurait ensuite annulé unilatéralement les accréditations de certains responsables locaux, dont les frères Hemery, Shearn et Crawford, en utilisant le sceau de la Société sans en informer le Conseil[26]. 3. Ces actions auraient été perçues comme une tentative de prise de contrôle autoritaire, suscitant l'opposition de plusieurs responsables britanniques, dont le frère Johnson, qui aurait obtenu une injonction judiciaire pour bloquer les décisions de Rutherford[27].

L'auteur souligne que Rutherford aurait également orchestré son élection à la présidence de la Société Watch Tower lors d'une assemblée des actionnaires, en préarrangeant les votes et en marginalisant les opposants[28]. Il accuse Rutherford d'avoir agi avec partialité, notamment en soutenant certains frères (comme Macmillan et Van Amburgh) tout en s'opposant à d'autres (comme Johnson, Hemery et Shearn), créant ainsi un climat de méfiance et de division au sein du mouvement[29].

Enfin, l'auteur exprime son attachement à la mémoire de Russell et à ses enseignements, qu'il considère comme la véritable « Vérité ». Il affirme que les actions de Rutherford ont déformé ces enseignements et porté atteinte à l'unité des Étudiants de la Bible. Il conclut en appelant les lecteurs à examiner son témoignage avec impartialité et prière, tout en réaffirmant son amour et sa loyauté envers ses frères, y compris ceux avec lesquels il est en désaccord[30].

Contenu

Autorisation et pouvoirs de Paul S. L. Johnson

Ce long article, rédigé par Paul S. L. Johnson, examine en détail les circonstances entourant sa nomination comme représentant spécial de la Société Watch Tower lors de son voyage en Europe en 1916. Johnson souligne l'importance des dates pour clarifier la situation et retrace les étapes de sa désignation[31].

Après la mort de Charles Taze Russell, le conseil d'administration de la Watch Tower Bible and Tract Society décide de poursuivre le projet de voyage européen initié par Russell. Un comité est formé le 2 novembre 1916 pour organiser ce voyage, bien que le comité exécutif ne soit officiellement constitué que le 7 novembre. Johnson explique que, pour obtenir des passeports, notamment pour l'Allemagne et la France, il doit fournir des raisons écrites aux autorités américaines. Il demande alors une lettre de recommandation à ce comité, et Joseph Franklin Rutherford rédige seul, sans consultation, une lettre datée du 1er novembre 1916 (mais dictée le 3 novembre) qui lui confère des pouvoirs étendus en tant que représentant spécial de la Société[32].

Cette lettre, qualifiée par Johnson de « lettre de nomination », lui attribue des pouvoirs d'avocat et une autorité complète dans les affaires de la Société dans plusieurs pays européens, notamment l'Allemagne, la France, la Hollande, la Russie, la Suisse et la Grande-Bretagne. Johnson précise que cette lettre avait pour unique but de faciliter l'obtention des passeports et qu'il était entendu, à cette date, qu'il agirait uniquement en tant que « Pèlerin » (colporteur itinérant)[33].

Le 3 novembre, Johnson reçoit également des « lettres de créance » (credentials), dictées par Rutherford le 10 novembre, qui détaillent quatre pouvoirs spécifiques : examiner les propriétés et succursales de la Société à l'étranger, recevoir des rapports financiers et autres, prêcher l'Évangile, et représenter officiellement la Société. Johnson note que ces lettres de créance ne mentionnent pas les gestionnaires britanniques, mais sont adressées à « tous ceux à qui ces présentes peuvent concerner »[34].

Johnson explique que, entre le 8 et le 10 novembre, les membres du comité exécutif (Rutherford, Van Amburgh et Ritchie) lui demandent d'exercer les pouvoirs décrits aux points [II] et [III] des lettres de créance, notamment pour recueillir des informations sur l'état des affaires de la Société à l'étranger. Il souligne que, durant cette période, l'idée qu'il agirait en tant que représentant spécial de la Société s'est progressivement imposée au sein du comité exécutif[35].

Preuves de l'autorité de Johnson en Grande-Bretagne

Johnson poursuit son récit en détaillant les preuves de son autorité en tant que représentant spécial de la Société lors de son séjour en Grande-Bretagne. Dès son arrivée, il convoque les trois gestionnaires britanniques et leur présente sa lettre de nomination ainsi que ses lettres de créance, leur montrant ainsi qu'il disposait de « pleins pouvoirs et autorité pour agir dans les affaires de la Société »« pleins pouvoirs et autorité » [36].

Il rapporte que, dans sa première série de lettres adressées au siège de Brooklyn, il informe le comité exécutif qu'il a présenté ses lettres d'autorisation aux gestionnaires britanniques comme preuve de ses pouvoirs. Aucune objection ne lui est faite à ce sujet dans la réponse du comité. Johnson interprète ce silence comme une approbation tacite de ses actions[37].

Il énumère ensuite plusieurs actes exécutifs qu'il a accomplis en Grande-Bretagne, toujours en se basant sur l'autorité que lui conféraient ses lettres de créance : 1. Il confie temporairement la direction des travaux pastoraux à un frère nommé Hemery. 2. Il nomme les trois gestionnaires britanniques comme comité pour examiner les questions relatives aux « V.D.M. » (probablement « Verbi Dei Minister », ministres de la Parole de Dieu) en vue des élections annuelles dans les congrégations. 3. Il maintient la publication des sermons de Russell dans les journaux, contrairement à la procédure américaine. 4. Il règle les différends concernant les difficultés du Tabernacle entre les gestionnaires et le révérend Shearn, avant le 1er décembre 1916, et en informe le comité exécutif sans recevoir de remontrances[38].

Johnson demande également au comité exécutif de lui envoyer une copie de toutes les lettres adressées aux gestionnaires britanniques afin d'éviter des contradictions dans leurs échanges. À partir de ce moment, il reçoit non seulement les copies des lettres du comité exécutif, mais aussi celles du président Rutherford, ce qui, selon lui, confirme son rôle de représentant spécial avec des pouvoirs d'avocat[39].

Le 28 ou 29 décembre, il écrit au comité exécutif pour leur demander de traiter avec les gestionnaires britanniques uniquement par son intermédiaire, en sa qualité de représentant spécial. Cette demande, qui sous-entend qu'il croyait disposer de pleins pouvoirs, n'a jamais reçu de réponse ni de remontrance de la part du comité[40].

Johnson souligne que, malgré ses actes exécutifs et ses rapports détaillés, il n'a jamais été informé qu'il dépassait ses pouvoirs avant le 27 février 1917, date à laquelle il reçoit un câble lui indiquant qu'il agissait « absolument sans autorité ». Il note également que Rutherford, dans un câble reçu le 19 février, exprime son mécontentement concernant le renvoi des frères Shearn et Crawford, intervenu le 3 février, mais ne remet pas en cause son autorité à ce moment-là[41].

Conflit avec deux gestionnaires

Ce long article, rédigé par Paul Samuel Leo Johnson, revient en détail sur les tensions qui ont opposé les gestionnaires du Tabernacle de Londres, les frères Shearn et Crawford, à l'envoyé de la Société Watch Tower, Johnson lui-même. Ce dernier affirme avoir agi en toute légitimité, muni de pouvoirs de représentation qu'il croyait authentiques, et avoir informé régulièrement la Société de ses actions en Grande-Bretagne[42].

Johnson explique que ses craintes d'une « crise de tamisage » (*sifting*) en Europe, exprimées avant son départ, se sont concrétisées dès son arrivée. Il décrit les vingt-cinq manquements des deux gestionnaires dans la gestion du Tabernacle, vingt-deux dans celle du Bethel londonien, et dix à son encontre personnellement. Il souligne avoir tenté, dans un premier temps, de les ramener à une attitude plus conforme aux principes de la Société, sans succès[43].

L'article cite abondamment une lettre adressée à Joseph Franklin Rutherford le 27 janvier 1917, dans laquelle Johnson mentionne explicitement ses actes exécutifs en Grande-Bretagne, fondés sur la conviction d'avoir reçu des pouvoirs de représentation. Il affirme que Rutherford était parfaitement informé de ces démarches, ce qui rend d'autant plus surprenant, selon lui, le télégramme du 26 février 1917 le qualifiant d'« absolument sans autorité » (*absolutely without authority*)[44].

Johnson insiste sur le soutien massif qu'il aurait reçu de la part des frères britanniques, y compris de la congrégation du Tabernacle de Londres, qui aurait voté à l'unanimité sa confiance et sa reconnaissance après l'avoir entendu le 18 février 1917. Il reproche à Rutherford de ne pas avoir mentionné ces éléments dans sa brochure Harvest Siftings, ce qui aurait donné une image biaisée de la situation[45].

Il décrit également le revirement soudain d'Alexander Hugh Macmillan (orthographié « Hemery » dans le texte), qui, après avoir soutenu activement Johnson contre Shearn et Crawford, s'est retourné contre lui dès la réception du télégramme de Rutherford. Johnson qualifie ce revirement de « l'une des plus grandes déceptions de [sa] vie » et souligne que Macmillan avait accès à toutes les informations sur les manquements des deux gestionnaires[46].

Enfin, Johnson relate les circonstances de la décision de limoger Shearn et Crawford, prise le 3 février 1917 après consultation avec Macmillan, et la rédaction d'une lettre de licenciement à laquelle ce dernier aurait apporté des modifications. Il affirme avoir immédiatement câblé cette décision à Brooklyn, convaincu que la Société la soutiendrait pleinement[47].

Soutien des frères britanniques

Johnson poursuit son récit en affirmant que, en dehors de quelques conseillers, il n'a pas évoqué ces conflits avec les frères britanniques avant que Shearn et Crawford ne commencent à les instrumentaliser. Il souligne que son action a été perçue comme un « nettoyage de la maison du Seigneur » et qu'il a reçu de nombreuses lettres de soutien de la part des congrégations britanniques, certaines signées par plusieurs membres[48].

Il cite plusieurs extraits de ces lettres pour illustrer ce soutien. Par exemple, Macmillan, dans une lettre du 7 février 1917, aurait exprimé son regret que la situation ait nécessité une telle mesure, tout en reconnaissant que Johnson n'avait fait que répondre à une prière collective. Macmillan aurait également souligné que les événements du Tabernacle étaient « plus profonds qu'ils n'en avaient l'air » (*deeper than they look*) et que Johnson avait agi avec autorité pour protéger l'œuvre de la Société[49].

D'autres frères, comme Fred Lardent ou H. E. Thackway, auraient exprimé leur reconnaissance pour l'intervention de Johnson, perçue comme une protection divine contre des dangers imminents. Une lettre signée par 38 frères extérieurs à la congrégation du Tabernacle remercie Johnson pour son action, qu'ils considèrent comme une manifestation de la faveur divine[50].

Johnson conclut cette section en insistant sur le fait que son action n'était motivée que par les intérêts de la Société et de l'œuvre divine, sans aucun mobile personnel. Il réitère sa déception face à la réaction de Rutherford, qu'il juge incompréhensible au regard des soutiens qu'il avait reçus[51].


L'accusation de folie

Ce long article constitue une réponse détaillée de Paul Samuel Leo Johnson aux accusations d’aliénation mentale portées contre lui par Joseph Franklin Rutherford et ses partisans[52]. Johnson y expose les circonstances qui ont conduit Rutherford à le considérer comme fou, notamment à partir d’une lettre datée du 24 février 1917, dans laquelle Rutherford lui écrit pour la première fois cette accusation[53]. Johnson souligne que cette idée ne provient pas des frères britanniques, mais bien de Rutherford lui-même, alors en Californie, à des milliers de kilomètres de Londres.

La publication cite plusieurs témoignages de frères britanniques qui, malgré les accusations, ont continué à soutenir Johnson. Parmi eux, John Radwell, un ancien qui avait signé une résolution contre Johnson et qui, après avoir entendu des critiques à son encontre, lui a écrit une lettre de soutien en avril 1917. Radwell y affirme sa conviction que Johnson est « l’un des vrais serviteurs du Seigneur » et exprime son amour et ses prières pour lui[54]. Johnson mentionne également avoir reçu des lettres de huit frères britanniques, recommandés comme des conseillers sobres et unanimes, qui l’ont soutenu dans la gestion des affaires de l’Église en Grande-Bretagne.

Johnson explique que le changement de sentiment à son égard en Grande-Bretagne est presque entièrement dû à la représentation de sa personne comme un imposteur et un rebelle par Rutherford et Hemery. Avant que ces accusations ne soient connues, son travail était considéré comme richement béni, tant auprès des frères que du public. Il donne plusieurs exemples de succès lors de ses visites en Grande-Bretagne, notamment à Glasgow, où une église divisée a été réconciliée, et à Liverpool, où une réunion publique a attiré plus de 1 700 personnes, laissant 258 cartes de contact[55]. Il souligne que les colporteurs britanniques, habitués à obtenir en moyenne un volume par carte, en obtenaient entre deux et trois lors des réunions où il prêchait.

Johnson réfute également l’accusation selon laquelle son câble du 24 février 1917, faisant référence à des types et à un intendant, aurait été la cause de la méfiance de Rutherford. Il précise que Rutherford n’a pas pu recevoir ce câble avant le 26 février, date à laquelle il avait déjà formé son opinion sur son état mental. Johnson rappelle que Rutherford a admis s’être trompé sur cette accusation, mais qu’il n’a pas corrigé cette erreur dans son document « Harvest Siftings », aggravant ainsi les préjudices subis[56].

Deux commissions d’enquête rapportent en ma faveur

Johnson aborde ensuite les conclusions de deux commissions d’enquête mises en place pour examiner les troubles au Tabernacle de Londres et à Bethel[57]. La première commission, composée de cinq frères sobres et capables, a enquêté sans recueillir son témoignage, qui était pourtant le plus complet. Johnson affirme que les membres de cette commission, ainsi que Hemery et les frères ayant transcrit les minutes, lui ont tous dit, après leur départ de Londres, que leurs conclusions lui étaient favorables. Le président de la commission, McCloy, a confirmé cette position avant de quitter Londres. Cependant, Rutherford a admis ne pas être d’accord avec ces conclusions et a annulé les décisions de la commission en réintégrant les deux frères accusés.

La seconde commission, formée par le Conseil d’administration de la Société en juin, a également rapporté en faveur de Johnson. Les quatre membres de cette commission ont déclaré que les conclusions concernant les affaires du Tabernacle lui étaient favorables, tout comme les rapports sur les affaires de Bethel. Johnson mentionne que les conclusions de la commission sur les affaires de Bethel, telles que rapportées par Housden, indiquaient qu’il avait agi en harmonie avec ses pouvoirs et avait rendu un service distinct dans l’intérêt de l’Église britannique en renvoyant les gestionnaires.

Johnson réfute vigoureusement les accusations de Rutherford selon lesquelles il aurait tenté d’influencer la commission en sa faveur. Il explique que la commission a été nommée par un câble de Rutherford le 22 février, alors qu’il était en visite de pèlerinage chez McCloy. Il affirme n’avoir eu aucune conversation avec les membres de la commission avant leurs réunions, sauf avec McCloy, et n’avoir jamais tenté de les influencer. Johnson précise qu’il a refusé de témoigner ou d’aider la commission, car il considérait que la procédure était contraire à l’ordre divin et humain : Rutherford avait déjà révoqué ses pouvoirs et rappelé Johnson avant même que la commission ne se réunisse[58].

Johnson souligne que Rutherford, en agissant sans autorité et en le présentant comme un rebelle et un imposteur, a retourné l’opinion de nombreux frères britanniques contre lui. Il affirme que, sans cette intervention, il aurait pu résoudre une situation difficile dans l’intérêt de la Vérité et de la Société. Johnson conclut en accusant Rutherford d’être responsable de la division de l’Église britannique, car ses actions ont conduit à la scission des classes et à la confusion actuelle. Il mentionne que les deux frères réintégrés, Shearn et Crawford, refusent de travailler sous l’autorité de Hemery et continuent de diviser l’Église britannique[59].

Le Serviteur

Ce texte constitue une défense détaillée de Paul Samuel Leo Johnson (ci-après « Johnson ») contre les accusations portées par Joseph Franklin Rutherford et ses partisans dans le cadre de la crise de succession de 1917[60]. Johnson y expose sa compréhension du rôle de « serviteur » ou « intendant » (steward) dans la parabole du denier (Matthieu 20:1-16), un sujet central dans les débats internes des Étudiants de la Bible à l'époque.

Johnson affirme que, lors de son départ pour la Grande-Bretagne, les frères responsables de Brooklyn considéraient que Charles Taze Russell n'avait pas encore désigné le « denier » symbolique, c'est-à-dire les « opportunités spéciales de service » attendues pour la fin de la moisson[61]. Il explique que Russell lui-même, dans un numéro de 1900 de Zion's Watch Tower, avait modestement suggéré que la revue pourrait être considérée comme « ce serviteur », sans pour autant revendiquer explicitement ce rôle pour sa personne[62]. Johnson en déduit que Russell n'était pas l'intendant mentionné dans la parabole, une interprétation qu'il partageait jusqu'à peu après la mort de ce dernier.

Il décrit ensuite sa propre interprétation de la parabole, qu'il dit avoir exposée en Angleterre exactement comme Russell l'avait fait de 1909 jusqu'à sa mort. Selon cette interprétation, la période de moisson s'étend sur 40 ans, de 1874 à 1914, chaque « heure » de la journée de travail symbolisant 3 ans et demi. Johnson détaille les cinq appels successifs (« heures ») durant lesquels de grands nombres d'adeptes furent appelés à la vérité, suivis de cinq « criblages » (1 Corinthiens 10:1-13), périodes durant lesquelles certains furent rejetés[63]. Il associe ces appels aux périodes clés de l'histoire du mouvement, comme l'appel de 1874-1881 ou celui de 1908-1910, ce dernier correspondant au onzième appel, celui des « ouvriers de la onzième heure ».

Johnson affirme avoir conclu, à partir de ses expériences en Grande-Bretagne et de sa lecture des Écritures (notamment Esdras 7:21-26 et Néhémie 2:7), qu'il avait été privilégié pour devenir l'intendant et le successeur de Russell. Il mentionne avoir partagé cette conviction avec quelques frères, dont deux à Manchester et d'autres au Bethel de Londres, mais précise qu'il n'en a parlé publiquement qu'à Liverpool, sous des circonstances particulières[64]. Il souligne que cette interprétation était soutenue par des arrangements spécifiques mis en place par Russell, comme le « Smiting of the Jordan » (lancement du travail pastoral), les questions pour les V.D.M. (Verbi Dei Minister, ministres de la Parole de Dieu), l'Angelophone, et d'autres projets approuvés par Russell avant sa mort.

Johnson exprime son regret d'avoir revendiqué ce rôle et d'avoir considéré Russell comme son prédécesseur, tout en réaffirmant que Russell était bien l'intendant légitime. Il critique Rutherford pour avoir déformé ses propos, notamment en affirmant que Johnson se serait présenté comme le successeur de Russell avec des pouvoirs équivalents, ce qu'il nie catégoriquement[65].

Humiliations

Johnson relate les humiliations subies à son retour de Grande-Bretagne, notamment de la part d'Ernest Charles Henninges (ci-après « Hemery »), un proche de Rutherford. Il décrit comment Hemery, après l'avoir initialement soutenu, a changé d'attitude à son égard, le traitant avec mépris et le rabaissant publiquement devant la famille du Bethel de Brooklyn[66]. Johnson cite des exemples précis, comme le fait que Hemery ait claqué des doigts en sa présence en répétant : « Brother Johnson, you are that! » (« Frère Johnson, c'est vous ! »), une attitude qu'il qualifie d'incroyable et blessante.

Il explique que, dès son retour, il a accepté avec humilité sa destitution, refusant de prendre la tête de la table du Bethel comme le lui demandait Hemery, car il ne se considérait plus comme le représentant spécial de la Société[67]. Cependant, Hemery aurait aggravé cette humiliation en lisant devant la famille du Bethel un câble de Rutherford déclarant que Johnson agissait « absolument sans autorité », une accusation que Johnson conteste vigoureusement.

Johnson évoque également les tensions avec les frères Shearn et Crawford, que Rutherford souhaitait voir réintégrés, et la manière dont Hemery lui aurait demandé à plusieurs reprises de les renvoyer du bureau, tout en niant ses propres pouvoirs. Il suggère que l'opposition de Hemery à son égard pourrait être liée à son intention de faire un rapport défavorable sur lui au Conseil d'administration, ainsi qu'à son refus de se soumettre à une supervision qu'il jugeait illégitime[68].

Câbles

Johnson répond aux accusations de Rutherford concernant le coût des câbles qu'il a envoyés depuis la Grande-Bretagne. Rutherford affirme que ces câbles, notamment celui du 24 février, ont coûté des centaines de dollars à la Société. Johnson rétorque que le câble du 24 février n'a rien coûté à la Société, un frère de Liverpool ayant pris en charge son paiement[69].

Il précise que l'ensemble de ses câbles, envoyés entre le 19 novembre (jour de son arrivée en Grande-Bretagne) et le 31 mars (jour de son départ pour l'Amérique), n'ont coûté que 65,22 dollars à la Société, à l'exception de trois d'entre eux. Ces câbles étaient envoyés au tarif différé (8 cents par mot) et non au tarif rapide (24 cents par mot), en raison de la censure militaire qui retardait les réponses par courrier de 35 à 40 jours[70]. Johnson justifie l'envoi fréquent de câbles après le 6 mars par l'absence de réponses à ses demandes d'informations, une situation critique nécessitant une communication rapide.

Il accuse Rutherford de ne pas avoir vérifié ces informations avant de les publier dans Harvest Siftings, qualifiant cette omission de nouvelle « déformation » parmi celles qui abondent dans cette publication[71].

Résister à l'usurpation

Johnson conteste les versions des événements présentées par Hemery dans Harvest Siftings, qu'il qualifie de « déformations grossières ». Il relate les faits tels qu'il les a vécus entre le 7 et le 31 mars, période durant laquelle il a refusé de reconnaître l'autorité de Rutherford pour annuler ses actes, révoquer ses accréditations ou le rappeler sans l'aval du Conseil d'administration[72].

Il explique que, le 3 février, jour du renvoi des frères Shearn et Crawford, il avait nommé, avec l'accord de Hemery, les frères E. Housden et A. Kirkwood pour reprendre leurs fonctions respectives, à l'exception de celles de trésorier et de secrétaire. Ces nominations plaçaient entre les mains de Housden l'ensemble des fonds, des livres de comptes, des clés du bureau et du coffre-fort, ainsi que la gestion du courrier et des commandes[73]. Johnson souligne que Hemery avait coopéré pleinement avec Housden pendant plus d'un mois, jusqu'au 12 mars, date à laquelle il a commencé à suspendre sa collaboration.

Johnson affirme que, le 6 mars, il en est venu à la conclusion que Rutherford ne pouvait pas le rappeler sans l'autorisation du Conseil d'administration, une position qu'il base sur une lettre de Rutherford du 10 novembre adressée aux responsables anglais, ainsi que sur un article publié dans Zion's Watch Tower du 15 décembre 1916, stipulant que le Conseil contrôlait les affaires de la Société[74]. Il ajoute que ses accréditations, scellées par le sceau de la Société, ne pouvaient être annulées sans l'aval du Conseil. Ces deux éléments, les câbles de rappel et d'annulation d'autorité envoyés depuis Los Angeles, tentaient selon lui de contourner l'autorité du Conseil.

Johnson nie avoir « résisté » ou « régné » sur la famille du Bethel, comme le prétend Hemery. Il affirme au contraire avoir agi avec humilité, refusant même de prendre la tête de la table du Bethel à son retour, bien que Hemery le lui ait demandé. Il décrit comment Hemery a cherché à le discréditer en lisant publiquement le câble de Rutherford déclarant qu'il agissait « sans autorité », et comment il a tenté de le provoquer en le suspendant à plusieurs reprises, une mesure que Johnson a toujours contestée[75].

Johnson conclut en accusant Rutherford et Hemery d'avoir délibérément cherché à semer la confusion et la division au sein du mouvement, en usurpant une autorité qu'ils ne possédaient pas selon lui. Il évoque également une décision de justice en Grande-Bretagne, le 17 mars, qui lui aurait accordé une injonction temporaire contre les actions de Rutherford, une information qu'il utilise pour renforcer sa légitimité[76].

La présidence

Ce texte constitue une réponse détaillée de Paul S.L. Johnson aux accusations portées par Joseph Franklin Rutherford dans le document Harvest Siftings concernant la légitimité de l'élection de ce dernier à la présidence de la Société Watch Tower. Johnson affirme que, après avoir pris connaissance du rapport de la convention de Pittsburgh publié dans La Tour de Garde du 15 janvier 1917, il a cru que les dirigeants de la Société n'avaient pas été élus par le corps approprié, c'est-à-dire les actionnaires votants[77]. Il explique avoir exprimé cette opinion à la table de Bethel le 12 mars, soit une semaine après la fin des travaux de la Commission, et non dans les 24 heures suivant sa convocation comme le prétend Rutherford[78].

Johnson souligne qu'il a tenté à plusieurs reprises, entre le 27 février et le 6 mars, de contacter Rutherford par câble pour obtenir des éclaircissements, sans recevoir de réponse avant le 26 ou 27 mars, date à laquelle une lettre de Rutherford datée du 24 février lui est parvenue[79]. En l'absence de réponse, il s'est tourné vers Alfred I. Ritchie, alors dirigeant légalement élu de la Société, pour obtenir des informations. Johnson précise qu'il a immédiatement reconnu Rutherford comme président dès qu'il a su que celui-ci avait été élu par une réunion des actionnaires votants, et non par une simple convention[80].

Il conteste également les propos de Rutherford selon lesquels il aurait affirmé vouloir ou devoir devenir président de la Société. Johnson rappelle qu'il a toujours soutenu que Rutherford était le candidat idéal pour succéder à Charles Taze Russell, citant notamment une conversation avec Henry Clay Rockwell, membre du Collège Central, lors des funérailles de Russell. Johnson affirme avoir refusé cette proposition en raison de son manque d'expérience et de son sentiment d'indignité, tout en reconnaissant que cette idée était partagée par plusieurs autres responsables[81]. Une lettre de Rockwell, datée du 4 septembre 1917, est citée pour appuyer cette version des faits[82].

« Prise de contrôle par la force » (?)

Johnson répond aux accusations de Rutherford et d'Ernest C. Henninges selon lesquelles il aurait tenté de s'emparer du contrôle de la branche britannique de la Société Watch Tower par la force. Il affirme que, après la suspension de Henninges le 12 mars 1917, le travail s'est poursuivi normalement, sous la direction des mêmes personnes qu'avant son rappel, à l'exception de Henninges et de ses partisans suspendus[83]. Johnson précise qu'il a été consulté plus fréquemment qu'auparavant et que les clés, les fonds, le courrier et les livres sont restés sous la responsabilité de Robert H. Housden jusqu'au 21 mars, date à laquelle Henninges a ordonné leur confiscation[84].

Il nie catégoriquement avoir utilisé la force ou la violence pour prendre le contrôle, bien qu'il reconnaisse que la force ait été employée contre Housden et lui-même. Johnson affirme que Henninges a menti en prétendant qu'il n'avait pas accès au téléphone, rappelant l'avoir vu utiliser cet appareil pour organiser des actions contre lui, notamment une tentative d'« arrestation pour aliénation mentale »[85]. Il conteste également l'affirmation selon laquelle il aurait progressivement revendiqué de plus en plus d'autorité, soulignant qu'il a toujours agi en vertu de procurations qui lui avaient été confiées dès le début[86].

Johnson accuse Rutherford et Henninges d'avoir mal interprété ses motivations et d'avoir tenté de lire dans ses pensées pour justifier leurs accusations. Il affirme n'avoir jamais planifié de prendre le contrôle du travail britannique et nie avoir porté des accusations contre les responsables ou les avoir démis de leurs fonctions dans ce but[87].

L'affaire de l'injonction

Johnson explique les raisons qui l'ont poussé à engager une action en justice pour obtenir une injonction contre la banque et les responsables de la branche londonienne. Il affirme que Henninges, avec l'appui de Rutherford, a convaincu la banque de ne plus honorer la signature de Housden, l'un des deux signataires nécessaires pour valider les chèques, et de n'accepter que les signatures de Henninges, William Crawford et William Shearn[88]. Cette décision l'a inquiété, car il craignait qu'un plan financier, contraire aux arrangements établis par Russell et préjudiciable à la Société Watch Tower, ne soit mis en œuvre par ces trois responsables[89].

Johnson décrit comment il a découvert l'existence d'un plan de réorganisation complète des affaires et du travail de la Société, élaboré par les auditeurs et soutenu par Henninges. Ce plan, qu'il n'a jamais pu consulter malgré ses demandes répétées, visait à séparer les activités de l'International Bible Students Association (I.B.S.A.) et de la Société Watch Tower, en attribuant à cette dernière un rôle subalterne[90]. Johnson affirme que ce plan aurait transformé l'I.B.S.A. en une corporation indépendante et rentable, alors que Russell l'avait conçue comme une entité sans but lucratif, contrôlée par la Société Watch Tower[91].

Pour empêcher la mise en œuvre de ce plan, Johnson a intenté une action en justice afin d'interdire à la banque de permettre à Henninges, Crawford et Shearn de contrôler ensemble les fonds de la Société, et à ces derniers de retirer de l'argent sans son autorisation[92]. Il précise que cette action visait uniquement à protéger les intérêts de la Société et non à entraver le travail de la branche londonienne, comme en témoigne son accord pour que les responsables puissent disposer de 1 250 dollars pour les dépenses courantes[93]. Johnson conteste ainsi les affirmations de Henninges selon lesquelles le procès aurait paralysé les activités de la branche, soulignant que les fonds disponibles étaient largement suffisants pour couvrir les dépenses courantes[94].

Barricadé dans ma chambre =

Paul Samuel Leo Johnson relate les événements survenus dans la nuit du 21 mars 1917, lorsqu'il fut enfermé dans sa chambre au siège britannique des Étudiants de la Bible, connu sous le nom de Bethel de Londres. Il affirme que sa porte fut barricadée avec des planches par des « gardes » désignés par Ernest Charles Henninges, alors responsable local. Johnson décrit avoir dû forcer la porte pour sortir, puis s'être échappé par la fenêtre en descendant sur un balcon avant d'atteindre le sol. Il conteste les versions diffusées par Joseph Franklin Rutherford et Henninges, qui présentèrent cette fuite comme une preuve de lâcheté ou de comportement indigne. Johnson explique que cette évasion était motivée par la crainte de se voir confisquer ses documents officiels, notamment ses lettres d'accréditation, et par la nécessité de se rendre à une audience judiciaire le lendemain[95].

Il souligne également que Henninges et ses « gardes » avaient restreint sa liberté de mouvement dans le bâtiment avant même cet incident, et qu'ils avaient fouillé les affaires de son collègue, Frederick William Franz, pour lui retirer les clés du bureau et du coffre-fort. Johnson qualifie ces actes d'« infractions passibles d'emprisonnement » et dénonce les « suppressions, additions et fausses représentations » dans les récits de Henninges et Rutherford[96].

« Frère Johnson a volé 1 500 dollars »

Johnson répond à l'accusation publique de Rutherford, selon laquelle il aurait « volé 1 500 dollars » appartenant à la Société Watch Tower. Il explique que cette somme représentait les liquidités de la Société en Grande-Bretagne, placées dans un coffre de sécurité sur les conseils d'un avocat, après que les banques eurent refusé de traiter avec la Société en raison de conflits juridiques. Johnson précise que cet argent fut ensuite confié à un frère neutre pour éviter qu'il ne tombe entre les mains des gestionnaires britanniques, mais que Henninges le récupéra sans son accord. Il souligne que Rutherford, bien qu'informé de ces détails, persista à diffuser cette accusation, qu'il qualifie de « calomnieuse » et de « mauvais traitement »[97].

Johnson mentionne également qu'un donateur demanda le remboursement d'un chèque de 350 dollars, ce qui réduisit d'autant la somme contestée. Il rejette l'idée que cette affaire relève de 1 Corinthiens 6:1-8, car elle impliquait une institution bancaire et non des membres de la congrégation[98].

La fin du procès

Johnson décrit les péripéties judiciaires qui suivirent son retour aux États-Unis. Il explique que son procès fut reporté à plusieurs reprises, notamment en raison de l'absence de certification notariale de ses lettres d'accréditation, une formalité omise par ses avocats. Le 23 mars 1917, une tentative de règlement à l'amiable échoua après que Henninges eut convaincu un frère neutre de lui remettre l'argent placé en garantie. Le procès fut finalement ajourné au 30 mars, puis au 20 avril en raison des vacances de Pâques. Johnson affirme que Rutherford, informé par câble de l'annulation de ses accréditations, utilisa cet argument pour convaincre le tribunal de son absence d'autorité[99].

Il souligne que le juge statua en sa défaveur le 7 mai 1917, bien après son départ de Londres, et que les frais du procès furent imputés à son avocat, qui s'était porté garant pour lui. Johnson estime que ce procès visait à protéger les intérêts de la Société Watch Tower, et non ses intérêts personnels, et que sa défaite fut causée par le manque de soutien de Rutherford. Il conclut en affirmant que le « complot » qu'il cherchait à contrer aurait nui à la Société si Rutherford ne l'avait pas « abandonné »[100].

« Un complot bien préparé pour prendre le contrôle du travail britannique et publier une Tour anglaise »

Johnson réfute les allégations de Rutherford et Henninges, selon lesquelles il aurait ourdi un plan pour s'emparer du travail britannique et publier une nouvelle revue intitulée The Watch Tower en anglais. Il explique que sa décision de prolonger son séjour en Grande-Bretagne était motivée par la « crise de tamisage » (*sifting*) qu'il observait parmi les Étudiants de la Bible locaux, et non par une ambition personnelle. Il affirme avoir suggéré la publication temporaire d'une revue anglaise pour contrer cette crise, mais que cette idée fut déformée par Rutherford et Henninges, qui la présentèrent comme une manœuvre pour prendre le contrôle de l'œuvre britannique[101].

Johnson souligne que Rutherford, bien qu'informé de ses véritables intentions, choisit de diffuser ces accusations dans Harvest Siftings, sans jamais les lui avoir directement adressées. Il dénonce également l'attitude de Henninges, qui, après l'avoir publiquement soutenu, le qualifia de « rebelle » devant la congrégation de Londres, tout en riant des « points » qu'il avançait contre lui. Johnson cite une lettre de sympathie reçue d'un opposant, Arthur Radwell, en réaction à ces attaques[102].

Il conclut en soulignant les contradictions dans les propos de Henninges, qui le décrivit tour à tour comme « sain d'esprit », « imposteur » et « non hypocrite ». Johnson exprime son incompréhension face à ces accusations et demande pardon pour ses détracteurs[103].


Récit des auditions devant le Conseil d'administration

Ce passage détaille les conditions dans lesquelles l'auteur, Paul S.L. Johnson, affirme avoir été traité lors de ses tentatives pour obtenir une audition devant le Conseil d'administration de la Société Watch Tower en 1917. Johnson décrit une première rencontre avec Joseph Franklin Rutherford, qu'il qualifie de « simulacre de justice »[104]. Selon lui, Rutherford aurait agi comme un « procureur vétilleux », refusant de lui laisser la possibilité de présenter sa défense et multipliant les accusations sans fondement. Johnson évoque des comparaisons avec le traitement de Jésus par Caïphe, soulignant l'injustice perçue de la situation[105].

Il rapporte que, malgré ses demandes répétées pour être entendu, Rutherford aurait persisté dans une attitude sarcastique et méprisante, allant jusqu'à refuser de lui accorder un temps de parole équitable. Johnson affirme avoir protesté solennellement « au nom de Dieu, notre Père, et de Jésus-Christ notre Sauveur », sans que cela n'atténue l'hostilité de Rutherford[106]. Il mentionne également que la présence d'autres frères aurait finalement contraint Rutherford à modérer quelque peu son attitude, mais sans lui permettre de présenter pleinement son cas.

Johnson conteste par ailleurs les affirmations de Rutherford selon lesquelles il aurait bénéficié de deux auditions complètes devant le Conseil. Il explique que la première rencontre, décrite comme une audition, n'était en réalité qu'un interrogatoire biaisé, tandis que la seconde, prévue pour aborder la situation en Grande-Bretagne, n'a jamais eu lieu. Rutherford aurait détourné la discussion pour tenter de le piéger en lui faisant accepter des décisions non étudiées, ce que Johnson refuse[107].

Il souligne également que Rutherford aurait agi de manière unilatérale en déclarant la situation britannique « réglée », sans permettre au Conseil de se prononcer, malgré son appel formel contre cette décision. Johnson interprète cette attitude comme la preuve que Rutherford considérait son propre pouvoir comme supérieur à celui du Conseil d'administration, en contradiction avec les statuts de la Société[108].

Enfin, Johnson nie toute implication dans une prétendue « conspiration » pour évincer Rutherford. Il explique avoir simplement cherché à obtenir l'avis d'autres membres du Conseil sur des questions juridiques, notamment concernant les pouvoirs des actionnaires, et avoir partagé avec eux des documents relatifs à son cas. Il affirme que ces échanges ne constituaient en rien une conspiration, mais plutôt une démarche légitime pour faire valoir ses droits[109].

Audition devant un comité du Conseil

Johnson poursuit son récit en décrivant les suites de son refus d'accepter les décisions unilatérales de Rutherford. Après avoir été empêché de présenter son cas devant le Conseil d'administration en séance plénière, il explique avoir sollicité une audition par pétition, signée par quatre membres du Conseil. Cette demande aurait été rejetée par Rutherford, qui aurait alors proposé la création d'un comité restreint pour examiner son dossier[110].

Ce comité, composé de quatre frères, aurait été chargé d'enquêter sur les activités de Johnson en Grande-Bretagne et de rendre un rapport au Conseil. Johnson affirme avoir accepté cette solution, bien que déçu de ne pas obtenir une audition complète. Il précise que Rutherford aurait fourni au comité les rapports de la commission anglaise concernant les affaires du Tabernacle, mais pas ceux relatifs aux questions de Bethel, dont il prétendait ne pas disposer[111].

Johnson décrit ensuite les échanges qu'il a eus avec ce comité, soulignant qu'il n'a assisté qu'à deux de leurs réunions, consacrées à l'examen de la situation britannique. Il affirme que le comité aurait finalement rendu un rapport favorable à sa position, en accord avec les conclusions de la commission anglaise, notamment sur la nécessité de démettre les deux responsables incriminés[112].

Il conteste vigoureusement les accusations de Rutherford selon lesquelles il aurait cherché à influencer indûment la commission anglaise ou conspiré avec le comité américain. Johnson explique que le rapport du comité, bien que favorable, n'a pas été poussé plus avant en raison de l'opposition violente de Rutherford, conduisant à un compromis en attendant des conditions plus favorables pour un règlement définitif[113].

Enfin, Johnson mentionne avoir cherché à présenter son cas à d'autres membres du Conseil, notamment à Andrew N. Pierson, qui aurait également approuvé sa position après l'avoir entendu. Il conclut en réaffirmant son innocence face aux accusations de conspiration et en exprimant son attachement à la Société, qu'il déclare avoir toujours servie avec loyauté[114].

Plus désiré à Béthel

Ce récit autobiographique, attribué à Paul S.L. Johnson, relate les tensions internes au sein de la direction de la Société Watch Tower après la mort de Charles Taze Russell. Johnson y décrit son éviction progressive de Béthel, le siège de l'organisation, sous l'impulsion de Joseph Franklin Rutherford. Il affirme avoir été accusé à tort d'être à l'origine des dissensions entre Rutherford et d'autres membres du conseil d'administration, dont Andrew N. Pierson, Alfred I. Ritchie, Isaac F. Hoskins et Robert H. Hirsh[115].

Johnson conteste les allégations de Rutherford selon lesquelles il n'aurait « absolument rien fait dans l'œuvre de la moisson », soulignant qu'il prêchait régulièrement et dirigeait des études bibliques. Il rapporte que Rutherford lui aurait proposé une tournée de prédication, qu'il aurait déclinée en raison de sa santé fragile, avant de lui ordonner abruptement de quitter Béthel, l'accusant d'être la source de tous les problèmes. Johnson nie cette responsabilité, attribuant plutôt les troubles à la « soif de pouvoir » de Rutherford, qu'il compare à celle de l'ancien membre du conseil d'administration E.C. Shearn[116].

Il évoque également des tentatives de médiation infructueuses, durant lesquelles il aurait cherché à réconcilier Rutherford avec les membres du conseil d'administration. Johnson affirme avoir proposé des solutions équitables, comme la soumission des questions légales à un tribunal ou à un comité d'arbitrage, mais que Rutherford aurait rejeté ces propositions, préférant une confrontation directe. Il souligne que Rutherford aurait préparé en secret la publication Harvest Siftings tout en feignant de négocier, qualifiant cette démarche de « tromperie »[117].

Efforts pour la paix

Johnson décrit ses efforts répétés pour rétablir la paix entre Rutherford et les membres du conseil d'administration. Il affirme avoir tenté de convaincre Rutherford de renoncer à ses ambitions de pouvoir, qu'il compare à l'orgueil de Lucifer, et de se soumettre à l'autorité du conseil d'administration, conformément aux déclarations antérieures de Russell et de Rutherford lui-même. Il rapporte que Rutherford aurait refusé de partager les documents légaux justifiant l'éviction des quatre membres du conseil, malgré ses promesses, et qu'il aurait finalement rejeté toute médiation externe, préférant régler le conflit par la force[118].

Johnson souligne que Rutherford aurait menacé de rendre publique l'affaire, y compris les tensions au sein de l'Église britannique, si les membres du conseil ne se soumettaient pas à son autorité. Il interprète cette attitude comme une volonté de discréditer ses opposants plutôt que de rechercher une solution pacifique. Il mentionne également une interprétation alternative de la parabole des ouvriers de la onzième heure (Matthieu 20:1-16), proposée par un frère, qui contredirait la chronologie prophétique défendue par Rutherford et Russell, mais il rejette cette interprétation comme infondée scripturairement[119].

Médiateur

Johnson se présente comme un médiateur impartial, cherchant à résoudre le conflit entre Rutherford et les membres du conseil d'administration sur une base légale et scripturaire. Il affirme avoir proposé que les questions juridiques soient tranchées par un tribunal ou un comité d'arbitrage, une solution qu'il qualifie de « juste » et que les quatre membres du conseil auraient acceptée. Il déplore que Rutherford ait finalement rejeté cette proposition, préférant une confrontation directe et qualifiant cette décision de préjudiciable à l'Église[120].

Il décrit les difficultés rencontrées dans son rôle de médiateur, notamment le refus de Rutherford de partager les documents légaux avec les membres du conseil et son ultimatum final, exigeant que les quatre membres acceptent le nouveau conseil d'administration ou quittent Béthel. Johnson affirme que Rutherford aurait menacé de publier tous les détails du conflit, y compris les tensions en Grande-Bretagne, si ses exigences n'étaient pas satisfaites. Il conclut que Rutherford aurait ainsi saboté les efforts de médiation tout en préparant secrètement sa contre-attaque[121].

Expulsion de Béthel

Johnson relate en détail son expulsion de Béthel le 27 juillet 1917, qu'il qualifie de scène humiliante et violente. Il décrit comment Rutherford, après avoir échoué à obtenir le soutien de l'association *People's Pulpit Association* (dont dépendait légalement la propriété de Béthel), aurait ordonné son expulsion immédiate, ainsi que celle des quatre membres du conseil d'administration. Johnson affirme avoir été physiquement expulsé par Rutherford, qui l'aurait saisi par le bras et violemment poussé vers la sortie, sous les yeux de nombreux témoins. Il rapporte que Rutherford aurait menacé d'appeler la police s'il ne quittait pas les lieux, et que ses affaires auraient été jetées dehors sans ménagement[122].

Johnson évoque également l'atmosphère de « règne de la terreur » qui régnait à Béthel, selon les témoignages de plusieurs membres, et compare cette situation à celle de l'Europe en guerre. Il décrit comment Rutherford aurait orchestré une campagne de « chuchotements » et de rumeurs pour discréditer ses opposants, y compris lui-même. Il conclut en exprimant son amour pour tous les frères, y compris Rutherford et ses partisans, malgré l'injustice subie, et en affirmant que cette épreuve a renforcé sa foi en la grâce divine[123].

Contenu

Comment a-t-il pu faire ces choses ?

Paul S.L. Johnson poursuit son analyse des actions de Joseph Franklin Rutherford et de ses associés, qu'il accuse d'avoir conspiré pour concentrer le pouvoir au sein de la Société Watch Tower. Il affirme que Rutherford, Van Amburgh et Macmillan ont planifié chaque détail de l'élection du 6 janvier 1917, y compris la préparation des résolutions visant à conférer au président des pouvoirs exécutifs et managériaux étendus. Johnson souligne que Rutherford a fourni à l'avance un compte rendu des procédures de l'assemblée des actionnaires à un frère pour publication dans la presse, omettant de mentionner que les nominations avaient été verrouillées et qu'aucune autre candidature n'était possible. Il critique également le fait que Rutherford ait préparé une résolution recommandant sa propre nomination comme directeur exécutif et manager, sans consultation préalable du conseil d'administration[124].

Johnson évoque une dualité dans la personnalité de Rutherford, citant un proche qui distingue « le frère Rutherford », aimé et respecté, et « l'avocat Rutherford », dont les méthodes sont contestées. Il attribue la rédaction de la brochure Harvest Siftings à cette seconde facette, expliquant que les avocats ont tendance à construire des théories et à manipuler les faits pour les y adapter. Selon lui, cette approche explique les nombreuses distorsions présentes dans le document, notamment plus de 200 fausses représentations visant spécifiquement Johnson[125].

L'auteur justifie sa propre démarche en citant un article de Charles Taze Russell paru dans La Tour de Garde du 15 septembre 1917, qui encourageait les fidèles à dénoncer les abus de pouvoir au sein de l'organisation. Johnson se présente comme contraint de révéler les faiblesses de ses frères pour alerter la congrégation sur les dangers posés par les agissements de Rutherford, qu'il compare à ceux des frères Shearn et Crawford en Grande-Bretagne, accusés d'avoir sapé les arrangements de Russell et d'avoir instauré un « règne de terreur »[126].

Conclusion

Paul S.L. Johnson conclut son plaidoyer en réaffirmant la véracité des faits exposés et en exprimant sa douleur d'avoir dû les révéler. Il insiste sur son amour pour les frères, y compris ceux qu'il critique, et sur son attachement aux enseignements de Russell. Il rappelle que ses actions en Angleterre et aux États-Unis étaient motivées par la nécessité de préserver les intérêts de l'organisation, conformément aux pouvoirs qui lui avaient été conférés par le comité exécutif. Johnson souligne que ses initiatives ont résisté aux tentatives de Rutherford de les saboter, et il prie pour que ses révélations éclaircissent une situation confuse et bénéficient à la congrégation[127].

Il interroge les actionnaires sur la légitimité de Rutherford à exercer une autorité au sein de la Société Watch Tower, arguant que ce dernier a ignoré les volontés exprimées par Russell dans son testament et sa charte. Johnson suggère que Walter Page, ancien vice-président, serait un président plus approprié que Rutherford, et il appelle les actionnaires à user de leur droit de vote pour faire respecter les dispositions de Russell et écarter ceux qui les enfreignent[128].

Supplément

Dans un supplément rédigé en réponse à la seconde partie de Harvest Siftings, Johnson déplore la persistance des fausses représentations dans les écrits de Rutherford. Il conteste notamment l'utilisation du terme « journal des opposants » pour qualifier Light After Darkness, tout en se réjouissant que Rutherford reconnaisse désormais que le conseil d'administration est seul habilité à établir les règlements internes et à contrôler les affaires de la Société. Johnson exprime cependant ses doutes quant à la sincérité de cette concession, craignant que l'insistance de Rutherford sur sa propre direction n'annule cette reconnaissance[129].

Il clarifie la distinction entre les rôles de contrôleur, d'exécutif et de manager, soulignant que le conseil d'administration est censé initier les politiques et programmes, tandis que l'exécutif et le manager en supervisent la mise en œuvre. Johnson accuse Rutherford d'avoir usurpé le rôle de contrôleur, en prenant des décisions unilatérales sans consulter le conseil, comme la nomination de représentants personnels, la modification de l'organisation du travail pastoral, ou la publication du volume VII des Études dans les Écritures sans autorisation. Il énumère plusieurs exemples concrets où Rutherford a outrepassé ses prérogatives, notamment en annulant des décisions du conseil, en refusant de se soumettre à ses questions, ou en violant les dispositions du testament de Russell[130].


Contrôle abusif de Joseph Rutherford

Cette section critique sévèrement la mainmise de Joseph Franklin Rutherford sur la direction de la Société Watch Tower, en particulier après la mort de Charles Taze Russell. La publication affirme que Rutherford a outrepassé ses prérogatives en s'arrogeant un contrôle absolu sur les affaires de l'organisation, notamment en dominant le comité éditorial et en nommant un rédacteur en chef adjoint sans consultation du conseil d'administration[131]. Elle souligne que cette attitude contredit les principes de gouvernance collective prévus par les statuts de la Société, qui stipulent que les décisions doivent être prises par unanimité ou majorité au sein du conseil.

La publication met en lumière plusieurs abus de pouvoir, notamment l'éviction illégale de quatre administrateurs légitimes en juillet 1917, remplacés par des partisans de Rutherford sans élection régulière[132]. Elle rappelle que les statuts de la Société prévoient que les administrateurs sont nommés à vie, sauf révocation lors des assemblées annuelles des actionnaires, une procédure que Rutherford a ignorée. Cette manœuvre est qualifiée de « désordonnée et illégale », comparée aux méthodes légales employées par Russell en 1894 et 1908 pour remplacer des administrateurs, qui avaient respecté les procédures statutaires[133].

La section dénonce également une campagne mondiale menée par Rutherford pour consolider son contrôle, tout en prétendant ne pas chercher le pouvoir. Elle cite des exemples concrets de répression interne, comme l'exclusion de Menta Sturgeon de l'équipe éditoriale et de la famille Bethel pour avoir soutenu les arrangements de Russell[134]. La publication accuse Rutherford d'avoir « frappé » (c'est-à-dire sanctionné) quiconque s'opposait à son autorité, créant un climat de peur et de division au sein du mouvement.

Enfin, la section aborde les conséquences juridiques des actions de Rutherford. Elle souligne que si les postes des administrateurs évincés étaient réellement vacants, alors ceux de Rutherford et de ses alliés le seraient également, invalidant ainsi toutes les décisions prises depuis janvier 1917, y compris les nouveaux règlements internes qui lui accordent des pouvoirs exécutifs[135]. La publication suggère que les tribunaux pourraient qualifier ces agissements de frauduleux, d'autant plus que Rutherford a agi en tant que bénéficiaire direct de ces changements.

Pour conclure, la section encourage les actionnaires à exercer leur droit de vote lors de la prochaine assemblée annuelle en utilisant des procurations modifiées, afin de protester contre les demandes de déclaration de loyauté envers la Société et de refuser toute manipulation préélectorale[136]. Elle propose des instructions pratiques pour remplir ces procurations de manière à protéger les intérêts des membres et à éviter que le secrétaire de la Société ne connaisse à l'avance les noms des mandataires. Une adresse est fournie pour obtenir gratuitement des exemplaires supplémentaires de la publication : P.S.L. Johnson, 71 Orange St, Brooklyn, N.Y.

Illustrations du numéro

Références

  1. Harvest Siftings Reviewed (novembre 1917), p. 8.
  2. Wikipedia, History of Jehovah's Witnesses, consulté en 2024.
  3. Harvest Siftings Reviewed (novembre 1917), p. 8.
  4. Wikipedia, Paul S. L. Johnson, consulté en 2024.
  5. Harvest Siftings Reviewed (novembre 1917), p. 4.
  6. Archive.org, texte intégral du schisme de 1917, consulté en 2024.
  7. Harvest Siftings Reviewed (novembre 1917), p. 8.
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