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'''John Taylor''' (31 juillet 1781 – 5 juillet 1864) est un éditeur, essayiste et écrivain britannique, connu de son vivant principalement comme l'éditeur des poètes John Keats et John Clare. Il est aujourd'hui retenu par les historiens des religions comme le fondateur de la '''pyramidologie''' moderne : la thèse selon laquelle la Grande Pyramide de Gizeh aurait été conçue sous inspiration divine et que ses dimensions renfermeraient des vérités mathématiques et religieuses. Sans jamais avoir visité l'Égypte, il posa en 1859 les bases théoriques d'un courant de pensée protestant anglo-saxon dont l'influence devait, par une chaîne d'intermédiaires, atteindre le mouvement des [[étudiants de la Bible]] fondé par Charles Taze Russell. | '''John Taylor''' (31 juillet 1781 – 5 juillet 1864) est un éditeur, essayiste et écrivain britannique, connu de son vivant principalement comme l'éditeur des poètes John Keats et John Clare. Il est aujourd'hui retenu par les historiens des religions comme le fondateur de la '''pyramidologie''' moderne : la thèse selon laquelle la Grande Pyramide de Gizeh aurait été conçue sous inspiration divine et que ses dimensions renfermeraient des vérités mathématiques et religieuses. Sans jamais avoir visité l'Égypte, il posa en 1859 les bases théoriques d'un courant de pensée protestant anglo-saxon dont l'influence devait, par une chaîne d'intermédiaires, atteindre le mouvement des [[étudiants de la Bible]] fondé par Charles Taze Russell. | ||
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John Taylor (31 juillet 1781 – 5 juillet 1864) est un éditeur, essayiste et écrivain britannique, connu de son vivant principalement comme l'éditeur des poètes John Keats et John Clare. Il est aujourd'hui retenu par les historiens des religions comme le fondateur de la pyramidologie moderne : la thèse selon laquelle la Grande Pyramide de Gizeh aurait été conçue sous inspiration divine et que ses dimensions renfermeraient des vérités mathématiques et religieuses. Sans jamais avoir visité l'Égypte, il posa en 1859 les bases théoriques d'un courant de pensée protestant anglo-saxon dont l'influence devait, par une chaîne d'intermédiaires, atteindre le mouvement des étudiants de la Bible fondé par Charles Taze Russell.
Biographie
modifier modifier le wikicodeNé à East Retford dans le Nottinghamshire, fils d'un imprimeur et libraire, Taylor fait ses études à la Lincoln Grammar School puis à la grammar school de Retford. Il s'installe à Londres vers 1806 et devient associé dans la maison d'édition Taylor & Hessey, au 93 Fleet Street, qui deviendra ensuite Taylor & Walton, éditeur attitré de la nouvelle Université de Londres.[1] Le fonds de la maison comprend des sermons, des traités moraux et des homélies, ce qui témoigne de l'orientation chrétienne de Taylor. La maison publie aussi des poètes contemporains, dont John Keats et John Clare, qui lui vaudront une réputation durable dans l'histoire littéraire anglaise. De 1821 à 1824, Taylor dirige le London Magazine, dont les collaborateurs comprennent Charles Lamb, Coleridge et Thomas De Quincey.
Parallèlement à son activité d'éditeur, Taylor publie une dizaine d'ouvrages sur les questions monétaires et de politique économique entre 1821 et 1843, s'opposant notamment aux mesures de Sir Robert Peel sur la monnaie. En 1852, il publie encore un Nouveau Testament accentué, avec un essai introductif sur l'emphase en grec (The Emphatic New Testament, with an introductory Essay on Greek Emphasis), qui témoigne de sa connaissance des Écritures. C'est dans ce contexte d'intérêts mêlant réforme monétaire, érudition biblique et christianisme convaincu que s'inscrit sa contribution à la pyramidologie. Il meurt le 5 juillet 1864 à Kensington et est inhumé à Gamston, près de Retford.
Œuvre pyramidologique
modifier modifier le wikicodeLa Grande Pyramide : Pourquoi a-t-elle été construite ? et Qui l'a construite ? (1859)
modifier modifier le wikicodeEn 1859, Taylor publie un ouvrage dans lequel il soutient que la Grande Pyramide de Khoufou à Gizeh ne peut pas être une œuvre égyptienne : ses proportions mathématiques sont trop sophistiquées pour que les Égyptiens de l'Antiquité en aient été les auteurs. Son architecte serait le patriarche biblique Noé, agissant sous la direction divine, la pyramide ayant été construite pour « enregistrer les mesures de la Terre ».[2]
Taylor s'appuie sur les relevés de l'archéologue britannique du XVIIe siècle John Greaves et sur ceux des savants français qui avaient examiné la pyramide lors de l'expédition napoléonienne. De cette analyse, il déduit l'existence d'un « pouce de pyramide » (pyramid inch) — légèrement plus long que le pouce anglais — correspondant au vingt-cinquième d'une « coudée sacrée » dérivée d'observations astronomiques antiques. Vingt-cinq millions de ces pouces approcheraient la longueur du rayon polaire de la Terre. Il est également le premier à relever que le rapport du périmètre de la base de la pyramide à deux fois sa hauteur est très proche du nombre π, concluant que ce rapport avait été délibérément intégré à la conception de l'édifice.[3] Le pouce anglais étant lui-même dérivé de ce « pouce de pyramide » d'origine divine, Taylor en conclut que les unités de mesure britanniques sont d'inspiration céleste. Une communication présentée à la Royal Academy sur ce sujet fut rejetée.
La Bataille des Standards (1864)
modifier modifier le wikicodeLa même année que sa mort, Taylor publie La Bataille des Standards (The Battle of the Standards: The Ancient, of Four Thousand Years, Against the Modern, of the Last Fifty Years), dans lequel il prolonge sa démonstration en l'appliquant à la controverse métrologique de son époque. Il s'oppose à l'introduction du système métrique en Grande-Bretagne, faisant valoir que les unités de mesure anglaises sont d'origine divine puisqu'elles dérivent du « pouce de pyramide » révélé par Dieu aux bâtisseurs de Gizeh.[4] La cohérence entre ses décennies de travaux sur la réforme monétaire et cet ultime ouvrage métrologique n'est pas fortuite : selon l'historien des sciences Bernard Lightman, ces deux publications sont intimement liées.[5]
Réfutation scientifique
modifier modifier le wikicodeLes théories de Taylor exercèrent une influence considérable dans les milieux protestants anglo-saxons avant d'être invalidées sur le plan scientifique. En 1880, l'égyptologue Flinders Petrie — dont l'intérêt pour l'Égypte avait précisément été éveillé par la lecture du livre de Taylor — se rendit sur place pour effectuer de nouvelles mesures de précision. Il établit que la pyramide était de plusieurs pieds plus petite que ce que Taylor et ses successeurs avaient postulé, et publia ses résultats en 1883 dans The Pyramids and Temples of Gizeh, concluant qu'il n'existait « aucun exemple authentique, résistant à l'examen, d'un pouce de pyramide ».[6] Petrie refusa par la suite de répondre aux objections des pyramidologues, les comparant aux partisans de la Terre plate.
Influence sur les étudiants de la Bible
modifier modifier le wikicodeTaylor n'eut aucun lien direct avec le mouvement des étudiants de la Bible. Son influence s'exerça par l'intermédiaire de Charles Piazzi Smyth (1819–1900), astronome royal pour l'Écosse, qui lut son ouvrage, en adopta entièrement les principes et, à la mort de Taylor en 1864, devint le principal propagateur de la théorie pyramidologique. Smyth approfondit et corrigea Taylor : il redéfinit le « pouce de pyramide » à 1,001 pouce anglais, identifia les bâtisseurs de la pyramide aux Hébreux — qu'il assimilait aux Hyksos, envahisseurs asiatiques de l'Égypte — et affirma que sa construction avait été supervisée par le roi biblique Melchisédek. Pour Smyth, le pouce de pyramide était une unité de mesure transmise par Dieu, destinée à permettre la compréhension des prophéties.[7]
C'est en s'appuyant explicitement sur l'ouvrage de Smyth que Nelson Barbour introduisit la pyramidologie dans le mouvement qui allait devenir celui des étudiants de la Bible. Dans un article paru dans le Héraut du Matin (Herald of the Morning) en janvier 1876, Barbour cita Notre Héritage dans la Grande Pyramide pour justifier son interprétation des dimensions de l'édifice et en tira deux dates prophétiques : 1881, début du retour du peuple d'Israël en Terre sainte, et 1914, fin des « temps des Gentils ».[8]
Charles Taze Russell, qui rencontra Barbour en 1876, hérita de cette dimension pyramidologique et lui consacra un appendice dans le troisième volume de ses Études des Écritures, Ton Royaume vient (Thy Kingdom Come, 1891). Russell attribuait toutefois la théorie à un certain Robert Menzies, popularisée par Smyth, sans mentionner Taylor.[9] Comme l'a montré Bernard Blandre, Russell n'a fait sur ce point que s'inspirer de Barbour, qui lui-même s'était appuyé sur Smyth, lequel avait développé la théorie de Taylor : « Smyth avait lui-même développé une théorie de Taylor dans le contexte du refus de l'introduction du système métrique en Angleterre, justifié par le fait que le système de mesure anglais était d'origine divine. »[10]
La pyramidologie resta un élément secondaire dans le système de Russell mais ouvrit la voie, chez ses successeurs, à des dérivations chronologiques de plus en plus éloignées de la tradition historiciste.[11] La Société de garde devait finalement abandonner toute référence à la pyramide, la condamnant même comme relevant de l'occultisme — tout en continuant à utiliser la date de 1914 dont la pyramidologie avait contribué à l'élaboration.
Publications principales
modifier modifier le wikicode- La Grande Pyramide : Pourquoi a-t-elle été construite ? et Qui l'a construite ? (The Great Pyramid: Why Was It Built? & Who Built It?), Longman, Green, Longman and Roberts, London, 1859.
- La Bataille des Standards (The Battle of the Standards: The Ancient, of Four Thousand Years, Against the Modern, of the Last Fifty Years), Longman, Green, Longman, Roberts & Green, London, 1864.
Références
modifier modifier le wikicode- ↑ William Albert Samuel Hewins, « Taylor, John (1781–1864) », Dictionary of National Biography, vol. 55, London, Smith, Elder & Co., 1898, p. 447.
- ↑ John Taylor, The Great Pyramid: Why Was It Built? & Who Built It?, Longman, Green, Longman and Roberts, London, 1859.
- ↑ « A Case of Science, Pseudo-Science and Religion: Pyramidology in the Adventist-Bible Student Tradition »(consulté le 2026-07-21).
- ↑ John Taylor, The Battle of the Standards, Longman, Green, Longman, Roberts & Green, London, 1864.
- ↑ Bernard Lightman, Victorian Science in Context, University of Chicago Press, 1997, p. 450.
- ↑ Flinders Petrie, The Pyramids and Temples of Gizeh, London, 1883.
- ↑ Charles Piazzi Smyth, Our Inheritance in the Great Pyramid, London, 1864.
- ↑ Nelson Barbour, « La grande pyramide » (« The Great Pyramid »), Héraut du Matin (Herald of the Morning), janvier 1876, p. 7-8. Cité dans Bernard Blandre, La préhistoire des témoins de Jéhovah, p. 138.
- ↑ James Crompton, Counting the Days to Armageddon, p. 85-86.
- ↑ Bernard Blandre, La préhistoire des témoins de Jéhovah, p. 140-141.
- ↑ James Crompton, Counting the Days to Armageddon, p. 86.

