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George Storrs

George Storrs (13 décembre 1796 – 28 décembre 1879)[1] fut un prédicateur indépendant américain, figure majeure du mouvement adventiste du XIXe siècle, dont les écrits et l'enseignement constituèrent une influence doctrinale déterminante sur Charles Taze Russell et, à travers lui, sur le mouvement des étudiants de la Bible.

Jeunesse et formation (1796–1836)

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George Storrs naquit le 13 décembre 1796 à Lebanon, dans le New Hampshire, dernier des huit enfants du colonel Constant Storrs, fermier du Connecticut et vétéran de la guerre d'indépendance américaine, et de Lucinda Howe Storrs.[2] Dans cette région de tradition calviniste, sa mère choisit délibérément de lui épargner la croyance à l'enfer dans son éducation religieuse.[3] À 18 ans, il perdit sa seule sœur. L'année suivante, il rejoignit l'Église congrégationnaliste et épousa vers 1818 une coreligionnaire qui mourut six ans et demi plus tard. Éprouvé par ces deuils, il acquit la conviction de devoir prêcher l'Évangile. En 1825, il adhéra à la Connexion Méthodiste Itinérante comme prédicateur laïc, puis devint ministre méthodiste à plein temps en 1836.[4]

Rupture avec le méthodisme (1840)

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En 1840, sa position au sein de l'Église Méthodiste Épiscopalienne devint intenable : les évêques tentaient de l'empêcher de prêcher contre l'esclavage, contre lequel il s'était fait un adversaire déclaré.[5] Il rompit avec l'Église et répondit à l'appel d'un petit groupe de chrétiens indépendants d'Albany (New York), la Maison de Prière (House of Prayer), refusant désormais de s'affilier à quelque Église ou fédération que ce soit, se déclarant responsable devant Dieu seul.[6]

L'immortalité conditionnelle et les Six Sermons (1837–1842)

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Dès 1837, soit avant même sa rupture avec le méthodisme, Storrs avait trouvé par hasard dans un train un exemplaire de l'opuscule de Henri Grew, L'État intermédiaire (The Intermediate State), dans lequel l'auteur contestait l'immortalité innée de l'âme humaine.[7] Convaincu, Storrs adopta la thèse de l'immortalité conditionnelle : les morts sont dans l'inconscience jusqu'à leur résurrection ; lors du jugement dernier, les justes recevront la vie éternelle tandis que les méchants seront définitivement anéantis, sans feu éternel.[8]

En 1841, il tenta de convaincre un ecclésiastique épiscopalien par trois lettres publiées sous le titre Une Enquête : Les Âmes des Méchants sont-elles Immortelles ? en Trois Lettres (Albany, 2 000 exemplaires).[9] En 1842, il développa ses thèses en chaire et les fit paraître sous le titre Une Enquête : Les Âmes des Méchants sont-elles Immortelles ? en Six Sermons (Albany). Ces Six Sermons furent constamment réédités jusqu'à sa mort, atteignant un tirage total d'environ 200 000 exemplaires aux États-Unis et en Grande-Bretagne.[10]

L'engagement adventiste et la grande déception (1842–1845)

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En 1842, Storrs rejoignit le mouvement mené par William Miller, un baptiste de Nouvelle-Angleterre convaincu que le retour du Christ aurait lieu entre mars 1843 et mars 1844.[11] Il devint l'un des propagandistes les plus actifs du mouvement adventiste. Des deux grands leaders du mouvement à ce moment, William Miller s'opposa à sa doctrine de l'immortalité conditionnelle, tandis que Fitch la défendit.[12]

L'adventiste et docteur C. R. Gorgas, se déclarant prophète, avança la date du 22 octobre 1844 à 3 heures du matin comme date du retour du Christ. Storrs le crut et fit publier ces propos dans un numéro spécial de la revue adventiste la plus importante du moment, Le Midnight Cry. Plus tard, Storrs reconnut son erreur et présenta ses excuses.[13] Lorsque Samuel S. Snow proposa ensuite de fixer au 22 octobre 1844 le retour du Christ sur les nuées, Storrs soutint pleinement cette date.[14]

Quand cette prédiction échoua à son tour, Storrs abandonna définitivement les calculs de dates millérites et refusa jusqu'à sa mort de fixer une nouvelle échéance pour le retour du Christ, estimant avoir été hypnotisé par l'émotionnalisme millérite.[15]

En 1843, il avait fondé le périodique Le Scrutateur de la Bible (The Bible Examiner), dont la devise était : « Pas d'immortalité ni de vie éternelle si ce n'est par Jésus-Christ seul. »[16] Il n'accepta pas davantage les explications adventistes sur la signification de 1844 ni celles concernant le sabbat du septième jour.

Les années de maturité : l'Union de la Vie et de l'Advent (1845–1871)

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Non invité à la conférence d'Albany en 1845 qui regroupa les principales factions adventistes, Storrs se rapprocha du mouvement des adventistes de l'âge à venir fondé par Joseph Marsh. En 1863, le Scrutateur de la Bible était devenu suffisamment influent pour que ses partisans rejoignent Storrs dans la fondation de l'Union de la Vie et de l'Advent, dont il édita le périodique hebdomadaire Le Héraut de la Vie et du Royaume à Venir (The Herald of Life and the Coming Kingdom), en collaboration avec Henri Grew.[17] Il suspendit alors la publication du Scrutateur de la Bible.

En 1871, Storrs rompit avec l'Union de la Vie et de l'Advent. Il avait jusqu'alors enseigné que le sort de tous les hommes était fixé irrévocablement à leur mort. Il abandonna cette position pour enseigner que ceux qui étaient morts sans connaître Christ recevraient, après une résurrection terrestre, une occasion d'accepter son sacrifice rédempteur.[18] Ses associés de l'Union refusèrent cette évolution, et Storrs relança le Scrutateur de la Bible.[19]

Dans ses dernières années, après 1870, il distingua encore deux catégories parmi ceux qui étaient morts dans l'ignorance : ceux qui avaient définitivement rejeté l'Évangile, qui ne ressusciteraient pas, et ceux qui n'avaient simplement pas eu l'occasion de l'entendre, qui bénéficieraient d'une résurrection.[20]

Les dernières années et les contacts avec Russell (1871–1879)

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À partir de 1871, Storrs entra en relation avec le groupe d'Allegheny qui allait former le noyau originel des étudiants de la Bible. Dans le Scrutateur de la Bible de mars 1874, il proposa de prêcher pour tous les groupes qui l'accueilleraient ; dès le numéro d'avril, il annonçait avoir reçu des courriers de Russell père et fils, ainsi que de George Stetson à Edenboro.[21] En mai, il s'annonçait à Pittsburgh les premier et deuxième dimanches du mois. Charles Taze Russell collabora avec lui les dernières années de sa vie, rédigeant certains articles du Scrutateur de la Bible.[22]

George Storrs mourut le 28 décembre 1879.[23] Conformément à ses dernières volontés, ses obsèques furent réduites à deux amis et deux prières, sans sermon.[24] Sa fille Harriet poursuivit la publication du Scrutateur de la Bible jusqu'au numéro commémoratif de mars 1880.[25]

L'immortalité conditionnelle

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La doctrine centrale de Storrs, héritée de Henri Grew et développée dans ses Six Sermons, est celle de l'immortalité conditionnelle : l'âme humaine n'est pas immortelle par nature ; les morts sont dans un état d'inconscience totale jusqu'à leur résurrection, rejetant les notions philosophiques grecques d'une âme immatérielle immortelle.[26] Les méchants ne sont pas tourmentés éternellement dans un enfer de feu mais définitivement anéantis au jugement dernier.[27]

La résurrection et la seconde chance

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Storrs enseigna que ceux qui avaient vécu et mouraient sans connaître Christ bénéficieraient après une résurrection terrestre d'une occasion d'accepter son sacrifice rédempteur et d'obtenir la vie éternelle sur une terre restaurée en paradis.[28] C'est cette évolution doctrinale qui le fit rompre avec l'Union de la Vie et de l'Advent en 1871. Dans ses dernières années, il affina encore cette position en distinguant deux catégories de défunts dans l'ignorance : ceux qui avaient sciemment rejeté l'Évangile, exclus de la résurrection, et ceux qui n'en avaient simplement pas eu connaissance.[29]

La position antitrinitaire

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Storrs rejeta la Trinité sans parvenir à formuler une position définitive. En 1844, il rééditait l'ouvrage de Grew contestant cette doctrine. À partir de 1854, les deux hommes divergèrent au point que Storrs refusa à Grew l'accès aux colonnes du Scrutateur de la Bible. En 1857, il recommanda dans ses pages le livre d'Alexander McWhorter selon lequel Dieu se manifeste triplement — créateur en tant que Père, agence active en tant que Saint-Esprit, et incarnation humaine en tant que Christ — ce dernier n'étant ni égal ni coéternel au Père.[30] Dans les deux derniers numéros du Scrutateur de la Bible (mai et octobre 1879), il rééditait un article de Charles Linnaeus Ives selon lequel le Saint-Esprit n'est pas un être vivant mais une force utilisée par Dieu pour accomplir sa volonté.[31]

Le Mémorial du 14 nisan

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Storrs institua la pratique de commémorer le repas du Seigneur annuellement, le 14 nisan du calendrier juif, s'appuyant probablement sur l'enseignement de Grew.[32] Russell adopta cette pratique dès les débuts du groupe d'Allegheny, comme l'attestent les premières éditions de la Tour de Garde.[33] Elle est toujours en vigueur chez les Témoins de Jéhovah sous le nom de Mémorial.[34]

Influence sur Russell et les étudiants de la Bible

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L'influence de Storrs sur Charles Taze Russell et le mouvement des étudiants de la Bible fut considérable et multiforme. Russell apprit de Storrs, ou par son intermédiaire, la doctrine de l'immortalité conditionnelle, celle de la restitution de l'humanité en paradis terrestre, et la pratique du Mémorial annuel.[35] En juin 1884, Russell réédita dans la Tour de Garde un texte de Storrs intitulé La doctrine de l'élection, preuve qu'il le considérait comme l'une de ses références majeures.[36]

Blandre établit par ailleurs un lien entre la brochure de Storrs La Promesse et le Serment (fin 1871) et la conviction de Russell, acquise en 1872, du caractère universel de la rançon.[37] Après la mort de Storrs en 1879, Russell récupéra probablement la liste des abonnés au Scrutateur de la Bible auprès de sa fille Harriet, leur proposant de souscrire à la Tour de Garde : Russell fut ainsi le successeur direct de Storrs.[38]

C'est également Storrs qui introduisit l'immortalité conditionnelle dans le mouvement adventiste, contribuant à l'adoption de cette doctrine par l'Église adventiste du septième jour, l'Église de Dieu de la Foi Abrahamiaque, et l'Église du Christ universelle.[39]

  1. Bernard Blandre, La préhistoire des témoins de Jéhovah, Éditions de l'AEIMR, p. 62 ; M. James Penton, Apocalypse Delayed, University of Toronto Press, 2e éd. 1997, p. 14.
  2. Bernard Blandre, La préhistoire des témoins de Jéhovah, p. 62–63.
  3. Ibid., p. 63.
  4. Ibid., p. 63.
  5. M. James Penton, Apocalypse Delayed, p. 14.
  6. Bernard Blandre, La préhistoire des témoins de Jéhovah, p. 63.
  7. Bernard Blandre, La préhistoire des témoins de Jéhovah, p. 63–64 ; M. James Penton, Apocalypse Delayed, p. 14.
  8. George Chryssides, Historical Dictionary of Jehovah's Witnesses, Scarecrow Press, 2007, p. 127–128.
  9. Bernard Blandre, La préhistoire des témoins de Jéhovah, p. 64.
  10. M. James Penton, Apocalypse Delayed, p. 14–15 ; Bernard Blandre, La préhistoire des témoins de Jéhovah, p. 64.
  11. M. James Penton, Apocalypse Delayed, p. 15.
  12. Land, Gary (anglais), Adventism in America, p. 32.
  13. Land, Gary (anglais), Adventism in America, p. 24.
  14. M. James Penton, Apocalypse Delayed, p. 15.
  15. Ibid., p. 15.
  16. M. James Penton, Apocalypse Delayed, p. 15–16.
  17. M. James Penton, Apocalypse Delayed, p. 15–16 ; George Chryssides, Historical Dictionary of Jehovah's Witnesses, p. 127.
  18. M. James Penton, Apocalypse Delayed, p. 16.
  19. Ibid.
  20. George Chryssides, Historical Dictionary of Jehovah's Witnesses, p. 128.
  21. Bernard Blandre, La préhistoire des témoins de Jéhovah, p. 171–172.
  22. Ibid., p. 172.
  23. M. James Penton, Apocalypse Delayed, p. 16.
  24. Bernard Blandre, La préhistoire des témoins de Jéhovah, p. 77.
  25. Ibid.
  26. George Chryssides, Historical Dictionary of Jehovah's Witnesses, p. 127–128.
  27. Bernard Blandre, La préhistoire des témoins de Jéhovah, p. 63–64.
  28. M. James Penton, Apocalypse Delayed, p. 16.
  29. George Chryssides, Historical Dictionary of Jehovah's Witnesses, p. 128.
  30. Bernard Blandre, La préhistoire des témoins de Jéhovah, p. 71–74.
  31. Ibid., p. 74.
  32. Bernard Blandre, La préhistoire des témoins de Jéhovah, p. 76.
  33. Ibid., p. 167–168.
  34. George Chryssides, Historical Dictionary of Jehovah's Witnesses, p. 128.
  35. M. James Penton, Apocalypse Delayed, p. 16–17.
  36. Bernard Blandre, La préhistoire des témoins de Jéhovah, p. 165.
  37. Ibid., p. 165–168.
  38. Ibid., p. 168.
  39. M. James Penton, Apocalypse Delayed, p. 15.