La Tour de Garde du 1er novembre 1940
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| La Tour de Garde du 1er novembre 1940 | |
|---|---|
| Revue | La Tour de Garde |
| Date | 1940 |
| Année | 1940 |
| Éditeur | Watch Tower Bible and Tract Society |
La question de la suprématie universelle — qui, de Jéhovah ou de Satan, détient le droit légitime de gouverner l'humanité — constitue l'axe doctrinal central de ce numéro. Cette « grande question » est présentée comme le véritable moteur de l'histoire contemporaine : la montée des régimes totalitaires depuis 1918, la guerre en cours, les persécutions subies par les Témoins de Jéhovah sont toutes interprétées à l'aune de ce conflit cosmique entre la Théocratie divine et la domination de Satan sur les nations.
L'identité et la mission des Témoins de Jéhovah occupent également une place structurante : le « reste » du « petit troupeau » et les « autres brebis » y sont définis dans leurs rôles respectifs, l'un proclamant le nom et le Royaume de Jéhovah sur la terre, l'autre constituant une « grande foule » promise à la survie d'Harmaguédon. La Hiérarchie catholique romaine est désignée nommément comme l'instrument terrestre principal de Satan, appuyée par des citations de presse contemporaines sur les relations entre l'Église et les régimes belligérants.
Analyse
Croyances
La souveraineté universelle, matrice explicative du mal
La grande question posée dès les premières pages est celle de savoir qui est le souverain suprême et de qui la domination doit prévaloir.[1] Cette formulation n'est pas un préambule rhétorique : elle constitue le cadre théologique d'où découle mécaniquement tout le reste de l'argumentation du numéro. La doctrine de la « justification » du nom et de la souveraineté de Jéhovah était devenue la doctrine primaire de l'organisation depuis 1929, supplantant en importance la rançon qui occupait cette place sous Charles Taze Russell.[2] Ce numéro en offre une application intégrale : le problème du mal cesse d'être une énigme morale pour devenir une question de droit constitutionnel cosmique.
Le récit qui remplit ce cadre est celui du défi lancé par Satan : s'il pouvait amener tous les hommes à désobéir volontairement, cela prouverait que sa puissance égale ou surpasse celle de Jéhovah, Dieu ayant accepté le défi et accordé à son adversaire toute latitude pour le relever, selon Exode 9:16.[3] Cette construction résout par une seule opération le problème classique de la théodicée : la permission du mal n'est plus un scandale à justifier mais un délai procédural nécessaire à l'administration de la preuve. L'argument scripturaire mobilisé ici reste Exode 9:16 plutôt que le passage de Job 2:4-5 où Satan conteste l'intégrité humaine, ce qui déplace l'accent de la loyauté individuelle vers la démonstration de puissance.
L'accès à cette clé d'interprétation est conditionné dès l'ouverture par un critère discriminant : ceux qui craignent les hommes et suivent leurs traditions humaines sont déclarés incapables de découvrir la bonne réponse aux questions posées.[4] Ce filtre s'appuie implicitement sur la tradition sapientiale où craindre l'homme, ou lui accorder le respect et l'obéissance dus à Dieu, conduit à l'entrave et à la ruine[5], et sur la dénonciation prophétique d'une piété réduite à un commandement enseigné par des hommes[6]. La conséquence logique est considérable : l'objection extérieure est disqualifiée avant d'être formulée, puisque son auteur est par définition rangé du côté de ceux qui ne peuvent comprendre. La doctrine se dote ainsi d'une immunité épistémologique intégrée.
1914 et 1918 comme opérateurs de datation du présent
La question abstraite de la souveraineté reçoit ici des coordonnées calendaires précises : l'intronisation du Christ Jésus comme Roi est fixée à 1914, suivie d'une guerre céleste dont l'issue est la précipitation de Satan et de ses démons sur la terre, selon Apocalypse 12:1-10.[7] Cette date résulte du calcul des « temps des Gentils », période de 2 520 ans comptée à partir de 607 avant notre ère et aboutissant à octobre 1914. L'articulation entre cette chronologie et Apocalypse 12 avait été développée quinze jours plus tôt dans La Tour de Garde du 15 octobre 1940 ; les détails de cette lecture sont exposés dans Évolution doctrinale : Apocalypse 12.
L'apport propre du présent numéro tient à l'usage causal explicite qui est fait de cette chronologie : le développement rapide du pouvoir dictatorial depuis 1918 s'explique parce que Satan, désormais confiné à la terre, sait son temps compté avant le règlement final et redouble d'efforts, selon Apocalypse 12:12.[8] Une question d'actualité politique — pourquoi le totalitarisme progresse-t-il si vite ? — reçoit ainsi une réponse d'ordre métaphysique daté, ce qui rend l'explication à la fois totale et invérifiable.
La même séquence chronologique ouvre simultanément deux procédures judiciaires distinctes. Le jugement des nations, séparant « brebis » et « boucs » selon Matthieu 25:31-33, est présenté comme en cours depuis 1918, le Christ Jésus étant désigné grand Juge d'après Jean 5:22-27.[9] Le texte johannique fonde cette délégation sur le fait que le Père a remis tout jugement au Fils afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père[10], l'autorité d'exécuter le jugement lui étant donnée parce qu'il est Fils de l'homme[11]. La seconde procédure vise les consacrés eux-mêmes, avec la venue du Seigneur au temple en 1918 et la distinction entre approuvés et réprouvés parmi ceux qui ont fait alliance.[12] Le tri s'exerce donc dans les deux sens, vers l'extérieur et vers l'intérieur, à partir d'une seule et même date.
L'identification de « l'abomination de la désolation » de Matthieu 24:15-16 à la Société des Nations, puis à l'appareil totalitaire qui lui a succédé, complète ce dispositif de datation.[13] Cette lecture n'est pas neuve — elle avait été posée par La Tour de Garde du 15 décembre 1929 — mais elle est ici prolongée : la « chose désolante » n'est plus seulement l'institution genevoise, elle devient le monstre totalitaire qui gouverne de concert avec la religion. Un symbole prophétique conçu pour une institution défunte est ainsi transféré sans rupture à son successeur supposé, ce qui préserve l'interprétation en la rendant indépendante de son objet initial.
Lèpre incurable et typologie de la chrétienté
Le verdict porté contre la chrétienté organisée est ici obtenu par une méthode explicite : la main de Moïse devenue lépreuse en Exode 4:6 est déclarée figurer les voies et moyens divinement fournis à la créature en alliance pour s'engager dans le service, et leur négligence.[14] Le récit biblique précise que la main retirée était blanche comme la neige, forme réputée la plus grave et la plus difficile à guérir[15], et la fonction première du signe était d'accréditer l'envoyé divin auprès d'Israël[16]. L'exégèse retenue écarte cette fonction d'accréditation pour ne retenir que la valeur d'accusation.
Cette lecture de Exode 4 prolonge celle du signe précédent, la verge changée en serpent, développée quinze jours auparavant et consignée dans Évolution doctrinale : Exode 4. Le présent numéro complète donc la série des signes mosaïques en lui appliquant le même principe : chaque geste de Exode 4 reçoit un accomplissement moderne daté, rapporté à la séquence 1914-1918-1922. La méthode est ici théorisée pour elle-même, avec une règle de correspondance formulée explicitement — la main d'une créature ne peut représenter la puissance divine, ni la partie céleste de l'organisation, donc elle représente nécessairement les moyens de service des disciples terrestres.[17] L'argument procède par élimination et se présente comme contraignant.
Le choix de la lèpre comme figure du verdict n'est pas indifférent. Dans Lévitique 13, le prêtre n'est pas guérisseur mais diagnosticien : il examine, isole sept jours, et déclare impur si le mal s'étend ; une fois le diagnostic posé, le sujet vit à part, exclu de la communauté.[18] La déclaration d'incurabilité de la chrétienté, datée de la proclamation mondiale de 1922 et assimilée au déversement de la première coupe de Apocalypse 16:2[19], emprunte donc à un dispositif rituel où le prêtre ne soigne pas mais constate et sépare. La rupture est présentée comme un constat, non comme une décision.
Le second type mobilisé, celui du roi Ozias frappé de lèpre pour avoir voulu brûler l'encens dans le temple, ajoute la dimension d'usurpation : le récit de 2 Chroniques 26:16-23 montre un roi qui s'emporte contre les prêtres, la lèpre éclatant sur son front, et qui demeure lépreux jusqu'à sa mort dans une maison séparée, exclu du temple.[20] Appliqué à la chrétienté, ce type ne l'accuse pas seulement de négligence mais de prétention à un office qui ne lui revient pas. L'incurabilité qui en découle interdit toute restauration ultérieure dans la faveur divine[21], ce qui ferme définitivement la possibilité d'un dialogue avec les autres organisations religieuses.
Petit troupeau et autres brebis : la sociologie des deux classes
L'identification de la « grande foule » de Apocalypse 7:9 aux « autres brebis » de Jean 10:16-17, distinctes du « petit troupeau » des 144 000 incorporés au corps du Christ selon 1 Corinthiens 12:12-27[22], applique une innovation doctrinale formulée cinq ans plus tôt, lors de l'assemblée de Washington du 3 juin 1935. Avant cette date, la grande foule était comprise comme une classe céleste de second rang ; sa relocalisation sur une terre paradisiaque résolvait une difficulté arithmétique devenue pressante, l'appel céleste étant considéré comme clos et le nombre des 144 000 comme fixe alors que le recrutement se poursuivait.
Le texte du numéro fait de cette bipartition une donnée acquise, non un point à défendre. La vision de Apocalypse 7:9-10 montre une foule innombrable, issue de toutes nations, tribus, races et langues, en robes blanches avec des palmes[23] ; l'exégèse retenue lit ces attributs comme des marques d'allégeance politique — la robe atteste le rangement du côté de la Théocratie, la palme le soutien à son Roi.[24] Un symbole de célébration liturgique est ainsi converti en insigne de loyauté vérifiable.
La doctrine des deux classes ne reste pas descriptive : elle est immédiatement convertie en dispositif missionnaire par Apocalypse 22:17, où la « mariée » — corps collectif des apôtres fidèles et de ceux qui ont suivi leur exemple — invite l'humanité à venir.[25] La lecture classique de ce verset identifiait l'épouse à l'Église entière, terrestre et céleste[26] ; ici, elle est restreinte au corps oint restreint, l'invitation étant adressée à une catégorie distincte. La structure produite est celle d'un groupe d'élection close exerçant l'autorité sur un groupe d'adhésion illimitée — configuration qui résout le problème récurrent des mouvements millénaristes à nombre fixe confrontés à leur propre croissance.
Du don gratuit à l'obligation mesurable de témoignage
Le salut est posé d'entrée comme un don de Jéhovah accordé à ceux qui acceptent le sacrifice de rançon du Christ, et encadré par la proclamation de Apocalypse 7:10 attribuant le salut à Dieu et à l'Agneau.[27] La portée première de ce verset est que le salut n'est ni gagné ni revendiqué par les hommes : la scène ne porte pas sur ce que la foule a accompli, mais sur ce que Dieu a fait pour elle.[28] Le numéro conserve cette gratuité comme point de départ formel.
Le glissement s'opère par Malachie 3:3, dont l'« offrande en justice » est définie comme la proclamation du nom et du dessein de Jéhovah, du Christ et du gouvernement théocratique, conformément à Matthieu 24:14.[29] Le contexte originel de Malachie visait un sacerdoce offrant des sacrifices impurs, le feu du raffineur devant éliminer les impuretés[30], la finalité étant que les prêtres purifiés redeviennent capables de présenter des offrandes agréées[31]. Transposé, ce schéma fait de l'activité de prédication le contenu même du sacrifice agréé — c'est-à-dire d'une pratique quantifiable la condition de l'approbation divine.
Le dispositif se referme par la criminalisation de l'inactivité. Les proverbes convoqués visent le paresseux qui plonge la main dans le plat sans la ramener à sa bouche selon Proverbes 19:24[32] et celui qui agit d'une main lâche selon Proverbes 10:4[33] ; la période 1918-1919, durant laquelle les consacrés livrèrent peu de témoignage public par crainte de l'ennemi, est qualifiée d'état de lèpre symbolique d'après Lévitique 13:44-45.[34] La paresse cesse ainsi d'être un défaut de caractère pour devenir une souillure rituelle rendant impropre au service. Entre le don gratuit affirmé au départ et l'impureté attachée à l'inactivité subsiste une tension que le texte ne résout pas : la rançon fonde le droit au salut, mais le rapport d'activité en conditionne l'application.
Cette autocritique rétrospective portant sur 1918-1919 est notable en ce qu'elle applique au mouvement lui-même la catégorie d'impureté utilisée contre la chrétienté. La différence tient entièrement à la réversibilité : la lèpre des consacrés fut purifiée en 1922 comme celle des lèvres d'Ésaïe par le charbon ardent de Ésaïe 6:6-9, tandis que celle de la chrétienté est déclarée incurable.[35] Le même diagnostic produit donc, selon le patient, une purification ou une condamnation définitive.
La Théocratie comme refuge et lieu d'appartenance
La Théocratie est définie comme le gouvernement du Dieu Tout-Puissant avec le Christ Jésus pour Roi, toute injustice lui étant opposée.[36] Cette définition politique se mue en injonction pratique par le recours aux villes de refuge de Nombres 35:6-12, présentées comme préfigurant l'organisation divine sous la direction du Christ.[37] Le dispositif biblique prévoyait six villes, prélevées sur les quarante-huit attribuées aux Lévites, destinées à l'homicide involontaire poursuivi par le vengeur du sang.[38] Un détail de ce dispositif éclaire l'usage qui en est fait : celui qui franchissait les limites de sa ville de refuge pouvait être tué impunément par le vengeur.[39] Transposée, la figure implique que la sécurité est strictement liée au maintien à l'intérieur de limites organisationnelles.
L'opération décisive porte sur Matthieu 24:15-16 : la « Judée » est interprétée comme désignant ceux qui honorent Dieu et son Roi, et les « montagnes » vers lesquelles il faut fuir comme représentant le gouvernement théocratique.[40] Une injonction de fuite géographique devient ainsi une injonction d'affiliation. L'ordre donné aux personnes de bonne volonté d'abandonner définitivement la religion et toutes les organisations religieuses pour fuir vers l'organisation de Jéhovah[41] en tire la conséquence directe : le lieu de survie à Harmaguédon est identifié à une appartenance présente et vérifiable, non à une disposition intérieure.
La citation de Psaumes 122:8-9 pour décrire le lien entre le « reste » et ses « compagnons » achève cette construction.[42] L'exégèse traditionnelle de ce psaume voit dans les « frères et compagnons » ceux qui sont adoptés dans la famille de Dieu, membres d'une même Église[43], et invite à considérer comme frères tous ceux qui cherchent la gloire du Rédempteur sans égard aux différences n'affectant pas le salut éternel[44]. L'usage qui en est fait ici inverse exactement cette ouverture : la paix invoquée est celle qui règne à l'intérieur de l'organisation, entre le reste et ses compagnons, la conformité interne devenant la condition de la protection.
Persécution prophétisée et destruction sans recours
La guerre menée par le Dragon contre le « reste » selon Apocalypse 12:17[45] confère aux difficultés contemporaines un statut de confirmation doctrinale. Cette fonction avait déjà été établie quinze jours plus tôt, comme le consigne Évolution doctrinale : Apocalypse 12. Le contexte de l'automne 1940 lui donne toutefois une résonance particulière : la décision Minersville School District v. Gobitis rendue par la Cour suprême des États-Unis le 3 juin 1940, par huit voix contre une, validait le renvoi d'élèves refusant le salut au drapeau et fut suivie de violences contre les fidèles dans plusieurs États. L'insistance du numéro sur le refus de saluer, d'honorer ou d'adorer des hommes ou des choses[46] s'inscrit directement dans ce contexte, tout en présentant ce refus comme la conséquence nécessaire de l'attribution exclusive du salut à Dieu et à l'Agneau.
La symétrie du dispositif apparaît dans le traitement réservé aux opposants. L'accumulation de textes établissant l'irrévocabilité de leur destruction — Psaumes 11:6, Psaumes 34:21, Psaumes 37:14-15, Psaumes 37:20, Psaumes 119:155 et Proverbes 2:21-22[47] — mobilise des images d'anéantissement total : la « portion de la coupe » du psaume 11 désigne ce que Dieu leur a mesuré en proportion de leurs péchés et qu'ils boiront jusqu'à la lie[48], tandis que les ennemis de Psaumes 37:20 se consument comme la graisse des agneaux brûlée sur l'autel, disparaissant en fumée[49]. La question de savoir si certains méchants pourraient être sauvés reçoit une réponse explicitement négative.[50]
L'effet combiné de ces deux mouvements est la clôture complète du système d'interprétation. L'hostilité extérieure, loin de constituer une objection, est annoncée d'avance et vaut confirmation ; l'opposant, pour sa part, est voué à une destruction que nul repentir ne suspend. Aucun événement observable ne peut donc contredire la doctrine, ce qui la place hors d'atteinte de toute vérification empirique.
Organisation et histoire
Une autorité invisible qui fonde la direction visible
Le Christ Jésus est désigné comme le « Témoin fidèle et véritable » de Jéhovah et, à ce titre, comme le Chef de tous les témoins de Jéhovah, ces derniers n'étant ni une secte ni une organisation fondée par des hommes mais les membres de l'organisation de Dieu sur la terre.[51] L'affirmation n'est pas seulement théologique : elle règle la question de savoir qui commande. En plaçant au sommet de la chaîne un Chef invisible, la direction terrestre de Brooklyn cesse d'apparaître comme une instance humaine susceptible d'être discutée, élue ou révoquée — elle n'est plus que le relais d'un commandement céleste. Le même dispositif s'observe dans la désignation du Christ comme « grand Juge » selon Jean 5:22-27, jugement décrit comme en cours depuis 1918, date de sa venue au temple.[52] L'exégèse classique de ce passage retient que le Père a remis tout jugement au Fils et que l'autorité d'exécuter ce jugement lui est donnée « parce qu'il est Fils de l'homme ».[53] La reprise de ce motif en 1940 sert un usage institutionnel : le tribunal est déjà en session, ses sentences sont en cours d'exécution, et les décisions prises sur terre au nom de l'organisation participent de cette procédure. Max Weber désignait sous le terme de « charisme de fonction » la croyance selon laquelle certains détenteurs de charge acquièrent des qualités spéciales du seul fait d'occuper une fonction sacrée, par opposition au charisme personnel du prophète — routinisation sans laquelle un mouvement charismatique se dissout à la disparition de son fondateur.[54] La formulation de 1940 pousse cette routinisation à son terme : ce n'est plus un homme qui détient le charisme, c'est une organisation dont le chef réel est hors d'atteinte.
Cette chaîne d'autorité se matérialise dans une chronologie datée, dont 1922 constitue le pivot. L'incurabilité de l'état de la « chrétienté » est proclamée cette année-là lors d'une grande proclamation mondiale des témoins de Jéhovah, événement identifié au déversement de la première coupe de la colère divine d'Apocalypse 16:2 ; c'est également en 1922, lors de leur convention internationale, que le peuple de l'alliance aurait pris conscience que le Seigneur était venu à son temple pour le jugement.[55] La convention visée est celle de Cedar Point, tenue du 5 au 13 septembre 1922, dont sortit le mot d'ordre de proclamation publique du Royaume qui structura l'activité du mouvement pour la décennie suivante.[56] Le numéro mobilise donc deux fois le même événement organisationnel, une fois comme acte de jugement contre les Églises, une fois comme acte de purification du groupe lui-même — la même date fondant à la fois la condamnation de l'extérieur et la réorganisation de l'intérieur.
Le troisième temps de cette construction est une autocritique rétrospective, rare dans la littérature de la période. La main de Moïse placée dans son sein est interprétée comme représentant spécialement la période allant de 1918 à 1919 inclus, durant laquelle le peuple de l'alliance de Jéhovah sur la terre n'accomplit que peu ou rien dans le témoignage ; les consacrés, saisis de crainte face à l'ennemi durant la guerre et quelque temps après, auraient livré très peu de témoignage public, paresse et négligence les plaçant dans un état de lèpre symbolique.[57] La reconnaissance d'un « arrêt virtuel » de la prédication en 1918-1919 est restée par la suite la présentation officielle de cette interruption.[58] L'imputation retenue en 1940 mérite attention : la faute est attribuée à la crainte et à la paresse des consacrés, non aux circonstances judiciaires qui frappèrent alors la direction de la Société, ni à une défaillance du commandement céleste. Le vocabulaire de la paresse appliqué à des membres était déjà l'instrument rhétorique de la campagne de 1928 contre les anciens élus localement, qualifiés de « hautains » et de « paresseux ».[59] L'aveu fonctionne ainsi comme légitimation : puisque l'échec vient d'en bas, le redressement venu d'en haut à partir de 1922 était fondé, et la discipline militante qui en découle n'a pas à être rediscutée.
La rupture avec les Églises comme condition d'entrée
L'injonction adressée aux nouveaux venus est formulée sans réserve : toutes les personnes de bonne volonté doivent désormais et pour toujours abandonner la religion, le démonisme et toutes les organisations religieuses, et fuir vers l'organisation de Jéhovah Dieu pour y trouver refuge sous le Christ Roi.[60] Le dispositif scripturaire mobilisé accroît la portée de cette exigence. Les six villes de refuge de Nombres 35:6-12, que le numéro présente comme préfigurant l'organisation divine, protégeaient l'homicide involontaire du « vengeur du sang » à la stricte condition qu'il n'en franchisse pas les limites : celui qui sortait pouvait être tué sans que son meurtrier soit coupable de sang.[61] Le choix de cette figure n'est pas neutre : elle fait de l'appartenance non un état acquis mais une enceinte dont la sortie équivaut à la mort. L'injonction de fuite d'Matthieu 24:15-16, dont la réinterprétation successive est retracée dans Évolution doctrinale : Matthieu 24, est ici entièrement convertie en acte d'affiliation : les « montagnes » désignent le gouvernement théocratique, de sorte que fuir signifie adhérer.[62]
Cette exigence de rupture prolonge une orientation posée dès la résolution adoptée à la convention de Los Angeles en 1923, qui appelait à fuir les organisations prétendant frauduleusement représenter Dieu, et l'appel à la séparation d'avec « le monde » — entendu comme les systèmes politiques, ecclésiastiques et financiers — formulé dans l'article « La naissance de la nation »[note 1] du 1er mars 1925.[63] Ce qui distingue la formulation de 1940 est son adressage : elle ne vise pas les membres déjà engagés mais explicitement les personnes de bonne volonté, c'est-à-dire les candidats à l'adhésion, et fait de la rupture confessionnelle le premier acte du parcours et non son aboutissement. Laurence Iannaccone a montré que les exigences de sacrifice et de stigmate, apparemment improductives, fonctionnent comme un dispositif de sélection des candidats et de réalignement des incitations internes, les mouvements à la croissance la plus rapide étant ceux qui imposent le niveau de rigueur le plus élevé.[64] En exigeant d'emblée la rupture avec l'Église d'origine, le texte impose un coût d'entrée élevé qui filtre les candidats et rend symétriquement coûteuse toute sortie ultérieure.
La prédication et le refus comme épreuves permanentes d'appartenance
La rupture accomplie, l'appartenance est mesurée par une activité. Chaque membre de l'organisation de Dieu est présenté comme devant être actif et non oisif, paresseux ou indifférent, l'invitation d'Apocalypse 22:17 à faire connaître la Théocratie étant étendue à tous.[65] Cette norme n'est pas une exhortation morale isolée : elle correspond à un dispositif administratif déjà en place, le rapport d'activité de terrain prescrit dès 1920, et au bulletin d'instructions The Informant qui, en 1940, transmet quotas et consignes descendants depuis Brooklyn. L'appartenance effective au groupe se mesure depuis lors à l'activité déclarée, les baptisés ne remettant aucun rapport pendant six mois consécutifs étant classés « inactifs ».[66] Le lexique employé dans ce numéro — oisiveté, paresse, indifférence — est exactement celui qui sert par ailleurs à qualifier l'infidélité de 1918-1919 : l'autocritique historique et la norme individuelle courante procèdent d'une même grille, ce qui donne à l'exigence d'activité une profondeur rétributive que n'aurait pas une simple consigne de service.
Le second marqueur est de nature publique et coûteuse. Les membres de la « grande foule » sont présentés comme refusant de saluer, d'honorer, de louer ou d'adorer des hommes ou des choses, et donc d'attribuer le salut à des hommes, à des choses ou à des organisations d'origine humaine ; leurs robes blanches et leurs palmes sont interprétées comme attestant publiquement leur allégeance à la Théocratie.[67] Cette formulation, dont la généalogie exégétique est retracée dans Évolution doctrinale : Apocalypse 7, intervient dans un contexte américain précis. Le 3 juin 1940, la Cour suprême des États-Unis avait rendu dans l'affaire Minersville School District v. Gobitis un arrêt à huit voix contre une validant l'exclusion scolaire des enfants refusant le salut au drapeau ; s'ensuivit une vague de violences collectives à travers le pays, au point que le procureur général adjoint Francis Biddle déclara le 16 juin 1940 lors d'une émission radiophonique nationale que les Témoins de Jéhovah avaient été à maintes reprises agressés et battus. Environ 1 500 cas de violences collectives contre eux sont recensés aux États-Unis entre 1933 et 1951.[68] Réaffirmer en novembre 1940, comme signe distinctif d'identification des nouveaux venus, précisément le geste qui vient de déclencher ces violences revient à faire du coût social encouru le critère même de l'appartenance. James Beckford a caractérisé la structure organisationnelle du mouvement comme « totalisante », associant direction assertive, objectifs étroits, contrôle des demandes concurrentes pesant sur le temps des membres et contrôle de la qualité des recrues.[69] Les deux normes s'articulent dans cette logique : l'activité déclarée rend l'engagement mesurable par l'organisation, le refus public le rend irréversible aux yeux de la société environnante.
La disqualification des institutions internationales
La faute majeure imputée à la « chrétienté » est datée et institutionnelle : lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale, elle aurait répudié totalement le Royaume de Dieu pour lui substituer « l'expédient du Diable », la Société des Nations, remplacée depuis lors par le monstre totalitaire identifié à « l'abomination de la désolation » gouvernant de concert avec la religion.[70] Cette identification de la Société des Nations à la chose désolante avait été posée dans La Tour de Garde du 15 décembre 1929, après l'acte d'accusation adopté à la convention de Columbus en juillet 1924 qui dénonçait l'institution genevoise comme substitut blasphématoire du Royaume.[71] L'apport propre de ce numéro tient au transfert du symbole : l'objet désigné n'est plus l'institution genevoise mais le dispositif totalitaire qui lui a succédé, opération qui préserve l'interprétation prophétique alors même que l'institution initialement visée s'effondre. Le déclin de la Société des Nations entre 1935 et 1940 fut lui-même intégré comme fait prophétique daté dans la littérature ultérieure du mouvement.[72]
L'effet organisationnel de cette condamnation est de fermer la dernière alternative offerte au lecteur. La responsabilité n'est pas imputée aux diplomates mais aux Églises qui bénirent l'institution : la faute est ecclésiastique avant d'être politique, ce qui interdit de dissocier l'échec des institutions internationales de celui des confessions établies. La logique ainsi déployée place le lecteur devant une alternative binaire — la Théocratie ou l'abomination — sans espace intermédiaire où une réforme, une neutralité ou un engagement civique pourraient trouver place. Bryan Wilson a classé le mouvement parmi les sectes de rejet du monde, dont la caractéristique est précisément de refuser toute légitimité aux institutions séculières plutôt que de chercher à les amender.[73] La démonstration par l'échec de la Société des Nations donne à ce rejet une apparence de vérification empirique : l'institution promue comme espoir de paix par les Églises ayant effectivement failli, l'organisation peut se présenter comme le seul refuge cohérent.
- ↑ Titre original anglais : Birth of the Nation.
Contenu
Salut
Le numéro s'ouvre sur un long article doctrinal intitulé « Salut », dont le verset liminaire est tiré de Apocalypse 7:10 : « Et ils s'écrièrent d'une voix forte, disant : Le salut est à notre Dieu qui est assis sur le trône, et à l'Agneau. » Le salut complet est décrit comme un don accordé par Jéhovah à ceux qui acceptent le sacrifice de rançon offert par Jésus.[74]
Une série de questions sur la situation mondiale est posée : pourquoi des dictateurs cruels détruisent-ils les nations qui refusent de se soumettre au pouvoir totalitaire ? Pourquoi la puissance dictatoriale s'est-elle développée si rapidement depuis la fin de la Première Guerre mondiale en 1918 ? Ces interrogations sont présentées comme ne pouvant recevoir de réponse satisfaisante à travers les seules opinions ou théories humaines ; seule la Parole de Dieu est désignée comme source d'une réponse véritablement certaine.[75]
La condition de l'accès à la connaissance divine est posée en termes de foi et de crainte de Dieu : celui qui croit que la Parole de Dieu est la vérité et s'y fie avec assurance est présenté comme possédant le fondement de la foi, conformément à Hébreux 11:6 et Jean 17:17.[76] Dieu est décrit comme ayant connu d'avance tous les événements survenus depuis la création, selon Actes 15:18, et comme ayant fait consigner par avance ces prophéties dans la Bible, qualifiée de lumière pour la conduite humaine conformément à Psaumes 119:105.[77]
Seuls ceux qui croient en Dieu, « dont le nom seul est Jéhovah », sont présentés comme capables de découvrir la bonne réponse aux questions posées, tandis que ceux qui craignent les hommes et suivent leurs traditions humaines sont présentés comme incapables d'y accéder.[78] Une invitation divine est adressée aux personnes sincères et honnêtes accablées par les difficultés présentes, citant Ésaïe 1:18 : bien que leurs péchés soient comme l'écarlate, ils peuvent devenir blancs comme la neige.[79]
La question en jeu
La grande question qui doit être définitivement tranchée est présentée ainsi : « Qui est le souverain suprême, et donc de qui la domination doit-elle prévaloir ? » [80] Dieu est désigné comme le Créateur dont toute la création est parfaite, conformément à Deutéronome 32:4 ; il a créé l'homme, lui a donné le pouvoir de se multiplier et de remplir la terre d'un peuple juste, et lui a signifié que la désobéissance volontaire à sa loi parfaite entraînerait la mort, selon Genèse 2:17.[81] Lucifer, désigné également sous le nom de Satan le Diable, est introduit comme l'agent qui a suscité la désobéissance de l'homme parfait à cette loi divine.[82]
Le texte OCR de la tranche 2/5 continue l'article « Salut » commencé à la page physique 3. La section déjà rédigée s'arrête au sous-titre « La question en jeu » (==== THE ISSUE ====), qui couvre le début de la discussion sur la question de la souveraineté. Le texte des pages 4 à 7 continue ce même article — il n'y a aucun nouveau titre séparé sur une ligne isolée dans l'OCR, uniquement des sous-titres internes comme « WOES », « DIVIDING THE PEOPLE », « WITNESSES », « OTHER SHEEP », « PROPHETIC PICTURE », « TOTALITARIANISM » qui font partie du corps de l'article. Je continue donc le fil de la section ==== THE ISSUE ==== déjà ouverte.
Satan, désigné comme l'instigateur de la désobéissance humaine, est décrit comme ayant induit l'homme par la religion à emprunter une voie contraire à Dieu : à Ève, il aurait affirmé que la violation de la loi divine n'entraînerait pas la mort mais conférerait une sagesse semblable à celle des dieux démoniaques associés à lui, selon Genèse 3:1-5.[83] Le désir de transgresser la volonté divine est présenté comme le piège tendu par Satan, et la déchéance d'Adam comme la cause pour laquelle tous ses descendants sont nés dans le péché et sans droit à la vie, conformément à Romains 5:12 et Psaumes 51:5.[84]
Ayant détourné l'homme parfait de Dieu, Satan est alors présenté comme ayant lancé un défi à Dieu : si le Diable pouvait amener tous les hommes à désobéir volontairement, cela prouverait que sa puissance est égale ou supérieure à celle de Jéhovah, soulevant ainsi la question de la suprématie universelle. Dieu est décrit comme ayant accepté ce défi et accordé à Satan toute latitude pour le relever, selon Exode 9:16.[85] Un règlement définitif de cette question est annoncé comme inévitable, lors duquel Dieu manifestera sa puissance contre Satan et tous ceux qui demeurent de son côté.[86]
Le déclenchement de la Première Guerre mondiale en 1914 est présenté comme la marque prophétique de la fin du règne ininterrompu de Satan sur les nations, en accomplissement des paroles de Jésus décrites en Matthieu 24:7-8.[87] Jésus est également cité en Luc 21:25-26 pour annoncer « la détresse des nations, dans la perplexité » comme caractéristique des conditions ayant prévalu depuis la guerre de 1914-1918.[88]
L'intronisation du Christ Jésus comme Roi est présentée comme ayant eu lieu en 1914, conformément à la prophétie de Psaumes 110:1 et Hébreux 10:12-13, et suivie d'une guerre dans les cieux contre Satan et ses démons, dont l'issue est leur précipitation sur la terre, selon Apocalypse 12:1-10.[89] Depuis 1918, date de la fin de la Première Guerre mondiale, le règne dictatorial totalitaire est décrit comme s'étant développé parce que Satan, confiné désormais à la terre, sait que son temps est court avant le règlement final de la question de la suprématie, et redouble d'efforts pour détourner l'humanité de Dieu, selon Apocalypse 12:12.[90]
Le Royaume de Dieu est défini comme la Théocratie — le gouvernement du Dieu Tout-Puissant avec le Christ Jésus pour Roi —, et toute injustice est présentée comme opposée à cette Théocratie. Ce cadre divise l'humanité en deux groupes distincts : ceux qui s'opposent au gouvernement théocratique, symbolisés par des « boucs », et ceux qui lui sont favorables, symbolisés par des « brebis », en référence à la parabole de Matthieu 25:31-33.[91] Le Christ Jésus est désigné comme le grand Juge selon Jean 5:22-27, et son jugement des nations est décrit comme en cours depuis 1918, date à laquelle il est venu au temple du Très-Haut.[92]
Parmi ceux qui ont fait alliance pour accomplir la volonté de Dieu, deux classes sont distinguées : les approuvés après l'épreuve et les réprouvés. Les premiers sont appelés à « présenter à Jéhovah une offrande en justice », en accomplissement de la prophétie de Malachie 3:3.[93] Cette « offrande en justice » est définie comme une obéissance pleine et entière aux commandements de Dieu, consistant notamment à proclamer le nom et le dessein de Jéhovah, le nom et le dessein du Christ Jésus, et le grand gouvernement théocratique, conformément à la mission annoncée en Matthieu 24:14.[94]
Le Christ Jésus est désigné comme le « Témoin fidèle et véritable » de Jéhovah, et donc le Chef de tous les témoins de Jéhovah. Ces derniers sont présentés comme n'étant ni une secte ni une organisation fondée par des hommes, mais comme les membres de l'organisation de Dieu sur la terre. Les fidèles du « petit troupeau », auxquels Jésus adresse les mots de Luc 12:32, constituent le « reste » de l'organisation divine, symbolisé par la « femme » de l'Apocalypse, contre lequel le Dragon — Satan — mène une guerre de persécution, selon Apocalypse 12:17.[95]
Les « autres brebis » mentionnées en Jean 10:16-17 sont identifiées à la « grande foule » de Apocalypse 7:9, composée de toutes les nations, tribus, peuples et langues, vêtus de robes blanches devant le trône. Ces « autres brebis » sont distinctes du « petit troupeau » des 144 000, qui, selon Apocalypse 7 et 1 Corinthiens 12:12-27, sont incorporés au corps du Christ.[96]
Une image prophétique est esquissée : le Christ Jésus, intronisé Roi de la grande Théocratie en 1918, siège sur le trône du jugement, toutes les nations comparaissant devant lui. Ses fidèles serviteurs ressuscités l'accompagnent dans les cieux, tandis que sur la terre le « reste » de son organisation proclame son nom et son Royaume, appuyant la Théocratie.[97] Face à eux, le Diable et ses démons s'emploient désespérément à réaliser leur défi contre Jéhovah Dieu, sachant que leur temps est court avant le règlement final à Harmaguédon. Satan rassemble les nations contre Dieu et son peuple, par l'entremise de « trois esprits impurs semblables à des grenouilles » sortant de la bouche du dragon, de la bête et du faux prophète, selon Apocalypse 16:13-14-16.[98]
La « religion » est définie comme toute pratique contraire à la volonté de Jéhovah, y compris le suivi des traditions humaines et l'honneur rendu aux créatures. Elle est présentée comme l'instrument principal de Satan pour détourner les hommes de Dieu. La Hiérarchie catholique romaine est désignée comme le principal instrument terrestre de Satan, chef et guide de toutes les religions pratiquées parmi les nations, et dont les hommes soutiennent librement et pleinement les dictateurs, se faisant chaque jour plus hardis dans leur appui à l'État corporatif.[99] Le nazisme, le fascisme, le communisme et toutes les formes de totalitarisme dictatorial sont présentés comme équivalents, parce que tous s'opposent à Dieu et à son gouvernement et pratiquent le démonisme.[100]
À l'appui de ces affirmations, un article du Chicago Daily Times du 7 août 1940, signé de son éditeur pour les affaires étrangères Irving Pflaum, est cité. Selon ce texte, rédigé depuis Port of Spain (Trinité) et visé par la censure britannique, Hitler aurait l'intention de dénoncer l'URSS à l'automne, de reprendre la politique du pacte anti-Komintern et de « obtenir le soutien officiel du Vatican » afin de ménager les catholiques en Allemagne, en Pologne, en Belgique et en Amérique latine.[101] Une dépêche de l'Associated Press publiée par le Philadelphia Record du 28 août 1940 est également citée : la conférence des évêques catholiques allemands de Fulda aurait adopté un engagement de loyauté envers Adolf Hitler, destiné à être lu en chaire à la fin de la guerre, et aurait exprimé sa gratitude aux troupes allemandes en déclarant que « l'Église catholique en Allemagne est redevable aux troupes allemandes pour leur avance victorieuse ».[102]
Tous les opposants à la Théocratie — dictateurs, chefs religieux, démons — sont qualifiés de « boucs » dans le sens prophétique, aveugles aux desseins de Jéhovah et conduits vers la destruction symbolisée par la mer Morte, conformément à Matthieu 15:14 et Ésaïe 60:2.[103] Le totalitarisme est décrit comme « un black-out complet », c'est-à-dire l'obscurité totale et l'éloignement de la faveur de Jéhovah.[104] La réponse aux questions initiales est ainsi formulée : si des dictateurs cruels détruisent les nations qui refusent de se soumettre au pouvoir totalitaire, c'est parce que tel est le plan du Diable pour faire aboutir son défi contre Jéhovah Dieu ; cette règle religieuse et fanatique est présentée comme devant brièvement envahir toute la terre, avant de connaître sa fin définitive au temps fixé.
Le propre du Diable
L'alliance dictatoriale formée par les religieux, les politiques et les intérêts commerciaux est présentée comme le produit propre du Diable, organisé pour détruire la terre. En contrepartie, conformément à Apocalypse 11:18, Dieu anéantira ceux qui cherchent à détruire la terre au moment même où il accordera le salut à ceux qui l'aiment et le servent.[105] La Hiérarchie catholique romaine, et tout particulièrement les Jésuites, sont désignés comme l'organisation la plus experte en matière de tromperie jamais existée sur la terre ; ils sont présentés comme faisant partie des dirigeants totalitaires qui recourent à tous les moyens pour tromper le peuple.[106] Le jugement divin à leur égard est formulé en Psaumes 101:7-8 : « Celui qui pratique la tromperie ne demeurera pas dans ma maison ; celui qui dit des mensonges ne subsistera pas à ma vue ».[107]
La question de savoir si certains méchants pourraient être sauvés reçoit une réponse négative appuyée par Psaumes 119:155. Une série de textes scripturaires est ensuite déployée pour souligner l'inéluctabilité de la destruction des méchants oppresseurs de la Théocratie, notamment Psaumes 11:6, Psaumes 34:21, Psaumes 37:14-15 et Psaumes 37:20, ainsi que Proverbes 2:21-22 : les justes demeureront dans le pays, tandis que les méchants en seront retranchés et que les transgresseurs en seront déracinés.[108]
Ceux de bonne volonté
La « bonne volonté », au sens scripturaire, est définie comme le désir sincère de connaître et de servir Jéhovah et son Roi de la grande Théocratie. C'est pour cette raison, est-il expliqué, que Dieu envoya Jésus sur la terre, et que l'armée angélique annonça à sa venue : « Gloire à Dieu dans les lieux très hauts ! et sur la terre paix parmi les hommes de bonne volonté ! » selon Luc 2:14.[109] La voie est présentée comme ouverte à tous les peuples, clans et langues de toutes les nations désirant servir le Très-Haut ; Dieu est décrit comme n'ayant aucune partialité, et ceux qui se conforment à ses règles reçoivent sa faveur.[110]
Seuls ceux qui invoquent le nom de Jéhovah et se déclarent pour lui, pour sa Théocratie et pour son Roi, sont présentés comme susceptibles de trouver le salut, selon Joël 2:32.[111] Une série de psaumes est citée pour exprimer la disposition d'âme de ceux de bonne volonté : Psaumes 62:1-2, Psaumes 62:5-8, Psaumes 68:20, Psaumes 69:29, Psaumes 70:4-5 et Psaumes 149:4, ce dernier promettant que le Seigneur « embellira les humbles de la délivrance ».[112]
Le refuge
Les « autres brebis » du Seigneur sont présentées comme des réfugiés chassés par les dirigeants cruels qui parcourent la terre, indésirables aux yeux des totalitaires religieux, et devant fuir quelque part pour trouver refuge jusqu'au passage de la grande tempête dévastatrice.[113] Jéhovah Dieu est décrit comme ayant établi jadis, de manière prophétique, des « villes de refuge » qui préfigurent son organisation sous la direction du Christ Jésus, conformément à Nombres 35:6-12.[114] Jéhovah lui-même est désigné comme le grand refuge de ceux qui sont opprimés par l'ennemi et qui sont de bonne volonté, et ces bénédictions sont administrées par son entremise à travers le Christ Jésus, selon Deutéronome 33:27, Psaumes 9:9, Psaumes 62:8 et Ésaïe 25:4.[115]
La coalition religieuse et totalitaire est décrite comme se réclamant du droit plein et exclusif de gouverner le monde, alors que le Christ Jésus en est présenté comme le véritable dirigeant légitime, Roi oint et intronisé de la grande Théocratie. Un avertissement adressé à toutes les personnes de bonne volonté est tiré de Matthieu 24:15-16 et de Marc 13:14 : à la vue de « l'abomination de la désolation » dont parle le prophète Daniel, ceux qui se trouveraient en Judée doivent fuir vers les montagnes.[116] Le mot « Judée » est interprété comme désignant ceux qui honorent et louent Dieu et son Roi, et les « montagnes » comme représentant le gouvernement théocratique de Jéhovah Dieu avec le Christ Jésus pour Roi. Les réfugiés cherchant refuge et sécurité doivent donc fuir vers la Théocratie — c'est-à-dire vers Jéhovah Dieu, Roi de l'Éternité, et vers le Christ Jésus, Roi du gouvernement théocratique.[117]
L'injonction qui s'ensuit est présentée comme urgente : toutes les personnes de bonne volonté doivent désormais et pour toujours abandonner la religion, le démonisme et toutes les organisations religieuses, et fuir vers l'organisation de Jéhovah Dieu, où elles trouveront refuge sous le Christ Roi. Elles manifestent ainsi qu'elles sont en faveur de la justice et désirent connaître la volonté de Dieu à leur égard. La promesse qui leur est adressée est tirée de Sophonie 2:3 : « Cherchez l'Éternel, vous tous les humbles du pays qui pratiquez ses ordonnances ; cherchez la justice, cherchez l'humilité : peut-être serez-vous à l'abri au jour de la colère de l'Éternel. » [118] Cette instruction est décrite non comme une théorie ou un commandement d'hommes, mais comme la déclaration autorisée du Dieu Tout-Puissant.[119] La section se conclut par une invitation appuyée sur Proverbes 3:5-6 à faire confiance au Seigneur de tout son cœur et à ne pas s'appuyer sur sa propre intelligence, Dieu promettant de diriger les pas de ceux qui le reconnaissent dans toutes leurs voies.[120]
Que faire
Le Christ Jésus est présenté comme l'acheteur de tous les hommes qui désirent faire la volonté de Dieu. À tous ceux qui croient en lui et lui obéissent, Dieu accorde la vie par et à travers le Christ Jésus, don gracieux selon Romains 6:23. À tous les chercheurs de refuge et de sécurité, Jésus déclare selon Jean 14:6 : « Je suis le chemin, la vérité et la vie ; nul ne vient au Père que par moi. » [121]
Identification
Les membres de la « grande foule », désignés aussi comme les « autres brebis » du Seigneur, sont présentés comme devant s'identifier publiquement, avant que ne commence la bataille du grand jour du Dieu Tout-Puissant, comme ayant la foi en la grande Théocratie et en son Roi et se rangeant de son côté.[122] La robe blanche dont ils sont vêtus dans la vision de Apocalypse 7:9 est interprétée comme attestant symboliquement que son porteur est du côté de la justice et de la Théocratie, tandis que les branches de palmier dans leur main signifient leur soutien au Roi de la Théocratie, le Christ Jésus.[123] Ces membres de la « grande foule » refusent de saluer, d'honorer, de louer ou d'adorer des hommes ou des choses et refusent ainsi d'attribuer le salut à des hommes, à des choses ou à des organisations d'origine humaine ; ils proclament au contraire que le salut appartient à Dieu et à son Agneau, le Christ Jésus, et qu'ils soutiennent la Théocratie.[124]
Compagnons
Les membres de la « grande foule », appelés « autres brebis » du Seigneur, sont présentés comme devenant les compagnons du « reste » de l'organisation principale de Jéhovah, désignée sous le nom de « témoins de Jéhovah ». Leur protection et leur refuge se trouvent sous l'organisation du Seigneur, où ils demeurent ensemble dans la paix avec tous les membres de cette organisation. Ce lien est illustré par le psaume « À cause de mes frères et de mes compagnons, je vais dire : que la paix soit en toi ! À cause de la maison de l'Éternel notre Dieu, je chercherai ton bien. » selon Psaumes 122:8-9.[125]
Chaque membre de l'organisation de Dieu est présenté comme devant être actif et non oisif, paresseux ou indifférent. L'injonction est fondée sur Apocalypse 22:17, dont le Christ Jésus, désigné comme ce grand Esprit et Roi de la Théocratie, est le protagoniste : la « mariée » — corps collectif des apôtres fidèles et de ceux qui ont suivi leur exemple en se dévouant entièrement à Jéhovah et au Christ Jésus — est présentée comme faisant connaître au peuple que la Théocratie est le seul espoir de l'humanité, le seul refuge et le seul lieu de sécurité, et invitant tous à venir.[126] Cette invitation est rapprochée de la prophétie d'Ésaïe 55:1-2, qui appelle tous ceux qui ont soif à venir aux eaux et à se nourrir sans argent ni prix de ce qui est bon.[127]
Le recours au purgatoire est dénoncé comme une tromperie par laquelle des hommes soutiraient de l'argent sous de faux prétextes. Les bénédictions de Jéhovah, en revanche, sont données sans contrepartie financière : ceux qui les reçoivent les « achètent » par leur dévouement entier et leur service au grand Théocrate et à son Roi.[128] Toute personne de bonne volonté est ainsi invitée à rejoindre ce service et à dire aux autres de venir, orientant chacun vers le chemin du refuge et de la sécurité sous l'organisation de Dieu ; le salut est présenté comme gratuit pour ceux qui donnent leur cœur à Dieu et à son Roi, le Christ Jésus, et qui servent Dieu en esprit et en vérité.[129] La promesse qui leur est adressée est tirée de Apocalypse 7:15-17 : ils seront devant le trône de Dieu, serviront jour et nuit dans son temple, ne connaîtront plus ni faim ni soif, et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux.[130]
La maladie mortelle de la « chrétienté »
Le second grand article du numéro s'appuie sur un épisode de l'Exode pour développer une interprétation prophétique de la situation de la « chrétienté » organisée. Lorsque vint le temps pour Jéhovah de se faire un nom en Égypte antique, il choisit Moïse pour en être son témoin et lui donna trois signes destinés à assurer aussi bien Moïse lui-même que le peuple d'Israël de sa présence et de son autorité.[131] Le signe de la main lépreuse, décrit en Exode 4:6, est présenté comme celui qui ne fut pas accompli devant Pharaon, ce qui conduirait à la conclusion qu'il fut donné exclusivement au peuple de l'alliance de Dieu, et particulièrement aux témoins de Jéhovah de l'époque actuelle, pour les instruire et les équiper pour son service.[132]
La signification symbolique de la « main » fait l'objet d'une analyse scripturaire détaillée. La « main de Jéhovah », lorsqu'elle est posée sur une créature, signifie selon les Écritures que Jéhovah a sélectionné cette créature et l'a investie de l'autorité d'accomplir certaines tâches dans l'exécution de ses desseins.[133] Le Christ Jésus est ainsi désigné symboliquement comme la « main de Jéhovah », en tant que serviteur élu par excellence chargé d'exécuter ses jugements, conformément à Deutéronome 32:41. Des références à Ézéchiel appuient cette lecture : en Ézéchiel 1:3, Ézéchiel 3:22 et Ézéchiel 40:1, la « main du Seigneur » indique que Jéhovah a conféré à la créature désignée la faveur divine et l'autorité de le représenter dans son témoignage, par et à travers le Christ Jésus.[134]
Lorsque c'est la main d'une créature qui est en jeu — et non la main de Jéhovah lui-même —, la symbolique est différente. La main de Moïse devenue lépreuse ne saurait représenter la puissance divine, pour deux raisons : d'abord parce que c'est la main d'une créature, ensuite parce que la puissance divine ne peut devenir lépreuse ; elle ne peut pas non plus représenter la partie céleste et invisible de l'organisation principale de Jéhovah, qui ne devient jamais pécheresse ni déplaisante à Dieu.[135] La conclusion s'impose donc que la main de Moïse dans ce tableau prophétique représente quelque chose ayant trait aux disciples du Christ Jésus sur la terre, dans leur condition imparfaite. La définition proposée est la suivante : la main d'une créature terrestre en alliance avec Jéhovah représente symboliquement les voies et moyens divinement fournis à cette créature pour s'engager activement dans le service de Jéhovah.[136]
Plusieurs textes des Proverbes sont convoqués pour illustrer la corrélation entre inactivité et péché : « L'homme paresseux cache sa main dans son sein, et ne peut même pas la ramener à sa bouche. » selon Proverbes 19:24, et « Celui qui agit d'une main lâche s'appauvrit, mais la main des diligents enrichit. » selon Proverbes 10:4.[137]
La main de Moïse placée dans son sein est interprétée comme symbolisant la négligence ou la paresse dans l'utilisation des voies et moyens que Jéhovah fournit à sa classe de serviteurs.[138] L'organisation qui se désigne sous le nom de « chrétienté » ou « christianisme organisé » est décrite comme ayant été, du fait même de ses prétentions, dans une alliance implicite pour accomplir la volonté de Dieu, puisqu'elle avait pris le nom du Christ et s'était donné pour mission d'enseigner la Parole de Dieu. Jéhovah lui avait fourni les voies et moyens pour porter témoignage de son royaume. En négligeant cette mission, la « chrétienté » est présentée comme étant devenue coupable, pécheresse, et condamnée à une destruction prochaine à Harmaguédon.[139] Lorsque la Première Guerre mondiale éclata, elle aggrava encore sa faute en répudiant totalement le Royaume de Dieu et en lui substituant l'expédient du Diable — la Société des Nations —, remplacée depuis lors par le monstre totalitaire désigné comme « l'abomination de la désolation » qui tente de gouverner le monde de concert avec la religion, selon Matthieu 24:14-16.[140]
La lèpre incurable de la « chrétienté » est rapprochée de celle du roi Ozias de Jérusalem, qui tenta indûment d'accomplir un service sacerdotal dans le temple de Jéhovah et en fut frappé, selon 2 Chroniques 26:16-23. L'incurabilité de cet état fut proclamée en 1922 lors d'une grande proclamation mondiale des témoins de Jéhovah, événement décrit comme correspondant au déversement de la première coupe de la colère de Dieu sur la « chrétienté », conformément à Apocalypse 16:2 : « le premier alla et répandit sa coupe sur la terre, et une plaie mauvaise et maligne frappa les hommes qui avaient la marque de la bête et ceux qui adoraient son image ».[141] L'« organisation du christianisme » ou « religion organisée » est déclarée incapable d'être jamais restaurée dans la faveur de Jéhovah, en raison de la maladie incurable résultant de son infidélité.[142]
Le tableau prophétique dressé par Moïse concerne plus particulièrement, selon l'interprétation proposée, le peuple de l'alliance de Dieu qui prouvera finalement sa fidélité comme ses témoins. Une période de paresse dans le service du Seigneur est cependant reconnue chez les consacrés, à laquelle la parabole des dix vierges fait prophétiquement allusion en Matthieu 25:5 : « Comme l'époux tardait, elles s'assoupirent toutes et s'endormirent. » [143] Durant la Première Guerre mondiale de 1914 à 1918 et pendant quelque temps par la suite, les consacrés, saisis de crainte face à l'ennemi, livrèrent très peu de témoignage public en faveur du Royaume de Dieu. Cette paresse et cette négligence les auraient placés dans un état de lèpre symbolique ou d'impureté, dont la description scripturaire est tirée de Lévitique 13:44-45.[144]
C'est en 1922 que le Seigneur est présenté comme ayant révélé à son peuple de l'alliance son impureté résultant de l'inactivité dans son service de témoin, cette révélation coïncidant avec la prise de conscience que le Seigneur était venu à son temple pour le jugement, fait annoncé lors de la convention internationale des témoins de Jéhovah de 1922.[145] Cette situation est illustrée par la vision prophétique d'Ésaïe en Ésaïe 6:1-5, où le prophète représente le peuple de l'alliance de Dieu sur la terre aujourd'hui, et où le roi Ozias — frappé de lèpre pour avoir tenté indûment un service sacerdotal — préfigure la « chrétienté ». L'impureté du prophète est interprétée comme étant due à sa négligence et à sa paresse dans l'utilisation des voies et moyens divinement fournis pour délivrer le témoignage de Jéhovah, et sa purification par le charbon ardent posé sur ses lèvres — selon Ésaïe 6:6-9 — est présentée comme la purification et l'envoi en mission qui s'ensuivit pour le peuple fidèle.[146]
La main de Moïse dans son sein est finalement interprétée comme représentant spécialement la période allant de 1918 à 1919 inclus, durant laquelle le peuple de l'alliance de Jéhovah sur la terre accomplit peu ou rien dans le témoignage de Jéhovah.[147]
Expériences sur le terrain
La dernière section du numéro rassemble des récits de prédication de terrain, provenant de témoins de Jéhovah actifs dans plusieurs pays et régions anglophones. Ces comptes rendus constituent un témoignage vivant de l'activité missionnaire et des interactions avec le public à la veille de l'entrée en guerre des États-Unis.
Un premier récit en provenance de Tayport, en Écosse, met en scène une femme catholique qui, hostile à l'origine aux publications, fut amenée à les lire lors d'une période de maladie de ses enfants et à distance contrainte de sa paroisse. Elle déclare être devenue « déterminée à ne plus jamais s'approcher d'une église catholique », indiquant que la religion catholique l'avait «tenue en esclavage de nombreuses années».[148]
Un deuxième récit, émanant du foyer de pionniers numéro 4 de Londres, en Angleterre, décrit une dame qui s'y rendit pour une visite de trois heures et entendit des conférences. Elle avait cherché l'Association internationale des étudiants de la Bible et avait repéré le domicile grâce à l'enseigne «Salvation» en vitrine. Se souvenant d'une visite d'un prédicateur qui lui avait jadis annoncé que la Société des Nations échouerait, elle avait depuis acquis La Harpe de Dieu et les événements mondiaux récents l'avaient conduite à chercher réconfort dans la Bible. Elle repartit avec Salvation et déclara se sentir tellement mieux qu'elle n'avait plus besoin de consulter le médecin.[149] Un abonnement d'un semestre à la Tour de Garde fut également souscrit par un jeune gentleman d'Édimbourg qui avait acheté un numéro à un témoin sur le trottoir.
Un troisième récit, relaté depuis Londres («lors de mon dernier appel du soir»), décrit une jeune femme d'une vingtaine d'années qui, de foi catholique mais attirée par les publications, dissimula les livres Riches et Gouvernement sous son tablier pour les cacher à sa mère, tandis que son frère détournait la conversation. Un jeune homme revenu d'Afrique où il avait rencontré des témoins de Jéhovah en activité déclara avoir lu des livres de Rutherford et les trouver «excellents», ajoutant qu'il était lui-même catholique mais redoutait l'opposition de son foyer.[150]
Un quatrième récit, situé dans le Michigan, rapporte l'interaction d'un prédicateur de rue avec un officier de police qui, après avoir lu la brochure «Cinquième Colonne», lui conseilla de déposer de la littérature gratuite au commissariat. Le policier se déclarait opposé au déséquilibre dans la distribution de littérature religieuse au commissariat, en faveur de l'organisation catholique, et le témoin déposa dix exemplaires de la brochure «Cinquième Colonne» et dix numéros de Consolation.[151]
Un dernier récit, situé à Philadelphie par un dimanche d'août, décrit la rencontre avec un homme qui, après l'écoute du disque «Enemies», prit cinq exemplaires du livre Enemies, cinq Refugees et cinq magazines, puis alla spontanément chez ses voisins pour leur distribuer la littérature qu'il venait d'acquérir, déclarant qu'ils étaient « volontairement ignorants, mais ils doivent être informés du désastre imminent, même si je dois en payer le prix moi-même ».[152]
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Illustrations du numéro
Références
- ↑ La Tour de Garde du 1er novembre 1940, p. 323.
- ↑ Voir sur ce déplacement doctrinal la page Rançon du présent wiki.
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- ↑ La Tour de Garde du 1er novembre 1940, p. 321.
- ↑ What does Proverbs 29:25 mean?, BibleRef.com, consulté en 2026.
- ↑ Isaiah 29:13 KJV, BibleHub, consulté en 2026.
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- ↑ La Tour de Garde du 1er novembre 1940, p. 323.
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- ↑ John 5:22 Commentaries, BibleHub, consulté en 2026.
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- ↑ Leviticus 13 Commentary: The Diagnosis of Leprosy, Enduring World, consulté en 2026.
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