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La Tour de Garde du 15 juillet 1940

De Tj-encyclopédie
La Tour de Garde du 15 juillet 1940
Revue La Tour de Garde
Date 1940
Année 1940
Éditeur Watch Tower Bible and Tract Society

Ce numéro est principalement consacré à l'interprétation prophétique de Sophonie 3:14-19, appliquée à la situation contemporaine des témoins de Jéhovah. La joie promise par Jéhovah à ses serviteurs fidèles y est présentée comme une réalité déjà en cours d'accomplissement, indissociable de la proclamation du « Gouvernement théocratique » et du rassemblement du « reste » des oints après les épreuves de la Première Guerre mondiale.

L'article principal articule trois jalons historiques — 1918, 1919 et 1938 — comme autant d'étapes décisives dans le perfectionnement de l'organisation théocratique : la captivité et la libération du reste, la révélation progressive sur les « Autorités supérieures » et l'élimination des « anciens électifs », puis l'établissement formel d'une organisation théocratique non démocratique.[1]

La Hiérarchie catholique romaine est désignée nommément comme l'instrument principal de l'opposition contre le peuple de Jéhovah, dans le cadre d'une lecture eschatologique où la persécution actuelle confirme l'imminence du dénouement annoncé par les prophètes.[2]

Analyse

Croyances

Le livre de Sophonie fournit à ce numéro sa grille de lecture principale : les versets 14 à 19 du troisième chapitre sont commentés successivement et rapportés à des événements précis de l'histoire récente du mouvement, l'interruption de l'activité en 1918, le rassemblement de 1919, la guérison de « celle qui boitait » et le retour de « celle qui avait été chassée ».[3] Ce procédé d'application d'un livre prophétique hébreu entier à la chronologie du mouvement est caractéristique de la méthode exégétique adoptée par Rutherford à partir du milieu des années 1920, période où il puise abondamment dans les livres des Rois et dans les prophètes mineurs pour construire ses développements eschatologiques.[4] Le recours à la traduction de Rotherham pour Sophonie 3:18« Les tristes exilés de l'assemblée désignée, je les ai rassemblés » — est déterminant pour l'interprétation retenue : c'est cette version, et non la King James, qui permet de lire le verset comme une prophétie d'exil puis de rassemblement matériel, appliqué ensuite aux emprisonnements de 1918.[5]

L'année 1918 comme date de la venue du Christ au temple constitue la clé de voûte doctrinale de trois des quatre parties du premier ensemble d'articles.[6] Cette datation résulte d'une révision : le discours prononcé en 1922 redéfinit rétrospectivement 1918 comme l'entrée du Christ au temple « à des fins de jugement », alors que la chronologie antérieure de Russell fixait à 1874 la présence du Christ et à 1878 la résurrection des saints endormis, cette dernière étant déplacée à 1918 en 1927.[7] L'affirmation selon laquelle « Voici, en ce temps-là, j'interviendrai contre tous ceux qui t'oppriment » se rapporte au commencement de l'« œuvre étrange » relève d'une lecture d'Ésaïe 28:21 qui structure l'eschatologie du mouvement depuis les années 1920.[8] Les « plaies » d'Apocalypse 16:1-21 ainsi déversées sur la « chrétienté » correspondent, dans l'exégèse élaborée sous Rutherford, aux sept résolutions adoptées par les conventions annuelles de 1922 à 1928, la première étant celle de Cedar Point du 5 au 13 septembre 1922.[9]

L'interprétation d'Apocalypse 11:3-12 développée dans le troisième article repose sur un calcul chronologique que le texte ne restitue pas : les 1 260 jours d'Apocalypse 11:2-3 sont comptés à partir de décembre 1914, ce qui produit une échéance en juin 1918 — d'où la date du 20 juin 1918 retenue comme moment de la cessation complète du témoignage.[10] Les « deux témoins » ne désignent pas deux individus mais la classe ointe organisée, identifiée à l'« esclave fidèle et avisé » de Matthieu 24:45-47.[11] Le refus de lire les « trois jours et demi » comme une durée symbolique ou littérale, et leur réduction au délai de putréfaction d'un cadavre, écarte délibérément la méthode du jour-pour-une-année appliquée par ailleurs aux 1 260 jours du même chapitre : la même prophétie est donc lue selon deux régimes temporels distincts selon le verset considéré.[12] La séquence événementielle sous-jacente est celle de l'emprisonnement des administrateurs de la Société Watch Tower en mai 1918 sous la loi sur l'espionnage, de leur libération le 26 mars 1919 et de l'abandon ultérieur des charges ; la « montée au ciel dans une nuée » d'Apocalypse 11:12, comprise comme élévation à des privilèges célestes de service, recouvre exactement la prétention d'une investiture divine de la direction en 1919.[13] L'identification de la « grande ville » de Apocalypse 11:8 au monde et à l'organisation de Satan plutôt qu'à Jérusalem est elle-même l'aboutissement d'un déplacement : Le Mystère Accompli enseignait qu'en 1918 les Églises tomberaient et que les oints seraient enlevés au ciel, prédiction dont l'échec impose de relire l'année 1918 comme celle d'un jugement du peuple de Dieu lui-même et non de la destruction de la chrétienté.[14]

La typologie Élie/Élisée articule les deux phases de l'œuvre de prédication, l'« œuvre d'Élie » close dans la tourmente de 1918 et l'« œuvre d'Élisée » ouverte à Cedar Point en septembre 1919.[15] Le support scripturaire choisi, 1 Rois 19:16, se situe immédiatement après la fuite d'Élie devant Jézabel rapportée en 1 Rois 19:1-4, elle-même invoquée séparément comme figure du reste chassé de la « Terre Sainte » du service durant la guerre.[16] L'enchaînement biblique fuite du prophète puis ordre d'oindre son successeur fournit ainsi une matrice où l'interruption de l'activité et la reprise sous une forme nouvelle se trouvent toutes deux inscrites dans le même chapitre, la transmission de mission étant scellée en 1 Rois 19:19-21 par le jet du manteau sur Élisée.[17] Le couple Élie-Élisée, où le second prophète prolonge et amplifie l'œuvre du premier après réception du manteau, constitue par ailleurs un lieu classique de l'exégèse typologique chrétienne, que l'application ici faite à deux périodes datées de l'histoire d'un mouvement contemporain singularise.[18]

La réinterprétation des « autorités supérieures » de Romains 13:1 occupe une double fonction dans ce numéro. Elle est d'abord présentée comme une révélation datée, rattachée tantôt à 1928 tantôt à 1929 selon les passages, ce qui reflète l'échelonnement réel de sa publication dans La Tour de Garde des 1er et 15 juin 1929.[19] Elle sert ensuite d'explication théologique rétrospective à l'échec de 1918 : la « claudication entre deux opinions » du reste, partagé entre l'obéissance aux dirigeants humains qu'il croyait être les « autorités supérieures » et la fidélité à Jéhovah, devient l'infirmité que Jéhovah guérit en 1919 — une doctrine erronée est ainsi transformée en cause identifiée d'une défaillance collective, dont la correction ultérieure vaut guérison.[20] Ce mécanisme de révision justifiée par la « lumière progressive », appuyé sur Proverbes 4:18, est constitutif du rapport de l'organisation à ses propres énoncés antérieurs ; Chryssides observe que la prophétie sert alors moins à prédire l'avenir qu'à discerner rétrospectivement un plan divin dans les événements déjà survenus, ce que le traitement de 1918 dans ce numéro illustre de bout en bout.[21]

Le traitement de la repentance apparente de certains oppresseurs, appuyé sur Ésaïe 60:14, s'articule à la catégorie des « Jonadabs » introduite en 1932 pour désigner les personnes de bonne volonté extérieures au reste des 144 000, catégorie que les articles convoquent explicitement dans leur exhortation finale.[22] La « famine » spirituelle d'Amos 8:11 infligée à la chrétienté et l'« acte étrange » final, présenté comme rendant impossible toute échappatoire devant l'Exécuteur de Jéhovah selon Marc 13:19, ferment cette séquence : l'avertissement précède l'exécution, et la période entre les deux définit la fenêtre où le ralliement au « Gouvernement Théocratique » demeure possible.[23]

Organisation et histoire

Le récit de 1918-1919 comme socle de légitimité institutionnelle

L'ensemble du numéro est organisé autour d'une même séquence événementielle, rappelée dans trois articles distincts : la mise à l'arrêt de l'activité des étudiants de la Bible en 1918, la détention de leurs responsables, puis leur libération et la relance de 1919. Le 20 juin 1918 est donné comme la date exacte à laquelle l'œuvre de témoignage fut complètement interrompue.[24] Cette date correspond au terme d'un calcul prophétique propre à l'organisation, qui fait courir les 1 260 jours d'Apocalypse 11:2-3 de décembre 1914 à juin 1918, produisant ainsi la « mort » symbolique des deux témoins.[25] Sur le plan factuel, Rutherford et les membres du conseil d'administration de la Watch Tower Bible and Tract Society furent effectivement arrêtés et emprisonnés en mai 1918, puis libérés au printemps 1919, les charges étant finalement abandonnées.[26] Le numéro retient le 26 mars 1919 comme date de l'ouverture des portes de la prison.[27]

Deux mesures administratives précises sont retenues comme constitutives de cet épisode : la confiscation par le gouvernement du livre Le Mystère Accompli, qui servit de motif à l'arrêt du travail, attestée par une citation de presse annonçant la fin de l'ouvrage, et le refus opposé aux dirigeants de la Société de la liberté sous caution dans l'attente de leur appel.[28] Le grief contre l'ouvrage n'était pas sans rapport avec son contenu : Le Mystère Accompli annonçait la chute des Églises en 1918, ce qui éclaire la lecture faite ici de la « grande ville » où gisent les corps des deux témoins.[29]

La convention de Cedar Point de 1919 comme acte de refondation

La convention internationale tenue à Cedar Point, dans l'Ohio, en septembre 1919, est nommée et datée comme le moment où des milliers de participants se rassemblèrent après la libération des responsables.[30] C'est à cette occasion que la nouvelle assignation collective aurait été comprise : l'« œuvre d'Élie » close, l'« œuvre d'Élisée » ouverte, avec renvoi à 1 Rois 19:16, le verset où l'ordre est donné d'oindre un successeur au prophète en fuite.[31] Cette convention de 1919 et La Tour de Garde sont explicitement désignées comme les deux canaux par lesquels furent produites les preuves scripturaires de ce passage d'une phase à l'autre — soit une assemblée et un périodique, sans mention d'aucune instance délibérative intermédiaire.[32]

La campagne de publicité qui accompagna la relance relève d'une stratégie médiatique délibérée : des annonces pleine page furent achetées dans la presse à travers le pays pour faire état de la condamnation des responsables à quatre-vingts ans de prison et inviter le public à venir entendre leur explication, méthode décrite comme ayant attiré de grandes foules et permis la reprise rapide du travail.[33] Le retournement de l'opprobre judiciaire en argument de recrutement est ainsi assumé comme tel.

La réfutation des prétentions dissidentes à la représentation du Seigneur

Une prise de position organisationnelle explicite est formulée contre ceux qui soutiennent qu'une société ou une catégorie entièrement différente représenterait le Seigneur depuis 1918 et que les fidèles antérieurs ne seraient plus à son service ; l'argument avancé est que le Seigneur a relevé la même compagnie d'hommes pour accomplir son œuvre, ce qui prouverait que l'organisation est théocratique, une et identique.[34] Cette réfutation vise un contentieux réel : la crise de succession ouverte à la mort de Russell avait donné naissance à des groupes concurrents, dont le Pastoral Bible Institute, qui contestaient précisément la légitimité de la direction en place.[35] Le dispositif argumentatif repose ici sur la continuité des personnes plutôt que sur une procédure : c'est l'identité du personnel dirigeant avant et après 1918 qui fonde la validité de l'institution.

Le corollaire disciplinaire de cette continuité est la catégorie du « mauvais serviteur », appliquée à ceux qui ne furent pas rassemblés après 1918 et qui sont dits « retranchés de la ville sainte » selon Zacharie 14:1-2.[36] La frontière entre les rassemblés et les retranchés est donc rétroactive : elle est tracée en 1940 sur des comportements datant de vingt-deux ans plus tôt, et sert à qualifier religieusement les départs et les scissions de cette période.

La série des réformes de gouvernance de 1928 à 1938

Le numéro énumère comme jalons d'une même progression trois décisions organisationnelles successives : la révision de 1928 sur les « autorités supérieures » de Romains 13:1, désormais rapportées à Jéhovah et au Christ et non plus aux puissances politiques ; la suppression des « anciens électifs » responsables des congrégations locales ; et enfin, en 1938, la reconnaissance que l'organisation de Jéhovah est nécessairement théocratique et non démocratique.[37] Ces trois mesures forment une même opération : le transfert de l'autorité congrégationnelle, jusque-là issue du vote des assemblées locales, vers la direction centrale.

La datation du revirement sur Romains 13:1 est instable à l'intérieur même du numéro, qui la situe tantôt en 1928, tantôt « vers 1929 ».[38] L'exposé détaillé de la nouvelle position parut effectivement dans La Tour de Garde des 1er et 15 juin 1929.[39] L'usage organisationnel de ce changement est ici rétrospectif : il sert à expliquer et à excuser la conduite des consacrés durant la Première Guerre mondiale, décrits comme ayant « boité entre deux opinions » parce qu'ils croyaient devoir obéissance aux dirigeants humains, et dont Jéhovah aurait reconnu l'ignorance avant de les restaurer en 1919.[40] Une décision doctrinale prise à la fin des années 1920 est ainsi convertie en circonstance atténuante pour un manquement collectif antérieur d'une décennie.

La révision elle-même est justifiée par le principe de la « lumière progressive », fondé sur Proverbes 4:18, qui autorise l'organisation à modifier ses positions sans reconnaître d'erreur ; Chryssides observe que la prophétie sert chez les Témoins à discerner un plan divin dans l'histoire déjà advenue plutôt qu'à prédire l'avenir, ce qui décrit exactement le mécanisme à l'œuvre dans ce numéro.[41]

La question du nom et de l'identité collective

L'attribution d'un « nouveau nom » est rattachée à la délivrance de 1919 et lue comme l'accomplissement de Sophonie 3:19, la restauration du reste au service du Royaume lui valant à la fois une louange et une renommée.[42] Le numéro emploie parallèlement les deux désignations : « étudiants de la Bible » pour la période 1918-1919, notamment dans les déclarations de presse hostiles alors publiées, et « témoins de Jéhovah » pour les fidèles contemporains.[43] Cette coexistence des deux appellations dans un même exposé indique que la seconde n'est pas présentée comme une rupture mais comme la révélation du nom qui aurait toujours été celui du groupe fidèle.

Un fait éditorial précis accompagne ce dédoublement nominal : le recueil de témoignages sur les mauvais traitements infligés aux jeunes objecteurs dans les camps militaires est renvoyé au numéro 27 de L'Âge d'Or, périodique alors publié sous le titre Consolation.[44] La double dénomination du périodique est donc explicitée pour le lecteur, comme l'est celle du groupe lui-même.

Le tournant méthodologique de 1922

L'année 1922 est datée comme le point de départ d'une proclamation qualifiée d'agressive du « Gouvernement théocratique », entreprise par le reste sous la direction attribuée au Christ Jésus et décrite comme une source de tourment pour les systèmes religieux.[45] Cette datation correspond à un événement institutionnel précis : la convention de Cedar Point tenue du 5 au 13 septembre 1922, dont la résolution ouvrit une série de sept résolutions adoptées lors des conventions annuelles jusqu'en 1928, identifiées dans l'exégèse de l'organisation aux sept coupes d'Apocalypse 16.[46] L'« œuvre étrange » évoquée dans le numéro, qui déverse sur la chrétienté une série de plaies et lui inflige une famine spirituelle, renvoie ainsi à un dispositif conventionnel daté et non à une notion vague : ce sont les résolutions successives des assemblées de 1922 à 1928 qui constituent matériellement les plaies annoncées.[47]

Le numéro combine donc deux repères organisationnels distincts — 1919 pour le rassemblement et 1922 pour l'offensive publique — là où les deux dates sont fréquemment confondues dans la mémoire du mouvement ; la première fonde la légitimité de la direction, la seconde inaugure la méthode de prédication confrontationnelle qui caractérise l'activité à la date de parution.[48]

Contenu

Instruction (8e partie)

Le temps de la réjouissance

Cet article, dont le verset introductif est tiré du Psaume Psaumes 105:43, développe le thème de la joie promise par Jéhovah à ses serviteurs fidèles dans les temps présents. La fidélité et l'obéissance sont présentées comme les conditions de cette joie ; les témoins de Jéhovah sont dépeints comme des combattants spirituels dont la peur des hommes et des démons devrait être entièrement dissipée par la certitude divine.[49]

Le progrès du « Gouvernement théocratique » est décrit comme amenant une opposition de plus en plus intense, qui atteindra bientôt son point culminant. Face à cette adversité annoncée, les fidèles sont invités à rejeter toute crainte et à maintenir leur intégrité, avec la promesse d'être « pour toujours bénis ».[50] La distinction entre le « reste » (les 144 000 oints sur terre) et la « grande foule » — désignée comme les « étrangers » rejoignant Sion — est posée d'emblée : tous deux sont conviés à chanter ensemble la louange de Jéhovah, selon Apocalypse 14:1-3 et Psaumes 149:1-2.[51]

La prophétie de Sophonie 3:14 sert de fil directeur : « Chante, ô fille de Sion ; crie de joie, ô Israël » est commenté comme une injonction adressée non pas à la foule religieuse et politique, mais aux seuls disciples fidèles du Christ, tels que définis dans Sophonie 3:1. L'épisode d'Josaphat conduisant les Israélites contre les armées d'Ammon, de Moab et du mont Séir (2 Chroniques 20:22) est cité comme une figure prophétique dont l'accomplissement ultime concerne les Israélites spirituels de l'époque actuelle.[52]

La page suivante développe la portée historique récente de cette joie spirituelle.[53] Depuis 1922, le reste, sous la direction du Christ Jésus, aurait entrepris une proclamation agressive du Gouvernement théocratique, source de tourment pour les systèmes religieux. Lors de la Première Guerre mondiale, les consacrés sont jugés avoir manqué à leur devoir par crainte des hommes ; c'est en 1919 que les fidèles auraient commencé à se réveiller à leur situation réelle, lorsqu'ils reconnurent la présence du Christ Jésus au temple, inaugurant ainsi leur véritable joie — selon Sophonie 3:15 : « Le Seigneur a ôté tes jugements, il a chassé ton ennemi ; le roi d'Israël, le Seigneur lui-même, est au milieu de toi ».[54]

Plusieurs révélations doctrinales successives sont présentées comme autant de sources de joie progressive pour le peuple de Dieu : en 1928, la compréhension que les « autorités supérieures » mentionnées dans Romains 13:1 désignent non les puissances politiques mondiales mais Jéhovah et le Christ Jésus eux-mêmes ; puis l'élimination des « anciens électifs » responsables des congrégations locales ; enfin, en 1938, la révélation que l'organisation de Jéhovah est nécessairement théocratique et non démocratique.[55] Ces jalons organisationnels et doctrinaux sont encadrés par des citations prophétiques de Zacharie 2:10-11 et Zacharie 8:3, qui présentent le rassemblement de « nombreuses nations » vers Jéhovah comme une réalité en cours d'accomplissement à travers l'afflux des « gens de bonne volonté » vers les témoins. La persécution actuelle — désignée comme le fait de la Hiérarchie catholique romaine, de ses alliés totalitaires et de leurs instruments — est présentée non comme une punition divine, mais comme la manifestation de l'hostilité de l'organisation de Satan, tandis que Apocalypse 22:3-4 est cité en clôture de développement pour souligner la fidélité définitive des serviteurs de Dieu.[56]

L'assemblée

En 1918, le peuple de Jéhovah est décrit comme ayant été « retranché » de la jouissance de ses assemblées communes, emporté captif par l'ennemi ; certains furent réellement emprisonnés et tous furent privés de leur liberté. C'est en 1918 que le Christ Jésus serait venu au temple, et les saints depuis longtemps morts auraient alors été ressuscités et rassemblés auprès du Seigneur. Les captifs soupiraient dans l'attente de ce rassemblement au temple du mont Sion, dans l'état décrit en Romains 8:23.[57]

Une autre traduction de Sophonie 3:18« Les tristes exilés de l'assemblée désignée, je les ai rassemblés » (Rotherham) — est appliquée à ceux qui, exilés en 1918 du lieu de réunion désigné par Dieu, se seraient réjouis lorsqu'ils furent rassemblés en 1919 et que le Seigneur ranima l'œuvre de la Théocratie. Les Israélites spirituels ainsi rassemblés sont présentés comme chantant les paroles du Psaumes 122:1-2, Psaumes 122:4, Psaumes 122:8, Psaumes 84:2, Psaumes 84:7, Psaumes 42:2, Psaumes 42:4 et Psaumes 63:1-2, exprimant leur soif ardente de la présence de Dieu.[58]

La prophétie de Sophonie 3:18 est analysée plus avant : ceux qui sont rassemblés sont ceux qui étaient « de toi » — des consacrés qui avaient été absents de l'organisation du Seigneur parce que captifs ou emprisonnés par l'organisation ennemie durant la Première Guerre mondiale. Leur captivité leur était un fardeau et un opprobre. N'ayant pas maintenu leur intégrité ni rendu témoignage du Royaume durant cette période, ils auraient contribué à l'opprobre sur l'organisation de Jéhovah. Ceux appartenant à la classe du « mauvais serviteur » ne furent pas rassemblés après 1918, mais « retranchés de la ville sainte » selon Zacharie 14:1-2 ; les fidèles, eux, furent dans la tristesse jusqu'à leur rassemblement, moment où leur joie véritable commença.[59]

À ceux qui demeurèrent fidèles dans l'affliction, Jéhovah adresse la promesse de Sophonie 3:19 : « Voici, en ce temps-là, j'interviendrai contre tous ceux qui t'oppriment ; je sauverai celle qui boitait, je rassemblerai celle qui avait été chassée ».[60] La première partie de ce verset, selon la traduction Rotherham, est interprétée comme se rapportant au début de l'« œuvre étrange » de Jéhovah, à laquelle ses fidèles sont associés. Cette « œuvre étrange » expose les oppresseurs hypocrites du domaine religieux et déverse sur la « chrétienté » une série de « plaies » terribles, lui infligeant une « famine » spirituelle en lui refusant toute vision du dessein divin, selon Apocalypse 16:1-21 et Amos 8:11. Certains oppresseurs semblent alors se repentir — décrits comme ceux qui, ayant affligé et méprisé Sion, viendront se prosterner à ses pieds selon Ésaïe 60:14 — mais l'« acte étrange » final signifiera l'impossibilité pour les oppresseurs d'échapper à l'Exécuteur de Jéhovah, selon Marc 13:19.[61]

La question de qui sera sauvé est répondue par la promesse : « Je sauverai celle qui boitait », interprétée comme désignant le reste de Sion, dépositaire du témoignage de Jésus Christ. Durant la Première Guerre mondiale, ce reste est décrit comme ayant « boité entre deux opinions » — tentant d'obéir aux dirigeants humains qu'il croyait être les « autorités supérieures » tout en désirant être fidèle à Jéhovah. Parce qu'ils étaient de cœur honnête et sincère, Jéhovah restaura le reste en 1919, selon la promesse de Michée 4:6-7.[62]

La vigilance des hommes de religion guettant l'occasion de se débarrasser du peuple consacré de Dieu est décrite à travers les citations de Psaumes 35:15-16 et Jérémie 20:10 ainsi que Psaumes 38:16-18.[63] Cette « claudication » entre deux opinions avait produit une infirmité dans le reste, mais Jéhovah leur accorda grâce en reconnaissant leur ignorance concernant la signification des « autorités supérieures » ; il les rassembla et les restaura en 1919, puis révéla vers 1929 que ces « autorités supérieures » ne désignaient pas les dirigeants terrestres mais Jéhovah Dieu et le Christ.[64]

La promesse de rassembler « celle qui avait été chassée » — expulsée de la « Terre Sainte » du service pour le Royaume durant la guerre — est rapportée à la fuite d'Élie devant Jézabel (1 Rois 19:1-15) comme figure prophétique, et au retour subséquent d'Élie qui préfigure le rassemblement du reste de Sion, par lequel Jéhovah annule et renverse l'action de l'ennemi contre son peuple fidèle.[65] La vision d'Ézéchiel sur les ossements desséchés de toute la maison d'Israël (Ézéchiel 37:11-13) est appliquée à la condition du reste en 1918 — leur espoir semblant perdu, retranchés — et son accomplissement est situé à partir de 1919, lorsque Jéhovah ouvrit leurs sépulcres et les fit sortir de leur « mort » quant à l'activité dans le service du Royaume.[66]

La promesse de Sophonie 3:19« Je les rendrai à la louange et à la renommée » — est interprétée comme s'étant accomplie : la délivrance du reste et sa restauration au service du Royaume furent une louange pour Jéhovah et un honneur pour son nom, lui valant un « nouveau nom ». Cette faveur divine causa la consternation de la Hiérarchie catholique romaine en particulier, selon Apocalypse 11:11-13.[67] Dans chaque pays de la « chrétienté », les hommes de religion sont décrits comme forcés de remarquer les témoins de Jéhovah — la Hiérarchie catholique romaine reconnaissant désormais l'existence d'un peuple refusant de céder à ses sollicitations et ne reculant jamais devant ses inquisiteurs. Les fidèles sont appelés à vivre conformément à l'admonition de tenir ferme dans un seul esprit et d'un même cœur, combattant coude à coude pour la foi de l'Évangile, sans jamais fléchir d'un instant devant leurs adversaires.[68]

Le service au temple

Au jugement du temple, commencé en 1918, les consacrés qui avaient passé l'épreuve sont décrits comme ayant été oints, mandatés et envoyés au service du « Gouvernement Théocratique ». Leur mission consistait à offrir à Jéhovah une offrande en justice, accomplie lorsqu'ils furent envoyés sur la terre pour accomplir l'œuvre assignée sous le Christ Jésus, leur Chef et Roi.[69]

Le rassemblement ou la restauration dont il est question est précisé comme ne concernant pas « l'Israël selon la chair » — peuple typique — mais l'Israël spirituel : le rassemblement des Israélites spirituels, témoins fidèles de Dieu, en une unité visible. La prophétie d'Ézéchiel 28:20-26 est citée : « Ainsi parle le Seigneur l'Éternel : Quand j'aurai rassemblé la maison d'Israël d'entre les peuples parmi lesquels elle est dispersée […] ils habiteront en sécurité dans leur pays ».[70] La promesse d'Amos 9:14-15 complète ce tableau : les serviteurs fidèles de Jéhovah présents sur la terre ne seront plus jamais dispersés par l'ennemi, mais continueront à jamais de le servir et de se réjouir dans son salut.[71]

Soyez instruits

Les Écritures sont présentées comme ayant été écrites pour que l'homme de Dieu soit instruit et pleinement équipé à servir le Très-Haut et son Royaume (2 Timothée 3:16-17). Les sages sont ceux qui recherchent ardemment la justice et la douceur, désireux de connaître la volonté de Dieu et diligents à marcher dans la voie qu'il a tracée. La crainte du Seigneur est décrite comme le commencement de la sagesse, et la connaissance du saint comme l'intelligence, selon Proverbes 9:10.[72]

L'heure de Jéhovah est annoncée comme venue pour l'accomplissement de la prophétie de Sophonie, dont le nom signifierait « caché de Jéhovah ». Sophonie représenterait d'abord le « reste », puis ses « compagnons ». Au jugement du temple commencé en 1918, les approuvés auraient été guéris et édifiés en Sion, puis envoyés avertir la « chrétienté » en particulier et toute l'organisation de Satan que la fin est venue et que la bataille du grand jour du Dieu Tout-Puissant est proche. Leur commission les obligeait également à proclamer le nom de Jéhovah et son gouvernement à tous ceux qui avaient une oreille pour entendre, afin de rassembler les « autres brebis » du Seigneur.[73]

Le reste fidèle, en obéissant constamment aux commandements divins, reçoit en retour une instruction continue par la révélation du sens des prophéties. En ce temps, le Seigneur rassemble ses « autres brebis », qui deviennent les compagnons du reste et se joignent à lui pour proclamer le « Gouvernement Théocratique » et sonner l'avertissement que le jugement final est sur le point d'être pleinement exécuté. Ceux qui sont sages tiennent compte de l'avertissement et s'enfuient vers le « Gouvernement Théocratique », avec la promesse d'y être cachés. La « chrétienté », en revanche, méprise l'instruction divine ; les éléments commerciaux, politiques et militaires rejoignent les hommes de religion pour persécuter les témoins de Jéhovah et leurs compagnons, affirmant avec arrogance qu'ils gouverneront le monde en défi de Jéhovah et de son Roi.[74]

Face à cette rébellion, Jéhovah est présenté comme disant aux récalcitrants : « Attendez-moi seulement. » La question de la vengeance divine est posée au travers de Luc 18:8« Je vous dis qu'il les vengera promptement » — avec la question sous-jacente : le Fils de l'homme trouvera-t-il la foi sur la terre ? Ceux qui ont foi pleine et entière en Jéhovah et en son Roi ne craindront plus les démons ni leurs agents humains ; ils proclameront avec hardiesse et zèle le message qui leur a été confié, démontrant ainsi leur foi et maintenant leur intégrité envers le Très-Haut.[75]

La conclusion de cet article exhorte : que tous ceux qui font confiance au grand Théocrate et à son Roi se réjouissent. Que nul du reste ni des Jonadabs ne tremble ni ne néglige son plein devoir. L'œuvre de témoignage doit être poursuivie avec une vigueur toujours croissante. La victoire est décrite comme certaine et proche, et les fidèles sont invités à chanter en allant : « Mon cœur se réjouira dans ton salut », s'appuyant sur la promesse de Josué 1:9 adressée à l'Israël spirituel par le « grand Josué ».[76]

Ésaü a-t-il été dupé ?

Cet article prend pour point de départ la figure d'Ésaü — décrit comme « habile chasseur, homme des champs » (Genèse 25:27), à l'image de Nimrod, le « puissant chasseur devant l'Éternel » (Genèse 10:8-10). Les deux chasseurs auraient connu la promesse divine faite au paradis d'Éden concernant une Semence à venir, libératrice de l'humanité (Genèse 3:14-15).[77]

Le foyer d'Ésaü était sous les tentes de son père Isaac, fils d'Abraham, l'« ami de Dieu ». Avec Abraham, Dieu avait conclu un contrat solennel — la « promesse abrahamique » (Genèse 22:17-18) — promettant une descendance aussi nombreuse que les étoiles et le sable de la mer, ainsi qu'une bénédiction pour toutes les nations de la terre par le biais d'une Semence royale. La même promesse fut renouvelée à Isaac (Genèse 26:3-4). La question posée est : à laquelle de ses deux fils jumeaux Isaac transmettrait-il la bénédiction et, avec elle, la succession de la promesse abrahamique ?[78]

Selon le droit d'aînesse alors en vigueur en Orient, Ésaü, né quelques instants avant Jacob, aurait normalement dû être l'héritier. Mais Jéhovah avait clairement indiqué qu'une exception s'imposait et que Jacob serait l'héritier. Avant même la naissance des jumeaux, Rébecca avait interrogé le Seigneur, qui lui avait répondu : « Deux nations sont dans ton sein, et deux peuples se sépareront de tes entrailles ; l'un de ces peuples sera plus fort que l'autre, et le plus grand servira le plus petit » (Genèse 25:22-23). Ce passage est lu comme la preuve que c'était le dessein de Dieu que Jacob, né en second, soit l'héritier de la promesse abrahamique.[79]

Les deux fils parvinrent à l'âge d'homme. Ésaü devint un grand chasseur, amateur de plein air, tandis que Jacob était un homme tranquille, demeurant dans les tentes. Ésaü montrait qu'il ne prisait pas le droit d'aînesse — c'est-à-dire la promesse abrahamique — même si, en apparence, il aurait pu s'en prévaloir, ce qui en fait n'était pas le cas, Dieu ayant prédestiné qu'il appartiendrait à Jacob. Le commentaire inspiré cité en Romains 9:10-13 est invoqué : « Jacob, je l'ai aimé ; mais Ésaü, je l'ai haï. » Ésaü accordait plus de prix à son confort égoïste et immédiat qu'à tout ce que la promesse abrahamique pouvait lui apporter.[80]

Le récit de la vente du droit d'aînesse est repris d'après Genèse 25:27-34 : rentré affamé et épuisé de la chasse, Ésaü demanda à Jacob de lui donner du potage de lentilles, et Jacob exigea en échange la vente du droit d'aînesse. Ésaü consentit par serment à cette transaction, et l'article souligne qu'il s'agit là d'un contrat libre et équitable entre deux hommes adultes capables de contracter.[81] Deux raisons sont avancées pour justifier que le droit d'aînesse appartenait légitimement à Jacob : d'une part, l'ordonnance divine antérieure à la naissance de Jacob ; d'autre part, l'achat en bonne et due forme auprès d'Ésaü lui-même.

Malgré ces deux raisons légitimes, Ésaü tenta de priver Jacob de la bénédiction paternelle. Isaac, devenu vieux et aux yeux affaiblis, s'apprêtait à bénir Ésaü après qu'il lui aurait apporté du gibier. Rébecca, connaissant à la fois le décret divin et la mauvaise intention d'Ésaü, conseilla Jacob sur la marche à suivre pour protéger ses droits légitimes. Elle est présentée comme ayant accompli ainsi la volonté de Dieu : elle fit préparer la viande et revêtir Jacob des peaux de chevreaux afin qu'il parût velu comme son frère devant son père aveugle. Jacob reçut la bénédiction d'Isaac, qui lui dit en termes prophétiques : « Que des peuples te servent et que des nations se prosternent devant toi ; sois le maître de tes frères, et que les fils de ta mère s'inclinent devant toi ; maudit soit quiconque te maudit, et béni soit quiconque te bénit » (Genèse 27:29).[82]

Au retour d'Ésaü, constatant que Jacob avait reçu la bénédiction, il conçut une haine mortelle contre son frère et résolut de le tuer dès la mort de leur père. L'article écarte avec fermeté les critiques que de nombreux hommes de religion ont adressées à Jacob et à Rébecca dans cette transaction, les attribuant à l'ignorance du texte scripturaire. Aucune partie de la conduite de Jacob n'est jugée répréhensible. Jéhovah aurait montré ultérieurement qu'Ésaü préfigurait prophétiquement les peuples de la terre qui sont chrétiens de nom seulement, hypocrites et persécuteurs des vrais chrétiens, tandis que Jacob préfigurait les vrais disciples du Christ, représentés inexactement et persécutés par ceux qu'on appelle simplement « chrétiens ».[83]

L'approbation divine de la conduite de Jacob et de Rébecca est soulignée : Jacob avait montré son grand désir pour le droit d'aînesse — qui n'était encore qu'une promesse — tandis qu'Ésaü l'avait méprisé. L'apôtre avertit les chrétiens en Hébreux 12:16-17 de ne pas imiter Ésaü, « homme profane, qui pour un seul mets vendit son droit d'aînesse » et qui ne trouva ensuite aucune possibilité de repentance chez Dieu, bien qu'il l'eût cherchée avec larmes. Jacob, fuyant la colère d'Ésaü sur le conseil de sa mère, reçut de son père Isaac une nouvelle bénédiction avant de partir (Genèse 28:1-5). En route, il s'endormit à un lieu au nord de l'actuel site de Jérusalem, qu'il appela ensuite Béthel — « Maison de Dieu » — et y eut un songe dans lequel Dieu confirma son approbation et renouvela la promesse abrahamique, avec la vision d'une échelle dont le sommet atteignait le ciel et sur laquelle montaient et descendaient les anges de Dieu (Genèse 28:10-15).[84]

Les témoins morts ressuscités

Cet article développe une interprétation de l'Apocalypse (Apocalypse 11:3-12) appliquée à la période de la Première Guerre mondiale et à ses suites immédiates pour les étudiants de la Bible. Le corps des fidèles — hommes et femmes dévoués au Seigneur, formant ses témoins sur terre — aurait été rendu silencieux comme la mort à l'issue de la guerre de 1914-1918, leur œuvre paraissant entièrement terminée.[85]

La date du 20 juin 1918, moment où le travail de témoignage fut complètement interrompu, est présentée comme l'accomplissement de la prophétie de Apocalypse 11:8 : « leurs corps morts giseront dans la rue de la grande ville, qui s'appelle spirituellement Sodome et Égypte, là où aussi notre Seigneur fut crucifié ». Cette « grande ville » est identifiée non à l'Égypte littérale antique, mais au monde ou à l'organisation de Satan. Les mails et les prédications du clergé catholique et protestant auraient rendu ce témoignage aussi répugnant que possible aux yeux du public, le présentant comme pire que les pires ennemis du pays.[86]

Le texte prophétique de Apocalypse 11:9« trois jours et demi, sans permettre que leurs corps morts soient mis dans des sépulcres » — est interprété non comme un temps littéral ou symbolique, mais comme la durée nécessaire à la putréfaction d'un cadavre, suffisante pour que le clergé et ses alliés aient le temps d'oublier les serviteurs de Jéhovah qu'ils croyaient définitivement éliminés. L'image de Lazare mort depuis quatre jours (Jean 11:17-39) est convoquée pour illustrer la puanteur de la décomposition qui symbolise l'état dans lequel le travail de témoignage avait été réduit aux yeux du public.[87]

La presse et les prédicateurs auraient multiplié les déclarations affirmant que les « étudiants de la Bible » étaient définitivement liquidés. Un journal est cité comme ayant écrit à propos du livre confisqué par le gouvernement pour arrêter le travail : « la fin du Mystère accompli a été donnée ».[88] La comparaison est établie avec Jean-Baptiste décapité et le prophète Élie emporté dans un tourbillon de feu. Aucune sépulture honorable ne fut accordée aux corps symbolisés par les deux témoins de Apocalypse 11:3 : les États-Unis refusèrent la liberté sous caution aux dirigeants de la Watch Tower Bible and Tract Society dans l'attente d'un appel, aggravant leur ignominie et exposant leurs frères à l'extérieur au mépris général. La mention d'un « chevalier de Saint-Grégoire-le-Grand » désormais « éteint » est invoquée comme exemple des distinctions pontificales accordées à ceux qui contribuèrent à étouffer ce travail.[89]

Le clergé et ses alliés se réjouirent et se félicitèrent mutuellement de la mort de ces « deux prophètes » qui les avaient tourmentés, jugeant leur œuvre définitivement close (Apocalypse 11:10). De nombreux jeunes hommes consacrés furent maltraités et brutalement punis dans les camps militaires pour avoir refusé de tuer leurs semblables ; le clergé non seulement n'éleva aucune protestation contre ces traitements inhumains, mais s'en réjouit. Un vaste recueil de témoignages donnant les noms de ces persécuteurs et le récit de leurs actes atroces est signalé comme ayant été publié dans le numéro 27 du magazine L'Âge d'Or (alors connu sous le nom de Consolation). Certains de ceux qui contribuèrent à détruire ce travail de témoignage furent même décorés par le pape pour leurs « vaillants » exploits, conformément à la prophétie de Psaume 35:15-16.[90]

L'article développe ensuite la résurrection des témoins, fondée sur Apocalypse 11:11 : « après trois jours et demi, l'esprit de vie venant de Dieu entra en eux, et ils se tinrent sur leurs pieds ». Cette résurrection ne fut pas soudaine, mais graduelle : les fidèles à l'extérieur des prisons, comme ceux à l'intérieur, cherchèrent continuellement à témoigner du nom du Seigneur. Le 26 mars 1919, les portes de la prison s'ouvrirent par la grâce du Seigneur, et en septembre de la même année, des milliers de témoins de Jéhovah se réunirent en convention internationale à Cedar Point, en Ohio.[91]

Cette assemblée de 1919 à Cedar Point est présentée comme le moment où les fidèles comprirent pour la première fois que le « travail d'Élie » était achevé et qu'un autre grand travail restait à accomplir, préfiguré par le successeur d'Élie, le prophète Élisée. Le reste des témoins de Jéhovah sur terre devait accomplir ce travail d'Élisée (1 Rois 19:16). La continuité organisationnelle est affirmée avec force contre ceux qui prétendent qu'une société ou catégorie entièrement différente aurait représenté le Seigneur depuis 1918, et que les fidèles d'avant ne seraient plus à son service. La preuve scripturaire est jugée sans équivoque : le Seigneur lui-même a élevé la même compagnie d'hommes pour accomplir son œuvre, prouvant ainsi que l'organisation est théocratique, une et identique, de Dieu seul.[92]

La réaction du roi Hérode apprenant les miracles de Jésus (Matthieu 14:1-2) est évoquée en parallèle : de même qu'Hérode fut alarmé en pensant que Jean-Baptiste était ressuscité, l'assemblée des témoins de Jéhovah à Cedar Point en septembre 1919 frappa d'effroi les ecclésiastiques et leurs alliés. Il est écrit en Apocalypse 11:11 qu'une grande crainte s'empara de ceux qui les virent ressusciter (Psaume 48:2-6). Au lieu de dissimuler l'emprisonnement de leurs responsables, les témoins publièrent des annonces pleine page dans les journaux à travers le pays, annonçant que ces responsables avaient été condamnés à quatre-vingts ans de prison pour avoir dit la vérité, et invitant le public à entendre leur explication. De grandes foules accoururent pour entendre, et le travail de témoignage fut rapidement relancé.[93]

La convention de Cedar Point de 1919 et La Tour de Garde auraient produit de nombreuses preuves scripturaires établissant que le travail d'Élie s'était terminé dans la tourmente de feu de 1918 et que le travail d'Élisée du reste devait commencer. L'invitation du Seigneur à ses témoins — « Monte ici. Et ils montèrent au ciel dans une nuée, et leurs ennemis les regardèrent » (Apocalypse 11:12) — est interprétée comme un rassemblement du Seigneur vers lui de son peuple de l'alliance (Psaume 50:5), ceux qui avaient été rejetés par les religieux (Psaume 147:2). « Monter au ciel dans une nuée » figure le fait que les serviteurs de Dieu, se relevant de la poussière de l'humiliation et de la mort, furent élevés à des privilèges célestes de service et reçurent une part dans l'œuvre du royaume céleste, témoignant pour le gouvernement théocratique de Jéhovah Dieu par le Christ Jésus. Les prophéties d'Ésaïe (Ésaïe 52:2 ; Ésaïe 60:1-2) sont citées comme s'appliquant alors à cette résurrection spirituelle du peuple de Dieu.[94]


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Illustrations du numéro

Références

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