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La Tour de Garde du 15 février 1938

De Tj-encyclopédie
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La Tour de Garde du 15 février 1938
Revue La Tour de Garde
Date 1938
Année 1938
Éditeur Watch Tower Bible and Tract Society

Ce numéro est dominé par une longue étude typologique du livre biblique de Jonas, dont l'interprétation prophétique occupe la majeure partie des pages. Le récit de Jonas envoyé à Ninive est systématiquement appliqué aux événements contemporains : l'avertissement divin porté par les Témoins de Jéhovah aux nations, la réponse attendue des « gens de bonne volonté » et le refus obstiné des responsables religieux et politiques de la « Christendom » de se repentir.

L'étude de Jonas sert également de cadre pour aborder des tensions internes à l'organisation, notamment le comportement de certains membres consacrés jugés trop réticents à s'engager pleinement dans le service de prédication. La figure de Jonas mécontent de la miséricorde divine envers Ninive est mobilisée pour condamner tout murmure contre les orientations de la Société et pour rappeler l'obligation de se réjouir de l'accueil réservé aux « autres brebis ».

En marge de cet enseignement central, le numéro annonce plusieurs événements pratiques pour l'année 1938, dont la campagne « Compagnons », la célébration du Mémorial et deux conventions, l'une prévue en Australie et l'autre destinée aux frères hispanophones du Texas.

Contenu

« Compagnons » et Convention

Cette section annonce plusieurs événements et campagnes organisés par la Société Watch Tower pour l'année 1938.

« Compagnons »

La période commémorative nommée « Compagnons » est fixée du 9 au 17 avril 1938. Elle vise à rassembler les membres oints (le reste des 144 000) et les Jonadabs (les autres brebis) pour une campagne de témoignage unie à l'échelle mondiale. La stratégie inclut la distribution d'un abonnement d'un an à la revue Consolation, accompagnée des livres Ennemis (ou Riches) et de la nouvelle brochure Cure, le tout pour une contribution de 1 dollar. Les détails logistiques et les instructions pour cette campagne seront publiés dans les prochains numéros de l'Informant[1].

Mémorial

La célébration du Mémorial, commémorant la mort de Jésus-Christ, est fixée au vendredi 15 avril 1938, après 18 heures. Les compagnies des oints doivent se rassembler pour cette occasion, en présence des Jonadabs. Les emblèmes utilisés doivent être du pain sans levain et du vrai vin rouge, conformément à la pratique de Jésus et de ses apôtres[2].

Convention

Une convention des Témoins de Jéhovah est prévue à Sydney, en Australie, du 22 au 25 avril 1938. Cette assemblée servira à la fois l'Australie et la Nouvelle-Zélande. Le discours public du président de la Société sera radiodiffusé. Tous les serviteurs de Jéhovah sont invités à y participer[3].

Convention espagnole des Témoins de Jéhovah

Une convention spéciale est organisée pour les Témoins de Jéhovah hispanophones à San Antonio, au Texas, du 15 au 17 avril 1938. Les frères Montero et Keller y assisteront. Les arrangements locaux sont pris en charge par la compagnie de San Antonio, sous la direction de la Société. Les frères hispanophones sont encouragés à y participer et peuvent contacter J. D. Carter pour plus d'informations[4].

« Cure »

La Société annonce la publication d'une nouvelle brochure intitulée Cure, écrite par Joseph Franklin Rutherford. Ce livret, présenté dans une couverture percutante, traite des remèdes spirituels en réponse aux vaines recherches des nations et des individus pour résoudre leurs problèmes. Les proclamateurs du Royaume sont invités à se familiariser avec son contenu. Des exemplaires peuvent être obtenus contre une contribution de 5 cents chacun[5].

Jonas (3ᵉ partie)

Cette section poursuit l'étude du récit biblique de Jonas, en mettant l'accent sur les leçons spirituelles et les applications contemporaines pour les Témoins de Jéhovah.

La publication rappelle que Jéhovah établit des règles fixes que ses serviteurs doivent suivre pour lui plaire. Le texte de Michée 6:8 est cité pour illustrer ces principes : agir avec justice, aimer la miséricorde et marcher humblement avec Dieu. Ces exigences s'appliquent à tous ceux qui cherchent à accomplir la volonté divine, et leur respect est crucial pour obtenir l'approbation de Jéhovah[6].

L'article souligne que certains qui commencent à suivre Christ Jésus échouent à obéir à ces règles et finissent par abandonner leur foi. En revanche, ceux qui reçoivent finalement l'approbation de Jéhovah sont ceux qui étudient diligemment ses voies et s'efforcent de les appliquer dans leur vie quotidienne. Le récit prophétique de Jonas illustre ces deux catégories de personnes et met en lumière l'importance de prêter attention aux commandements de Dieu, en particulier dans le contexte actuel[7].

Le message de Jéhovah est transmis sans partialité aux dirigeants de la « chrétienté », notamment aux élites religieuses, politiques et commerciales, entre 1922 et 1932. La repentance du roi de Ninive, qui se lève de son trône, se couvre de sac et s'assoit dans la cendre, est présentée comme un exemple de réaction appropriée à l'avertissement divin. Cette attitude contraste avec celle des dirigeants de la « chrétienté », qui refusent de se repentir et de guider leurs peuples vers Dieu. Bien que certains individus parmi eux reconnaissent la voie juste, la majorité persiste dans une voie erronée, influencée par Satan[8].

La publication explique que la repentance du roi de Ninive condamne les Israélites infidèles, qui prétendaient servir Dieu mais n'ont pas répondu à l'avertissement divin. Cette situation est comparée à celle des « chrétiens religionistes » contemporains, notamment les antitypes des Israélites. Depuis 1918, un jugement est en cours, et toutes les nations sont rassemblées devant le grand Juge, Christ Jésus. Seuls ceux de bonne volonté entendent, se repentent et se tournent vers Jéhovah, tandis que les autres persistent dans leur rébellion[9].

Le roi de Ninive ne se contente pas de se repentir : il promulgue un décret exigeant que tous les habitants, y compris les animaux, jeûnent et se couvrent de sacs, tout en criant à Dieu et en abandonnant leurs voies mauvaises. Ce décret est interprété comme une représentation de la proclamation de Jéhovah, qui montre aux membres de la grande foule ce qu'ils doivent faire pour être sauvés. La proclamation du roi souligne l'importance de la foi et de la repentance pour éviter la destruction[10].

L'article souligne que la repentance des Ninivites est un exemple pour les personnes de bonne volonté dans la « chrétienté ». Bien qu'ils ne puissent pas arrêter les pratiques mauvaises de cette dernière, ils peuvent se détourner du mal et se tenir fermement du côté de Jéhovah et de son Roi. La proclamation du roi de Ninive exprime l'espoir que Dieu pourrait se repentir et épargner la ville, illustrant ainsi l'exercice de la foi en Jéhovah. Jonas leur avait annoncé la colère divine, mais leur repentance a permis d'éviter la destruction immédiate, bien que Ninive ait été détruite plus tard[11].

La signification prophétique de Jonas

Ce long article développe une interprétation typologique du récit biblique de Jonas, présenté comme une prophétie symbolique s'appliquant aux temps modernes. La publication affirme que Jonas préfigure à la fois les membres mécontents de l'organisation des Témoins de Jéhovah et les religionistes de la « Christendom » (christianisme apostat)[12].

Le texte souligne que les murmures et l'attitude égoïste de Jonas face à la miséricorde divine envers Ninive reflètent ceux des consacrés qui, après 1918, ont refusé de s'engager pleinement dans le service de Jéhovah. Leur attente d'une « classe spirituelle secondaire » (la « grande compagnie ») comme filet de sécurité est présentée comme une illusion dissipée en 1935, lorsque la Société Watch Tower a clarifié que cette classe était en réalité composée des « Jonadabs » (les « autres brebis ») à espérance terrestre[13]. La disparition de ce « filet spirituel » est comparée au flétrissement de la plante de ricin dans le récit biblique, symbolisant la fin de la miséricorde divine pour les murmureurs.

L'article insiste sur la nécessité pour les serviteurs de Dieu de se réjouir de la miséricorde accordée aux « gens de bonne volonté », plutôt que de s'offenser comme les pharisiens qui critiquaient Jésus pour avoir accueilli les pécheurs. Il cite Luc 15:2,3,6,7 pour illustrer la joie céleste devant la repentance d'un seul pécheur, et condamne ceux qui, par jalousie, s'opposent à la proclamation du message du Royaume[14].

L'opposition à Dieu

Cette section approfondit l'analyse des opposants à l'œuvre divine, identifiés comme le « clergé religieux » et la classe de « l'esclave méchant ». Ces groupes sont décrits comme constituant ensemble « l'homme de péché » et « le fils de perdition », des serviteurs de Satan combattant activement Dieu et son Royaume[15].

La publication affirme que les efforts de ces opposants pour discréditer les serviteurs de Jéhovah, notamment par des accusations mensongères, équivalent à une lutte contre Dieu lui-même. Elle cite Romains 14:4 pour rappeler que chaque serviteur répondra devant son propre Maître, et non devant les hommes. Le texte souligne que ceux qui s'opposent à l'œuvre de proclamation du Royaume s'exposent au jugement divin, illustré par la parabole du filet (Matthieu 13:41,42), où les anges du Christ rejettent hors du Royaume ceux qui scandalisent ou commettent l'iniquité[16].

L'article met en garde contre la recherche de l'honneur des hommes, citant Matthieu 13:43 pour souligner que seuls ceux qui « brillent comme le soleil dans le royaume de leur Père » recevront l'approbation divine. Il conclut en rappelant que l'ignorance de la loi divine peut justifier une certaine miséricorde, mais que la connaissance accroît la responsabilité, comme l'illustre la parabole du ricin (Jonas 4:10)[17].

La miséricorde divine envers les ignorants

Cette partie du texte développe l'idée que la colère contre Jéhovah est injustifiable, en s'appuyant sur le dialogue entre Dieu et Jonas (Jonas 4:9). Elle présente la miséricorde divine envers Ninive comme un modèle pour les temps modernes, où Jéhovah offre une dernière chance de repentance aux « gens de bonne volonté » de la « Christendom » avant la bataille d'Harmaguédon[18].

La publication souligne que l'ignorance des Ninivites, comme celle des millions de personnes dans la « Christendom », ne les exclut pas de la miséricorde divine. Elle cite Romains 4:15 et Romains 5:13 pour expliquer que l'absence de loi divine chez les païens réduit leur culpabilité, contrairement aux chrétiens apostats qui, ayant eu accès à la Parole de Dieu, sont d'autant plus condamnables[19].

L'article conclut en rappelant que la vie éternelle consiste à connaître le seul vrai Dieu et Jésus-Christ (Jean 17:3), et que les serviteurs fidèles doivent se réjouir de la miséricorde divine envers les ignorants, comme le montre l'exemple des animaux de Ninive inclus dans le jeûne de repentance. Il cite Psaume 36:7-9 et Psaume 63:3-5 pour illustrer la joie de ceux qui proclament la bonté de Jéhovah aux « autres brebis »[20].

Questions pour l'étude

La rubrique « Questions pour l'étude » propose deux questions visant à approfondir la compréhension de l'article principal sur Jonas. La première interroge sur l'application de Michée 6:8 (« marcher humblement avec ton Dieu ») et son lien avec la prophétie de Jonas. La seconde question explore le symbolisme du récit de Jonas 3:6, notamment l'absence de nom pour le roi de Ninive et ses actions après avoir entendu le message de Jonas[21].

L'étude du livre de Jonas

Ce long article propose une analyse détaillée du livre biblique de Jonas, en insistant sur son accomplissement prophétique dans le contexte des années 1930. La publication affirme que l'histoire de Jonas, envoyé pour avertir Ninive de sa destruction imminente, trouve un écho direct dans l'œuvre contemporaine des Témoins de Jéhovah, présentés comme les porteurs du « message du royaume » (Matthieu 24:14). Plusieurs points clés sont développés :

L'article souligne que la réaction des Ninivites, qui se repentent et échappent ainsi à la destruction, préfigure la réponse attendue des peuples face à l'avertissement divin actuel. Il est précisé que cette repentance collective a permis à une génération entière d'être préservée, un parallèle étant établi avec les promesses de salut pour les « millions actuellement vivants » qui accepteraient le message des Témoins de Jéhovah[22]. La publication interprète la colère de Jonas face à la miséricorde divine envers Ninive comme une illustration des réticences de certains « profès chrétiens » à accepter la patience et la justice de Jéhovah, qualifiant leur attitude de « égoïste et lâche »[23].

Un accent particulier est mis sur l'identification des acteurs modernes de cette prophétie. Jonas est présenté comme une figure du « reste fidèle » des Témoins de Jéhovah, tandis que Ninive symboliserait les nations de la « chrétienté » et du monde en général, destinées à être jugées lors d'Armageddon. La publication insiste sur le fait que la proclamation du message divin, bien que souvent accueillie avec hostilité, est une preuve de la fidélité des serviteurs de Jéhovah et de l'imminence de la « vindication » de son nom[24]. Les références à Matthieu 12:41 et Luc 11:32 sont utilisées pour appuyer l'idée que les Ninivites, bien que païens, ont montré plus de sagesse que les contemporains de Jésus, une leçon jugée applicable aux générations actuelles.

Enfin, l'article aborde la question de l'honneur et de la réputation, en citant Luc 15:2 pour dénoncer les critiques adressées aux Témoins de Jéhovah. Il est affirmé que ces attaques, souvent orchestrées par des opposants religieux et politiques, trouvent leur origine en Satan et visent à entraver l'œuvre de prédication. La publication conclut en rappelant que la joie de servir Jéhovah, symbolisée par la protection divine accordée à Jonas, est réservée à ceux qui acceptent de se soumettre pleinement à sa volonté[25].

La droiture

Cette rubrique propose une exégèse de la vision du temple décrite dans le livre d'Ézéchiel (Ézéchiel 40-48), présentée comme une révélation divine destinée à éclairer les Témoins de Jéhovah sur leur rôle dans les « derniers jours ». La publication affirme que cette vision, longtemps incomprise, prend désormais tout son sens à la lumière des événements contemporains, notamment la montée des persécutions et l'intensification de l'œuvre de prédication.

L'article commence par souligner que le temple décrit par Ézéchiel ne peut être interprété littéralement, car ses dimensions colossales (un mur d'enceinte de près d'un mile de côté) excluent toute construction dans la Jérusalem terrestre. Ce temple est présenté comme une représentation symbolique de l'organisation divine, avec une distinction claire entre le « saint » et le « profane ». Le mur d'enceinte, mesuré à une hauteur de dix pieds et demi, est interprété comme une protection spirituelle, assurée par les anges de Jéhovah, contre les influences sataniques[26]. La publication cite Psaume 34:7 et Psaume 91:11 pour appuyer cette idée, tout en précisant que cette protection s'étend particulièrement au « reste fidèle » encore présent sur terre.

Les portes du temple, gardées par des anges et ornées de palmiers, sont décrites comme des symboles de la justice et de la pureté requises pour entrer dans l'organisation divine. La publication insiste sur le fait que ces portes ne sont accessibles qu'à ceux qui ont « revêtu la robe de justice » (Ésaïe 61:10) et qui se soumettent à un examen rigoureux de leurs motivations. Les « chambres de garde » mentionnées dans la vision sont interprétées comme des postes de contrôle spirituels, chargés de veiller à ce que seuls les « circoncis de cœur » (Philippiens 3:3) puissent accéder aux cours du temple. L'article souligne que cette exigence de pureté exclut toute forme d'égoïsme ou d'orgueil, qualifiés de « péchés de la chair »[27].

Enfin, la publication établit un parallèle entre la vision d'Ézéchiel et celle de Jean dans l'Apocalypse (Apocalypse 21:12), où les douze portes de la Jérusalem céleste sont également gardées par des anges. Ce rapprochement est utilisé pour affirmer que l'organisation divine, bien que terrestre dans sa manifestation actuelle, est en réalité d'origine céleste. L'article conclut en rappelant que l'entrée dans cette organisation exige une dévotion totale à Jéhovah, symbolisée par les sept marches menant au temple, qui représentent la « stature parfaite » en Christ Jésus (Éphésiens 4:13)[28].

Analyse

Croyances

L'interprétation typologique du livre de Jonas qui structure la majorité du contenu de ce numéro s'inscrit dans une méthode exégétique développée de longue date par la Société Watch Tower sous la direction de Rutherford : les récits de l'Ancien Testament ne sont jamais lus comme de simples histoires passées, mais comme des prophéties en cours d'accomplissement. Selon ce numéro, Jonas préfigure le « reste fidèle » des Témoins de Jéhovah, Ninive symbolise les nations de la « chrétienté », et les événements du récit — l'avertissement, la repentance, la colère du prophète — trouvent leur antitype dans la période comprise entre 1918 et 1938.[29] Cette lecture antitype des Écritures hébraïques pour légitimer l'œuvre contemporaine de prédication était une constante de la théologie rutherfordienne, particulièrement visible dans les séries consacrées à des figures prophétiques.

La doctrine des « gens de bonne volonté », ici désignés comme les personnes à qui la miséricorde divine s'adresse à travers l'avertissement, s'appuie sur la redéfinition doctrinale de 1935, lorsque la Société Watch Tower a identifié la « grande foule » de Apocalypse 7:9 comme une classe distincte à espérance terrestre, distincte des 144 000 oints à espérance céleste.[30] Ce numéro de février 1938 illustre la consolidation de cette doctrine : les Ninivites repentants fonctionnent comme type de ces « gens de bonne volonté », et leur survie au jugement divin préfigure la survie promise à ceux qui répondent favorablement au message des Témoins de Jéhovah avant Harmaguédon.[31]

La condamnation de la colère de Jonas — qualifiée d'« égoïste et lâche » — présente une dimension interne au mouvement que la terminologie prophétique dissimule en partie. Le personnage de Jonas irrité par la miséricorde divine envers Ninive sert à désigner les membres consacrés qui, après 1918, auraient refusé de s'engager pleinement dans le service ou auraient murmuré contre la direction de l'organisation.[32] Rutherford avait utilisé ce registre des « murmurateurs » dès 1917 dans son Harvest Siftings, en référence explicite à Matthieu 20:10-12, pour désigner ses contradicteurs internes.[33] En 1938, ce même schème argumentatif est réactivé dans un cadre typologique qui lui confère une autorité scripturaire renforcée : critiquer la direction revient à reproduire le péché de Jonas, c'est-à-dire à s'opposer à la miséricorde de Jéhovah lui-même.

L'interprétation symbolique du temple d'Ézéchiel, présenté comme une représentation allégorique de l'organisation divine plutôt que comme un édifice à construire littéralement, reflète une position théologique déjà formulée dans les publications de la Société au début des années 1930. Le mur d'enceinte, les portes gardées par des anges et les chambres de garde sont lus comme autant de dispositifs spirituels conditionnant l'accès à l'organisation.[34] L'appui sur Psaume 34:7 et Psaume 91:11 pour affirmer une protection angélique active au bénéfice du « reste fidèle » encore sur terre combine cette ecclésiologie organisationnelle à une pneumatologie de la protection divine, un élément récurrent dans la théologie de Rutherford pour rassurer les membres face aux persécutions croissantes de la fin des années 1930.

L'eschatologie du numéro est entièrement structurée autour de l'imminence du jugement divin. Le texte précise que depuis 1918, toutes les nations sont rassemblées devant le grand Juge Christ Jésus,[35] et que la proclamation actuelle du message constitue le dernier avertissement avant la bataille d'Harmaguédon. Cette datation de 1918 comme point de départ d'un processus judiciaire en cours est cohérente avec la chronologie prophétique développée par la Société depuis les années 1920, qui fait de la période 1914-1918 un tournant eschatologique décisif. L'identification de 1922 à 1932 comme période d'avertissement transmis aux dirigeants de la « chrétienté »[36] donne à l'œuvre de prédication passée une signification prophétique rétrospective, tout en accentuant l'urgence du témoignage pour les années 1938 et au-delà.

Organisation et histoire

La convention que ce numéro annonce pour Sydney, du 22 au 25 avril 1938, constitue un événement organisationnel d'une portée géographique exceptionnelle : présentée comme servant à la fois l'Australie et la Nouvelle-Zélande, elle concentre sur un même rassemblement deux branches nationales de l'organisation.[37] Les recherches dans les annuaires officiels de la Société confirment que Rutherford se rendit effectivement à Sydney en avril 1938, où la convention se tint au Leichhardt Stadium ; son discours public fit l'objet d'un contrat de radiodiffusion nationale et d'une publication dans un journal du matin, ce qui illustre la politique systématique de l'organisation en matière d'amplification médiatique de ses événements à cette période.[38] La même tournée le conduisit ensuite à Auckland, où il prononça une conférence publique au Auckland Town Hall le 2 mai 1938, confirmant que la couverture annoncée dans ce numéro pour la Nouvelle-Zélande se traduisit par une présence directe du président de la Société.[39]

Ce même numéro annonce le lancement de la brochure Cure, signée de Rutherford, avec des modalités de distribution précises — cinq cents l'exemplaire — et une injonction explicite faite aux proclamateurs de s'en imprégner avant d'en faire la diffusion.[40] La brochure Cure figure effectivement parmi les publications de l'année 1938, aux côtés de Face the Facts, Freedom or Romanism et Warning, ce qui confirme l'activité éditoriale soutenue de la présidence Rutherford pour cette année.[41] Ce flux continu de brochures nouvelles, chacune articulée autour d'une thématique apologétique ou dénonciatrice, s'inscrit dans la stratégie éditoriale que l'historien Bernard Blandre a décrite comme un « embrigadement dans une formidable organisation de propagande ».[42]

La mise en place d'une convention spéciale réservée aux Témoins de Jéhovah hispanophones à San Antonio (Texas), mentionnée dans ce même numéro, traduit une attention organisationnelle à la segmentation linguistique du mouvement en Amérique du Nord dès cette période.[43] Par ailleurs, la campagne dite des « Compagnons » (9-17 avril 1938), mobilisant simultanément les membres oints et les Jonadabs dans une action de témoignage coordonnée à l'échelle mondiale, illustre concrètement la distinction doctrinale entre ces deux classes que la Société avait clarifiée en 1935 en définissant la « grande foule » comme une catégorie distincte à espérance terrestre.[44]

Références

  1. La Tour de Garde du 15 février 1938, p. 50.
  2. La Tour de Garde du 15 février 1938, p. 50.
  3. La Tour de Garde du 15 février 1938, p. 50.
  4. La Tour de Garde du 15 février 1938, p. 50.
  5. La Tour de Garde du 15 février 1938, p. 50.
  6. La Tour de Garde du 15 février 1938, p. 51.
  7. La Tour de Garde du 15 février 1938, p. 51.
  8. La Tour de Garde du 15 février 1938, p. 51.
  9. La Tour de Garde du 15 février 1938, p. 51.
  10. La Tour de Garde du 15 février 1938, p. 52.
  11. La Tour de Garde du 15 février 1938, p. 52.
  12. La Tour de Garde du 15 février 1938, p. 57.
  13. La Tour de Garde du 15 février 1938, p. 57.
  14. La Tour de Garde du 15 février 1938, p. 58.
  15. La Tour de Garde du 15 février 1938, p. 58.
  16. La Tour de Garde du 15 février 1938, p. 59.
  17. La Tour de Garde du 15 février 1938, p. 59.
  18. La Tour de Garde du 15 février 1938, p. 59.
  19. La Tour de Garde du 15 février 1938, p. 60.
  20. La Tour de Garde du 15 février 1938, p. 60.
  21. La Tour de Garde du 15 février 1938, p. 60.
  22. La Tour de Garde du 15 février 1938, p. 55.
  23. Ibid., p. 56.
  24. Ibid., p. 55-56.
  25. Ibid., p. 57.
  26. La Tour de Garde du 15 février 1938, p. 61.
  27. Ibid., p. 62.
  28. Ibid., p. 62.
  29. La Tour de Garde du 15 février 1938, p. 57.
  30. Wikipedia, « Development of Jehovah's Witnesses doctrine », consulté en 2024.
  31. La Tour de Garde du 15 février 1938, p. 52.
  32. La Tour de Garde du 15 février 1938, p. 57.
  33. Mentes Bereanas, « The Creation of a Theocracy », consulté en 2024.
  34. La Tour de Garde du 15 février 1938, p. 61-62.
  35. La Tour de Garde du 15 février 1938, p. 51.
  36. La Tour de Garde du 15 février 1938, p. 51.
  37. La Tour de Garde du 15 février 1938, p. 50.
  38. 1983 Yearbook of Jehovah's Witnesses — Australia, Watch Tower Bible and Tract Society, 1983, section « Australia ».
  39. 1981 Yearbook of Jehovah's Witnesses — New Zealand, Watch Tower Bible and Tract Society, 1981, section « New Zealand ».
  40. La Tour de Garde du 15 février 1938, p. 50.
  41. « Rutherford publications 25 years 224 publications », jehovahs-witness.com, consulté en 2025.
  42. Blandre, Bernard (1987), Les Témoins de Jéhovah, un siècle d'histoire, Paris : Desclée de Brouwer, p. 69.
  43. La Tour de Garde du 15 février 1938, p. 50.
  44. Voir Wikipedia, « Development of Jehovah's Witnesses doctrine », consulté en 2025.