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Joseph Priestley

Joseph Priestley (Birstall, West Yorkshire, 13 mars 1733 – Northumberland, Pennsylvanie, 6 février 1804) était un théologien dissident, chimiste, pédagogue et théoricien politique britannique qui publia plus de cent cinquante ouvrages.[1] Figure de proue du mouvement unitarien en Angleterre et aux États-Unis, il est considéré par les historiens du mouvement des étudiants de la Bible comme un précurseur doctrinal majeur : il fut le premier à associer dans un seul système de pensée l'antitrinitarisme, le millénarisme et le rejet de l'immortalité de l'âme — corpus doctrinal qui, transmis par Henry Grew puis George Storrs, allait devenir celui des étudiants de la Bible et de leurs successeurs.[2]

Jeunesse et formation (1733–1755)

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Joseph Priestley naquit le 13 mars 1733 à Birstall Fieldhead, près de Leeds, dans le West Yorkshire. Fils aîné de Jonas Priestley, contremaître dans une manufacture de textiles, et de Mary Swift, il fut confié très jeune à son grand-père, puis, après le remariage de son père en 1741, alla vivre chez son oncle et sa tante, Sarah et John Keighley, qui veillèrent à lui assurer la meilleure éducation possible.[3]

Vers 1749, une grave maladie lui fit craindre la mort. Élevé dans la foi calviniste, il douta d'avoir jamais vécu la conversion personnelle requise pour son salut, ce qui le conduisit à rejeter la doctrine de la prédestination au profit de celle du salut universel. Les anciens de sa paroisse refusèrent alors de l'admettre parmi eux.[4] Les séquelles de sa maladie lui laissant un bégaiement permanent, il renonça à entrer dans les ordres et compléta sa formation en apprenant le français, l'italien, l'allemand, le chaldéen, le syriaque et l'arabe.[5]

De 1752 à 1755, il étudia à l'Académie de Daventry, établissement non-conformiste où l'atmosphère libérale orienta sa théologie vers la dissidence rationaliste — un protestantisme fondé sur l'examen rationnel de la nature et des Écritures, hostile aux dogmes et au mysticisme.[6] L'ouvrage qui l'influença le plus, selon son propre témoignage, fut les Observations on Man de David Hartley (1749), dont l'ambition — construire une philosophie chrétienne scientifiquement prouvable — allait l'occuper jusqu'à la fin de sa vie.[7]

Needham Market, Nantwich et Warrington (1755–1767)

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En 1755, Priestley obtint un premier poste dans la paroisse dissidente de Needham Market, dans le Suffolk. Ce premier ministère fut difficile : les paroissiens découvrirent rapidement l'étendue de son hétérodoxie, la fréquentation du culte chuta, et sa tante, qui lui avait promis son soutien financier s'il accédait au ministère, lui refusa son aide en apprenant qu'il n'était plus calviniste.[8] En 1758, ses amis de Daventry l'aidèrent à obtenir un poste à Nantwich, dans le Cheshire, où il connut une existence plus heureuse et put fonder une école.[9]

En 1761, l'Académie dissidente de Warrington lui offrit un poste de professeur de langues modernes et de rhétorique. C'est à Warrington qu'il épousa Mary Wilkinson. L'université d'Édimbourg lui décerna un doctorat en droit en 1764 sur recommandation de l'Académie, en reconnaissance de ses travaux.[10] En 1768, il fonda le Theological Repository, première revue académique de théologie ouverte à toutes les tendances, qu'il dut lui-même alimenter en grande partie, faute de contributeurs partageant ses vues ; le manque de moyens financiers le contraignit à l'interrompre après quelques années.[11]

Leeds, Lord Shelburne et les débuts scientifiques (1767–1780)

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En 1767, Priestley quitta Warrington pour s'installer à Leeds comme ministre de la Mill Hill Chapel. C'est là qu'il se lia d'amitié durable avec Theophilus Lindsey. Il rencontra également Benjamin Franklin lors de séjours à Londres, qui l'encouragea à rédiger une histoire de l'électricité ; ses travaux dans ce domaine lui valurent d'être élu membre de la Royal Society en 1766.[12] En 1767 parut The History and Present State of Electricity (Histoire et état actuel de l'électricité), aussitôt favorablement accueilli, et en 1773 la Royal Society lui décerna la Médaille Copley pour ses travaux sur les gaz.[13]

Le 17 avril 1774, Lindsey organisa la première célébration unitarienne officielle en Grande-Bretagne, avec le soutien actif de Priestley, qui publia un pamphlet en sa défense.[14]

En 1773, Priestley entra au service de William Petty, comte de Shelburne, comme bibliothécaire, précepteur et conseiller politique, poste qui lui laissait le loisir de poursuivre ses recherches. C'est dans ce cadre qu'il accomplit sa découverte scientifique la plus célèbre : le 1er août 1774, en chauffant de l'oxyde de mercure à l'aide d'une lentille, il obtint un gaz incolore dans lequel une bougie brûlait avec une flamme exceptionnellement vive, qu'il nomma « air déphlogistiqué ».[15] Quelques mois plus tard, sa rencontre avec Antoine Lavoisier à Paris permit à ce dernier de reprendre et compléter ses expériences et de donner à ce gaz le nom d'oxygène.[16] Priestley isola également l'ammoniac, le gaz chlorhydrique, le gaz sulfureux et le gaz carbonique,[17] mais demeura jusqu'à sa mort l'un des derniers défenseurs de la théorie phlogistique, refusant la révolution chimique de Lavoisier.[18]

Birmingham et l'exil (1780–1794)

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En 1780, Priestley s'installa à Birmingham comme ministre du New Meeting, entrant dans le cercle de la Lunar Society qui réunissait des industriels, inventeurs et philosophes naturels tels que Matthew Boulton et James Watt. La majeure partie de ses travaux à Birmingham fut cependant théologique : il y publia notamment An History of the Corruptions of Christianity (1782) — qu'il considérait lui-même comme « l'ouvrage le plus précieux qu'il ait jamais publié » — et An History of Early Opinions concerning Jesus Christ (1786).[19]

Ses prises de position publiques en faveur des catholiques victimes de discrimination, puis des colons américains révoltés et enfin de la Révolution française lui valurent une hostilité croissante. Le 14 juillet 1791, au deuxième anniversaire de la prise de la Bastille, une foule saccagea son église, sa maison et son laboratoire lors des émeutes dites « Church and King riots ».[20] Nommé citoyen français et membre de la Convention nationale,[21] il fut contraint de fuir à Londres, où les persécutions ne cessèrent pas.

Années américaines et mort (1794–1804)

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En avril 1794, Priestley et son épouse embarquèrent pour les États-Unis, où ses trois fils étaient déjà installés. Arrivés à New York le 4 juin 1794, le couple s'arrêta à Philadelphie, où Priestley participa à la fondation de la First Unitarian Church of Philadelphia, avant de s'établir définitivement à Northumberland, Pennsylvanie.[22] Il continua d'y écrire et de publier jusqu'à ses dernières années, mourant le 6 février 1804, à l'âge de soixante-dix ans.

Antitrinitarisme et unitarisme

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Parti du calvinisme, Priestley évolua successivement vers le presbytérianisme, l'arminianisme, le socinianisme, puis l'unitarisme — courants ayant en commun le refus de la doctrine de la Trinité.[23] Dès ses années à Leeds, dans les trois volumes de ses Institutes of Natural and Revealed Religion (1772–1774), il exposa de manière systématique sa foi socinienne, qui allait devenir celle des unitariens britanniques ; l'ouvrage ouvrit la voie à son matérialisme et à son nécessitarisme.[24] Antitrinitarien radical, il niait la divinité et la déité du Christ, soutenant dans An History of Early Opinions concerning Jesus Christ (1786) que l'Église primitive était unitarienne et que la Trinité constituait une corruption ultérieure du christianisme originel.[25] Il fut, avec Theophilus Lindsey, le principal fondateur de l'unitarisme institutionnel en Angleterre.[26]

Conditionalisme : rejet de l'immortalité de l'âme

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La philosophie matérialiste de Priestley le conduisit à nier l'existence de toute dualité corps-esprit : il soutenait que discuter de l'âme était impossible, celle-ci étant de substance divine et donc inaccessible à l'entendement humain.[27] Cette position impliquait que l'être humain s'éteint entièrement à la mort — ce que les théologiens appellent le conditionalisme ou mortalisme — sans que cela empêche la résurrection finale au jour du jugement, en accord avec l'enseignement biblique.[28] Il en découlait le rejet de la croyance à l'enfer comme lieu de tourments éternels.[29]

Priestley était prémillénariste : il attendait le prochain retour du Christ, qui régnerait mille ans sur la Terre. Il n'en calcula pas la date précise, mais admettait qu'une chronologie pouvait être établie sur la base du principe selon lequel un jour biblique équivaut à un an.[30] Sa perspective millénariste était indissociable de son optimisme sur le progrès : il estimait que la bonne compréhension du monde naturel conduirait inévitablement l'humanité vers l'avènement du Royaume, chaque génération étant meilleure que la précédente.[31] Dans ses dernières années à Hackney (1791–1794), il interpréta la Révolution française comme un présage du retour du Christ, écrivant à un ami qu'il « ne prendrait pas, à son avis, plus de vingt ans ».[32]

Une synthèse doctrinale fondatrice

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Blandre souligne que Priestley fut le premier à associer dans un seul système cohérent l'antitrinitarisme, le millénarisme et le rejet de l'immortalité de l'âme — précisément le corpus doctrinal des étudiants de la Bible. Il conclut : « Dès Priestley donc, la négation de la Trinité, le millénarisme et le rejet de l'immortalité étaient associés dans un système de pensée. Ce sera celui des étudiants de la Bible. »[33]

Influence sur les étudiants de la Bible

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La transmission des idées de Priestley au mouvement des étudiants de la Bible passa par un canal précis. John Grew, père de Henry Grew, fréquentait à Birmingham un groupe religieux en rapport avec Priestley ; en 1795, il émigra avec sa famille aux États-Unis. Henry Grew, très probablement informé par son père des idées de Priestley, ne crut jamais à la Trinité et bâtit à partir des doctrines priestleyennes un système théologique articulé autour de la mortalité de l'âme et du millénarisme antitrinitaire.[34]

Ce système fut à son tour transmis à George Storrs, qui en popularisa le conditionalisme dans le milieu adventiste, puis à Charles Taze Russell par l'intermédiaire de l'adventisme. Blandre établit ainsi la filiation : « Par le canal Priestley-Grew-Storrs, l'unitarisme a pénétré le mouvement des étudiants de la Bible. »[35]

Publications principales

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  • The History and Present State of Electricity (Histoire et état actuel de l'électricité), 1767
  • An Essay on the First Principles of Government (Essai sur les premiers principes du gouvernement), 1769
  • Observations on Different Kinds of Air (Observations sur différentes espèces d'air), 1772
  • Institutes of Natural and Revealed Religion (Principes de la religion naturelle et révélée), 3 volumes, 1772–1774
  • An History of the Corruptions of Christianity (Histoire des corruptions du christianisme), 1782
  • An History of Early Opinions concerning Jesus Christ (Histoire des premières opinions sur Jésus-Christ), 1786
  • General History of the Christian Church (Histoire générale de l'Église chrétienne), 4 volumes, 1790–1803
  • Unitarianism Explained and Defended (L'unitarisme expliqué et défendu), 1796
  • Notes on all the Books of Scriptures (Notes sur tous les livres de l'Écriture), 1803–1804
  1. Encyclopædia Universalis, article « Joseph Priestley », en ligne.
  2. BLANDRE Bernard, La préhistoire des témoins de Jéhovah, Éditions de l'AEIMR, p. 29–31 ; d'après FROOM, Prophetic Faith, IV, p. 117–118.
  3. Encyclopædia Universalis, article « Joseph Priestley », en ligne.
  4. Ibid.
  5. Ibid.
  6. Ibid.
  7. Ibid.
  8. SCHOFIELD Robert E., The Enlightenment of Joseph Priestley, Penn State University Press, 1997, p. 62–69.
  9. Ibid.
  10. Ibid., p. 144–156.
  11. Ibid.
  12. Encyclopædia Universalis, article « Joseph Priestley », en ligne.
  13. SCHOFIELD, op. cit.
  14. Encyclopædia Universalis, article « Joseph Priestley », en ligne.
  15. Encyclopædia Universalis, article « Joseph Priestley », en ligne.
  16. Ibid.
  17. BLANDRE, op. cit., p. 29–30.
  18. Encyclopædia Universalis, article « Joseph Priestley », en ligne.
  19. Encyclopædia Universalis, article « Joseph Priestley », en ligne.
  20. BLANDRE, op. cit., p. 30.
  21. Larousse, article « Joseph Priestley », Encyclopédie Larousse, en ligne.
  22. BLANDRE, op. cit., p. 30.
  23. BLANDRE, op. cit., p. 30.
  24. SCHOFIELD, op. cit.
  25. Encyclopædia Universalis, article « Joseph Priestley », en ligne.
  26. Encyclopædia Universalis, article « Unitarisme — Les communautés anglaises et américaines », en ligne.
  27. SCHOFIELD Robert E., The Enlightened Joseph Priestley, Penn State University Press, 2004.
  28. BLANDRE, op. cit., p. 30.
  29. Ibid., p. 30–31.
  30. BLANDRE, op. cit., p. 30.
  31. TARANTO Pascal, « La "conséquence" de Joseph Priestley et la métaphysique du matérialisme », Dix-huitième siècle, vol. 46, n° 1, 2014, p. 439–457.
  32. BLANDRE, op. cit., p. 30.
  33. Ibid., p. 31.
  34. BLANDRE, op. cit., p. 31.
  35. Ibid., p. 16.