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La Tour de Garde du 15 mai 1940

De Tj-encyclopédie
La Tour de Garde du 15 mai 1940
Revue La Tour de Garde
Date 1940
Année 1940
Éditeur Watch Tower Bible and Tract Society

Ce numéro est dominé par une longue étude exégétique de la prophétie de Sophonie, présentée comme la quatrième partie d'une série intitulée « Instruction ». Le texte prophétique est interprété comme un double avertissement adressé à la « Chrétienté » contemporaine : un appel au rassemblement des personnes de bonne volonté avant la destruction divine, et un verdict sans appel prononcé contre les dirigeants religieux présentés comme orgueilleux, sans repentance et démonisés.

La figure des « doux » (Sophonie 2:3) occupe une place centrale dans le numéro : ces hommes et ces femmes sincères, maintenus en « prison » spirituelle par leurs chefs religieux, sont exhortés à fuir toute organisation religieuse et à chercher Jéhovah de tout leur cœur avant qu'Harmaguédon ne s'accomplisse.

Analyse

Croyances

L'article « Instruction » consacré à Sophonie repose sur un principe herméneutique explicite : la prophétie possède un accomplissement « en miniature » sur Juda et Jérusalem dans l'Antiquité, puis un accomplissement complet et définitif sur la « Chrétienté » contemporaine.[1] Cette lecture antitypique généralisée n'est pas propre à ce numéro : elle constitue la méthode de lecture des livres prophétiques hébraïques adoptée sous la présidence de Rutherford dans la série d'ouvrages de commentaire prophétique publiés à partir de 1930, où chaque cité, chaque personnage et chaque nation de l'Ancien Testament reçoit une correspondance moderne.[2] L'application ici faite des quatre cités philistines — Gaza, Ashkélon, Ashdod et Ekron — à la Hiérarchie catholique romaine et à l'Action catholique en fournit un exemple abouti : le territoire occupé en violation du commandement divin sert de figure à une organisation religieuse qui « se tient là où elle ne devrait pas se tenir ».[3]

La notion de « religion » reçoit dans ce numéro une acception entièrement négative : elle est assimilée au démonisme, et l'accord avec « le jugement de Dieu contre le démonisme » est défini comme portant sur « toute forme de religion et de pratique religieuse ».[4] Cette opposition lexicale entre « religion » (organisation de Satan) et « service de Jéhovah » ou « adoration pure » n'appartient pas au vocabulaire des débuts du mouvement : Russell employait couramment le terme dans un sens neutre, et c'est à la fin des années 1930 que la revue en fait un terme systématiquement péjoratif, jusqu'au mot d'ordre « la religion est un piège et une escroquerie » diffusé à partir de 1937-1938.[5] L'injonction faite aux « doux » de fuir la religion avant Har-Maguédôn tire de cette redéfinition une conséquence pratique immédiate : aucun salut n'est possible à l'intérieur d'une organisation religieuse quelconque.[6]

La construction du salut en deux classes distinctes — le « reste » oint d'une part, la « grande multitude » et les Jonadabs d'autre part — est ici affirmée avec une précision eschatologique qui dépasse la simple mention : la « grande multitude » est déclarée survivante d'Har-Maguédôn en tant que classe, tout en admettant que des individus puissent y mourir sans pour autant périr, puisqu'ils recevraient la vie dans la résurrection.[7] Cette identification de la « grande multitude » d'Apocalypse 7:9-14 à une classe terrestre survivant à la bataille finale, et non à une seconde classe céleste, constitue une rupture avec l'interprétation antérieure du mouvement, qui y voyait une compagnie spirituelle de chrétiens infidèles purifiés par la tribulation ; le remplacement remonte à un discours de Rutherford prononcé à Washington le 31 mai 1935.[8] Le numéro pousse cette articulation plus loin encore en affirmant qu'une partie du reste oint, engendré par l'esprit, survivra à la bataille et continuera pour un temps à dispenser la nourriture spirituelle à la « grande multitude » aux côtés des « princes » terrestres.[9]

La chronologie prophétique invoquée pour fonder l'autorité du présent repose sur trois jalons datés : 1918, année où le Christ Jésus serait venu au temple de Jéhovah pour y commencer le jugement et mettre fin à la captivité babylonienne des oints ; 1925, avant laquelle les « consacrés » attendaient encore leur exaltation individuelle et après laquelle la vindication du nom de Jéhovah est devenue l'objet central ; et 1929, date à laquelle les oints fidèles auraient été autorisés à participer au déversement des sept coupes de l'Apocalypse sur la « Chrétienté ».[10] Cette périodisation présente le progrès de la compréhension doctrinale comme une révélation graduelle, chaque étape corrigeant la précédente sans que la rétractation soit nommée comme telle : la mention explicite que le « reste » attendait avant 1925 son exaltation individuelle constitue une reconnaissance discrète de l'échec des attentes attachées à cette année, présentée comme un déplacement d'objet plutôt que comme une erreur.[11]

Le « Gouvernement théocratique » est traité non comme un thème parmi d'autres mais comme le contenu même de la bonne nouvelle annoncée et la condition explicite du salut : seuls survivront ceux qui auront pris position de son côté avant le commencement d'Har-Maguédon.[12] Cette centralité se prolonge dans la lecture rétrospective de la figure d'Abraham, présenté comme le premier réfugié théocratique, fuyant Ur des Chaldéens et le gouvernement politico-religieux de Babylone dans l'attente de « la cité qui a des fondements ».[13] La construction théologique est ainsi circulaire : la Théocratie annoncée comme imminente devient aussi l'espérance rétroactive des fidèles de l'Antiquité, ce qui installe une continuité ininterrompue de témoins depuis Éden dont le mouvement contemporain se veut l'aboutissement.[14]

Le refus du « culte des créatures » appliqué à la fête des Mères articule deux arguments distincts : une étymologie du mois de mai rattachée à Maia, « mère féconde » du dieu Hermès, et la datation de l'institution de la fête aux États-Unis en 1914 — année à laquelle le mouvement fait expirer les « temps des nations » et cesser la domination ininterrompue de Satan.[15] Ce rapprochement transforme une coïncidence calendaire en indice prophétique : l'apparition d'une fête est lue comme une contre-offensive démoniaque déclenchée au moment précis où le Royaume aurait été établi. Le même raisonnement sert à disqualifier l'appel du pape, daté du 17 avril 1940, à un mois de prière mariale pour la paix entre les nations, présenté comme la forme la plus visible du détournement de l'adoration due à Jéhovah.[16]

La qualification de « fornication » au sens scripturaire appliquée aux femmes qui enseignent, prêchent et prophétisent dans les assemblées religieuses, appuyée sur Apocalypse 2:20 et 1 Timothée 2:12, rattache une prescription disciplinaire sur la condition féminine à la catégorie théologique de l'infidélité religieuse : la transgression n'est pas décrite comme un manquement à l'ordre mais comme une participation à l'apostasie de la « Chrétienté ».[17]

Enfin, la condamnation des « anciens électifs » assimilés aux Pharisiens qui « se tiennent sur leur propre justice » prolonge sur le terrain doctrinal la lecture d'Isaïe 60:17, où la justification ne s'obtient que par conformité à l'organisation de Dieu.[18] Le même schéma est appliqué aux dissensions internes dans la résolution de la compagnie de Chicago, qui mobilise 2 Thessaloniciens 2:11 — Dieu envoyant une « énergie d'erreur » pour que les infidèles croient un mensonge — et Romains 16:17-18 contre ceux qui causent des divisions.[19] La notion d'aveuglement judiciaire, initialement forgée contre le clergé de la « Chrétienté », est ainsi retournée vers l'intérieur : la contestation de la direction devient elle-même le signe d'un jugement divin déjà exécuté sur celui qui la formule.

Organisation et histoire

La section consacrée à la « justice » formule une obligation organisationnelle explicite : les lecteurs y sont enjoints de se montrer disposés à suivre les instructions de l'organisation et de ne pas chercher à devancer le Seigneur en accomplissant l'œuvre divine à leur propre manière.[20] Le dispositif est complété par une disqualification préventive de la contestation : quiconque trouve à redire aux autres et, plus particulièrement, s'oppose à ce que les instructions de l'organisation lui soient données ou rappelées, est rangé parmi les orgueilleux et exclu de la catégorie des « doux ».[21] L'accusation d'orgueil comme instrument de neutralisation d'une objection interne n'est pas nouvelle dans le vocabulaire de Rutherford : dès 1928, il qualifiait les anciens élus localement de « hautains » et de « paresseux » dans sa campagne contre le mode de gouvernance hérité de la période russellienne.[22] La mention des « anciens électifs », assimilés aux Pharisiens qui se tiennent sur leur propre justice et cherchent à se justifier eux-mêmes,[23] renvoie directement à cette rupture institutionnelle : les numéros de La Tour de Garde du 15 août et du 1er septembre 1932 avaient déclaré la charge d'ancien non scripturaire et mis fin à un système d'élection congrégationnelle en vigueur depuis plus de cinquante ans, remplacé par des directeurs de service rendant compte directement à Brooklyn.[24] Le processus fut achevé en 1938, date à partir de laquelle l'ensemble des « serviteurs » de congrégation furent nommés par la Société Watch Tower et non plus élus.[25] Employée en 1940, l'expression « anciens électifs » désigne donc une institution déjà abolie depuis huit ans, dont le rappel polémique vise moins un organe existant qu'un modèle de légitimité concurrent — celui d'une autorité tirée du suffrage local plutôt que de la nomination centralisée.

Le traitement réservé à la critique interne à la date de parution de ce numéro éclaire la portée pratique de ces exhortations. La lettre adressée le 21 juillet 1939 à Rutherford par Olin Moyle, conseiller juridique de la Société, avait reçu pour réponse un article de La Tour de Garde du 15 octobre 1939 qualifiant chacun de ses paragraphes de mensonges et comparant son auteur à Judas, avant son exclusion.[26] La résolution de la compagnie de Chicago, unité Sud, publiée dans ce numéro, s'inscrit dans le prolongement direct de cet épisode : l'engagement à ne prêter aucune attention à une information ne passant pas par le canal du « Gouvernement théocratique », assorti de la dénonciation d'infidèles internes poussés à croire un mensonge et à provoquer des divisions,[27] formalise au niveau de la congrégation locale le principe du canal unique d'information que la direction avait imposé l'année précédente au sommet de l'organisation.

La lettre de la congrégation de Bloomfield documente le système de comptabilisation du travail de prédication alors en vigueur. Les rubriques distinguées — trente-quatre « éditeurs », 1 144 livres reliés dont 353 « combinaisons » de trois volumes, 410 visites de retour[note 1] et 55 études modèles hebdomadaires[28] — correspondent aux catégories statistiques standardisées que les congrégations étaient tenues de faire remonter à Brooklyn, un rapport périodique d'activité ayant été prescrit à l'ensemble des adeptes sous la présidence de Rutherford.[29] Ces catégories étaient diffusées, avec les campagnes et les objectifs chiffrés, par le bulletin interne The Informant, paraissant depuis juillet 1936 à destination des publicateurs.[30]

La mention par cette même congrégation d'une « lettre électrisante » de Rutherford fixant un nouveau quota aux éditeurs, tout comme le fait que les deux correspondances publiées lui soient adressées nommément,[31] illustre le caractère personnalisé de la direction. Depuis la suppression du comité de rédaction en 1931, Rutherford rédigeait seul les articles de fond de la revue,[32] ce qui vaut pour l'étude de la prophétie de Sophonie occupant l'essentiel de ce numéro. L'historien Bernard Blandre analyse cette configuration comme la transformation du mouvement en « une structure totalitaire polarisée sur l'activisme et le conflit contre l'ensemble du monde extérieur ».[33]

Contenu

Instruction (Partie 4)

Le rassemblement

L'article central de ce numéro est une étude de la prophétie de Sophonie, présentée comme la quatrième partie d'une série intitulée « Instruction ».[34] La prophétie est interprétée comme ayant une double application : une réalisation partielle sur l'ancien Israël, et une réalisation complète et définitive sur la « Chrétienté » contemporaine.[35]

Le temps présent est présenté comme un jour de jugement des nations exercé par le Christ Jésus, que Dieu aurait établi comme juge. Les personnes de bonne volonté envers Dieu y sont décrites comme guidées dans le bon chemin, tandis que les orgueilleux et les scornieux, identifiés aux dirigeants religieux de la « Chrétienté », refusent l'instruction divine.[36] Ces derniers sont rapprochés des Pharisiens de l'Antiquité : « Les dirigeants religieux modernes » sont présentés comme orgueilleux, hautains et méprisants, refusant la crainte de Dieu et repoussant l'instruction tirée de la Parole divine.

Le chapitre deux de la prophétie de Sophonie est ensuite commenté : il s'ouvre sur un appel adressé au peuple de la « Chrétienté » à se rassembler. Ceux qui sont hautains et désobéissants seraient rassemblés en vue de leur destruction, tandis que ceux de bonne volonté trouveraient un lieu de sécurité. Une auto-examen est présenté comme obligatoire avant l'arrivée d'Harmaguédon, moment auquel la religion et toutes les organisations religieuses seraient détruites.[37]

L'expression hébraïque traduite par « rassemblez-vous » est analysée en détail : le terme hébreu sous-jacent serait dérivé d'une racine signifiant « balle de paille », c'est-à-dire une matière sèche propre à être consumée par le feu.[38] Plusieurs traductions alternatives sont convoquées — Rotherham, Leeser, la version de Douay, Margolis — pour préciser l'identité de la « nation non désirée » évoquée en Sophonie 2:1 : « Ô nation sans désir de repentance », « Ô nation indigne d'être aimée » ou encore « nation sans honte ». Cette nation est identifiée à la « Chrétienté » contemporaine, présentée comme le pendant exact de l'ancien royaume de Juda : les deux auraient professé faire la volonté de Dieu avant de se révéler infidèles.[39]

La « Chrétienté » est décrite comme « désormais sans honte, sans aucun désir de Dieu, sans repentance, indigne de l'amour de Dieu et de son attention ; elle n'est bonne qu'à être détruite ».[40] Cependant, au sein même de ses frontières, se trouveraient des personnes dédiées que les Écritures désigneraient comme la « sainte nation » de Dieu, ainsi que ceux qui soupirent et pleurent à cause des abominations commises par la « Chrétienté », en référence à Ézéchiel 9:4.[41]

L'examen de conscience et le rassemblement doivent intervenir avant l'accomplissement du décret divin, selon Sophonie 2:2 : « Avant que le décret s'accomplisse, avant que le jour passe comme la balle, avant que la vive colère du Seigneur vienne sur vous, avant que le jour de la colère du Seigneur vienne sur vous. » Le premier chapitre de la prophétie de Sophonie est interprété comme résumant le décret de Jéhovah de détruire l'infidèle Juda et Jérusalem — accompli en miniature dans l'Antiquité, et désormais destiné à s'accomplir pleinement sur la « Chrétienté ».[42] La prophétie de Habacuc 2:20 — « que toute la terre se taise devant lui » — est citée comme confirmant que Dieu parlerait depuis son temple et commanderait à tous de se taire et d'écouter.[43]

Les doux

Au sein des organisations religieuses, deux classes sont distinguées : d'une part les membres du clergé et les principaux de leurs troupeaux, entièrement dévoués à la réalisation des projets des dirigeants des nations et décrits comme sous l'influence des démons ; d'autre part des hommes et des femmes sincères qui croient nécessaire de s'accrocher à la religion pour être sauvés, mais qui sont profondément dégoûtés et attristés par les actes abominables commis par leurs chefs religieux.[44] La première classe est décrite comme arrogante, hautaine et cruelle, et est présentée comme convoquée par le Seigneur à se rassembler en vue du massacre à Harmaguédon. La seconde entend l'avertissement et fuit la colère de Dieu, désireuse de connaître la vérité mais maintenue en « prison » par ses chefs religieux.[45]

Jéhovah, par son prophète, s'adresse ensuite à ceux qui désirent connaître le Seigneur et aspirent à la justice : les doux et les humbles. Sophonie 2:3 est cité : « Cherchez l'Éternel, vous tous les humbles du pays, qui pratiquez ses ordonnances ; cherchez la justice, cherchez l'humilité ; peut-être serez-vous à l'abri au jour de la colère de l'Éternel. » Ces doux doivent fuir la religion, sortir de l'organisation du Diable avant qu'Harmaguédon ne commence, et sont identifiés à ceux qui « sortent de la grande tribulation » (Apocalypse 7:14), laquelle est désormais sur toutes les nations de la terre.[46]

La règle divine adressée à tous ceux qui désirent sincèrement connaître la vérité et servir Jéhovah est exposée à partir de Jérémie 29:13-14 : « Vous me chercherez et vous me trouverez, si vous me cherchez de tout votre cœur. » En ce temps de grande détresse, seuls les doux, ceux qui sont anxieux d'être enseignés, s'empressent de chercher le Seigneur, car les orgueilleux et les méchants sont dans les ténèbres et incapables de comprendre, conformément à Proverbes 28:5.[47]

Les « doux » sont définis comme ceux qui désirent sincèrement être instruits dans la justice et sont anxieux de marcher dans le bon chemin, à l'image de Moïse (Nombres 12:1-3). Ils ne résistent pas à l'instruction du Seigneur et sont heureux d'entendre la bonne nouvelle du « Gouvernement théocratique », en accord avec Isaïe 61:1. Le Psaume 149:4 est cité pour signifier que Jéhovah « prend plaisir en son peuple ; il parera les humbles de salut ».[48]

Les doux sont présentés comme affligés et attristés par les abominations commises sur la terre par ceux qui blasphèment le nom de Dieu tout en prétendant le servir. Plusieurs Psaumes sont convoqués : le Psaume 147:6, le Psaume 22:26 et le Psaume 69:32-33, pour affirmer que seuls les humbles reçoivent satisfaction et joie en ce jour de jugement des nations exercé par Christ Jésus.[49] Isaïe 11:4 est également cité : « Il jugera les pauvres avec justice, et il prononcera avec équité en faveur des humbles de la terre. » Le « reste », c'est-à-dire les oints de Dieu, est exhorté à persévérer dans la douceur et la justice, et Psaume 37:11 leur est appliqué : « les humbles posséderont la terre et jouiront d'une paix abondante ».[50]

Conditionné

Recevoir la direction et la bénédiction du Seigneur est soumis à une condition préalable : être disposé à servir Jéhovah sans lui résister, et se soumettre volontiers aux jugements écrits de longue date et désormais prononcés.[51] Ceux qui cherchent la douceur et la trouvent doivent être ceux qui sont anxieux de faire la volonté de Dieu : ils entendent la vérité, se mettent en accord avec le jugement de Dieu contre le démonisme — c'est-à-dire contre toute forme de religion et de pratique religieuse — et se déclarent du côté du « Gouvernement théocratique ». Cette condition s'applique aussi bien aux oints qu'à ceux qui constituent la « grande multitude ».[52]

Le jugement du Seigneur est présenté comme ayant commencé en 1918, lorsque Christ Jésus est venu au temple de Jéhovah. C'est seulement après avoir cherché à se conformer à ce jugement que le « reste » a commencé à comprendre que le nom de Jéhovah est de la plus haute importance. Avant 1925, les « consacrés » en général attendaient leur exaltation individuelle ; mais en cherchant à apprendre, ils ont découvert que la chose la plus importante est la vindication du nom de Jéhovah.[53] Vers 1929, les oints fidèles ont été autorisés à participer au déversement sur la « Chrétienté » des sept « fioles » ou jugements de Dieu décrits aux chapitres quinze et seize de l'Apocalypse, et Jéhovah a depuis continué à multiplier ses bénédictions sur le reste des oints fidèles.[54] Ces oints fidèles sont identifiés dans les Écritures comme chantant les louanges du Seigneur Jéhovah et lui rendant gloire, et Apocalypse 15:4 leur est appliqué : « Qui ne te craindrait pas, Seigneur, et ne glorifierait pas ton nom ? Car toi seul es saint ; toutes les nations viendront se prosterner devant toi, car tes jugements ont été manifestés. » [55]

La justice

Tous ceux qui veulent avoir l'approbation de Dieu sont exhortés à « chercher la justice ». Ils ne doivent pas ressembler aux Pharisiens, aux « anciens électifs » et à ceux de même esprit qui se tiennent sur leur propre justice et cherchent à se justifier eux-mêmes (Luc 16:15 ; Psaume 143:2). Ceux qui cherchent la justice se conforment à la justification de l'organisation de Dieu, connaissent et font sa volonté (Isaïe 60:17), obéissent aux commandements de Jéhovah et s'efforcent de « ramener à la justice » les autres (Daniel 12:3).[56] Proverbes 12:17 est cité — « Celui qui dit la vérité manifeste la justice ; mais le faux témoin, la tromperie. » — ainsi que le Psaume 97:11 : « La lumière est semée pour le juste. » Ceux qui sont diligents à faire la volonté de Dieu marchent dans la lumière et trouvent la vie, selon Proverbes 21:21 et Osée 14:9.[57]

« Chercher la douceur » signifie être anxieux et diligent à apprendre ce que Dieu fait maintenant. Christ Jésus défend et protège ceux qui cherchent la douceur et sont donc anxieux d'être guidés dans le bon chemin (Psaume 45:4). Le Psaume 22:25-26 est appliqué à tous ceux qui obéissent diligemment au Seigneur et suivent ses instructions venant de lui par son organisation, les exhortant à la louange et à la satisfaction dans ce que Jéhovah pourvoit.[58] Il leur est demandé d'être disposés à suivre les instructions de l'organisation et de ne pas tenter de devancer le Seigneur en faisant l'œuvre divine à leur propre manière. Jacques 1:21 est cité dans la version Révisée : « recevez avec douceur la Parole implantée, qui peut sauver vos âmes », et 1 Pierre 3:4 est convoqué pour insister sur « l'homme caché du cœur, dans l'ornement incorruptible d'un esprit doux et tranquille, qui est d'un grand prix devant Dieu ».[59]

La douceur est définie comme le contraire exact de l'orgueil, de la suffisance ou de l'esprit « je sais tout ». Celui qui trouve à redire aux autres, et en particulier qui s'oppose à ce que les instructions de l'organisation lui soient données ou rappelées, est décrit comme orgueilleux et non doux, selon Proverbes 16:19.[60] La « Chrétienté » est présentée comme le contre-exemple parfait : loin d'être douce, elle méprise les instructions venant de Dieu, et son clergé, au lieu d'être exercé par les reproches de la Parole du Seigneur, a ses « susceptibilités religieuses choquées » et persécute ceux qui lui présentent les jugements du Seigneur.[61]

Jéhovah commande donc à ceux de bonne volonté de s'empresser de chercher la douceur et la justice. La raison en est formulée à partir de Sophonie 2:3 : « Peut-être serez-vous à l'abri au jour de la colère de l'Éternel », ce qui signifie qu'il n'y a pas d'autre voie d'échappatoire vers un lieu de sécurité, et que seul celui qui se soumet à la règle divine peut y être conduit.[62]

Les ennemis de Dieu, en revanche, cherchent à se cacher. Isaïe 28:15 décrit leur illusion : « Quand le fléau débordant passera, il n'arrivera pas jusqu'à nous, car nous avons fait du mensonge notre refuge et nous nous sommes cachés sous la fausseté. » Les chefs religieux de la Hiérarchie et d'autres sont cruellement déçus au moment d'Harmaguédon. Isaïe 2:20-21 décrit leur sort : dans ce jour, les hommes jettent leurs idoles d'argent et d'or « pour aller dans les fentes des rochers et dans les cavernes des rocs, devant la terreur de l'Éternel et devant la splendeur de sa majesté, lorsqu'il se lèvera pour terrifier la terre ».[63]

Le Vatican, en tant que quartier général de la Hiérarchie, les grands politiciens et les géants du commerce sont particulièrement désignés comme ayant cherché à se fortifier contre le jour du malheur et à amasser des richesses terrestres pour le jour de la colère de Dieu (Jacques 5:1-3). Ces richesses ne leur servent à rien au moment d'Harmaguédon.[64] Luc 23:29-31 et Osée 10:8 sont cités pour décrire leur désespoir, et Apocalypse 6:15-17 est convoqué pour montrer que rois de la terre, grands, riches, chefs militaires et hommes de toute condition « se cachèrent dans les cavernes et dans les rochers des montagnes », implorant les montagnes et les rochers de tomber sur eux pour les dérober à la face de celui qui siège sur le trône et à la colère de l'Agneau.[65]

Leurs fortifications humaines s'effondrent rapidement et toutes leurs cachettes sont vaines, selon Jérémie 23:24. La vision donnée au prophète Amos (Amos 9:1-4) décrit Dieu frappant le linteau du temple pour que les portes tremblent et tranchant la tête de tous les coupables : « Celui qui fuira n'échappera pas, et celui qui se sauvera ne sera pas délivré. » [66]

En contraste, Dieu fournit le seul lieu de sécurité, et les prudents le reconnaissent en priant avec les paroles du Psaume 17:8-9. Le Psaume 27:5, le Psaume 31:20, le Psaume 61:4 et le Psaume 91:1 sont tous cités comme de précieuses promesses servant de guide, assurant que ceux qui obéissent aux commandements de Dieu « peuvent avoir l'assurance d'être conduits vers le seul lieu de sécurité ».[67]

Être caché

Le fait d'être « caché », dans le sens prophétique, est présenté comme signifier être mis à l'abri de la destruction par l'exécuteur mandaté de Jéhovah, qui exécutera les méchants à Harmaguédon.[68] Noé et sa famille, enfermés dans l'arche par le Seigneur lui-même (Genèse 7:16), sont donnés comme type de cette mise à l'abri. De même, Jérémie, Baruch, Ebed-mélek et les Récabites, fils de Jonadab, furent cachés au moment de la destruction de Jérusalem, préfigurant ainsi la manière dont les fidèles obéissants seront protégés à Harmaguédon (Jérémie 39:8-14 ; Jérémie 45:1-5 ; Jérémie 39:15-18 ; Jérémie 35:16-19).[69]

Le nom de Sophonie est interprété comme signifiant « caché de Jéhovah », à la fois comme un trésor et comme protection contre ses ennemis. Ces images prophétiques sont présentées comme préfigurant la manière dont les fidèles qui composeront la « grande multitude » seront protégés et mis à l'abri à Harmaguédon.[70] L'exemple de Rahab, qui cacha les espions de leurs ennemis cananéens, est également cité : la classe Rahab des temps modernes est identifiée aux « Jonadabs », qui cachent à présent le reste des Témoins de Jéhovah à leurs ennemis. À Harmaguédon, cette classe de Jonadabs fidèles sera cachée comme Rahab le fut lors de la chute de Jéricho (Josué 2:4 ; Josué 6:22-25).[71]

Il est également précisé que certains individus, à l'image de Jonathan à la bataille de Guilboa, pourraient mourir à Harmaguédon aux mains de l'ennemi pour avoir maintenu leur intégrité envers Dieu ; ils ne périraient cependant pas, mais recevraient la vie dans la résurrection. La « grande multitude » en tant que classe survivra à Harmaguédon, bien que quelques individus puissent y mourir. La colère de Jéhovah, désormais détournée du reste, sera également détournée de ceux de la « grande multitude » qui obéissent à ses commandements (Isaïe 12:1 ; Apocalypse 7:14-17). Il est donc présenté comme impératif de chercher la douceur et la justice avant qu'Harmaguédon ne commence, et de demeurer fidèle à la « Théocratie ».[72]

Les ennemis

Les cités des Philistins sont interprétées comme figurant principalement l'organisation religieuse de la Hiérarchie catholique romaine. Ces peuples occupaient la terre de Philistie le long de la côte méditerranéenne, en s'emparant d'un territoire en violation du commandement divin, tout comme les religionistes réclament indûment représenter Dieu de nos jours.[73] Aucun lieu de sécurité n'est présenté comme existant pour les ennemis de Dieu au moment d'Harmaguédon ; Sophonie 2:4 est cité : « Gaza sera abandonnée et Ashkélon déserte ; ils chasseront Ashdod en plein midi, et Ekron sera déracinée. » [74]

La forteresse de la « Chrétienté », et en particulier la Hiérarchie catholique romaine — qui se présente comme un lieu de refuge pour les religionistes et leurs alliés — est déclarée incapable de protéger quiconque de la colère de Dieu. Ashkélon, autre cité philistine figurant l'organisation de la « Chrétienté », sera complètement ruinée par le Seigneur à Harmaguédon.[75] La destruction survenant « en plein midi » est interprétée comme indiquant le moment où l'exécution de la colère divine sera la plus manifeste, et où l'ennemi reconnaîtra la main de Dieu agissant contre lui. Plusieurs textes prophétiques sont convoqués pour étayer ce jugement sur la « Chrétienté » : « Préparez-vous à la guerre contre elle ; levez-vous et montons en plein midi. » (Jérémie 6:4) et Jérémie 15:8, qui décrit un dévastateur envoyé soudainement à midi.[76]

Le terme « mère » dans ce dernier texte est interprété comme désignant la vieille « prostituée », l'élément religieux de l'organisation de Satan — particulièrement la Hiérarchie catholique romaine — tandis que ses « jeunes hommes » représentent ses vigoureux partisans religieux, politiques et commerciaux. Au paroxysme d'Harmaguédon, l'organisation terrestre de l'ennemi sera complètement ruinée, et la promesse du Psaume 91:6 est mise en contraste avec le sort des fidèles de Jéhovah : « Le Dieu éternel est ton refuge, et sous toi sont les bras éternels ; il chassera l'ennemi devant toi et dira : Détruis-les. » (Deutéronome 33:27).[77]

Destruction complète

Les partisans des religionistes, et en particulier ceux de la Hiérarchie catholique romaine — les « Ashdoditess » des temps modernes — sont présentés comme voués à la destruction. Le jugement du Seigneur exécuté sur Babylone et ses enfants est annoncé comme bien plus terrible que l'affliction des tumeurs dont il frappa les Philistins (1 Samuel 5:6). Aucun ennemi ne trouvera de cachette au jour de la colère divine.[78]

La population catholique est divisée en deux classes : ceux qui pratiquent la religion catholique uniquement pour le profit matériel qu'ils en espèrent — incluant les hommes politiques et commerciaux qui s'y appuient pour protéger leurs schemes injustes — et ceux, sincères, qui croient que la religion catholique est le seul moyen de salut. Cette seconde classe, en entendant la vérité, fuirait la religion avant Harmaguédon et, en obéissant fidèlement aux commandements de Dieu, aurait la promesse de trouver un lieu de sécurité au jour de la colère divine. Cette division entre catholiques est décrite comme étant en cours, de nombreux sincères quittant cette organisation religieuse pour rejoindre l'organisation de Dieu sous le Christ Jésus.[79]

Sophonie 2:5 est cité comme portant une parole de malheur contre « ceux qui s'accrochent à la religion pour des raisons égoïstes », dans une autre traduction rendue comme : « La parole de Jéhovah est contre vous, ô Canaan, terre des Philistins. » Le terme « Canaan » est interprété comme signifiant « marchand » ou homme de commerce, vénérant leur dieu démon Dagon, et figurant ceux qui suivent la religion démoniaque pour le gain et qui persécutent les fidèles disciples du Christ Jésus.[80]

La Hiérarchie catholique romaine est présentée comme se vantant depuis longtemps que « les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre nous » ; mais à Harmaguédon, cette vantardise prendra fin pour toujours et chaque vestige de cette organisation religieuse périra, de sorte « qu'il n'y aura plus d'habitant » sur toute la terre. L'« Action catholique » périra pour toujours, sans qu'aucune de ses composantes ne trouve de refuge au jour de la colère divine.[81]

Bénédictions pour les obéissants

Les ennemis de la « Théocratie » étant éliminés à Harmaguédon, un changement complet de conditions est annoncé : les fidèles serviteurs de Dieu entreront en possession de ce que l'ennemi occupait injustement. Sophonie 2:6 est cité — « Et le bord de la mer sera des habitations, des chaumières pour les bergers et des enclos pour les troupeaux. » — pour établir que les survivants d'Harmaguédon seront ceux, et ceux-là seuls, qui auront pris position du côté du « Gouvernement théocratique » avant qu'Harmaguédon ne commence.[82]

Ces survivants comprendront le « reste » et ceux qui composeront la « grande multitude ». L'élément religieux et ses partisans tondent actuellement le troupeau de Dieu et gouvernent le peuple d'une main de fer ; à Harmaguédon, cela cessera pour toujours (Ézéchiel 34:2-10). Dictateurs et religionistes seront définitivement éliminés, et les survivants nourriront alors le troupeau de Dieu, selon la promesse d'Ézéchiel 34:23-24 : « J'établirai sur eux un seul berger, qui les fera paître, mon serviteur David ; il les fera paître et sera leur berger. » [83]

Les « troupeaux » du Seigneur sont identifiés aux « autres brebis », à qui Jésus dit : « Venez, les bénis de mon Père, héritez le royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde. » (Matthieu 25:34-40 ; Jean 10:16).[84]

Les vrais « Judéens » sont définis comme ceux qui louent et servent Jéhovah et son Roi. La tribu de Juda s'était vu attribuer un territoire incluant la côte méditerranéenne occupée par les Philistins, avec les villes d'Ekron, Ashdod et Gaza (Josué 15:1-47). Dans l'antitype, la Hiérarchie catholique romaine et ses organisations religieuses revendiquent le droit de gouverner le monde, occupant ainsi un territoire qui ne leur appartient pas. La parole de la Parole de Dieu leur est appliquée : ils « se tiennent là où ils ne devraient pas se tenir » et sont une « abomination de la désolation » (Marc 13:14). Jéhovah, par le Christ Jésus, les chassera tous complètement, et alors les doux « Judéens », ceux qui servent vraiment et louent Jéhovah, hériteront de la terre, conformément au Psaume 37:11 et à Matthieu 5:3.[85]

La terre est présentée comme ayant été créée par Dieu Tout-Puissant comme lieu permanent pour les hommes justes (Isaïe 45:12). L'ennemi ayant été entièrement détruit à Harmaguédon, les justes et les doux entreront dans leur héritage : Sophonie 2:7 est cité — « Et le bord de la mer sera pour le reste de la maison de Juda ; ils y paîtront, se coucheront le soir dans les maisons d'Ashkélon, car l'Éternel leur Dieu les visitera et ramènera leurs captifs. » [86]

Harmaguédon terminé, une paix éternelle régnera. Les « princes » fidèles seront alors sur la terre (Psaume 45:16 ; Isaïe 32:1), et ceux qui auront fui vers la « ville de refuge » s'y trouveront. Le « reste de la semence » — les fidèles serviteurs de Dieu présentement sur la terre — distribue actuellement la nourriture spirituelle de la table du Seigneur à ses « autres brebis ».[87] Des éléments sont présentés comme offrant une grande joie au reste et à la grande multitude : ce sont les fidèles Judéens, le « reste de la maison de Juda », qui effectuent ce nourrissage après Harmaguédon, prouvant qu'une partie du reste des oints, engendrés par l'esprit, survivra à Harmaguédon et continuera pour un temps à dispenser la nourriture de la table du Seigneur à ceux de la « grande multitude ». Une partie de la famille royale, avec les princes de la terre, participera à l'œuvre de secours à la « grande multitude », « à la gloire du grand Théocrate et de son gouvernement de justice ».[88]

Les Philistins modernes ayant été détruits, leurs demeures seront complètement désolées (Sophonie 2:4). Les cités autrefois occupées et contrôlées par les oppresseurs religieux, politiques et commerciaux seront à jamais disparues ; les fidèles de Dieu « se coucheront le soir », ce qui est interprété comme symbolisant la paix, le repos et la sécurité. Plus jamais ils ne craindront les géants redoutables comme Goliath, antitype du monstre totalitaire. Les gens de bonne volonté obéissant au commandement de Dieu recevront ses bénédictions : ce sont ceux qui ont cherché la justice et la douceur et qui pourraient « être cachés », demeurant alors dans la paix et la sécurité pour toujours sur la terre.[89]

Les paroles finales du prophète — « Car l'Éternel leur Dieu les visitera et ramènera leurs captifs » — sont interprétées comme suit : les oints engendrés par l'esprit étaient en captivité à Babylone, c'est-à-dire à l'organisation religieuse du Diable. En 1918, Jéhovah visita son peuple en envoyant le Christ Jésus au temple, qui mit alors fin à leur captivité. Plus tard, à Harmaguédon, tous ceux qui auront fidèlement servi Jéhovah seront pleinement délivrés. Le Psaume 106:4-5 est mis dans la bouche de son peuple : « Souviens-toi de moi, ô Éternel, dans ta bienveillance envers ton peuple ; visite-moi avec ton salut ; que je voie le bonheur de tes élus, que je me réjouisse de la joie de ta nation, que je me glorifie avec ton héritage. » Cette prière est présentée comme devant être pleinement exaucée à la fin d'Harmaguédon.[90]

Jéhovah ayant délivré Job de sa captivité en faisant cesser l'assaut du Diable contre lui (Job 42:10), il délivrera pleinement à Harmaguédon tous ceux qui l'auront fidèlement servi de ceux qui les ont persécutés. Tandis que les serviteurs de Satan sont rassemblés pour la destruction, le rassemblement des fidèles serviteurs de Jéhovah s'opère également en vue de leur salut. Tous ceux qui prennent position du côté du « Gouvernement théocratique » et continuent à servir la grande Théocratie sous le Christ Jésus seront pleinement et entièrement délivrés à Harmaguédon.[91]

La prophétie de Sophonie indique que la « Chrétienté » — ceux qui pratiquent ce qu'ils appellent « la religion chrétienne » — sera d'abord éliminée à Harmaguédon, puis l'organisation terrestre de l'ennemi sera complètement anéantie. Le but de Jéhovah est de faire de la terre un endroit convenable pour que des créatures humaines fidèles y demeurent ; ceux qui persévèrent dans la justice y demeureront pour toujours. La destruction des méchants résultera en une purification de la terre, qui sera ensuite remplie, selon le dessein de Dieu, d'une race d'hommes justes. Cette partie de la prophétie montre le destin de ceux qui s'opposent au gouvernement divin, la voie juste pour ceux qui sont de bonne volonté, et la condition heureuse qui sera la leur après Harmaguédon.[92]

Les premiers réfugiés pour la Théocratie

La terre dont Abraham prit la fuite est décrite comme un lieu de règle totalitaire, de religion, de commercialisme, de militarisme et d'agression, selon les plus anciennes sources décrivant le pays des Chaldéens ou Chaldée.[93] La prophétie d'Isaïe 13:19 est citée pour annoncer la ruine de Babylone, dont le roi Nimrod — décrit comme un tueur de sang froid d'hommes et de bêtes (Genèse 10:8-10) — fut le fondateur. Ce pays était appelé « la terre de Nimrod ». La rapacité de ses habitants est illustrée par le récit de Job : « Les Chaldéens formèrent trois bandes, fondirent sur les chameaux et les emmenèrent, et ils tuèrent les serviteurs à l'épée ; je suis le seul qui me sois échappé pour te l'annoncer. » (Job 1:17).[94]

Laissant de côté les diverses traditions relatives aux causes de la fuite d'Abraham — notamment celle selon laquelle les Chaldéens et d'autres peuples de Mésopotamie se soulevèrent contre lui en raison de ses doctrines — l'historien inspiré est cité : « Tu es l'Éternel le Dieu, qui as choisi Abram et l'as fait sortir d'Ur des Chaldéens, et tu lui as donné le nom d'Abraham. » (Néhémie 9:7) La foi d'Abraham est illustrée par Hébreux 11:8-10 : parti sans savoir où il allait, il séjourna dans le pays de la promesse comme dans un pays étranger, « car il attendait la cité qui a des fondements, dont Dieu est l'architecte et le créateur », c'est-à-dire la Théocratie.[95]

La naissance d'Abraham est située deux ans après la mort de Noé, soit 350 ans après le Déluge (Genèse 9:28-29). À cette époque, la quasi-totalité des hommes était tombée sous l'influence de Satan et des démons. Abraham résidait dans la ville d'Ur des Chaldéens, sous la domination de Babylone, et aimait et servait Jéhovah Dieu Tout-Puissant. Abraham, que Dieu appela ensuite son « ami », fuit le gouvernement politico-religieux de Babylone, espérant le « Gouvernement théocratique » promis par Dieu pour un avenir alors lointain. À soixante-quinze ans, sur l'ordre du Tout-Puissant, il se déplaça vers Canaan. Genèse 12:1-5 est cité intégralement : « Or l'Éternel avait dit à Abram : Sors de ton pays, de ta patrie et de la maison de ton père, vers le pays que je te montrerai... » [96]

Abraham alla à Canaan pour être un témoin de Jéhovah. Depuis la rébellion d'Adam à Éden, Dieu est présenté comme ayant toujours eu quelques témoins fidèles sur la terre, bien qu'en très petit nombre comparé à la population terrestre. Dieu commença à manifester que nul n'aurait sa bénédiction à moins d'avoir foi en lui et d'obéir à ses commandements, proclamant ainsi la bonne nouvelle ou l'évangile.

La religion mère en mai

La fête des Mères est présentée comme une institution dont l'origine et la finalité réelles seraient dissimulées derrière un vernis de sentimentalité. Son instauration aux États-Unis est datée de 1914 — l'année même où les « temps des nations » sont censés avoir expiré et où la domination ininterrompue de Satan sur le monde aurait pris fin — et en Angleterre dès 1913. La résolution du Congrès américain qui en fit un jour férié national, « dédié à la mémoire de la meilleure mère du monde, votre mère », est citée avant d'être aussitôt mise en doute : ni la sincérité des hommes envers leurs mères n'aurait augmenté depuis lors, ni il n'est vrai que chaque mère soit « la meilleure du monde ».[97]

Le mois de mai et la fête des Mères sont rattachés au nom de Maia, une divinité vénérée par les Anciens, décrite par l'Encyclopædia Britannica comme « la "mère féconde" », devenue par Zeus la mère du dieu Hermès — une divinité démoniaque selon l'interprétation avancée.[98] Le véritable dessein de cette fête serait d'instaurer un culte des créatures et de détourner l'attention de l'homme de l'adoration de Dieu. Dans les organisations religieuses de la « Chrétienté », aucune ne rappellerait aux fidèles que c'est Jéhovah qui est le Père et que son organisation est la mère de ceux qui reçoivent la vie de Dieu — tout l'honneur étant au contraire rendu aux créatures plutôt qu'au Créateur.[99]

Le New York Times est cité pour sa dépêche datée de Rome, 17 avril 1940, rapportant l'appel du pape à un mois de prière à la Vierge Marie « pour le rétablissement de la paix entre les nations », avec invitation des catholiques du monde entier à se réunir autour de l'autel de la Vierge tout au long du mois de mai. Cet appel est interprété comme un exemple paradigmatique du culte des créatures dénoncé, en opposition directe avec l'adoration due à Jéhovah.[100]

La bonne mère est définie comme celle qui sert et honore Jéhovah et enseigne à ses enfants à faire de même. La femme qui déshonore Jéhovah n'est pas considérée comme une bonne femme, quels que soient le nombre de ses enfants. Le culte des créatures, quelle qu'en soit la forme, est déclaré mauvais et abominable aux yeux de Dieu, avec renvoi à Luc 16:15. La tendance des hommes de la « Chrétienté » à invoquer l'autorité de leur mère plutôt que celle de la Parole de Dieu est critiquée, de même que la pratique des femmes qui enseignent, prêchent et prophétisent dans les assemblées religieuses. Ce comportement est qualifié de « fornication » au sens scripturaire du terme, avec citation de Apocalypse 2:20 et de 1 Timothée 2:12.[101]

Lettres

Deux lettres de congrégations américaines adressées à Rutherford témoignent de l'ardeur des « éditeurs » du Royaume dans le contexte de l'entre-deux-guerres. La première, émanant de la compagnie de Chicago (Illinois), unité Sud, réunie en réunion de service le 19 octobre, prend la forme d'une résolution formelle. Elle affirme la résolution de ne prêter aucune attention « à aucune sorte d'information qui ne passe pas par le canal fourni par le Gouvernement théocratique du Seigneur », et exprime une pleine confiance et obéissance envers le « Gouvernement théocratique », en citant 1 Corinthiens 1:10 et Actes 3:23. La résolution témoigne également d'une conscience aiguë de la menace interne : des infidèles au sein de l'organisation seraient poussés à croire un mensonge et à provoquer des divisions, selon 2 Thessaloniciens 2:11 et Romains 16:17-18.[102]

La seconde lettre, de la congrégation de Bloomfield (New Jersey), fait état des résultats exceptionnels obtenus lors d'une campagne de placement de livres en janvier : trente-quatre « éditeurs » ont placé un total de 1 144 livres reliés, dont 353 combinaisons de trois livres, avec 410 visites de retour et 55 études modèles hebdomadaires en cours. Cette lettre traduit l'enthousiasme suscité par une « lettre électrisante » de Rutherford fixant un nouveau quota pour les éditeurs, et se conclut par des salutations adressées « au nom du Grand THÉOCRATE ».[103]

Expériences sur le terrain

Deux récits de terrain illustrent les méthodes de prédication employées par les Témoins de Jéhovah en Europe dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale. Le premier se déroule dans un compartiment de train en Grande-Bretagne. Une Témoin voyageant de Londres vers le nord décrit comment, après une attente tendue face à des compagnons de voyage absorbés par leurs lectures, l'arrivée de deux soldats lui fournit l'occasion d'engager la conversation sur la guerre. Une jeune Catholique romaine de vingt-deux ans interpelle alors les soldats sur le fait qu'aucun d'eux ne refuse la guerre pour des motifs religieux, ouvrant ainsi la voie à une discussion en règle sur la doctrine de l'âme, la Trinité, le purgatoire et d'autres « fausses doctrines ».[104] L'ensemble du compartiment, soit cinq autres voyageurs, aurait écouté avec stupéfaction. L'un des soldats, se réclamant du spiritisme, tente de justifier ses croyances en arguant que le Christ était apparu à Marie sous forme d'esprit après sa résurrection, mais ne parvient pas à convaincre ses interlocuteurs.

À l'arrivée à Darlington, la jeune Catholique se lève et déclare publiquement que ce qu'elle vient d'entendre est « absolument vrai », ajoutant que si elle avait eu la moitié du courage de son interlocutrice, elle aurait quitté sa religion le lendemain.[105] Elle demande l'adresse de la Témoin afin de recevoir des livres. Le lendemain, la prédicatrice lui envoie plusieurs publications et reçoit en retour une lettre dans laquelle la jeune femme, identifiée sous les initiales M. McC., reconnaît avoir trouvé « les vues du juge Rutherford » bien plus logiques que les enseignements de l'Église, tout en exprimant ses difficultés à renoncer aux croyances de son enfance.[106] La correspondante fait état de la peur et du malheur que lui a causés la religion, évoquant notamment son incapacité à aimer un Dieu dont elle se sent terrifiée, et demande qu'on lui sélectionne d'autres livres adaptés à sa progression spirituelle.

Première conférence publique en Irlande

Le second récit relate la première conférence publique tenue à Dublin, en Irlande (désignée sous son nom irlandais « Eire »), sous l'égide des Témoins de Jéhovah. Il s'agirait de la première fois qu'une conférence du « juge Rutherford » est donnée en réunion publique dans ce pays.[107] La préparation a mobilisé quatre pionniers et un serviteur de zone pendant deux semaines : distribution de tracts intitulés « Government and Peace » (« Gouvernement et Paix ») dans les foyers protestants, envois postaux aux personnes « de bonne volonté » vivant plus loin, et insertion d'une annonce dans la presse locale signalant une conférence biblique libre sur le thème « Les Événements mondiaux et la Prophétie biblique » au Northumberland Hall, le dimanche 11 février à 15 h 30.[108]

En l'absence de machine à transcription électrique en Irlande, les organisateurs ont eu recours à un poste de radio de qualité prêté pour l'occasion, couplé à un dispositif de captation distinct permettant aux opérateurs de rester hors de vue dans une pièce adjacente. Soixante-dix personnes assistent à la conférence, dont cinquante non-membres. Tous auraient écouté avec une attention soutenue l'enregistrement d'une conférence que Rutherford avait donnée au Madison Square Garden[109]. Après la conclusion, la séance est ouverte aux questions : outre les interventions des Témoins de Jéhovah présents, huit personnes du public posent des questions. Chaque participant reçoit en partant un exemplaire de Kingdom News n° 5 ainsi qu'un programme des réunions hebdomadaires.

Le récit se conclut par la remarque que l'Irlande est composée à 93,5 % de Catholiques romains, ce qui rend d'autant plus significative, selon la perspective des auteurs, la hardiesse des « éditeurs » dans l'organisation de cette conférence. La réussite de l'événement est attribuée à « la faveur de Jéhovah » pour le privilège de le servir dans ce qu'il est qualifié de « cette terre obscure ».[110]

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Références

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  105. La Tour de Garde du 15 mai 1940, p. 160.
  106. La Tour de Garde du 15 mai 1940, p. 160.
  107. La Tour de Garde du 15 mai 1940, p. 160.
  108. La Tour de Garde du 15 mai 1940, p. 160.
  109. La Tour de Garde du 15 mai 1940, p. 160.
  110. La Tour de Garde du 15 mai 1940, p. 160.

Catégorie:1940
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