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'''Henry Grew''' (Birmingham, 25 décembre 1781 – Philadelphie, 8 août 1862) était un pasteur baptiste britannique émigré aux États-Unis, théologien autodidacte et militant abolitionniste. Il est considéré par les historiens du mouvement des étudiants de la Bible comme le principal transmetteur du système doctrinal élaboré par [[Joseph Priestley]] vers le milieu adventiste, et de là vers [[Charles Taze Russell]].<ref>BLANDRE Bernard, ''La préhistoire des témoins de Jéhovah'', Sarreguemines, Éditions de l'AEIMR, p. 34–35.</ref> | |||
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| Henry Grew | |
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Henry Grew (Birmingham, 25 décembre 1781 – Philadelphie, 8 août 1862) était un pasteur baptiste britannique émigré aux États-Unis, théologien autodidacte et militant abolitionniste. Il est considéré par les historiens du mouvement des étudiants de la Bible comme le principal transmetteur du système doctrinal élaboré par Joseph Priestley vers le milieu adventiste, et de là vers Charles Taze Russell.[1]
La famille Grew
modifier modifier le wikicodeJohn Grew, le père de Henry, était un Anglais de Birmingham qui fréquentait un groupe religieux en lien avec Joseph Priestley, le chimiste et théologien unitarien.[2] En 1795, il émigra avec sa famille aux États-Unis, s'établissant à Providence, dans le Rhode Island. Henry et son frère y firent fortune dans le commerce ; Henry consacra une partie de ses revenus au financement d'œuvres missionnaires et caritatives.[3]
La famille Grew se distingua par son engagement militant. Deux filles de Henry, Susan et Mary, militèrent activement contre l'esclavagisme et pour les droits des femmes.[4] Une troisième, Eliza, épousa le révérend John Taylor Jones, avec lequel elle œuvra en Birmanie et en Thaïlande dans le cadre de la Baptist Missionary Union.[5]
Carrière pastorale
modifier modifier le wikicodeVers 1805, Henry Grew fut élu diacre de la Première Église Baptiste de Providence. Il exerça ensuite comme pasteur de l'église baptiste de Pawtuxet, avant de prendre la direction de la Première Église Baptiste de Hartford (Connecticut) de 1807 à 1811.[6] Son pastorat y fut marqué par une rigueur disciplinaire peu commune : il exclut les membres coupables de « fornication », s'opposa à toute direction des affaires de l'église par des non-membres, et refusa l'observance de jeûnes lors de fêtes civiles.[7] Ces positions le mirent en conflit avec la majorité de ses fidèles, et il fut contraint de démissionner ou fut exclu. Il resta néanmoins dans la localité, où il continua de diriger un groupe acquis à ses idées.[8] En 1827, il participa à la fondation d'un Hartford Female Seminary que fréquenta sa fille Mary.[9]
À la fin de 1833 ou au début de 1834, Grew séjourna à Boston, où il prononça un discours de soutien à la société anti-esclavagiste de la Nouvelle-Angleterre dans le temple maçonnique de la ville.[10] Il s'installa définitivement à Philadelphie en 1834, ville où il résida jusqu'à sa mort. En 1840, il accompagna sa fille Mary à la convention anti-esclavagiste de Londres.[11]
En 1854, il prit part à la cinquième convention nationale sur les droits des femmes à Philadelphie. Au grand dam de Mary, qui venait de prendre la parole en faveur de l'égalité des sexes, Henry Grew intervint pour affirmer, Bible en main, la supériorité et l'autorité de l'homme sur la femme.[12]
Système doctrinal
modifier modifier le wikicodeEcclésiologie et pratiques
modifier modifier le wikicodeHenry Grew prônait une séparation stricte des chrétiens d'avec le monde. Il refusait toute distinction institutionnelle entre clergé et laïcs : selon lui, le collège d'anciens conduisant une congrégation devait être recruté parmi les hommes de bonne conduite, sans que leur soit conféré un statut clérical particulier.[13] Il rejetait pareillement l'observance du jour du Seigneur, qu'il s'agisse du samedi ou du dimanche.[14] Il adhérait au baptisme, selon lequel seuls les adultes ayant délibérément choisi de recevoir le baptême en pleine conscience pouvaient y être admis.[15]
Millénarisme
modifier modifier le wikicodeGrew était millénariste : il croyait que Jésus régnerait sur la Terre et que les hommes saints vivraient pour toujours sous son autorité.[16] Cette conviction s'inscrivait dans la tradition du prémillénarisme qu'il avait très vraisemblablement héritée, par son père, de l'enseignement de Priestley.[17]
Antitrinitarisme
modifier modifier le wikicodeEn 1824, Grew publia un premier opuscule contestant la doctrine de la Trinité, s'appuyant notamment sur Marc 13:32, selon lequel ni les anges ni le Fils ne connaissent le jour du retour du Christ, mais le Père seul.[18] Blandre estime que Grew n'a vraisemblablement jamais cru en la Trinité, étant donné que son père fréquentait à Birmingham le cercle de Priestley, antitrinitarien radical.[19] Sa position peut être qualifiée de socinienne : il niait toute préexistence du Christ avant son existence terrestre.[20]
Immortalité conditionnelle
modifier modifier le wikicodeEn 1835, Grew publia L'État intermédiaire (The Intermediate State), opuscule dans lequel il affirmait l'absence de tout fondement biblique aux croyances en l'immortalité de l'âme et en l'enfer.[21] Selon lui, les morts sont dans l'inconscience jusqu'à leur résurrection ; lors du jugement dernier, les justes recevront la vie éternelle tandis que les méchants seront définitivement anéantis. En 1844, il développa cette thèse dans Le châtiment futur n'est pas la vie éternelle dans la misère (Future Punishment, not Eternal Life of Misery, réédité en 1850).[22]
Influence sur George Storrs et le mouvement adventiste
modifier modifier le wikicodeL'opuscule de 1835 fut décisif pour la diffusion de ces idées. En 1837, George Storrs, prédicateur méthodiste, trouva dans un train un exemplaire de L'État intermédiaire et se trouva convaincu par ses thèses.[23] Chryssides note que le tract trouvé par Storrs était « probablement » de Grew, introduisant ainsi une légère réserve que Blandre et Penton ne partagent pas.[24] Storrs devint le principal champion américain de l'immortalité conditionnelle et publia en 1842 six sermons sur le sujet, qui circulèrent à quelque 200 000 exemplaires aux États-Unis et en Grande-Bretagne.[25]
En 1844, Storrs réédita l'ouvrage de Grew sur la nature du Fils de Dieu.[26] La même année, les deux hommes se rencontrèrent et participèrent ensemble à des débats sur l'immortalité.[27] L'idée de Grew, développée par Storrs, pénétra ainsi le milieu adventiste, puis, par ce canal, le mouvement des étudiants de la Bible.[28]
La position antitrinitaire de Grew fut également adoptée par une majorité d'adventistes issus du mouvement millérite, dont les trois principaux groupes : les adventistes du septième jour, les chrétiens de l'avent et les adventistes de l'âge à venir.[29]
Divergence avec Storrs
modifier modifier le wikicodeÀ partir de 1854, les positions des deux hommes divergèrent sur la christologie. Storrs rejeta la thèse socinienne de Grew — selon laquelle le Christ n'aurait eu aucune existence avant sa vie terrestre — et se montra attiré par une conception plus complexe de la divinité.[30] Storrs refusa à Grew l'accès à son périodique Le Scrutateur de la Bible (Bible Examiner) pour y exprimer ses vues. Grew riposta en publiant lui-même un opuscule de huit pages, Un appel aux trinitaires pieux (An Appeal to Pious Trinitarians, Philadelphie, Merrihew & Thompson, 1857), puis en rééditant son Examen.[31]
Transmission à Charles Taze Russell
modifier modifier le wikicodePenton a mis en évidence que les doctrines de Grew parvinrent à Charles Taze Russell non seulement par l'intermédiaire de Storrs, mais aussi par celui de George Stetson (1814–1879), médecin, enseignant et prédicateur adventiste chrétien. Stetson, associé de Storrs et proche de Jonas Wendell, devint à Allegheny (Pennsylvanie), de la fin 1871 à 1873, le mentor du jeune Russell et lui enseigna les doctrines néo-ariennes défendues par Grew.[32] Penton estime que Russell emprunta à Stetson sa doctrine particulière et non trinitaire de la rançon — que Stetson avait publiée en 1872, l'année même où Russell dit avoir appris cette doctrine.[33] Quand Stetson mourut, Russell prêcha son service funèbre.[34]
Mort et postérité
modifier modifier le wikicodeHenry Grew mourut à Philadelphie le 8 août 1862. Sa disparition fut signalée par plusieurs publications de l'époque : The Liberator du 15 août 1862, le National Anti-Slavery Standard du 16 août 1862, et le World's Crisis, principale publication des chrétiens-adventistes, qui lui consacra un article dans son numéro 1 du volume XLVII (1863). La Philadelphia Female Anti-Slavery Society adopta également une résolution en sa mémoire le 11 septembre 1862.[35]
Blandre résume ainsi la filiation idéologique qu'il a contribué à établir : le système de pensée de Henry Grew — mortalité de l'âme, rejet de l'enfer, attente de la résurrection, millénarisme, unitarisme antitrinitaire, anticléricalisme, non-violence et masculinisme biblique — était « déjà celui dont Russell a hérité ».[36]
Publications principales
modifier modifier le wikicode- An Examination of the Divine Testimony Concerning the Character of the Son of God (1824 ; 3e éd. Philadelphie, Merrihew and Thompson, 1855)
- The Intermediate State (1835)
- Future Punishment, not Eternal Life of Misery (1844 ; réédition Philadelphie, 1850)
- An Appeal to Pious Trinitarians (Philadelphie, Merrihew & Thompson, 1857)
Références
modifier modifier le wikicode- ↑ BLANDRE Bernard, La préhistoire des témoins de Jéhovah, Sarreguemines, Éditions de l'AEIMR, p. 34–35.
- ↑ BLANDRE Bernard, La préhistoire des témoins de Jéhovah, op. cit., p. 31.
- ↑ Ibid.
- ↑ Ibid.
- ↑ Ibid.
- ↑ Ibid., p. 32.
- ↑ Ibid.
- ↑ Ibid.
- ↑ Ibid.
- ↑ Ibid.
- ↑ Ibid.
- ↑ Ibid.
- ↑ Ibid., p. 33.
- ↑ Ibid.
- ↑ Ibid., p. 34.
- ↑ Ibid., p. 33.
- ↑ Ibid., p. 30–31.
- ↑ Ibid., p. 33. L'ouvrage s'intitule An Examination of the Divine Testimony Concerning the Character of the Son of God (1824 ; rééditions en 1855 sous le titre An Examination of the Divine Testimony on the Nature and Character of the Son of God, Philadelphie, Merrihew and Thompson).
- ↑ BLANDRE Bernard, La préhistoire…, op. cit., p. 33.
- ↑ Ibid., p. 73–74.
- ↑ Ibid., p. 33.
- ↑ Ibid.
- ↑ Ibid., p. 33 ; JONSSON Carl Olof, Les « Temps des Gentils » reconsidérés, appendice, p. 334.
- ↑ CHRYSSIDES George D., Historical Dictionary of Jehovah's Witnesses, Lanham, Scarecrow Press, 2008, p. 127.
- ↑ PENTON M. James, Apocalypse Delayed, 3e éd., Toronto, University of Toronto Press, 2015, p. 779–786.
- ↑ BLANDRE Bernard, La préhistoire…, op. cit., p. 73.
- ↑ Ibid., p. 33–34.
- ↑ Ibid., p. 34.
- ↑ JONSSON Carl Olof, Les « Temps des Gentils » reconsidérés, appendice, p. 334–335.
- ↑ BLANDRE Bernard, La préhistoire…, op. cit., p. 73–74.
- ↑ Ibid., p. 73–74 ; PENTON M. James, Apocalypse Delayed, op. cit., note 10, p. 401.
- ↑ PENTON M. James, Apocalypse Delayed, op. cit., p. 764–772.
- ↑ Ibid., p. 767–768.
- ↑ Ibid., p. 772.
- ↑ BLANDRE Bernard, La préhistoire…, op. cit., p. 31, note.
- ↑ Ibid., p. 34–35.

