Basculer le menu
Changer de menu des préférences
Basculer le menu personnel
Non connecté(e)
Votre adresse IP sera visible au public si vous faites des modifications.

La Tour de Garde du 1er octobre 1940

De Tj-encyclopédie
La Tour de Garde du 1er octobre 1940
Revue La Tour de Garde
Date 1940
Année 1940
Éditeur Watch Tower Bible and Tract Society

Ce numéro est dominé par une longue étude typologique consacrée à la figure d'Éhud, juge d'Israël dont le récit figure en Juges 3:15-30. Rutherford y déploie une lecture allégorique systématique dans laquelle chaque détail du récit biblique — la dague à double tranchant, la graisse du roi Eglon, le coup porté en secret — reçoit une signification doctrinale et historique précise touchant au combat que les Témoins de Jéhovah sont censés mener contre les institutions religieuses de leur temps.

La « chrétienté » et, au premier chef, la hiérarchie catholique romaine, y sont désignées sans ambiguïté comme l'antitype d'Eglon : une organisation repue, engraissée aux dépens du peuple, et condamnée à recevoir l'annonce de son jugement de mort par le biais du message théocratique. L'arme de ce combat est identifiée à « l'épée de l'Esprit » de Éphésiens 6:17, c'est-à-dire à la Parole de Dieu telle que diffusée par les publications de la Société.

Analyse

Croyances

La grille type/antitype comme machine à produire la doctrine

Éhud, Eglon, Moïse, Aaron, Josué, Samson et les Édomites ne sont pas traités comme des figures historiques mais comme des « types » dont l'antitype se réalise dans l'activité contemporaine des Témoins de Jéhovah : ce dispositif occupe la quasi-totalité des trois articles du numéro, le récit de Juges 3:15-30 fournissant à lui seul la matière de plusieurs pages d'exégèse.[1] Cette manière de lire les Écritures hébraïques n'est pas propre à ce numéro : dès 1925, les exposés signés de Rutherford puisent systématiquement dans les livres des Juges et des Rois pour y trouver des préfigurations du reste oint, selon un principe que la littérature de la Société formule ainsi : le type prend fin au moment où l'antitype commence.[2]

Ce que ce numéro ajoute, c'est la théorisation explicite du procédé. La distinction entre un accomplissement « en miniature » et un accomplissement « en grand » y est posée comme règle de lecture : le ministère terrestre de Jésus, limité à trois années et demie, ne saurait épuiser la prophétie de Deutéronome 18:15, puisque le « grand Prophète » doit réaliser sur une échelle incomparablement supérieure ce que Moïse avait fait ; le refus de Jésus d'arbitrer une querelle d'héritage en Luc 12:13-14 sert de preuve textuelle que le Christ terrestre n'exerçait pas encore la fonction judiciaire.[3] L'exégèse historico-critique observe pourtant que le prophète promis en Deutéronome 18:15 ne désignait pas, dans le texte originel, une figure messianique unique, et que son application à Jésus provient d'une relecture néotestamentaire opérée par Pierre en Actes 3.[4]

La conséquence doctrinale de ce déplacement est formulée sans détour dans le commentaire de Matthieu 24:14 : le message à proclamer n'est pas l'évangile de « Jésus Christ et de lui crucifié » — formule empruntée à 1 Corinthiens 2:2 et attribuée à la prédication chrétienne traditionnelle — mais l'annonce que le Royaume est arrivé et que Jéhovah va se faire un nom.[5] Le centre de gravité du salut se trouve ainsi déplacé du Calvaire vers l'ère du Royaume : la croix cesse d'être le contenu de la prédication pour devenir un préalable dépassé. Cette centralité de Matthieu 24:14 comme mandat exclusif de prédication caractérise l'enseignement diffusé sous Rutherford depuis l'assemblée de Cedar Point en 1922, où les congressistes furent désignés comme « agents de publicité » du Roi et de son Royaume.[6]

1914-1925 : la chronologie comme certificat d'authenticité

La grille antitypique ne fonctionne qu'à la condition de disposer de dates auxquelles accrocher les accomplissements qu'elle annonce, et ce numéro en mobilise quatre. L'intronisation du Roi en 1914 marque la fin de la domination ininterrompue de Satan et sert de point de départ à l'accomplissement « en grand » de la prophétie de Moïse[7] ; cette date résulte du calcul des « Temps des Gentils » sur 2 520 ans à partir de 607 av. J.-C.[8] L'avènement du Christ au temple en 1918 ouvre la période de jugement, 1922 fixe le moment où l'épée de l'Esprit commence à être enfoncée dans la combinaison religieuse, commerciale et politique, et 1925 est désignée comme l'année où la compréhension d'Ésaïe 66:7-8 fut accordée pour la première fois.[9]

Le renvoi explicite à la Tour de Garde du 1er mars 1925 et à son article « La naissance de la Nation » n'a rien d'une note bibliographique. Cet article avait identifié la « femme » d'Apocalypse 12:1-2 à l'organisation céleste de Dieu, le « dragon » à l'organisation du Diable et l'« enfant mâle » au nouveau gouvernement, fournissant la première exposition claire de deux organisations distinctes et antagonistes.[10] Il fut publié par Rutherford contre l'opposition de la majorité du comité éditorial de la revue, et rompait avec l'interprétation figurant dans Le Mystère accompli.[11] Quinze ans plus tard, ce numéro reprend cette exégèse comme acquise et lui adjoint Ésaïe 54:5, verset dans lequel Jéhovah est l'époux de la femme désolée, lecture constante dans la littérature de la Société qui y voit l'organisation universelle enfantant en temps voulu de nombreux enfants.[12] Les douze étoiles de la couronne sont interprétées comme indice du caractère organisationnel de la figure, le nombre douze valant pour complétude d'un arrangement céleste.[13]

Le jugement rattaché à 1918 par 1 Pierre 4:17 ne vise pas d'abord les nations mais « la maison de Dieu », c'est-à-dire les consacrés eux-mêmes[14] ; la littérature de la Société décrit cet épisode comme l'inspection du temple spirituel au printemps 1918, préfigurée par Malachie 3:3 où Jéhovah siège comme raffineur et purificateur d'argent, opération dont sort un reste purifié de sa souillure mondaine et religieuse.[15] C'est ce jugement intérieur qui fonde l'exigence d'obéissance totale sous peine de destruction formulée à partir d'Actes 3:23 : la citation pétrinienne y substitue à « l'homme » de Deutéronome 18 l'expression plus englobante « toute âme », empruntée à Lévitique 23:29, ce qui étend la menace à tous sans exception.[16]

La vindication du nom et la vie reçue par le Christ

La finalité assignée au dessein divin n'est ni le salut des hommes ni l'amour : le Royaume est identifié à la vindication du nom de Jéhovah, et la doctrine du Royaume est déclarée la plus grande des Écritures précisément à ce titre.[17] Cette théocentricité radicale avait été posée comme doctrine primaire dans la littérature de la Société à partir de 1929, avant que le nom de Témoins de Jéhovah ne soit adopté le 26 juillet 1931 sur la base d'Ésaïe 43:10.[18]

Le troisième article en tire la conséquence logique dans un domaine apparemment étranger. Posant que la vie éternelle ne peut venir que de Jéhovah seul, « fontaine de vie » selon Psaumes 36:9, il précise que cette règle est sans exception et l'applique nommément au Christ Jésus, à qui Jéhovah a accordé la vie selon Psaumes 21:4 et Jean 17:3.[19] L'exégèse classique lit Psaumes 21:4 comme la demande du Christ en tant qu'homme au moment de mourir, afin d'être relevé, et considère que la vie lui est également donnée pour les siens avec pouvoir de la transmettre[20] ; ici, le même verset sert au contraire à établir que le Fils ne possède pas la vie par lui-même. L'antitrinitarisme n'apparaît donc pas comme un article de foi isolé mais comme la déduction d'une théologie où aucune prérogative divine ne peut être partagée, dans le prolongement de l'enseignement selon lequel Jésus est la première créature de Jéhovah.[21]

Un Christ guerrier taillé pour Harmaguédon

L'image du « Prince de la Paix » est corrigée dès les premières lignes du numéro : David, guerrier de la justice, préfigure un Christ Jésus qui conduit les armées de Jéhovah selon Apocalypse 19:11-16.[22] Ce passage johannique décrit effectivement un cavalier portant les titres « Fidèle et Véritable » et « la Parole de Dieu », dont une épée aiguë sort de la bouche pour frapper les nations qu'il gouvernera d'une verge de fer[23] ; cette épée issue de la bouche, symbole de la puissance judiciaire de la parole, recoupe directement l'identification de l'arme des Témoins à l'épée de l'Esprit.[24] S'y ajoute la fonction judiciaire déléguée par le Père selon Jean 5:22,27, qui achève de faire du Christ un exécuteur.[25]

Cette christologie n'a de sens que rapportée à l'opération qu'elle doit accomplir. Le combat final est décrit comme sur le point d'avoir lieu et Harmaguédon doit commencer par le dévoilement complet de la hiérarchie catholique romaine.[26] Il s'inscrit dans une série d'annonces d'imminence formulées dans la littérature de la Société entre 1935 et 1940.[27] La séparation des « brebis » et des « chèvres » d'après Matthieu 25:31-46 qui accompagne cette annonce repose sur une exégèse fixée en 1923 : la Watch Tower du 15 octobre de cette année-là restreignit l'identité des « frères » du Christ à ceux appelés à régner avec lui au ciel et définit la classe des « brebis » comme celle des personnes bien disposées qui, sans appartenir à l'espérance céleste, survivraient à Harmaguédon — renversant l'interprétation de Russell, qui appliquait la parabole à une œuvre de séparation étalée sur tout l'Âge millénaire.[28]

Sion contre Babylone : une cosmologie sans espace neutre

Le troisième article fournit le cadre ontologique dont les deux premiers tiraient déjà les conséquences : toute naissance supposant un père et une mère, Jéhovah est l'époux et « Sion » la mère du Royaume, tandis que Satan est le père et « Babylone » la mère des royaumes mauvais, l'une relevant de la lumière et de la vie, l'autre des ténèbres et de la mort.[29] Cette structure binaire remonte à l'article de 1925 déjà cité, présenté dans la littérature ultérieure comme la première exposition claire de l'existence de deux organisations distinctes et opposées.[30]

Le deuxième article en donne la traduction politique : Pharaon n'est que l'instrument visible de Satan, représentant invisible du monde, et l'Égypte figure ce monde avec le commercialisme et le militarisme au premier plan.[31] Une telle lecture prolonge la désignation de Satan comme « dieu de ce siècle » d'après 2 Corinthiens 4:4, qui fonde dans l'enseignement de la Société l'idée que les régimes politiques sont instrumentalisés par lui ; c'est le même raisonnement qui avait conduit, dans la Watchtower des 1er et 15 juin 1929, à réinterpréter les « autorités supérieures » de Romains 13 comme désignant Jéhovah et le Christ et non les gouvernements humains.[32] Dans ce cadre, la religion institutionnelle définie comme « un piège du Diable » et un racket n'est pas une polémique conjoncturelle : l'opposition entre « religion » et christianisme véritable avait été systématisée par Rutherford dans le livre Riches de 1936 puis dans ses discours de Glasgow en 1936 et de Londres en 1938.[33] La cosmologie binaire ne laissant aucun espace neutre, la neutralité politique et l'hostilité aux Églises ne relèvent pas de choix éthiques mais de déductions.

La Hiérarchie romaine, ennemi désigné et accusation infalsifiable

Au sein de cet ennemi générique, la hiérarchie catholique romaine reçoit un traitement singulier : organisation la plus grasse de la terre, chef de file de la persécution depuis 1918, cavalier religieux du « monstre totalitaire » et complice des nazis.[34] L'identification de Babylone à l'Église catholique romaine figurait déjà dans Enemies en 1937.[35] Le recours à Apocalypse 17:16-17 mérite attention : ce passage annonce que les dix cornes et la bête haïront la prostituée, la laisseront désolée et nue, dévoreront sa chair et la brûleront au feu, parce que Dieu a mis dans leur cœur d'exécuter son dessein.[36] Appliqué à 1940, il permet d'annoncer que les régimes totalitaires que la Hiérarchie est accusée de soutenir se retourneront contre elle, l'alliance dénoncée devenant ainsi la cause même de la destruction annoncée.

La solidité apparente de cette construction tient à une doctrine complémentaire. Les chefs religieux ne reconnaissent pas l'épée de la vérité parce qu'ils sont aveuglés par les démons selon Matthieu 23:19-28, et l'« abomination de la désolation » de Marc 13:14 est identifiée à la coalition religieuse, commerciale et politique agissant sous influence démoniaque.[37] Cette identification prolonge une exégèse formulée vers 1929, la Watch Tower du 15 décembre 1929 désignant la Société des Nations comme une chose désolante, produit de Satan et abomination aux yeux de Dieu.[38] L'accusation est donc théologico-prophétique avant d'être factuelle, et sa structure la rend invérifiable : le démenti de l'adversaire y devient la preuve de son aveuglement.

Le reste identifié au Christ opérant

L'ecclésiologie du numéro repose sur un jeu d'étymologie. Le nom « Éhud », glosé comme signifiant « uni », permet d'englober sous une seule figure le Christ Jésus et l'ensemble des membres fidèles de son corps sur la terre, tandis qu'Aaron, associé à Moïse devant Pharaon, figure le reste des frères spirituels du Christ.[39] Ce n'est donc pas une obéissance au Christ qui est décrite mais une identification : le reste est le Christ opérant. Dans l'enseignement diffusé alors, ce reste correspond aux 144 000 appelés à l'espérance céleste, dont le scellement avait été présenté comme clos en 1881 par Russell avant que cette date ne soit repoussée à 1931.[40]

La mention selon laquelle la « grande multitude » des « autres brebis » peut désormais elle aussi saisir la vision d'Apocalypse 12 inscrit dans ce numéro la doctrine des deux espérances[41], fixée lors de l'assemblée de Washington du 3 juin 1935, où la « grande multitude » d'Apocalypse 7:9 fut redéfinie comme une classe à espérance terrestre et non céleste.[42] Le verbe employé ici est significatif : ce n'est pas d'une participation qu'il s'agit mais d'une compréhension accordée. L'identification christologique du reste institue simultanément une classe seconde, admise à comprendre ce que d'autres accomplissent.

L'épée de l'Esprit et le rejet comme validation

La désignation de la Parole de Dieu comme « épée de l'Esprit » selon Éphésiens 6:17, articulée à Hébreux 4:12, requalifie l'activité de porte en porte.[43] L'exégèse du passage paulinien relève que l'épée est la seule pièce offensive d'une armure par ailleurs entièrement protectrice, ce qui la destine à l'assaut[44], et que Hébreux 4:12 lui attribue le pouvoir de pénétrer jusqu'à la division de l'âme et de l'esprit.[45] C'est très précisément cette dimension offensive que retient le premier article, jusqu'à en tirer une anatomie du coup porté : la visite domiciliaire cesse d'être un prosélytisme pacifique pour devenir le prolongement du geste d'Éhud.

Le dispositif se referme sur la persécution. L'aggravation de l'hostilité subie depuis 1918 est lue comme confirmation prophétique de la mission, et Luc 18:7-8 fournit à la fois la promesse d'une vengeance rapide et le test de la foi des fidèles.[46] Les commentaires classiques de ce passage y voient effectivement l'annonce d'une Église souffrante et d'un déclin de la foi avant la fin, le « néanmoins » du verset 8 signalant que l'intervention divine n'empêchera pas cette raréfaction.[47] Le contexte immédiat donne à cette lecture une résonance particulière : la décision Minersville School District v. Gobitis du 3 juin 1940, rendue à huit voix contre une, avait validé l'obligation du salut au drapeau et déclenché une vague de violences contre les Témoins à travers les États-Unis[48], tandis qu'en Allemagne les étudiants de la Bible étaient internés par milliers depuis l'interdiction de juin 1933. Le sociologue Bryan Wilson a classé le mouvement parmi les sectes de rejet du monde, pour lesquelles la persécution fonctionne comme mécanisme de légitimation interne : l'offensive doctrinale produit le rejet, et le rejet authentifie l'offensive.[49]

Organisation et histoire

Une périodisation officielle des campagnes contre la religion organisée

Le commentaire typologique d'Éhud fixe deux dates comme jalons de l'action institutionnelle du mouvement contre les organisations religieuses : 1931, année où la publication de la brochure Le Royaume, l'espoir du monde est présentée comme le moment où le message a commencé à être porté aux chefs religieux et à leurs alliés, et 1933, année à partir de laquelle ce message a été adressé spécifiquement à la hiérarchie catholique romaine.[50] Ces deux repères ne sont pas des reconstructions rétrospectives improvisées : ils correspondent à des événements attestés. Le discours dont la brochure est issue fut prononcé par Rutherford le 26 juillet 1931 à midi, lors de la convention de Columbus (Ohio), devant plus de quinze mille personnes, et retransmis par plus de quatre cent cinquante stations de radio.[51] Plus de cinq millions d'exemplaires de la brochure furent diffusés en deux mois et demi, avec un effort particulier pour en remettre un exemplaire à chaque fonctionnaire, homme d'affaires en vue et membre du clergé.[52] Quant à 1933, c'est au printemps de cette année que les catholiques américains, sous la direction de leurs cardinaux, évêques et prêtres, lancèrent une campagne nationale concertée pour faire retirer Rutherford des ondes, riposte déclenchée par sa conférence radiodiffusée sur l'effet de l'Année sainte sur la paix et la prospérité.[note 1][53] La conférence biblique radiodiffusée chuta de ce fait à 20 743 émissions en 1934.[54] La périodisation proposée en 1940 transforme donc un conflit médiatique concret en jalon d'un plan divin : ce que l'organisation avait vécu comme une offensive puis une riposte devient la mise en œuvre datée d'un jugement annoncé.

Cette datation des campagnes se double d'une seconde chronologie, celle de la connaissance accordée à l'organisation elle-même. La compréhension d'Ésaïe 66:7-8 est rapportée à l'année 1925 et à l'article « La naissance de la nation » paru dans le numéro du 1er mars de cette année-là.[55] Cet article est effectivement reconnu comme le texte qui fit discerner aux étudiants de la Bible l'existence de deux organisations distinctes et opposées — celle de Jéhovah et celle de Satan —, alors qu'ils n'admettaient jusque-là que la seconde.[56] Il fut publié par Rutherford malgré l'opposition de la majorité du comité de rédaction de la revue et rompait nettement avec ce qui avait été enseigné dans Le Mystère accompli.[57] Le même dispositif s'observe pour 1918 et 1922 : le Royaume, quoique engendré en 1914, n'aurait été « intelligemment discerné » par le peuple de Dieu que quelque temps après 1918[58], et c'est depuis 1922 en particulier que le Christ est décrit comme enfonçant l'épée de l'Esprit dans la combinaison religieuse, commerciale et politique[59] — 1922 renvoyant à la convention de Cedar Point tenue du 5 au 13 septembre. Dater ainsi l'acquisition progressive de la doctrine permet de présenter les révisions successives non comme des erreurs corrigées, mais comme des étapes d'un éclairement programmé : les deux chronologies se légitiment mutuellement, celle de la révélation justifiant rétrospectivement les changements doctrinaux, celle des campagnes leur donnant une traduction pratique et datée.

Le prosélytisme comme guerre et l'organisation comme armée en campagne

Ce que la chronologie officielle fonde en doctrine, l'organisation le traduit en dispositif concret. Le ministère de porte en porte est décrit à la fois comme la démarche d'un peuple de paix apportant un présent, sur le modèle d'Éhud se présentant devant Eglon, et comme la remise d'une déclaration de guerre contre l'injustice.[60] Cette double définition n'est pas une figure de style isolée : depuis la convention de Cedar Point de 1922, tout membre était tenu de se considérer comme prédicateur et « agent de publicité » du Royaume, obligation adossée à Matthieu 24:14, verset que le numéro reprend explicitement comme commandement du « Grand Moïse ».[61] L'appareil matériel de cette mobilisation était déjà en place en 1940 : phonographe portable diffusé à partir de 1934, disques de discours enregistrés, premiers pionniers spéciaux envoyés dès 1937 pour faire entendre ces discours au seuil des portes.[62] La métaphore de l'« épée de l'Esprit » tirée d'Éphésiens 6:17[63] désigne d'ailleurs, dans l'exégèse courante de ce passage, la seule pièce offensive d'une armure par ailleurs entièrement défensive[64] : l'image choisie assigne au porte-à-porte la fonction d'unique moyen d'attaque de l'organisation.

L'affrontement ainsi défini commande également l'anticipation matérielle de la répression. L'engagement présenté en conclusion de l'étude sur Moïse — vivre, le cas échéant, dans des tentes ou des roulottes et se déplacer de lieu en lieu pour poursuivre la proclamation[65] — est formulé à un moment où l'existence légale du mouvement est effectivement menacée sur plusieurs continents. L'association est interdite en Allemagne depuis juin 1933 ; en France, l'activité est prohibée ; au Canada, l'interdiction intervient le 4 juillet 1940 en vertu de la Loi sur les mesures de guerre, avec saisies, internements et emprisonnements de familles entières. Aux États-Unis, l'arrêt Minersville School District v. Gobitis du 3 juin 1940, rendu à huit voix contre une, avait validé l'obligation du salut au drapeau à l'école et fut suivi d'une vague de violences contre les Témoins à travers le pays. L'annonce d'un mode d'existence itinérant n'est donc pas une image édifiante : elle formule, dans le vocabulaire du campement militaire, une hypothèse de fonctionnement en régime de clandestinité. Le sociologue Bryan Wilson a classé le mouvement parmi les sectes de rejet du monde, dont l'hostilité déclarée à la société environnante produit en retour une répression qui vient confirmer, aux yeux des membres, la justesse de leur position.[66] La persécution subie en 1940 est ici intégrée d'avance au dispositif : elle devient la condition normale d'exercice du ministère, et non son empêchement.

Contenu

Éhud — Deuxième partie

Dans cet article en deux parties, Rutherford développe une interprétation typologique de la figure biblique d'Éhud, juge d'Israël dont le récit est consigné en Juges 3:15-30. Éhud est présenté comme une figure prophétique préfigurant à la fois le Christ Jésus et les membres de son corps, à savoir les Témoins de Jéhovah eux-mêmes dans leur rôle de guerriers spirituels.[67]

Le point de départ est le verset Psaumes 144:1, mis dans la bouche des membres du corps du Christ : « Béni soit l'Éternel, ma force ». David, désigné « homme selon le cœur » de Jéhovah, est présenté comme le modèle du guerrier de la justice, figure typologique du Christ Jésus, « Prince de la Paix » mais aussi grand Guerrier conduisant les armées de Jéhovah en vue de la vindication de son nom, conformément à Apocalypse 19:11-16.[68]

La question est alors posée de savoir quelle est l'arme de guerre que les Témoins de Jéhovah emploient dans leur mission. La réponse est tirée de Éphésiens 6:17 : « l'épée de l'Esprit, qui est la Parole de Dieu ». Cette arme est identifiée au message théocratique, c'est-à-dire à la Parole divine telle qu'expliquée par la Société. Les « forteresses religieuses » que cette épée doit abattre sont décrites comme des prisons dans lesquelles les chefs religieux maintiennent le peuple dans l'ignorance, s'opposant activement à ce que quiconque de bonne volonté parvienne à la vérité et à la liberté.[69] La promesse de Jean 8:32, « vous connaîtrez la vérité », y est invoquée comme fondement de cette démarche libératrice.[70]

La préparation d'Éhud est ensuite analysée à partir de Juges 3:16 : la fabrication d'une dague à double tranchant d'une coudée de longueur. Le roi Eglon, décrit comme un homme très gras, est interprété comme la figure des grandes organisations religieuses qui se sont engraissées aux dépens du peuple, accomplissant ainsi la prophétie d'Ézéchiel 34:7-15.[71] L'épée à double tranchant renvoie à Hébreux 4:12, « la Parole de Dieu est vivante et efficace »: c'est le message divin concernant le gouvernement théocratique, présenté comme le seul fondement de l'espoir des peuples opprimés.[72]

La manière dont la « classe-reste » a façonné cette épée est précisée : ses membres ont renoncé à tout honneur rendu aux hommes, ont cessé de chercher l'approbation humaine, et se sont appliqués à l'étude de la Parole divine conformément à 2 Timothée 2:15. Ils ont ainsi abandonné les méthodes religieuses traditionnelles et se sont exposés aux critiques et à l'opposition des chefs religieux, sans en être ni effrayés ni détournés de leur mission.[73]

Le fait qu'Éhud porte sa dague attachée à sa cuisse droite et la tire de la main gauche est interprété allégoriquement : les adversaires religieux n'ont pas su reconnaître l'arme des Témoins de Jéhovah, parce qu'ils attendaient d'eux un combat selon les traditions humaines et non selon la Parole de Dieu. Citant Psaumes 45:3-4, la dague ceinte à la cuisse droite est mise en parallèle avec la gloire et la majesté du Christ Jésus, « Ceins ton épée sur ta cuisse ».[74] L'épée d'Éhud demeurait cachée à Eglon, de même que le message de la vérité reste dissimulé aux religieux, aveuglés par les démons conformément à Matthieu 23:19-28.[75]

L'article poursuit l'interprétation typologique en commentant Juges 3:17-18 : Éhud se présente comme un messager pacifique apportant un présent au roi. Les Témoins de Jéhovah se présentent de même comme un peuple de paix qui va de porte en porte avec un message, mais ce message est aussi une déclaration de guerre contre l'injustice.[76] Eglon, le glouton, est comparé aux mauvais bergers d'Ézéchiel 34:2-3 et aux chefs religieux décris en Psaumes 73:3-9 : « leurs yeux se gonflent de graisse ».[77]

L'identification antitype prend ensuite une dimension historique précise. En 1931, la publication de la brochure Le Royaume, l'Espoir du Monde est présentée comme le moment où les Témoins ont commencé à porter le message aux chefs religieux et à leurs alliés, posant la question : religion ou message du Royaume, lequel constitue l'espoir du peuple ?[78] En 1933, le message de Jéhovah a commencé à être adressé spécifiquement à la hiérarchie catholique romaine, décrite comme la principale organisation religieuse sur terre, dominant les autres. Depuis lors, les publications de la Société Watch Tower soulignent que les Philistines opposés à Samson préfigurent cette hiérarchie, et que le numéro du Watchtower du 15 juin 1936 a précisé que les Édomites en sont également une figure antitypique.[79]

Le « monstre totalitaire », dont la hiérarchie catholique romaine est le « cavalier du sommet » religieux, a ainsi reçu la proclamation du jugement de mort de Jéhovah. Le coup porté par Éhud sur Eglon, tel que décrit en Juges 3:21-22, est interprété comme le symbole du message divin portant l'annonce du jugement de mort rendu par Jéhovah contre les institutions religieuses oppressives. La religion est désignée comme « un piège dans lequel le Diable a pris le peuple », un racket par lequel les institutions religieuses se sont enrichies aux dépens de leurs fidèles, les privant de leurs biens honnêtement acquis.[80]

La suite du commentaire sur Éhud approfondit l'interprétation typologique. Les organisations religieuses, en particulier la hiérarchie catholique romaine, y sont décrites selon Philippiens 3:19 comme des gens « dont le dieu est leur ventre », mus par la convoitise et le désir de domination mondiale, contrairement au dessein de Jéhovah.[81] Citant Colossiens 3:5-6, la convoitise y est identifiée à l'idolâtrie, et Psaumes 17:10 sert à décrire les persécuteurs des fidèles serviteurs de Dieu comme enfermés dans leur propre graisse, parlant avec arrogance.[82]

Le drame prophétique d'Éhud et Eglon est présenté comme révélant le dessein de Dieu de détruire la religion depuis le début, en particulier toutes les institutions qui usurpent frauduleusement le nom de Jéhovah pour tromper et dépouiller le peuple. Le message de vérité porté par les Témoins de Jéhovah est décrit non comme leur propre initiative, mais comme « le message mortel est l'épée de l'Esprit », destiné à exposer aux yeux de tous la méchanceté des institutions religieuses, afin que le peuple comprenne que son seul salut consiste à fuir vers Jéhovah Dieu et vers le Christ.[83]

Une dimension historique et eschatologique précise ce tableau : les organisations religieuses catholique et protestante sont présentées comme ayant toutes deux suivi la même trajectoire de corruption et de compromis politique, au point qu'au moment de l'avènement du Seigneur Jésus comme Roi en 1914, elles auraient toutes rejeté Christ comme Roi. La frontière entre catholiques et protestants est décrite comme pratiquement effacée, « il est difficile de trouver la ligne de démarcation entre catholiques » et soi-disant protestants.[84] Ces organisations sont désignées comme accomplissant la prophétie d'Ésaïe 8:14, selon laquelle le Christ enthroné est devenu une pierre d'achoppement pour les deux maisons d'Israël, entendues ici comme l'« Israël spirituel » et la « chrétienté ».[85]

L'identification antitypique d'Eglon avec la « chrétienté » est ensuite approfondie. Celle-ci est décrite comme un homme très gras représentant la combinaison des éléments religieux, commerciaux et politiques qui prétendent gouverner la terre, et qui auraient considérablement grossi, s'étant rendu arrogante et blasphématoire.[86] La persécution des fidèles serviteurs de Dieu est présentée comme s'aggravant chaque année depuis l'avènement du Christ au temple en 1918, la hiérarchie catholique romaine étant désignée comme chef de file de cette action oppressive.[87] L'interprétation est confortée par la référence à Marc 13:14 et à l'« abomination de la désolation » prophétisée par Daniel, identifiée à la coalition religieuse, commerciale et politique qui se tient là où elle ne devrait pas se tenir, agissant sous l'influence des démons.[88]

Le moment présent est décrit comme une heure de grande épreuve pour la foi. La fidélité des saints est mise à l'épreuve, et seuls ceux qui ont entièrement voué leur vie au gouvernement théocratique sont présentés comme comprenant la signification des temps. La promesse de Luc 18:7-8 — que Dieu vengera rapidement ses élus — est invoquée comme fondement de l'espérance, et la question de Jésus, « lorsque le Fils de l'homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? », est présentée comme le test ultime auquel les fidèles sont soumis.[89]

La signification du nom « Eglon » — « comme un veau » ou « comme une génisse » — est explicitée comme confirmant l'image du chef religieux repu, à l'aise dans son « parloir d'été », symbole de la principale organisation religieuse qui a extrait des fidèles leurs ressources pendant des siècles et est devenue excessivement riche.[90] La hiérarchie catholique romaine est sans ambiguïté désignée comme « sans conteste la hiérarchie catholique romaine est l'organisation la plus grasse » sur terre, ayant extrait des peuples leurs ressources pendant de nombreux siècles.[91]

Le sens du nom « Éhud » — « uni » — est exploité pour englober à la fois le Christ Jésus et tous les membres fidèles de « son corps » sur la terre. Depuis 1918, le Christ Jésus est décrit comme présent au temple pour juger les nations, et depuis 1922 en particulier, il est présenté comme enfonçant l'épée de l'Esprit dans les profondeurs vitales de la combinaison religieuse, commerciale et politique.[92] L'image du coup mortel porté par Éhud à Eglon, décrite à partir de Juges 3:22, est développée avec une précision anatomique : la dague enfoncée jusqu'au manche, la graisse se refermant sur la lame, y sont interprétées comme l'image d'un travail « qu'il n'a pas fait à moitié », accompli avec un zèle pour Jéhovah propre à sa maison royale.[93]

L'image de l'épée inamovible est ensuite développée. Selon la version Révisée, Éhud « ne retira pas l'épée du corps » d'Eglon.[94] Le message théocratique, accumulé pendant vingt ans, est décrit comme si vaste que les systèmes religieux et leurs alliés sont dans l'impossibilité de s'en débarrasser, de même qu'il serait vain d'essayer d'extraire les douze pierres déposées par Josué au fond du Jourdain selon Josué 4:9.[95]

La version catholique Douay de Juges 3:22 est convoquée pour souligner que l'excrément sorti des entrailles d'Eglon lors du coup de lame symbolise l'exposition de la saleté de la « chrétienté » : de même, le message du Royaume de Dieu enfoncé dans les profondeurs vitales de cette organisation aurait révélé son record honteux.[96] Les mouvements de réforme protestants sont décrits comme n'ayant fait que « quelques égratignures sur la Hiérarchie », rapidement cicatrisées, tandis que le message du Seigneur Jésus aurait creusé si profond que l'organisation hypocrite n'aurait plus pu cacher sa saleté.[97]

L'accusation la plus grave formulée dans cette section est la dénonciation de la complicité de la hiérarchie catholique avec les régimes nazis : lorsque cette « saleté » sera pleinement révélée, il apparaîtra que la Hiérarchie « a travaillé main dans la main avec les nazis » ayant envahi les pays dits catholiques, tout en prétendant publiquement désapprouver leurs actions.[98] Jouant un « double jeu », selon l'expression employée, la Hiérarchie est décrite comme conspirant à la destruction de ceux qui aiment la liberté d'expression et d'action, afin que les dirigeants dictatoriaux puissent prendre le contrôle total de la terre, avec la Hiérarchie chevauchant « la bête » en qualité de conseiller spirituel, conformément à Apocalypse 17:16-17.[99] Harmaguédon est annoncé comme devant commencer précisément par le dévoilement complet de la Hiérarchie, qui se verra entièrement dépouillée de son « refuge de mensonges ».[100]

Le Prophète d'aujourd'hui

Une étude typologique de Moïse comme préfiguration du Christ Jésus, désigné comme le « grand Prophète » annoncé en Deutéronome 18:15, est développée à partir de la prophétie d'Ésaïe 19:3, mise en relation avec la « chrétienté » : de même que l'Égypte antique cherchait des oracles et des devins, la « chrétienté » contemporaine chercherait un prophète de prospérité commerciale et de paix entre les nations, au lieu de se tourner vers Jéhovah.[101]

L'histoire de Moïse est retracée depuis la prophétie de Jacob mourant en Genèse 49:10, annonçant l'avènement d'un puissant Libérateur de la tribu de Juda, jusqu'au complot de Pharaon visant à faire tuer tous les nouveau-nés mâles hébreux. Ce complot est interprété comme l'œuvre de Satan cherchant à empêcher la naissance de Celui qui était prophétisé, selon une lecture typologique où la puissance mondiale d'Égypte représente le monde sous la domination de Satan, avec le commercialisme et le militarisme au premier plan.[102] Moïse est sauvé miraculeusement, recueilli dans la famille royale égyptienne (Exode 2:1-10), tout comme Jésus enfant sera sauvé du pouvoir meurtrier du roi Hérode.[103]

Devenu adulte, Moïse manifeste sa foi en Dieu selon Hébreux 11:24-25, préférant partager l'esclavage de ses frères hébreux plutôt que de jouir des honneurs de l'Égypte. Son acte de défense d'un Hébreu frappé par un Égyptien, qui lui vaut la fuite hors d'Égypte (Exode 2:11-12), n'est présenté comme ayant reçu aucun blâme de Jéhovah, ce dernier l'ayant ensuite spécifiquement choisi pour préfigurer le Christ Jésus.[104] Les quarante années passées au pays de Madian comme berger du troupeau de son beau-père Jéthro, pendant lesquelles les mesures oppressives de Pharaon contre Israël s'alourdissent sans cesse, constituent le contexte de la révélation du nom de Jéhovah à Moïse au buisson ardent du mont Horeb, moment où Jéhovah commence à lui dévoiler son dessein de vindication de son saint nom et lui donne l'ordre de retourner en Égypte pour y servir d'avertisseur à Pharaon et y conduire les Israélites vers la liberté.[105]

La démarche de Moïse et d'Aaron devant Pharaon, rapportée en Exode 5:1-2, est présentée comme le défi de la puissance de Jéhovah lancé à la puissance de Satan, représentant invisible du monde dont Pharaon est l'instrument visible. Les plaies d'Égypte sont interprétées comme une démonstration de la puissance de Jéhovah devant les nations, en vue que « les Égyptiens sauront que je suis Jéhovah » selon Exode 7:5, et l'événement est rapproché de la question rhétorique de 2 Samuel 7:23 sur l'unicité d'Israël comme peuple que Dieu a racheté pour se faire un nom.[106]

Quarante ans plus tard, au pays de Moab, Moïse prononce son discours d'adieu contenu dans le Deutéronome et annonce la venue d'un Prophète semblable à lui, issu des frères d'Israël. La prophétie de Deutéronome 18:15, puis son rappel divin de Deutéronome 18:17-19, sont présentés comme remontant à la révélation du Sinaï, que Moïse avait gardée pour lui pendant près de quarante ans. Lorsque Jean-Baptiste arrive en 29 de notre ère, les Israélites cherchent encore ce prophète et lui posent la question rapportée en Jean 1:21 ; il répond négativement. C'est l'apôtre Pierre qui, après la Pentecôte, identifie explicitement Jésus Christ comme ce grand Prophète prédit par Moïse, selon Actes 3:20-26.[107]

Une distinction temporelle fondamentale est ensuite développée : le ministère terrestre de Jésus durant trois ans et demi ne peut constituer qu'un accomplissement miniature de la prophétie de Moïse, car le « grand Prophète » doit accomplir sur une échelle incomparablement plus grande ce que Moïse avait fait. Jésus lui-même, durant son ministère, s'est refusé à agir comme juge ou arbitre parmi le peuple, ainsi qu'il le déclare en Luc 12:13-14. C'est le Christ exalté aux cieux qui accomplit désormais en grand ce que Jésus homme n'avait accompli qu'en miniature.[108]

Le bâton de Moïse porté dans sa main lors de son retour en Égypte est mis en relation avec Psaumes 110:2 dans la version Révisée, et cet ensemble typologique fixe le moment du début de l'accomplissement de grande envergure de la prophétie de Moïse à l'année 1914, date à laquelle prend fin, selon cet enseignement, la domination ininterrompue de Satan.[109] Aaron, frère de Moïse qui l'accompagne dans sa mission d'attestation devant Pharaon, est identifié au reste des frères spirituels du Christ encore sur terre, c'est-à-dire aux Témoins de Jéhovah eux-mêmes, auxquels a été confié le témoignage de Jésus Christ selon Apocalypse 12:17 et Ésaïe 52:7. En tant que membres du corps du Christ, ils sont placés sous le commandement direct du Christ Jésus et tenus à une obéissance totale, sous peine de destruction selon Actes 3:23.[110]

Le Christ Jésus est présenté comme juge et exécuteur, dont l'autorité de juger tous les hommes lui a été déléguée par le Père selon Jean 5:22,27. Son avènement au temple spirituel de Dieu en 1918 est décrit comme le début d'un jugement portant d'abord sur la maison de Dieu — c'est-à-dire sur les membres de son corps — conformément à 1 Pierre 4:17, puis s'étendant à toutes les nations, divisant les peuples en deux classes : les « chèvres » destinées à la destruction à Harmaguédon, et les « brebis » destinées à hériter des bénédictions éternelles sur la terre sous le Royaume théocratique, selon Matthieu 25:31-46.[111]

Un parallèle précis est ensuite établi entre l'arrivée de Moïse en Égypte et l'avènement du Christ au temple en 1918 : de même que les Israélites en Égypte ne connaissaient pas encore le nom de Jéhovah, les suivants consacrés du Christ n'en comprenaient pas toute la signification et la portée avant 1918. « Ils comprennent maintenant que la doctrine la plus grande des Écritures est celle concernant le Royaume », parce que le Royaume est la vindication du nom de Jéhovah.[112] Le commandement du Grand Moïse, Christ Jésus, est l'annonce de l'évangile du Royaume à toutes les nations avant la fin, selon Matthieu 24:14 dans la version Révisée : non pas seulement l'évangile de « Jésus Christ et de lui crucifié », mais l'annonce que le Royaume est arrivé et que Jéhovah va désormais se faire un nom.[113]

La conclusion place ses destinataires dans la position de Moïse et d'Aaron face à Pharaon : tout comme ceux-ci ont organisé les Israélites en armée et les ont fait sortir d'Égypte, le Christ Jésus, Grand Moïse, a rassemblé l'armée de Jéhovah au Mont Sion symbolique (Apocalypse 14:1-4 et Apocalypse 19:11-21), et le combat décisif pour la vindication du nom de Jéhovah est décrit comme imminent, à l'image de la destruction des Égyptiens dans la mer Rouge. « Le combat final est sur le point d'avoir lieu. » Les Témoins de Jéhovah fidèles sont présentés comme prêts, le cas échéant, à vivre dans des tentes ou des roulottes et à se déplacer de lieu en lieu pour continuer à proclamer le nom et les louanges du Très-Haut et de son Royaume.[114]

Nation théocratique née

La prophétie d'Ésaïe 66:7-8 sert de point de départ : « Qui a jamais entendu une telle chose ? qui a jamais vu de pareilles choses ? » Sa compréhension est présentée comme ayant été accordée pour la première fois en 1925, par la grâce de Jéhovah Dieu, vingt-six siècles après avoir été prononcée, une référence étant faite à la Tour de Garde du 1er mars 1925 et à son article « La naissance de la Nation ».[115]

La naissance est définie comme l'acte d'amener à la vie, et la vie éternelle est présentée comme ne pouvant venir que de Jéhovah seul, « fontaine de vie » selon Psaumes 36:9. Cette règle est sans exception : elle s'applique même au Christ Jésus, à qui Jéhovah a accordé la vie selon Psaumes 21:4, Psaumes 16:11, Romains 6:23 et Jean 17:3.[116] Toute naissance implique un père et une mère : pour le Royaume des cieux, Jéhovah est le « mari » et père, et son organisation appelée « Sion » en est la mère ; pour les royaumes mauvais qui ont mal gouverné la terre pendant des siècles, Satan est le père et « Babylone », son organisation mauvaise, en est la mère. L'une est lumière et vie, l'autre est ténèbres et mort dont la fin sera la destruction éternelle, selon Zacharie 14:4-11.[117]

Le Royaume de Jéhovah, établi par et à travers son Fils bien-aimé Christ Jésus pour le bénéfice des hommes de bonne volonté, est décrit comme ayant été fixé à un temps précis : celui où Jéhovah a accompli Psaumes 2:6 en établissant son Roi sur son trône céleste en 1914, marquant la fin des « temps des Gentils » sous la domination de Satan. L'apôtre Jean a reçu une vision de la naissance de ce Royaume décrite en Apocalypse 11:19 et Apocalypse 12:1, que la « classe servante » a commencé à comprendre et dont elle s'est réjouie, et que la « grande multitude » des « autres brebis » peut désormais elle aussi saisir.[118]

Le signe de la femme couronnée de douze étoiles, la lune sous ses pieds et revêtue du soleil, décrit en Apocalypse 12:1, est interprété comme représentant l'organisation de Dieu, nommée « Sion », dont Jéhovah est l'époux. Les paroles d'Ésaïe 54:5 lui sont appliquées. La nation antique d'Israël naturel à laquelle prophétisait Ésaïe est décrite comme la Sion typique, préfigurant la lumière plus grande que Dieu apporterait à l'attention de son peuple concernant son organisation centrale, le Royaume céleste ayant été engendré en 1914 comme accomplissement de cette prophétie, même si ce fait n'a été intelligemment discerné par le peuple de Dieu que quelque temps après 1918.[119]

Expériences de terrain

La rubrique « Expériences de terrain »[120] regroupe deux témoignages circonstanciés relatifs à des événements survenus pendant la période de la Seconde Guerre mondiale en Europe.

Le premier récit, intitulé « Fuite sûre de témoins réfugiés »,[121] relate l'exode de deux femmes témoins de Jéhovah quittant Gand en Belgique lors de l'invasion allemande. L'une, pionnière avec son mari depuis plus de cinq ans en Belgique, est retenue prisonnière chez elle pendant trois jours par les autorités qui la soupçonnent d'être une « cinquième colonne » ; son mari est immédiatement arrêté et emmené dès le début de l'invasion. L'autre, une « jonadab » fidèle depuis dix-huit mois, les accompagne. Les deux femmes fuient en bicyclette vers la côte, harcelées sans relâche par des avions allemands. Près de Maldegem, une explosion de bombe tue tous les réfugiés qui s'étaient réfugiés dans un fossé avec elles ; la jonadab reçoit un éclat d'obus dans le dos, la pionnière perd temporairement l'ouïe de l'oreille droite, mais toutes deux survivent et attribuent leur délivrance à la protection de Jéhovah.[122]

Après avoir tenté sans succès d'embarquer à Ostende, elles longent la côte vers la frontière française. Un soldat français les avertit que Greville, où elles comptaient passer la nuit entre Dunkerque et Calais, allait tomber aux mains des Allemands ; elles font demi-tour vers Dunkerque, et le lendemain matin Greville est décrit comme rasé. Elles parviennent finalement à embarquer sur un navire-hôpital britannique quittant Dunkerque. Pendant la traversée, un navire grec voisin heurte une mine et coule avec son chargement de réfugiés, tandis que le navire-hôpital arrive sain et sauf en Angleterre. Le récit souligne la courtoisie des officiers britanniques à leur égard et leur accueil chaleureux à Londres par le comité d'aide aux réfugiés. Il est noté qu'avant l'invasion, ces deux femmes distribuaient encore la brochure française Refugees dans leur territoire en Belgique, sans se douter qu'elles allaient bientôt elles-mêmes devenir des réfugiées.[123]

Le second témoignage, venant d'Angleterre, relate une attaque de foule dans un quartier catholique de Liverpool contre deux sœurs en prédication. « Toutes deux furent jetées à terre, l'une étant traînée par les cheveux et secourue par une jeune fille du quartier »; l'autre reçut une vilaine blessure au genou et leur littérature ainsi qu'un peu d'argent leur furent volés.[124] Un frère pionnier fut également frappé à l'œil. L'instigateur de l'attaque demeure introuvable. Il est précisé que c'est la revue Consolation qui aurait déclenché la colère de la foule. L'intervention de la police est décrite avec éloge : un agent brandissant la brochure Gouvernement et Paix pour tenter d'apaiser les esprits, un autre ouvrant le livre Salut et déclarant n'y voir que du Christ Jésus. L'inspecteur du poste de police voisin accueille le groupe avec bienveillance, reconnaissant qu'ils se trouvaient dans un « quartier chaud ».[125]

Téléchargement

📄 Télécharger le PDF OCRisé de ce numéro


Illustrations du numéro

Références

  1. Titre original anglais : Effect of Holy Year on Peace and Prosperity. L'Année sainte de 1933 avait été proclamée par Pie XI pour le dix-neuvième centenaire de la Rédemption.
  1. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 289-297.
  2. Dual fulfillment, consulté en 2026.
  3. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 300.
  4. The prophet like Moses (Dt 18:15-22): Some trajectories in the history of interpretation, SciELO South Africa, consulté en 2026.
  5. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 300.
  6. Advertise the King and the Kingdom! (1919-1941), Watchtower Online Library, consulté en 2026.
  7. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 300.
  8. Development of Jehovah's Witnesses doctrine, Wikipédia, consulté en 2026.
  9. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 296, 301.
  10. Advertise the King and the Kingdom! (1919-1941), Watchtower Online Library, consulté en 2026.
  11. 1925 and the Watchtower teaching that Millions now living will never die!, JWFacts, consulté en 2026.
  12. Isaiah 54, Watchtower Online Library, consulté en 2026.
  13. Woman (Revelation 12), Watchtower Online Library, consulté en 2026.
  14. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 300.
  15. Part 2 — United States of America, Watchtower Online Library, consulté en 2026.
  16. Peter's Use of Deuteronomy 18:15 in Acts 3:22-23: An Exegetical and Hermeneutical Critique, Academia.edu, consulté en 2026.
  17. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 300.
  18. Development of Jehovah's Witnesses doctrine, Wikipédia, consulté en 2026.
  19. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 301.
  20. Psalms 21:4 — Gill's Exposition, Bible Study Tools, consulté en 2026.
  21. Development of Jehovah's Witnesses doctrine, Wikipédia, consulté en 2026.
  22. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 289.
  23. Revelation 19:11-16 meaning, TheBibleSays.com, consulté en 2026.
  24. Revelation 19:11 Commentaries, BibleHub, consulté en 2026.
  25. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 300.
  26. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 297, 301.
  27. Development of Jehovah's Witnesses doctrine, Wikipédia, consulté en 2026.
  28. Be Loyal to Christ's Brothers — Preach!, jw.org, consulté en 2026.
  29. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 301.
  30. Advertise the King and the Kingdom! (1919-1941), Watchtower Online Library, consulté en 2026.
  31. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 298-299.
  32. Development of Jehovah's Witnesses doctrine, Wikipédia, consulté en 2026.
  33. Development of Jehovah's Witnesses doctrine, Wikipédia, consulté en 2026.
  34. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 295-297.
  35. Development of Jehovah's Witnesses doctrine, Wikipédia, consulté en 2026.
  36. Revelation 17:16–17 RSVCE, Biblia, consulté en 2026.
  37. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 292, 295.
  38. Did the League of Nations fulfill prophecy?, Jehovah's Watchman, consulté en 2026.
  39. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 296, 300.
  40. Development of Jehovah's Witnesses doctrine, Wikipédia, consulté en 2026.
  41. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 301.
  42. Development of Jehovah's Witnesses doctrine, Wikipédia, consulté en 2026.
  43. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 289, 292-293.
  44. Sword of the Spirit — Ephesians 6:10-17, SimplyBible, consulté en 2026.
  45. The Sword of the Spirit: Hebrews 4:12-13; Ephesians 6:17, GoServ Global, consulté en 2026.
  46. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 295-296.
  47. Luke 18:8 Commentaries, BibleHub, consulté en 2026.
  48. Development of Jehovah's Witnesses doctrine, Wikipédia, consulté en 2026.
  49. Development of Jehovah's Witnesses doctrine, Wikipédia, consulté en 2026.
  50. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 293.
  51. « Advertise the King and the Kingdom! (1919-1941) », Watchtower Online Library.
  52. « Advertise the King and the Kingdom! (1919-1941) », Watchtower Online Library.
  53. « Champions of Freedom of Speech and of Worship », Watchtower Online Library.
  54. « Champions of Freedom of Speech and of Worship », Watchtower Online Library.
  55. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 299.
  56. « God's Kingdom Is Born! », Watchtower Online Library.
  57. « 1925 and the Watchtower teaching that Millions now living will never die! », JWFacts.
  58. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 301.
  59. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 296.
  60. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 293.
  61. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 300.
  62. « Pioneer (Jehovah's Witnesses) », Wikipédia.
  63. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 289.
  64. « Sword of the Spirit — Ephesians 6:10-17 », SimplyBible.
  65. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 301.
  66. Bryan R. Wilson, Religious Sects: A Sociological Study, Londres, Weidenfeld and Nicolson, 1970.
  67. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 289.
  68. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 289.
  69. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 289.
  70. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 289.
  71. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 292.
  72. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 292.
  73. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 292.
  74. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 292.
  75. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 292.
  76. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 293.
  77. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 293.
  78. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 293.
  79. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 293.
  80. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 293.
  81. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 294.
  82. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 294.
  83. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 294.
  84. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 294.
  85. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 294.
  86. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 295.
  87. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 295.
  88. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 295.
  89. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 296.
  90. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 296.
  91. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 296.
  92. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 296.
  93. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 296.
  94. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 297.
  95. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 297.
  96. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 297.
  97. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 297.
  98. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 297.
  99. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 297.
  100. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 297.
  101. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 298.
  102. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 298.
  103. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 298.
  104. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 299.
  105. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 299.
  106. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 299.
  107. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 299.
  108. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 300.
  109. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 300.
  110. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 300.
  111. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 300.
  112. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 300.
  113. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 300.
  114. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 301.
  115. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 299.
  116. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 301.
  117. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 301.
  118. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 301.
  119. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 301.
  120. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 304.
  121. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 304.
  122. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 304.
  123. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 304.
  124. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 304.
  125. La Tour de Garde du 1er octobre 1940, p. 304.

Catégorie:1940